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 Yan Lianke [Chine]

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Chatperlipopette
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MessageSujet: Yan Lianke [Chine]   Sam 16 Aoû 2008 - 15:47



Source Editions Picquier:

Citation :
Yan Lianke est né en 1958 dans la province du Henan, dans le centre de la Chine, et réside actuellement à Pékin. Diplômé de l’Université du Henan et de l’institut des arts et de l’Armée populaire chinoise, il débute sa carrière littéraire en 1978, en tant qu’écrivain de l’armée. Ses romans et ses nouvelles, souvent qualifiés d’expérimentaux en raison de leur sujet ou de leur style, lui ont valu d’obtenir de nombreuses et prestigieuses récompenses littéraires.

Yan Lankie est issu d’une famille de paysans illettrés du Hena. Il arrête ses études à  18 ans pour subvenir à ses besoins, il va travailler deux ans dans une cimenterie.

En 1978, il rejoint l’armée dans un service de propagande et écrit reportages et pièces de théâtre.

«A l'époque, l'armée accordait beaucoup d'importance à la création artistique. J'ai commencé à briller en écrivant des slogans de propagande au tableau noir. Mes chefs étaient tellement contents qu'ils m'ont envoyé pendant deux ans à l'université militaire.»

Il suit les cours de l’université du Hénan dont il sort en 1985. Il gagne  un prix littéraire, il peut ainsi devenir bibliothécaire puis suivre les cours de l’Académie d’art de l’Armée de libération où il rencontre un autre écrivain-militaire, Mo Yan .

Promu à Pékin en 1994, son premier livre est publié puis interdit ;  il est obligé de quitter l’armée en 2004 notamment en raison de ses textes érotiques et critiques à l'égard de la société chinoise et travaille alors à Pékin pour l’Association des écrivains.

Les deux livres qu’il  publie ensuite en 2005 seront également  censurés, ils sont publiés sans problème à Hongkong ou à Taiwan et sont aussi disponibles en Chine en éditions pirates.

autre source : Rue 89, Bertrand Mialaret

On trouve aux éditions Philippe Picquier :

Servir le peuple, 2006
Le Rêve du Village des Ding, 2007
Les Jours, les mois, les années, 2009
Bons baisers de Lénine, 2009
Songeant à mon père, 2010
Les Quatre Livres, 2012
La Fuite du temps, 2014


Dernière édition par animal le Mar 22 Juil 2014 - 21:12, édité 2 fois (Raison : màj source)
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Chatperlipopette
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MessageSujet: Re: Yan Lianke [Chine]   Sam 16 Aoû 2008 - 15:53

