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 Daniel Defoe

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Nibelheim
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MessageSujet: Daniel Defoe   Dim 24 Aoû 2008 - 15:36

Je n'ai pas trouvé de sujet à propos de cet auteur dans l'Index, aussi me suis-je permis d'en créer un ! =)

Daniel Defoe (1660-1731)



Daniel Defoe, de son vrai nom Daniel Foe, était un aventurier, commerçant, agent politique et écrivain anglais, né le 10 octobre 1660 à Stoke Newington (près de Londres), mort le 21 avril 1731 à Ropemaker’s Alley, Moorfields (près de Londres). Il est notamment connu pour être l’auteur de Robinson Crusoé et de Moll Flanders.

Avant d'être écrivain, il eut une carrière de journaliste et d'agent politique, s'engageant dans les combats de son temps : il écrivit des pamphlets contre le gouvernement de Jacques II, soutint Guillaume d'Orange, et fut même condamné une journée au pilori par la reine Anne (ce qui lui valut un vers désobligeant et passablement faux de Pope, poète officiel de l'époque : "celui sans oreilles, qui fut au pilori").
Il a attendu d'avoir 60 ans pour écrire son premier roman, après une longue vie pleine d'expérience, d'anecdotes, et de combats divers. Robinson Crusoé, inspiré de la vie de Alexandre Selkirk, verra le jour en 1719 ; Moll Flanders et Le journal de l'année de la peste en 1722.

__________


Je vous parle de Daniel Defoe parce que je viens justement de terminer Moll Flanders, dont le titre complet est (tenez-vous bien) :
Heurs et malheurs de la célèbre Moll Flanders, qui naquit à Newgate, et, pendant une vie continuellement variée, qui dura soixante ans, en plus de son enfance, fut douze ans une catin, cinq fois une épouse (dont une fois celle de son propre frère), douze ans une voleuse, huit ans déportée pour ses crimes en Virginie, et enfin devint riche, vécut honnête et mourut pénitente. D'après ses propres mémorandums.
Un livre que j'ai du mal à cerner, mais que j'ai lu facilement,grâce à sa narration prenante et aux multiples aventures du personnage. Il faut dire que le titre a tout de même quelque chose d'intrigant ...
Ce qui est drôle, c'est de voir ce personnage de femme criminelle, qui tombe dans le vice, qui n'est pas toujours très honnête (vis à vis de son lecteur ou vis à vis d'elle-même), mais qui demeure assez attachant au final. Defoe montre bien, en tout cas, que c'est la pauvreté et la peur de manquer de pain qui pousse la jeune femme à commettre des larcins ou à manipuler son entourage. Ensuite, ce n'est qu'une fois tombée dans le vice, habituée à lui, qu'elle continue ses crimes sans plus être dans la nécessité. Cela me fait un peu penser à ce qu'écrit Thackeray, pas moins de 120 ans plus tard, quand il fait dire à Rebecca dans La foire aux Vanités : " je pourrais être une femme vertueuse si j'avais cinq mille livres sterlings de revenu." Autrement, par le style de l'écriture, par la façon dont le roman est conduit, Moll Flanders m'a fait penser à Manon Lescaut de l'abbé Prévost, qui date à peu près de la même époque.
Bref, un livre intéressant, qu'il serait peut-être agréable de découvrir. Wink
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MessageSujet: Re: Daniel Defoe   Dim 24 Aoû 2008 - 15:51

J'ai trouvé ce livre et l'amoralité de la dame assez divertissants. A découvrir, en effet!
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domreader
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MessageSujet: Re: Daniel Defoe   Mar 26 Aoû 2008 - 18:31

Divetissant, c'est bien le mot pour Moll Flanders!! (Mais Nilbelheim, elle est très loin de Manon Lescaut ! - bien plus rocambolesque)
J'adore Daniel Defoe, il reste pour moi l'inventeur très talentueux du 'best-seller'- d'ailleurs, Robinson reste mon livre fétiche (lu 7 ou 8 fois). Sa vie racontée constituerait un roman à elle toute seule d'ailleurs.

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MessageSujet: Daniel Defoe   Mar 26 Aoû 2008 - 19:18

Defoe s'interessait aux marginaux ou aux marginalisés -Robinson-,
prostituées -Moll Fladers-, courtisanes -Lady Roxane-, pirates -Vie
du capitaine Singleton- etc.

