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 Réjean Ducharme

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Caro
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MessageSujet: Réjean Ducharme   Ven 9 Mar 2007 - 16:09



Il n'y a qu'une photo de Réjean Ducharme en circulation depuis plusieurs années. C'est un auteur plutôt énigmatique qui refuse systématiquement toutes les entrevues, et ce, depuis la parution de son livre, lorsqu'il avait 24 ans, en 1967.

C'est un auteur qu'on associe inévitablement à la Révolution tranquille, puisque ses textes rejettent les formes traditionelles de la littérature québécoise et présenent des thèmes propres à cette époque: identité, affirmation, quête.

La langue de Ducharme est toujours ludique, composée de plusieurs néologismes et mots valises. Les personnages présentés sont souvent des enfants ayant tout le mal du monde à se figurer dans un monde adulte, dans la solitude et l'isolation, mais aussi dans la folie et les fous rires.

Le roman le plus cité et le plus lu de Ducharme est sans doute L'Avalée des avalés qui met en scène une fillette née d'un père juif et d'une mère catholique et qui ne comprend pas son identité et qui n'arrive justement pas à être confortable dans le monde qui l'entoure. La confusion de sa double identité est accentuée par une décision un peu absurde des parents. Ceux-ci avaient décidé d'élever un enfant sous la religion du père et l'autre sous celle de la mère. Frère et soeur ne partagent donc pas les mêmes rites, les mêmes dogmes et ne créent pas des liens aussi forts avec le parent qui ne pratique pas la même religion. La narration est assurée par Bérénice, qui bien qu'élevée en fille juive par son père, préfère sa mère et aimerait mieux aller à la messe avec son frère. Ce n'est pas le roman le plus joyeux du monde puisque la narratrice est en malaise constant dans sa peau, dans sa famille et partout, mais la langue poétique et ludique diminue de beaucoup la lourdeur de l'histoire. J'ai vraiment beaucoup aimé ce roman.

L'écriture de Ducharme est très riche et stimulante, bien qu'elle exige de l'attention et certains efforts de lecture.

Ducharme a également écrit d'autres romans et des pièces de théâtre.
Les romans les plus connus sont: L'Hiver de force et Le nez qui voque.

En théâtre, il a entre autres écrit Ines Pérée et Inat Tendu, Ha!Ha! et Le Cid Maghané adaptation libre dans la langue mais fidèle dans le propos de la pièce de Corneille.

Est-ce que quelqu'un a déjà lu Ducharme ou entendu parler de?

Ah oui! Il a aussi écrit des paroles pour Robert Charlebois un chanteur rock québécois, il a fait quelques tournées en France, peut-être que certains le connaissent...
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sousmarin
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MessageSujet: Re: Réjean Ducharme   Ven 9 Mar 2007 - 17:44

Charlebois, il est plutôt connu mais je ne connaissais pas du tout Réjean Ducharme, je le note et regarderais à mes 2 médiathèques si je peux dénicher quelque chose…

Il est à noter que L'Avalée des avalés fut mis en nomination pour le prix Goncourt.
Pour en savoir plus : Cliquez ici
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Caro
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MessageSujet: Re: Réjean Ducharme   Ven 9 Mar 2007 - 19:07

Dans l'une de ses préfaces je crois, Réjean Ducharme terminait par cette phrase qui explique un peu pourquoi il se tient loin de la machine médiatique et littéraire:
"Je ne suis pas un homme de lettres, je suis un homme."
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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Réjean Ducharme   Lun 7 Déc 2009 - 6:25

Réjean Ducharme... je suis après rédiger un travail de réflexion d'un dizaine de pages concernant sa poétique et portant sur Gros Mots, le dernier ouvrage paru sous son nom de plume en 1999.

Ducharme est également un artiste, ayant exposé certaines de ses oeuvres "Pop art" sous le nom de Roch Plante. Quelqu'un plus haut disait mot-valise... "Le nez qui voque" en est un... Sorte d'équivoque, Ducharme appelle à une certaine renaissance.