Servir le peuple


En ces temps olympiques, il s'avère nécessaire de mettre en avant des textes pas vraiment consensuels, histoire de souligner que tout n'est pas lisse comme souhaiterait le faire suggérer Pékin. C'est pourquoi "Servir le peuple" de Yan Lianke, roman interdit dès sa parution, me semblait tout indiqué.
Wu Dawang s'est engagé dans l'armée populaire afin de se montrer digne de la confiance de son beau-père qui lui a permis d'épouser Beauté après la signature d'un pacte....celui de gravir les échelons le plus vite possible pour obtenir la carte de membre du Parti et un hukou de citadin pour sa femme, promesse d'une vie meilleure loin des champs.
Wu Dawang devenu l'ordonnance du colonel de son régiment, est bien noté et a été promu sergent. Il s'occupe du ménage et du jardin du colonel ce qui lui permet d'échapper aux diverses corvées des soldats. En servant le colonel, Wu Dawang, maîtrisant parfaitement la dialectique du Parti et sachant réciter par coeur les 286 phrases de la pensée de Mao, sait qu'il sert le peuple...Servir le Peuple, slogan célèbre de la Révolution Culturelle (titre d'un discours de Mao en 1944, futur bréviaire des membres du Comité Central), un large univers qui s'avère être un vaste domaine pour Wu lorsque le colonel doit partir à un séminaire, pendant deux mois, et laisser sa jeune femme Liu Lian à la caserne. D'autant plus que dans la cuisine, Wu Dawang a trouvé une vieille pancarte sur laquelle est inscrit le fameux slogan Servir le Peuple. La pancarte se retrouve devenir un agent de communication entre Wu et Liu Lian pendant l'absence du colonel: dès que Liu Lian a besoin de ses services à l'étage (où se trouve la chambre conjugale), elle descend la pancarte de la table de la cuisine "...Et rappelle-toi: si la pancarte n'est plus sur la table, cela signifie que j'ai besoin de toi au premier étage." (p 27)
Une liaison amoureuse commence entre Wu Dawang et Liu Liang où l'envie de complaire à l'épouse de son supérieur, détentrice d'un pouvoir sur sa carrière voire sur sa vie tout court (un simple appel téléphonique, la moindre plainte relative au service de Wu et ce dernier se retrouve au plus bas de l'échelle), se mêle à un intérêt prosaïque...celui de décrocher ainsi de l'avancement et un hukou citadin pour sa femme et son fils. Très vite, Wu se rend compte qu'il enfreint les grands principes du Parti en trompant son épouse, en couchant avec l'épouse du colonel tel un minable capitaliste occidental! Il a honte de lui, se déteste et hait l'épouse de son colonel et tente de résister au rouleau compresseur des appétits sensuels de Liu Lian. Puis c'est la débauche et la décadence pure et simple (aux yeux du Parti) en glissant, avec volupté, dans les feux de la passion. Les deux amants découvrent la plénitude des désirs assouvis, des étreintes torrides et du pétillant de l'interdit dépassé. Aussi, Wu ne fait-il que son devoir: celui de servir le peuple conformément au slogan puisque servir un officier supérieur (et par conséquent l'épouse de ce supérieur) c'est servir le peuple! Une lumière de sentiments, de bonheur de vivre dans les ténèbres de la Chine totalitaire qui règlemente la vie intime de chaque citoyen. Le comble de l'iconoclaste est atteint lorsque, suite à une séance sensuelle débridée, la statue du Président Mao est brisée....comme le symbole de tous les tabous renversés par l'amour passionnel entre Wu et Liu, qui se comblent et re-comblent chaque nuit et chaque jour. C'est aussi l'annonce du glas de leur liaison même s'ils ne le formulent pas encore. D'ailleurs, une fois la statue brisée, c'est le déchaînement (à prendre dans tous les sens du terme!) dans le bureau où valsent les posters, les écrits de Mao pour terminer leur ronde dans un chaos indescriptible: "Je suis un élément contre-révolutionnaire "tout spécialement grand" qui mérite d'être fusillé deux fois!
Regardant autour d'elle, elle avisa sur le bureau le livre à couverture rouge, les Oeuvres choisies du président Mao Zedong. Elle fit un pas, saisit le trésor sacré, arracha la couverture, la jeta par terre et entreprit d'en déchirer les pages, une par une, avant de les froisser en boules dans sa main. Quand il ne resta que la page de garde portant la photo du président Mao, elle l'arracha à son tour, en fit une boule, la jeta par terre et la piétina en regardant Wu Dawang dans les yeux et en criant:
-Alors, finalement, de nous deux, lequel est le plus réactionnaire?"
(p 122 et 123)
Ce chapitre 9 est une telle longue suite d'actes plus contre-révolutionnaires, réactionnaires et iconoclastes les uns que les autres que ça en devient délicieusement pervers! Certains sont allés en camp de rééducation pour moins que cela....Lianke touche au plus profond de l'horreur pour un admirateur sans réserve du Comité Central: c'est de la haute rébellion et de la grande trahison! Le clou du chapitre est lorsque que Wu Dawang, à bout d'arguments contre-révolutionnaires et réactionnaires, prend "une cuvette sur laquelle était inscrit en caractères rouges le slogan Combattons l'égoïsme, critiquons le révisionnisme et, à l'aide d'un pinceau, peignit en noir sur les caractères rouges la formule Chacun pour soi." (p 124)
Le pouvoir érotique de la transgression des tabous est un élixir de jouvence vieux comme le monde: nos amants redoublent de sensualité dans leurs ébats ultimes après le chaos.
Comment ce huis-clos s'achève-t-il? Disons qu'il y a quelques petits arrangements entre amis afin d'étouffer le scandale et que l'ordre nouveau prôné par le Grand Timonier est loin d'être radicalement différent de l'ancien système politique impérial: le soldat d'origine paysanne reste modeste jusqu'au bout et lorsqu'il sert le peuple c'est au final la petite-bourgeoisie qu'il sert. Les ambitions et les manigances sont les mêmes, sous d'autres couleurs et d'autres noms. La fin du roman est étonnante et mystérieuse: on reste étrangement dans l'attente d'un quelque chose qui ne viendra pas, une réponse précise que tout imaginaire se garde bien d'offrir.
Un roman grinçant où la satire est derrière chaque mot, chaque phrase: un véritable florilège de détournement de sens des slogans en vogue lors de la Révolution Culturelle. Un auteur à découvrir, à lire et à suivre, donnant une autre image que celle véhiculée par les JO 2008!