D'autres écrivains anglais de l'époqie doivent etre lus ou relus : Swift
et Sterne...qui ont véritablement du génie.
colibri
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domreader
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MessageSujet: Re: Daniel Defoe   Mar 26 Aoû 2008 - 19:39

Oui ! Le 18ème est un siècle riche pour la littérature anglaise. Je ne connais pas encore Sterne....Mais Smollett est aussi un auteur à ne pas oublier.

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Nibelheim
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MessageSujet: Re: Daniel Defoe   Mer 27 Aoû 2008 - 15:18

domreader : Je te l'accorde, entre Moll Flanders et Manon Lescaut, ce n'est pas la même chose. Mais pour avoir lu les deux romans (certes à un an de différence ...), je remarque quand même quelques points communs et une forte proximité chronologique, alors ... Il faudrait peut-être que je relise Manon Lescaut, pour confirmer ou non cette impression. Et après tout, les rapprochements que l'on établit entre telle et telle œuvre ont leur part de subjectivité. content

bix229 : Je n'ai encore jamais lu de Swift, mais j'ai commencé Vies et opinions de T. Shandy de Sterne. C'est super, mais très déstabilisant et pas facile à lire pour un lecteur moderne, habitué au roman tel qu'il est aujourd'hui. Cependant, je me suis promis de reprendre cette lecture, très riche en enseignements.

Contente de voir que ce fil a glané quelques réponses, en tout cas !
woohoo
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MessageSujet: Re: Daniel Defoe   Lun 24 Mar 2014 - 19:09


Barbe Noire

Les Chemins de fortune, Histoire générale des plus fameux pyrates I

   Une anthologie de la piraterie ? Passé la très solide préface (de Michel Le Bris)qui a elle seule, s'intéressant à l'histoire du texte, avant et après publication, comme à l'auteur, tient déjà du roman d'aventure ou du presque fantastique et nous mets en état de lire la suite... On n'est mis tout de suite dans le bain. L'auteur doit se défendre de toute apologie et clamer le sérieux de ses sources avant d'attaquer par le menu les histoires des plus fameux pirates qui ont écumé les océans de Madagascar à Terre-Neuve en passant par les Caraïbes et l'Afrique Occidentale au début du XVIIIème siècle. Et une rapide synthèse des "parentés" entre équipages.

   De l'exotisme au menu donc. Et une série de récits portés sur l'énumération tous aussi édifiants et répétitifs les uns que les autres. Répétitif ça l'est et pourtant on ne se lasse pas vraiment, et on ne peut pas dire qu'un puissant souffle romanesque habite les pages, puisque le texte se veut documentaire. Certes quelques dialogues et quelques formes indirectes qui font travailler l'imaginaire...

   Mais pourquoi reste-t-on accroché à ce point ? Le schéma de base est le suivant : un équipage se mutine ou s'enfuit, il attaque d'autres bateaux et s'empare des marchandises de valeurs, voire du bateau lui-même et plus ou moins de gré ou plus ou moins de force une partie de l'équipage rejoint les pirates. Petite pause pour retaper les bateaux et les hommes et c'est reparti, jusqu'à constituer de petites flottilles de pirates qui n'hésitent pas à remonter les fleuves ou à attaquer des forts et des villes ! Plus ou moins cruels et filous les équipages se séparent, s'entretuent ou finissent par se faire coincer par des navires de guerre.

   Le bouquin aime bien raconter les procès faits aux pirates et leur absence de repentir ou le réveil d'une foi fervente à l'aube de la pendaison. Il est vrai qu'il y aurait de quoi faire des pages colorées avec ça entre les scènes de débauches ou de détresse les plus extrêmes, c'est que les erreurs de navigation et le manque d'eau douce ou de vivres ne sont pas rares.