J'aurais une question dans le cadre de mon travail. Comment Ducharme réussit sa synthèse intertextuelle proustienne dans le cadre de Gros Mots tout en récupérant la référence balzacienne?
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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Réjean Ducharme   Sam 23 Jan 2010 - 11:18

Ducharme, Ducharme... depuis la lecture d'un mémoire universitaire, j'ai complètement saisi ce qui a donné la complexité du paysage des écrivains québécois de la Révolution tranquille. Sans Ducharme, Aquin n'aurait probablement pas été aussi ambitieux dans une certaine mesure. Consacré en 1965, il fut vite éclipsé par l'absence même de Ducharme sur la scène littéraire. Il n'en reste pas moins que Ducharme fut un homme avant même de se constituer en lettres et mots de force.

Je vous laisse quelques extraits de mon travail de dix pages et demi qui a été bien noté. Ce n'était que l'esquisse d'une certaine démarche à prolonger. Il me reste Les enfantômes à acheter pour pouvoir dire que je possède tous les romans de Ducharme, et ma copine a l'ouvrage écrit de la pièce de théâtre Ha Ha!... alors que j'en ai aucun.

Au plaisir de vous laisser lire ceci :

«« Je me hortensesturbe ». Je décide de « maghaner » la langue française. Telle est la démarcation laissée par l’œuvre de Réjean Ducharme.

[...]

En se jouant d’une certaine rhétorique, Ducharme la consacre telle une langue de bois qui s’auto-réfute. Prétextant le refus du politique, Ducharme n’en assume pas moins et esquisse notamment la peur de l’œuvre, inscrit son renversement même et ose dans le sens de l’absence de quelque maître.

[...]

Après avoir publié sa première œuvre connue – L’Avalée des avalés – dans le faste de la renommée internationale en 1966 et de la nomination au prix Goncourt, Réjean Ducharme a publié certains romans d’un premier cycle, quelque peu identifié comme sa jeunesse littéraire, soit L’Océantume, Le nez qui voque et La fille de Christophe Colomb. L’hiver de force paraissait ensuite en 1973, ouvrage de maturité. Finalement, avant une première longue pause, Les enfantômes sort en 1976. Trois ouvrages concluent le portrait au cours des années 1990 : Dévadé (1990), Va savoir (1994) et Gros mots (1999). De fait, 33 années se passent entre le premier et dernier ouvrage reconnu de l’auteur lors de deux années charnières et symboliques : 1966 et 1999. Assistons-nous à un certain renversement de perspectives ? Chose certaine, l’œuvre ducharmienne, qui s’inscrit dans une certaine continuité, est disruptive de par sa nature et bien qu’inscrite dans le cadre de la Révolution tranquille, elle présente des prépositions divergentes fondatrices d’une certaine révolution à assumer, au-delà même des mots et dans la violence de la chair et du corps social.

[...]

[À propos de Gros Mots]

Question de replonger dans le roman, il est important de noter l’indécision quasi-perpétuelle de Johnny et sa propension à répéter son va et vient, quitte à verbaliser son « va-tout ». La Petite Tare comble un certain besoin d’intimité de sa part, de même que le désir de Johnny, ou du moins sa sensation d’être désiré. À un moment précis, Johnny retrouve le cahier d’un dénommé Walter. Celui même ayant quelque chose à écrire trouve l’alter ego nécessaire pour nourrir son besoin d’aventures. Dans la littérature mondiale, l’écrivain français André Gide a réalisé certains apprentissages d’écrivain en écrivant Les cahiers de Walter. La trace mystique de la quête qui se profile entre les lignes du cahier incite au renvoi à Nelligan : « D’autre part, les personnages révoltés et engagés dans l’acte de se dire sont ceux qui font entendre la voix nelliganienne de manière allusive et comme parasitée, reconvertie par leur propre voix. »

[...]