NB: Lianke a écrit un autre roman qu'il n'a même pas tenté de publier en Chine "Le rêve du village Ding".
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kenavo
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MessageSujet: Re: Yan Lianke [Chine]   Lun 20 Avr 2009 - 18:54

Yan Lianke : "Se débarrasser des contraintes de l'esprit"

Le Monde des Livres | 16.04.09 |
Raphaëlle Rérolle


L'affaire est si nouvelle qu'il en a l'air le premier surpris. Depuis deux mois tout juste, Yan Lianke enseigne à l'université du peuple de Pékin. Encore qu'enseigner soit sans doute un grand mot : son emploi du temps, visiblement, n'est que peu contraignant, pour ne pas dire complètement aérien. Et lui ne cherche nullement à faire croire le contraire. "Je viens quand je veux", reconnaît en souriant l'écrivain, qui a tout de même donné rendez-vous dans un café proche de l'université, à vingt minutes en taxi du centre de la capitale.

Drôle de contrat, pour une drôle de situation : celle d'un romancier très doué, surveillé de près par la censure, mais aussi protégé par l'Association des écrivains pékinois, qui l'a, dans le passé, mis au vert pour l'éloigner des pressions exercées par le pouvoir. L'exercice d'équilibrisme est étrange, à l'image de la Chine contemporaine. Alors que son nom vient d'être retiré de la liste officielle des invités à la Foire de Francfort, en octobre 2009, il est incité à enseigner à l'université. Et peut continuer d'écrire ses livres, qui connaissent tour à tour des destins incertains : quelques-uns sont toujours interdits, tandis que d'autres, non seulement paraissent, mais sont en passe d'être adaptés au cinéma.

Ainsi vont les choses, dans cette Chine du XXIe siècle. Yan Lianke ne s'en vante pas, ni ne s'en plaint particulièrement, c'est la vie - enfin, la vie dans un pays où les romanciers vivent en liberté plus ou moins surveillée. Et lui peut-être plus que les autres : "Je suis l'auteur le plus contesté de Chine", affirme-t-il simplement.

Né en 1958 dans la campagne du Henan, près de la ville de Luoyang, "monsieur Yan", comme dit l'interprète, est d'un naturel hypersensible et tenace. La même force inouïe qui lui a permis d'échapper à sa condition de paysan l'incite aujourd'hui à exercer ce qu'il tient pour sa responsabilité d'artiste et d'intellectuel : faire oeuvre de mémoire et dire la vérité, tout en s'arrachant aux modèles littéraires imposés.

Développer sa propre voix, sa propre voie. Tout enfant, Yan Lianke a mis la main sur un trésor. "Ma soeur aînée étant malade, j'allais à la bibliothèque emprunter des livres pour elle. Et puis un jour, j'ai lu le livre d'une femme nommée Zhang Kang Kang, un roman de propagande, sans doute son plus mauvais. Pourtant, elle disait une chose qui m'a retourné : grâce à ses livres, elle avait pu quitter la campagne."