   Le compte n'y serait pas encore. En effet notre auteur est assez retors, il suscite chez nous la fascination et un semblant de sympathie pour ces brutes de toutes nationalités et origines sociales. Ils nuisent au libre commerce des Anglais surtout, mais aussi des autres Espagnols, Portugais, Français mais pas seulement. Le commerce pas toujours légal des êtres humains se porte bien, les arrangements légaux divers aussi, les amnisties sont parfois bien pratiques... et le marin exploité n'est pas toujours le plus coquin et généralement pas le mieux nourri ou le mieux traité. Les volontaires pour tenter de changer de vie sont donc assez nombreux. Quelle vie alors ? Une égalité un peu rustique et parfois violente mais ou chacun aurait voix au chapitre. Des fois ça va mieux que d'autres et certains pirates semblent plus humains. On trouve aussi la tentation une fois fortune faite de se poser à terre pour profiter et vivre "normalement". (On observe aussi en filigrane et bien soulignée par la préface la question de la foi et de la liberté de culte qui a poussé à aller vivre à l'autre bout du monde une part non négligeable de "réformateurs" (je ne sais pas si le terme est juste et mes lacunes en histoire font le reste). ça tient aussi de l'étude de société alternative, de tentatives de sociétés alternatives.

  Le compte rendu est chronologique et il est amusant de suivre la progression du propos, plus lâche, la condamnation apparait moins lourde alors que les crimes sont de plus en plus barbares... et que les récits se rapprochent toujours plus de l'Europe et de l'Angleterre !

Cette somme attribuée au Capitaine Charles Johnson, ou pseudonyme pour Daniel Defoe est réputé être la principale source d'histoire (historique) et d'imaginaire pour ces pirates, mélangeant joyeusement les deux. Ce qui rend la chose encore plus particulière bien que l'effort documentaire sérieux semble avéré.

   Bizarre comme lecture, déroutant, étonnant, une sorte d'à côté du romanesque et d'à côté de l'historique, ou un docu-fiction avant l'heure et savamment tordu ?


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MessageSujet: Re: Daniel Defoe   Lun 24 Mar 2014 - 20:20

Merci Animal ! Defoe est un touche  à tout de génie et Histoire générale des pirates, un véritable
classique de la piraterie.

Si tu veux en savoir plus sur le sujet, consultes Pirates, le fil que j' ai ouvert il y a longtemps...

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MessageSujet: Re: Daniel Defoe   Dim 10 Mai 2015 - 21:45

     

À gauche, la version folio (édition de Michel Baridon avec la traduction "historique" de Pétrus Borel). En couverture : Nigel Hughes (1940-), Scarlet macaw at a Maya monument (détail ; voir l'oeuvre d'origine ici).
À droite : version Albin Michel dans la nouvelle traduction de Françoise du Sorbier (2012), préface de Michel Déon. La couverture reprend une gravure de la première édition (1719).

Robinson Crusoé (1719). Traduction de Pétrus Borel (1836). Folio. 504 pages.
Traduction de Françoise du Sorbier (2012) . Editions Albin Michel. 419 pages.

Tout d'abord, concernant les traductions existantes, lisons ce qu'en dit Françoise du Sorbier. Elle parle de la version classique de Pétrus Borel (1809-1859): "Sa traduction est celle que connaissent les lecteurs français à ce jour, et on peut lui rendre hommage pour sa longévité. Elle se lit assez bien mais, contrairement à ce que dit Francis Ledoux dans la préface à l'édition de la Pléiade, elle est loin d'être « fort exacte ». Certes, Borel ne saute ni phrase ni paragraphe, contrairement à ses prédécesseurs, mais la comparaison avec l'original révèle de nombreux contresens qui finissent par obscurcir le texte. De plus, le lecteur familier du texte anglais ne reconnaît ni le ton, ni le rythme de Defoe, dont le roman a été réécrit dans le style de Borel. Il y a un goût pour la préciosité, le mot rare, l'afféterie qui tranche avec la simplicité de l'original. À tel point que dans les éditions de poche contemporaines, une partie plus ou moins importante des notes est consacrée à élucider le vocabulaire employé par Borel alors que celui du texte original a une simplicité qui le rend intelligible pour un lecteur anglais contemporain. On ne retrouve pas chez Borel le style sec, nerveux de Defoe, ni surtout ce rythme haletant, cette urgence qui saisit le lecteur et l'emporte toujours plus loin dans une action et une réflexion fiévreuses. [...] Si les textes sont éternels, les traductions, étant des lectures, sont plus éphémères car elles correspondent à un certain état de la culture et de la langue à l'époque où elles sont entreprises." (pages 394-395)

Passons maintenant à l'introduction de Michel Baridon (dans la version folio), beaucoup plus intéressante que la préface de Michel Déon (Albin Michel) :
"Robinson est un livre comme il y en a peu. C'est un classique, traduit dans presque toutes les langues y compris le copte et l'esquimau, et tout classique qu'il est, il se lit par plaisir." (page 7).