La mise en scène de la découverte du cahier, des conversations qui s’ensuivent et des visites au bar permettent à Johnny et la Petite Tare de découvrir les péripéties de l’histoire narrée entre Walter et Bri. Ce cahier réinscrit l’oscillation vitale, la béance même de la voix et de l’état de la langue. Les mornes existences des protagonistes figurent l’évidence même d’une fuite mentale, de la sensation d’une perte nécessaire et la nécessité de se retrouver dans la quête esquissée. La résistance devient l’honneur même des personnages tiraillés entre leur envie de vivre et leur tentation de rester dans l’immobilité, l’indéterminé et l’irréalisation.»
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bix229
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MessageSujet: Re: Réjean Ducharme   Sam 23 Jan 2010 - 15:12

Réjean Ducharme est un de mes romanciers préférés.
Son syle est merveilleux d' invention verbale, de profondeur psychologique et humaine.
Très peu de gens ont su parler des enfants comme lui, de leurs problèmes, de leur solitude.
Et aussi des adultes en mal d' enfance mal vécue, mal digérée.
En mal d' amour partagé...
Bref, je ne comprends pas qu' un écrivain aussi doué et talentueux
n' ait pas la place qu' il mérite dans nos bibliothèques mais surtout dans nos coeurs.
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bix229
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MessageSujet: Re: Réjean Ducharme   Sam 23 Jan 2010 - 15:36

Réjean Duchame est connu et reconnu, mais comme Salinger ou Pynchon,
il refuse tout inerview ou photos.

Volilà ce qu' il déclarait à 24 ans :

Je ne suis né qu' une fois. Cela s' est passé à Saint Félix de Valois,
dans la province de Québec.
La prochaine fois que je mourrai, ce sera la première fois.
Je veux mourir verticalement, la tete en bas et les pieds en haut.


A l' école, j' étais toujors le premier parti. je n' y allais pas souvent et je restais le moins possible...

J' ai souffert six mois à l' Institut Polytechnique de Monréal.
Enfin délivré, je me suis pris pour un commis de bureau, mais ceux

qui embauchent des commis de bureau ne veulent pas me prendre
pour un commis de bureau...
Un mois sur deux, je suis en chomage.

J' ai été dans l' Arctique avec l' Aviation Canadienne. Personne ne veut me croire.
Je dis "J' ai été dans l' Actique". Ils répondent "Pas vrai."...


J' ai vingt quatre ans. Je n' ai plus toutes mes dents. Et cela
m' écoeure.

Je ne me suis pas marié une seule fois encore.
Les femmes ne veulent pas se marier avec moi. Si elles avaient voulu, je me serai marié tous les jours et aujourd' hui, j' aurais à peu près 5768 enfants.
S' il n' y avait pas d' enfants sur la terre, il n' y aurait rien de beau.
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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Réjean Ducharme   Sam 30 Jan 2010 - 8:27

Je viens de me procurer le sus-pendant Les enfantômes de Réjean Ducharme, celui même qui constitue le JD Salinger québécois et toujours vivant à ce jour. Enfin, le temps de mieux réattaquer un format poche libidineux, je me contente d'une couverture placide du gros format Gallimard imposé pour l'exercice. Au plaisir de vous redonner des nouvelles éventuellement, suite à mes lectures ducharmiennes.
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colimasson
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MessageSujet: Re: Réjean Ducharme   Mer 27 Aoû 2014 - 20:11

Va Savoir (1994)


Va Savoir… oui mais quoi ? Impossible de susciter le moindre souvenir de ce livre quelques mois après sa lecture. Une vague histoire d’amour…banale, à peine belle, vaguement drôle. Avec du potentiel pourtant, mais une manière de raconter qui sonne faux et qui tombe souvent à plat. On a beau vouloir laisser aller son cœur aux charmes des complications humaines, si la grammaire ne convainc pas, impossible de succomber. Rémi raconte son histoire à la première personne mais il ne semble jamais plus savant qu’un narrateur perdu dans la brousse, et cette discordance anéantit toute illusion. Ne restent plus que les allusions maladroites à une libération féminine plus sordide qu’exaltante :