De ce jour, la messe est dite. Dans les rares heures de liberté que lui laissent les travaux agricoles, Yan Lianke écrit. La veille du Nouvel An, le soir, quand tout le monde est couché, quitte à se faire mal voir par sa famille, laquelle lui reproche de gaspiller l'huile de la lampe. Chez lui, tout le monde est aux champs, ses parents sont illettrés, l'avenir est scellé dans le passé : "Selon la tradition chinoise, explique-t-il, le fils de paysan doit devenir paysan à son tour." Aujourd'hui encore, sa mère ne sait ni lire ni écrire.

Il faut donc tordre le bras au destin. Yan Lianke choisit d'entrer dans l'armée, comme des millions de jeunes soucieux d'échapper à la condition paysanne. Là, il suit des études par correspondance, rédige les discours de ses chefs et accède au rang très envié de "secrétaire du département politique" de son régiment. Un jour qu'il écrit des slogans à la craie, sur un tableau noir, l'un des cadres de l'armée remarque sa calligraphie. C'est l'ancien secrétaire de la femme de Mao. "Quand je lui ai raconté que j'avais déjà écrit un roman, il m'a suggéré de le lui montrer, raconte monsieur Yan. Alors, j'ai appelé chez moi en demandant qu'on me l'envoie, mais mon frère m'a répondu que ce ne serait pas possible : il avait fait très froid cet hiver-là et on avait manqué de bois pour la cheminée. Le manuscrit avait servi à chauffer la famille."

Une blessure ? Yan Lianke hausse doucement les épaules. "C'était un roman révolutionnaire, un de plus, personne n'avait besoin de cela. Au contraire, cela fut le vrai début de ma création." Des nouvelles, d'abord, qui paraissent dans un journal militaire, puis un texte un peu plus long, à la fin de la guerre sino-vietnamienne de 1984. Récit d'une désertion, Petit village petite rivière échappe curieusement à la censure et passe entre les mains des soldats encore postés à la frontière, qui le dévorent avec passion. "A partir de là, j'ai écrit des romans ruraux et d'autres liés à la vie militaire", explique l'auteur, qui fit partie de la "troisième vague" des écrivains militaires, en même temps que le célèbre Mo Yan.

Mais la vérité lui brûle les lèvres. Or en Chine, "très peu d'oeuvres osaient dire la vérité. Les livres qui évoquent des sentiments réels n'avaient pas vraiment leur place". En 1994, son roman Le Soleil couchant de l'été est censuré, parce qu'il osait "ne pas décrire les cadres de l'armée comme des héros". Puis vient un autre, mi-réaliste, mi-fantastique, "plein d'humour noir et d'ironie sur la société chinoise", dit l'auteur - censuré lui aussi. Monsieur Yan est obligé de rédiger des centaines de lettres d'autocritique, puis, en 2004, il est limogé de l'armée. En 2005, enfin, c'est le crime de lèse-majesté : dans le formidable Servir le peuple (Philippe Picquier, 2006), il ose décrire les ébats d'un jeune soldat de l'Armée populaire de libération avec la femme de son supérieur. Et comment ces deux-là découvrent, en renversant par mégarde un buste de Mao, que le fait de briser des symboles du régime décuple leurs ardeurs.

Le livre est toujours interdit, comme l'est aussi Le Rêve du village des Ding (Philippe Picquier, 2007), qui a cependant été écoulé à 80 000 exemplaires en deux jours, juste avant d'être retiré du marché. Roman bouleversant : Yan Lianke y décrit la vie d'un village ravagé par le sida, dans la province du Henan où se pratiquait le commerce du sang. Face à cette tragédie véridique, l'écrivain a voulu "assumer sa responsabilité d'intellectuel vis-à-vis de la nation, exprimer ses doutes" et retenir, par la littérature, ce que l'histoire risquait d'oublier. "Celui qui ne prête pas d'attention à sa terre et à ceux qui y vivent n'est pas un grand écrivain." Au risque d'encourir les foudres du pouvoir, mais là n'est plus son souci.