C'est vrai : le roman est plein d'aventures, mais il n'y a pas que cela.
"Defoe nous conte l'histoire d'un homme modeste, besogneux, seul par nécessité, vertueux par inclination, volontiers prêcheur, et qui aurait toutes les chances d'être ennuyeux s'il n'avait eu des aventures, de bien curieuses aventures. Du moins, c'est ce que dit le titre : La Vie et les Aventures étranges et surprenantes de Robinson Crusoé, marin natif de York, qui vécut vingt-huit ans tout seul sur une île déserte de la côte de l'Amérique près de l'embouchure du fleuve Orénoque, après avoir été jeté à la côte au cours d'un naufrage dont il fut le seul survivant et ce qui lui advint quand il fut mystérieusement délivré par les pirates." (page 8 ).

Il y a plusieurs axes d'analyses de l'oeuvre : religieux, politiques...
"Le poids des mentalités puritaines pèse sur Robinson Crusoé. Starr et Hunter ont montré comment les journaux intimes, les « autobiographies spirituelles » tenaient une comptabilité des progrès que le chrétien accomplissait dans sa lutte contre le péché. Dans les milieux où Defoe a grandi, les vies morales se géraient comme la comptabilité de la boutique avec des bilans, des profits et des pertes dont on tenait le compte exact au fil des jours. On établissait en quelque sorte un contrat avec soi-même et l'on priait pour avoir la force de l'honorer. Dans ce combat solitaire, Dieu ne désertait pas les siens. En ouvrant la Bible au hasard, on pouvait parfois trouver l'indication de ce qu'Il attendait. Cromwell l'a fait avant de livrer bataille ; et de même Robinson. Le puritain guette la sanction divine, mais sans autre espoir que l'intercession du Christ. Son église lui dénie le réconfort de la confession. Il est seul comme Robinson dans son île, méditant sa Bible avec, autour de lui, le spectacle de la Création [...]" (pages 22-23)

Les thèmes de la politique des colonies et de l'esclavagisme sont bien sûr aussi présents, ce sont les plus évidents :
"L'esclave, lui, doit la vie à son vainqueur ; il ne peut donc rien négocier et reçoit de quoi subsister pour accomplir un travail qui est dû." (page 25).
"Il peut bien placer un couplet anti-espagnol et dénoncer les massacres perpétrés par les conquistadores, son héros n'hésite pas à faire comme eux." (page 35). La controverse de Valladolid (les sauvages ont-ils une âme ?) a eu lieu en 1550. "Un siècle plus tard, le protestant Robinson Crusoé n'en fait plus un débat théologique. Pour lui, oui, ils ont une âme mais il ne s'en occupe que quand il en tire profit." (page 35).

Robinson Crusoé survit et s'impose grâce à la technologie (les objets qu'il a pu sauver de l'épave de son navire). "Il est le prototype de tous les colonisateurs." (page 39)
"Le mérite de Defoe, c'est d'avoir tout montré [...] au stade primitif, celui où l'on apprend le plus quand on veut savoir comment l'Occident a organisé son expansion sur toutes la surface de la planète." (page 40).


Première édition, 1719.


Dernière édition par eXPie le Lun 11 Mai 2015 - 23:10, édité 6 fois
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MessageSujet: Re: Daniel Defoe   Dim 10 Mai 2015 - 21:46

Venons-en maintenant au texte. 
Robinson Crusoé est né à York en 1632. Rapidement, il n'a qu'un désir : prendre la mer. Ses parents s'y opposent. Ecoutons son père (Pétrus Borel précise que "« malgré notre respect pour le texte original, nous avons cru devoir nous permettre ici de le faire récit direct »" (sic) ) :