« En petite culotte et tétons armés, elle jouit de tout son long de son gazon frais coupé. Elle va droit au but, sans se faire suer, pour rien ni pour personne. »


Les femmes libérées offrent aux hommes le droit de bander plus dur, et de passer pour des poètes (chancelants) : « Quand je ne saurai plus ce que je fais, je saurai que c’est ce qu’il faut que je fasse. »


Réjean Ducharme fait preuve de bonne volonté et voulait certainement exprimer les fantasmes de libération de son époque, mais il se dirige en tâtonnant dans une direction qu’il discerne encore mal.



Quand ça se veut rigolo :  

Citation :
« Plus on est de fous moins on baise en missionnaire. »


Quand ça se veut tragique :

Citation :
« Comme quoi on peut se quitter tout de suite après qu’on s’est promis qu’on ne se quitterait plus jamais. »


Quand ça se veut organique (et là, c'est plutôt intéressant) :

Citation :
« Tu es si spéciale et tu as un sternum si ordinaire, avec une fourchette au sommet, où le doigt s’enfonce, et une cuiller en bas, qui plie, qu’on craint de casser. »


peinture de John Currin, Entertaining Mr. Acker Bilk, 1995

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MessageSujet: Re: Réjean Ducharme   Sam 6 Sep 2014 - 6:36

Délicieux comme critique, Colimasson.

Je me permets de commenter un extrait de cette dernière :

Colimasson a écrit:
On a beau vouloir laisser aller son cœur aux charmes des complications humaines, si la grammaire ne convainc pas, impossible de succomber. Rémi raconte son histoire à la première personne mais il ne semble jamais plus savant qu’un narrateur perdu dans la brousse, et cette discordance anéantit toute illusion.

En quelque sorte, Réjean Ducharme trouve ses lignes de force en s'extrayant de toute nécessité de justement plaire par la grammaire. Le plaisir de lire Ducharme se trouve au-delà. Oui, il y a une part de discordance. Il faut justement comprendre que cette «discordance» se trouve au coeur du projet littéraire québécois qui a un destin particulier. C'est pas mal déroutant par bouts mais pour qui connaît Beckett, Vian et consorts, le terrain aurait été, semble-t-il, déjà déblayé.

À sa manière, Ducharme incarne le refus de sortir de l'enfance, de l'émerveillement... mais c'est plus subtil encore que cela je crois.

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MessageSujet: Re: Réjean Ducharme   Sam 6 Sep 2014 - 16:20

D' accord avec toi, JHB. Il y a chez Ducharme  une sensibilité à fleur de peau qui m' a immédiaement
touché.Et qui continue à le faire...Et qu' elle est animée par la langue et au delà.
On le sent ou non, je crois.
Peut etre parce que j' ai gardé de l' enfance quelque chose d' irréductible  et qui serait plutot un
moteur sensible plus qu' une fixation tardive et infantile.

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MessageSujet: Re: Réjean Ducharme   Dim 7 Sep 2014 - 21:51

Question de sensibilité, c'est sûr... pour moi, ce n'était pas assez puissant.

jack-hubert bukowski a écrit:

En quelque sorte, Réjean Ducharme trouve ses lignes de force en s'extrayant de toute nécessité de justement plaire par la grammaire. Le plaisir de lire Ducharme se trouve au-delà. Oui, il y a une part de discordance. Il faut justement comprendre que cette «discordance» se trouve au coeur du projet littéraire québécois qui a un destin particulier. C'est pas mal déroutant par bouts mais pour qui connaît Beckett, Vian et consorts, le terrain aurait été, semble-t-il, déjà déblayé.

Et pourtant, j'aime beaucoup Beckett et Vian (quoique, ce dernier avait déjà fini par m'agacer, au fil du temps...)
Typique à la littérature québécoise ? ça expliquerait alors pourquoi je reste souvent hermétique aux auteurs et poètes que tu nous fais découvrir. Oui, ça ne me parle pas beaucoup... bon, c'est comme ça.