Ce qui lui importe, désormais, c'est de "se débarrasser totalement des contraintes de l'esprit : quitter les styles académiques, qu'ils soient poétique ou réaliste, pour exprimer sa propre personnalité". S'affranchir de la censure intérieure, la plus sournoise - autrement dit, se rendre libre par le style autant que le contenu, comme le sont tous les vrais écrivains. A commencer par lui.


source: ici

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Cachemire
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MessageSujet: Re: Yan Lianke [Chine]   Mar 21 Avr 2009 - 19:14

Très intéressant ! Merci de nous faire découvrir cet auteur ! Very Happy
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domreader
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MessageSujet: Re: Yan Lianke [Chine]   Ven 28 Aoû 2009 - 18:48

Le Rêve du Village des Ding
Yan Lianke


Dans l’immense plaine du Henan, il y a le village des Ding. C’est ainsi qu’on le nomme parce que le grand-père Ding y a toujours été chef de village. Dans le village, il y a le fils Ding aîné, celui-là c’est le pire. C’est celui qui sait profiter de toutes les opportunités pour s’enrichir. Et tout d’abord, comme il a repéré que les autorités avait fait un appel officiel pour la collecte du sang, il s’organise pour collecter le sang et ensuite le revendre. Les paysans du village et de tous les villages de la plaine, sont pauvres très pauvres et ils viennent vendre leur sang, pour se faire construire une vraie maison, le plus souvent ou pour s’acheter des choses superflues qu’autrement ils ne pourraient jamais se permettre. Mais ce qu’ils ne savent pas c’est que l’aîné des Ding n’est pas très scrupuleux, et qu’il ré-utilise aiguilles et tampons alcoolisés pour plusieurs clients. Après quelques mois, années, tous tombent malades tour à tour, et commencent à mourir, à tomber comme des mouches.
La vie s’organise autour des nombreux malades et le grand-père rassemble tous les malades à l’école où il a longtemps enseigné, pour les soigner, et les assister jusqu’à leurs derniers instants. Il essaie de compenser l’irresponsabilité de son fils en quelque sorte.
Mais le fils aîné n’en reste pas là, plus tard, devant la pénurie de cercueils, il s’arrangera pour s’enrichir encore et les vendre aux habitants, puis enfin il organisera des mariages virtuels, jouera le rôle d’entremetteur pour les jeunes qui sont morts avant d’avoir pu trouver l’âme sœur. Il ne recule devant rien, et n’a aucun scrupule pour s’enrichir, encore et encore, juste pour amasser une fortune,

‘Il (le grand-père) était debout devant son fils dans la chambre où étaient entassés les billets. Il demanda :
- Il y en a pour combien ?
Mon père répondit en riant :
- Je n’en sait rien.
Mon grand-père réfléchit un instant :
- A quoi ça sert d’avoir plus d’argent qu’on en a besoin ?
Mon père eut l’air gêné.
- Cette maladie ne semble pas vouloir s’arrêter. Alors que puis-je faire ?’

Mais le destin qui l’a déjà frappé durement, le rejoindra bientôt, dans un dénouement que l’on pressent.

Un livre intéressant, non par le style mais par l’ambiance, l’endroit où il nous transporte – au milieu du monde rural chinois, et aussi le type de narration puisque l’histoire est racontée par le petit-fils décédé du vieux Ding. Il est riche de situations, de retournements, de rêves, de poésie parfois aussi. L’auteur n’est pas tendre envers ses compatriotes, ni envers les autorités mais il garde un regard très humain sur les hommes, sur leurs petites et leurs grandes actions. Bien sûr ce livre est interdit en Chine, et d’ailleurs je crois que l’auteur est maintenant interdit d’écriture, tout simplement. Pourtant ses livres se sont arrachés lors de leurs sorties jusqu’à ce qu’ils soient retirés de la vente. Ici il traite du/des scandales étouffés du SIDA en Chine qui ont fait des centaines de milliers de morts.

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tom léo
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MessageSujet: Le Rêve du Village des Ding   Mer 21 Juil 2010 - 23:09

Le Rêve du Village des Ding

Alors j`aime faire remonter ce fil, même si je n`ai pas grande chose a ajouter. Je viens de lire ce roman, qui lie des éléments de rêve, des descriptions poétiques, une langue imagée avec une histoire réaliste, réelle, triste.
Ce sont les prises de sang incontrôlées qui ont provoquées le SIDA dans des vastes régions de la Chine, drame qui fut tu par le régime. Le sang, contrairement aux plupart des pays de l`Europe, est « acheté » (au-delà de la genèse du SIDA dans ce livre on pourrait se demander du bien-fondé d’une telle pratique et des déviances possibles).