Texte original
Version Borel
Version Françoise du Sorbier
He told me it was for men of desperate fortunes on one hand, or of aspiring superior fortunes on the other, who went abroad upon adventures, to rise by enterprise, and make themselves famous in undertakings of a nature out of the common road; that these things were all either too far above me, or too far below me; that mine was the middle state, or what might be called the upper station of low life, which he had found by long experience was the best state in the world, the most suited to human happiness, not exposed to the miseries and hardships, the labour and sufferings of the mechanic part of mankind, and not embarrassed with the pride, luxury, ambition, and envy of the upper part of mankind, he told me, I might judge of the happiness of this state by this one thing, viz. that this was the state of life which all other people envied; [...]"Il n'y a que les hommes dans l'adversité ou les ambitieux qui s'en vont chercher aventure dans les pays étrangers, pour s'élever par entreprises et se rendre fameux par des actes en dehors de la voie commune. Ces choses sont de beaucoup trop au-dessus ou trop au-dessous de toi ; ton état est le médiocre, ou ce qui peut être appelé la première condition du bas étage ; une longue expérience me l'a fait reconnaître comme le meilleur dans le monde et le plus convenable au bonheur. Il n'est en proie ni aux misères, ni aux peines, ni aux travaux, ni aux souffrances des artisans : il n'est point troublé par l'orgueil, le luxe, l'ambition et l'envie des hautes classes." (pages 48-49)."Il me dit que seuls les hommes réduits aux abois ou ceux d'un rang supérieur aspirant à la gloire quittaient leur pays et cherchaient l'aventure afin de s'élever par de grandes entreprises et s'illustrer hors des sentiers battus ; que ces partis étaient trop au-dessus ou au-dessous de moi et que la condition où je me trouvais était celle du milieu, ce qui, en d'autres termes, désigne le haut des gens du commun. Sa longue expérience lui avait appris que c'était l'état le plus satisfaisant qui fût, le mieux adapté au bonheur humain aussi, car on n'y était ni exposé aux misères et aux épreuves, au labeur et aux souffrances de ceux qui gagnent leur vie en travaillant de leurs mains, ni encombré par l'orgueil, le luxe, l'ambition et l'envie qui affligent les ordres supérieurs de l'humanité." (page 18)
 
Robinson finit par embarquer en cachette de sa famille.
"Jamais infortunes de jeune aventurier, je pense, ne commencèrent plus tôt et ne durèrent plus longtemps que les miennes." (version Borel, page 53). 
Effectivement, la malchance le poursuit, le fameux naufrage qui le laissera sur son île n'étant pas le premier... Mais il n'y a pas que les naufrages : il sera aussi capturé par un corsaire barbaresque, et réduit en esclavage. Etre esclave, c'est terrible. Par contre, plus loin dans le livre, il sera bien content - et trouvera normal - de gagner de l'argent grâce à la traite des Nègres.

Sur son île, il fera preuve de persévérance, d'intelligence et de planification pour survivre le plus confortablement possible.
Il prendra conscience que même si sa situation n'est pas très bonne, celle de ses compagnons d'infortune a été bien pire. Il passe par des hauts et des bas.


Texte original
Version Borel
Version Françoise du Sorbier
I learnt to look more upon the bright side of my condition, and less upon the dark side; and to consider what I enjoyed, rather than what I wanted; and this gave me sometimes such secret comforts, that I cannot express them; and which I take notice of here, to put those discontented people in mind of it, who cannot enjoy comfortably what God hath given them, because they see and covet something that he has not given them: all our discontents about what we want, appeared to me to spring from the want of thankfulness for what we have."Je m'étudiais à regarder plutôt le côté brillant de ma condition que le côté sombre, et à considérer ce dont je jouissais plutôt que ce dont je manquais. Cela me donnait quelquefois de secrètes consolations ineffables. J'appuie ici sur ce fait pour le bien inculquer dans l'esprit de ces gens mécontents qui ne peuvent jouir confortablement des biens que Dieu leur a donnés, parce qu'ils tournent leurs regards et leur convoitise vers des choses qu'il ne leur a point départies. Tous nos tourments sur ce qui nous manque me semblent procéder du défaut de gratitude pour ce que nous avons." (page 236)."J'avais appris à regarder les agréments de ma situation plus que son côté sombre, et à considérer ce dont je jouissais plutôt que ce qui me manquait. Cela était parfois source de satisfactions si secrètes que je ne saurais les exprimer, mais je les évoque ici pour les rappeler à ceux qui sont mécontents de leur sort et ne savent pas se satisfaire de ce que Dieu leur a donné, car ils voient et convoitent précisément ce qu'ils n'ont pas. Tous les tourments que nous souffrons à cause de ce qui nous manque me paraissent venir d'un manque de gratitude pour ce que nous avons." (page 176)
 
La situation peut toujours empirer, auquel cas voici ce que nous enseigne notre héros philosophe :
"Ainsi nous ne voyons jamais le véritable état de notre position avant qu'il n'ait été rendu évident par des fortunes contraires, et nous n'apprécions nos jouissances qu'après que nous les avons perdues." (version Borel, page 250).