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MessageSujet: Re: Réjean Ducharme   Sam 20 Sep 2014 - 6:36

colimasson a écrit:
Question de sensibilité, c'est sûr... pour moi, ce n'était pas assez puissant.

jack-hubert bukowski a écrit:

En quelque sorte, Réjean Ducharme trouve ses lignes de force en s'extrayant de toute nécessité de justement plaire par la grammaire. Le plaisir de lire Ducharme se trouve au-delà. Oui, il y a une part de discordance. Il faut justement comprendre que cette «discordance» se trouve au coeur du projet littéraire québécois qui a un destin particulier. C'est pas mal déroutant par bouts mais pour qui connaît Beckett, Vian et consorts, le terrain aurait été, semble-t-il, déjà déblayé.

Et pourtant, j'aime beaucoup Beckett et Vian (quoique, ce dernier avait déjà fini par m'agacer, au fil du temps...)
Typique à la littérature québécoise ? ça expliquerait alors pourquoi je reste souvent hermétique aux auteurs et poètes que tu nous fais découvrir. Oui, ça ne me parle pas beaucoup... bon, c'est comme ça.

C'est une littérature qui est difficile à assumer, Colimasson. J'y viens. Les thèmes abordés au coeur de cette même littérature sont assez troublés et contrastés. Il y est souvent question de mort, de froid et d'os... Je ne saurais trop te dire comment cette mécanique s'exprime dans le concret mais déjà en lisant Le tombeau des rois d'Anne Hébert et la poésie d'Octave Crémazie, nous comprenons mieux l'ancrage de cette littérature pas toujours facile à aborder. Une fois qu'on y est, on n'en ressort plus... content

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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Réjean Ducharme   Dim 13 Sep 2015 - 21:53

Va savoir

Comme disent nos cousins Québecquois je crains d’être tombée en amour  pour cet auteur.

Rémi, le narrateur, aime les femmes, sa femme d’abord qui ne s’est jamais aimée et qui à la suite d’une double fausse couche part courir le monde en compagnie de Raïa l’ancienne maîtresse de Rémi lequel  lui a confié Mamie  pour lui redonner le goût de l’amour et la ramener auprès de lui.

Pendant ce temps Rémi restaure une veille maison qui accueillera sa Mamie quand, enfin,  si elle revient ; elle lui a dit en partant « la vie il n’y a pas d’avenir là dedans faut investir ailleurs ».
Rémi lui s’investit dans l’amour, celui qu’il garde pour Mamie, celui qu’il prend de Jina et Mary ses voisines mais surtout celui de Fanie la fillette de Mary, c’est  d’ elle d’ailleurs qu’il recevra après tant de complicité, de jeux  le plus grand mépris.

Mamie s’ingénie à se perdre, à se gommer  de la vie,  de celle de Rémi et des autres ; elle le fait si bien que même Raïa avoue à Rémi qu’elle l’a perdue complètement.

Comme il le dit à Hubert le mari de Mary, Rémi est un panier percé, il perd les femmes qu’il  aime. Il avait investi, il a compris qu’il ne le fallait pas. Hubert, le mari de Mary  (qui lui perd sa vie) lui accorde à sa succession,  le cœur de Mary.  

Va savoir ?



Ces portraits de femmes sont superbes . Le langage m’a surprise dans les premières pages mais quelle force , quel coup au cœur ces phrases. J’aime cet homme qui met ses sentiments à nu, qui lit si bien les femmes et  a su conquérir Fanie qui ne s’était pas ouverte à la vie.