En allemand on avait traduit avec „Le rêve de mon grand-père », car cela semble plus attirant ? Plus personnel? En fait le titre français (où sont les Chinois pour nous aider ? Titre original: « Ding zhuang meng « ) semble plus proche: il s’agit du rêve de tout un village. Rêve de richesse d’abord ?

Depuis le début du roman le ton est donné: le drame se montre cruellement dès les premiers pages. Dans des images on parlera de la désolation, de la fièvre, de la mort. Même si plus tard on nous rappellera par des retours en arrière, des rêves brièvement la genèse de l’épidémie, l’essentiel du roman sera ailleurs : comment la population, et les acteurs divers, vont réagir face à la maladie ? Aussi bien ceux qui en souffrent que ceux qui l’ont provoqué ? Ceux qui sont responsable, et ceux qui se sentent responsable ? Ils sont peints dans leurs facettes différentes : les « malades » cherchent une certaine communion (qu’ils ne trouvent plus chez les « sains »), mais ils sont aussi capables de jalousie et vol… Et le grand-père, personnage tragique, était bien au début coresponsable des prises de sang, mais devient plus tard un homme qui cherche à remédier…

Pour longtemps l’auteur n’a pas été connu pour une critique du régime résolue, mais dans sa demande d’informer le peuple de la situation au Hénan chinois, il n’a pas trouvé un écho officiel. Donc son roman paraît comme un monument pour les morts de ce désastre. On sent que quelqu’un a écrit avec toute sa force intérieure, comme il dit : avec le sang de son cœur.

Il utilise beaucoup d’images, de comparaisons de la nature. Aussi l’omni-présence des couleurs sautent aux yeux, surtout du rouge…

Peut-être il aurait été utile (je parle au moins de l’édition allemande que j’ai lu) d’ajouter quelques notes sur certains rites chinois et allusion du contexte culturel ?

Un livre important sur un sujet grave…


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mimi54
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MessageSujet: Re: Yan Lianke [Chine]   Dim 14 Avr 2013 - 22:40

Le rêve du village des Ding

Chronique d’une catastrophe sanitaire annoncée ; Tel pourrait être le sous-titre de ce livre. La Chine n’a pas été épargnée par l’épidémie de SIDA, mais elle l’a très longtemps niée. Et pourtant, elle n’était pas exempte de pratiques odieuse et répugnantes qu’elle a tues.
Si ce roman est une fiction, il n’en est pas moins le reflet de ce qui s’est pratiqué en Chine.
Durant les années 90, nous assistons à la lente agonie d’un village dont les habitant ont, presque tous vendu leur sang avec l’assentiment des autorités. Cette histoire met parfaitement en lumière l’innocence et le dénuement de ces gens qui se sont laissé berner par quelques-uns rongés par la cupidité et le désir d’enrichissement facile.

Ecrit dans un style simple, ce roman a pour narrateur un jeune garçon, le fils du vieux Ding qui sera le seul épargné… et pour cause !!!
Ce roman a le mérite de parler des choses qui fâchent, et aura valu à son auteur bien des ennuis avec les autorités chinoises qui lui interdisent toute sortie du pays. Bien entendu ce livre, comme les autres de l’auteur, est interdit en Chine… comme c’est bizarre ….
Une lecture qui ne peut laisser indifférent, malheureusement toujours d’actualité.
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MessageSujet: Re: Yan Lianke [Chine]   Mar 22 Juil 2014 - 15:59



Songeant à mon père : YAN Lianke. - Picquier


Je vais lire prochainement ce livre qui est un bijou éditorial.

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MessageSujet: Re: Yan Lianke [Chine]   Mar 22 Juil 2014 - 20:07

Je pense aussi lire très prochainement ce recueil , une écriture dans la même veine semble-t-il que Les jours, les mois et les années que je viens de terminer.
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MessageSujet: Re: Yan Lianke [Chine]   

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