On a beau connaître l'histoire dans ses grandes lignes (et encore... il faut un peu de temps et pas mal d'aventures avant d'arriver sur l'île), Robinson Crusoé n'en est pas moins vraiment très intéressant, et ce d'autant plus qu'il n'est pas qu'un simple roman d'aventures divertissant (ce qui serait déjà bien), c'est un livre très riche.
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MessageSujet: Re: Daniel Defoe   Dim 17 Juil 2016 - 12:28

Robinson Crusoé

Ce livre m’a plu à bien des égards. Mais la première partie tout particulièrement. Quand Robinson arrive dans l’île et doit s’auto suffire. C’est incroyable pour un homme qui n’a jamais quitté l’Angleterre (de ce que j’ai lu de sa bio sur Wiki, quoique il ait fait quelques voyages en Ecosse), d’avoir réussi à créer l’illusion de savoir de quoi il parle quand il raconte l’ingéniosité de Robinson pour trouver les stratagèmes de sa subsistance. Et l’installation d’autres membres dans l’île et l’organisation qui en découle sont très intéressant. Il y a beaucoup de batailles, avec les sauvages (comme il les appelle) cannibales, les tartares bestiaux (comme il les décrit) ou les autres pavillons sur mer, qui m’ont un peu moins plu. Mais cela fait partie des aléas des aventuriers de l’époque j’imagine. Il y a des perles qui montrent à quel point il était avancé pour son époque. C’était presque un visionnaire je pourrais dire. Et puis l’impression d’un homme de son temps qui décrit des pays encore inconnus pour la plupart des gens est cocasse pour nous, qui entendons parler de ses pays régulièrement que ce soit dans les médias ou par le biais de films ou de documentaire, quand on ne les visite pas directement en toute sécurité. Il n’aime pas la Chine. C’est bien dommage. Heureuse de l’avoir enfin lu.

J’ avoue que je désapprouve fort notre manière de chauffer les maisons en Angleterre, c'est-à-dire de faire du feu dans chaque chambre, dans des cheminées ouvertes, qui, dès que le feu est éteint, laissent l’air intérieur aussi froid que la température. Après avoir pris un appartement dans une bonne maison de ville, au centre de six chambres différentes, je fis construire une cheminée en forme de fourneau, semblable à un poêle ; Le tuyau pour le passage de la fumée était d’un côté, la porte ouvrant sur le foyer d’un autre ; toutes les chambres étaient également chauffées, sans qu’on vit aucun feu, juste comme sont chauffés les bains en Angleterre.

Ici, poursuivit-il au commencement de mon bannissement, je pleurais, je m’arrachais les cheveux, je déchirais mes habits, comme tant d’autres avaient fait avant moi, mais amené après un peu de temps et de réflexion à regarder au-dedans de moi, et à jeter les yeux autour de moi sur les choses extérieures, je trouvai que, s’il est une fois conduit à réfléchir sur la vie, sur le peu d’influence qu’a le monde sur le véritable bonheur, l’esprit de l’homme est parfaitement capable de se créer une félicité à lui, le satisfaisant pleinement et s’alliant à ses meilleurs desseins et à ses plus nobles désirs, sans grand besoin de l’assistance du monde.


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MessageSujet: Re: Daniel Defoe   Dim 17 Juil 2016 - 13:49

Quel extrait ! Je ne l'ai pas pas encore lu, mais c'est noté; merci Pia.

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MessageSujet: Re: Daniel Defoe   Dim 17 Juil 2016 - 16:33

Et Defoe ne s' est pas contenté d' écrire Robinson Crusoe. Ce livre a fait de l' ombre au reste de son oeuvre : Un témoignage de  son
époque sur presque tous les plans.

Exemples : Moll Flanders, l' histoire d' une prostituée mondaine, Journal de l' année de la peste, Histoire des plus fameux pirates...

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MessageSujet: Re: Daniel Defoe   Sam 23 Juil 2016 - 19:46

Je pense bien. Et d'ailleurs quand je me suis intéressée à lui et que j'ai entendu parlé de Moll Flanders, j'ai eu envie de le lire.

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