Extraits

Fanie :

« Elle me prend par la main. Je me laisse mener. On ne peut pas résister,  des doigts si menus, si délicats, ce n’est pas humain. On est saisi par la grâce et remis à sa place, au règne inférieur où  on s’élève en grandissant. On est tout organes et tout infections, elle est tout art. On râle, elle rêve.  On a des mangeoires, des lavoirs, des histoires, des boudoirs, des baisoirs, des histoires où les ranger, des maîtres équipés pour nous y tenir et mieux nous rançonner. Elle n’a rien , elle est tout ce qu’elle a. »

« Et ça l’avait épuisée. Ou elle me faisait un numéro, pour se faire porter. Je ne me suis pas fait prier, je l’ai juchée sur mes épaules, et je ne sais pas ce que ça m’a encore fait comme effet, si j’étais heureux de l’avoir, ou malheureux qu’elle ne soit pas à moi. »

« C’est à ce moment que le petit miracle instantané s’est produit. C’est en tout cas l’effet que m’ a fait ce que j’ai pris dans mes bras quand Fanie a réussi à s’échapper et qu’elle m’a escaladé pour que je la sauve… Le monde entier comprenait de quel prix je paierais un autre écart de loyauté : il ne s’en est pas mêlé. »

Raïa :
« Elle veut visiter la vie, fourrer son nez délicat, aux parois frémissantes, où ça fermente. Il faut que ça souffre et ça sacre, se caresse et se salisse, sinon ça l’assomme.

Dali le chien : « Dali finit par la trouver sympathique aussi malgré les accrocs de leurs premiers contacts. Il la raccompagne en prenant ses coordonnées avec son nez, il sait tout de suite où les trouver. Il ne faut pas s’attacher aux gogo-girls qui ont du cran, elles sont trop portées à se ramasser dans un fossé avec du plomb dans le compteur. »

Mamie :
« Pour moi, il y en a une, une seule, et c’est bon de la perdre une fois de temps en temps, de courir le danger de la chercher encore, trouver sous quel visage elle s’est encore cachée. Qui risque rien n’ a rien, et c’est à ne souhaiter à personne, encore moins à la personne qu’on a qu’à la personne qu’on est… »

« Je te prends les doigts et te les mords, te les mange un par un comme je faisais à Raïa parce que tu m’en donnais envie et que tu confisquais les tiens, pas assez soignés, assez élégants pour être adorés, tu leur trouvais des cuticules, un air trapu, bossu, tordu, tout ce qui pouvait t’arranger… »

« Si tu disparais ainsi tu m’auras quitté en me serrant dans les bras de Raïa, et pour le fou d’amour que je suis c’est l’image idéale pour tracer une croix. Tu aurais fait exprès que ça ne me surprendrait pas. Tu auras fait ton gros possible , une dernière fois. Je te demande pardon  de t’avoir demandé ce que tu ne pouvais plus donner mais je sais pas si ce n’est pas moi qui ne te pardonne pas. Tu m’as dévoyé finalement, disqualifié, empêché d’accomplir ma sale petite  besogne de vivant. »

Jina et Mary : « Je les aimais de plus en plus sans le leur faire payer et ça leur faisait de plus en plus plaisir sans que ça paraisse. Histoire d’essuyer mieux les plâtres, on a combiné un de nos fameux pique-niques. »


Ps : Coli ce sont les « ça » qui t’ ont agacée ?

_________________
Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour soi est un esclave. » Friedrich Nietzsche


Dernière édition par Bédoulène le Lun 14 Sep 2015 - 18:00, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Réjean Ducharme   Dim 13 Sep 2015 - 22:27

Ravi ! Je suis ravi, Bédou ! J' avais parié avec moi-même que ce livre te plairait. Et beaucoup !
J' ai aimé à peu près tous les romans de Réjean Ducharme, mais Va savoir plus que les autres. Peut etre parce que l' adéquation entre
les rapports affectifs -tous- entre humains ne m' a paru jamais aussi réussie que dans ce livre.
J' ajoute, que Réjean Ducharme est considéré comme un grand écrivain au Québec parce que son style est considéré comme novateur,
et qu' il a influencé d' autres écrivains francophones.
Mais, nous l' avons tous constaté, nous connaissons mal cette littérature, malgré les efforts de notre québecois de service.

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