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 Pierre Jourde [Critique littéraire]

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eXPie
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MessageSujet: Pierre Jourde [Critique littéraire]   Dim 24 Aoû 2008 - 19:57

JOURDE Pierre
(Créteil, 1955 - )


Pierre Jourde est professeur à l'université Grenoble III. Il a publié des essais, critiques, essais, romans (notamment Festins secrets, Prix Renaudot des lycéens 2005, Prix Valéry Larbaud...).
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MessageSujet: Re: Pierre Jourde [Critique littéraire]   Dim 24 Aoû 2008 - 19:58

La Littérature sans estomac (L'esprit des péninsules, 2002, 330 pages ; également disponible en poche, chez Pocket). Prix de la Critique de l'Académie française.

Extraits de l'avant-propos de Pierre Jourde, qui s'explique sur la situation de la littératude en France, et sur les intentions de son ouvrage :
Citation :
"Une grande partie de la littérature d'aujourd'hui peut se ranger dans la catégorie « document humain ». N'importe quoi est bon, suivant l'idéologie moderne de la transparence et de l'individualisme. Les confidences de M. Untel sont intéressantes par nature, parce que Untel est intéressant dans sa particularité. C'est l'idéologie des jeux télévisés, de la publicité, des reality show, de Loft story et des ouvrages d'Annie Ernaux. [...] Reste cette excuse de la médiocrité : la sincérité." (page 18 ).

"Certains continuent à se demander si l'on peut tout dire. Le « tout » s'avère n'être qu'un argument publicitaire, pour deux raison : d'abord parce que toutes les limites ont été franchies depuis longtemps, la liste des exemples serait innombrable, Sade, Rebell, Apollinaire, Céline, etc. Ensuite et surtout parce que le « tout » en question, dont on fait si grand cas, s'avère à la lecture n'être qu'une anodine histoire de fesses dont il est aussi ridicule de s'extasier que de se gendarmer." (pages 17-19).
"L'un des objectifs de cet ouvrage consiste à tenter de nourrir le débat au moyen d'arguments tirés d'un examen attentif des phrases, des mots, de la construction du récit." (page 23).
"[...] le fait qu'on ne puisse toucher à un livre illustre la pensée gélatineuse contemporaine : tout est sympathique. [...] Si tout est positif, plus rien ne l'est. Les opinions se résorbent dans une neutralité grisâtre. [...] L'éloge unanime sent le cimetière. Dans le monde mièvre de la littérature contemporaine, les écrivains, mammifères bizarres, broutent tranquillement sous le regard de badauds, derrière leurs barreaux culturels. Dans leurs songes, « ils dérangent », ils gênent le pouvoir et perturbent l'ordre établi, comme ne cesse de le répéter Philippe Sollers. En fait, personne ne les agresse, ils ne font de mal à personne. On emmène les enfants les voir, pour qu'ils sachent que ces bêtes-là ont existé. (pages 24-25).
Le ton est donné, on va avoir de la baston. Le jeu de massacre peut commencer, chapitre après chapitre, généralement consacré à un écrivain.
Mais tout d'abord, en prélude, Pierre Jourde s'en prend au Combattant Majeur, Philippe Sollers, puis vient Christine Angot :
Citation :
"Et la ponctuation ? Voilà un terrain neuf, une friche du style. Encore une règle, un ordre, bref un fascisme. Christine Angot n'aime pas les fascistes. Donc elle goûte peu la ponctuation. Elle en use, certes, mais avec un brio qui déstabilise ce totalitarisme grammatical. [...] Dépourvu de cet ornement poussiéreux, n'importe quoi prend alors une allure haletante, fiévreuse, intense, bref prend l'air littératire, et c'est bien cet air qui nous importe : Amour avorté destin avorté peut-être est-ce cela et seulement cela mon destin Peut-être ne le dépasserai-je jamais Peut-être irai-je toujours de bras en bras à la recherche d'un geste d'un visage qui me parle vraiment d'amour qui m'adresserait une chose particulière à moi seule.
Que l'auteur nous permette ici, malgré tout, une réserve : pourquoi ces traits d'union et ces majuscules, dernières traces de fascisme ?"
Plus loin, il finit par adopter le style d'Angot, c'est facile, mais drôle.

Puis viennent Beigbdeder, et Darrieusecq :
Citation :
"Il est curieux d'observer, ces derniers temps, combien de jeunes femmes écrivains mettent en scène avec délectation l'humilitation de femmes idiotes. On dirait de la nostalgie. [...] On pourrait penser qu'il s'agit d'un portrait cruel de l'aliénation, une fable sur le décervelage moderne. Rien de plus décapant que de promener un candide à travers les turpitudes de ce monde. Il faudrait distinguer cependant le candide et la parfaite imbécile." (page 107).
"Rien de plus chic, quand on est une intellectuelle, que de manifester son mépris et sa honte de l'intelligence : faire parler l'andouille, se calquer sur le langage pauvre et bête qu'on lui attribue [...]. On encaisse ainsi un double bénéfice : d'un côté on est l'écrivain, on est intelligent et on cause bien dans le poste. De l'autre on démontre qu'on peut se fondre dans l'épaisseur des choses, dans le cerveau obtus du monde. [...] Il faut mépriser ce genre de stratégie littéraire et ces intellectuels honteux. Ils donneraient des arguments à la barbarie des Khmers rouges, qui les envoyaient gratter la terre. Marie Darrieusecq trouve que c'est une rédemption pour sa truie, gratter la terre. Lorsqu'on dégrade sa propre intelligence, il ne faut pas s'étonner si d'autres un jour vous prennent au mot.
Faire l'andouille comporte également un avantage inestimable : inutile de se préoccuper d'écriture." (pages 110-111).

Olivier Rolin :
Citation :
"Olivier Rolin ne peut pas dire « Judas », mais l'« Iscariote », ce qui est plus propre à épater. Chez lui, on étrangle encore à l'ancienne, avec des « lacs », on ne fait pas platement sa toilette le matin, mais à « l'heure lustrale », etc. [...]
L'authentique, pour Olivier Rolin, se confond avec le ronflant. Les hommes sont pour lui « de grandes statues creuses » abritant, « sous la majesté muette du ciel », des « mugissements d'océan ». La littérature a « à voir avec la démence et la mort »" (page 118-119).
Pierre Jouve montre comment Olivier Rolin abuse de l'usage de certains mot ou adjectifs, tournures de phrases, pour donner une grandeur artificielle à ses romans.

Après quoi Camille Laurens s'en prend plein la tête, et c'est vraiment très drôle.

Puis c'est le tour de Christian Oster, Tanguy Viel, Marie Redonnet, Jean-Philippe Toussaint...

Emmanuelle Bernheim en prend pour son grade, elle aussi.
Citation :
"Vous n'avez rien à dire. Rien à raconter, à part une histoire banale et inepte. Vous ne savez pas écrire, sinon sous la forme d'un plat compte rendu. Vous voulez être écrivain ? Rien de plus simple, rien de moins fatigant. Apprenez à faire résonner la platitude.
Mais comment ?
L'alinéa ! Ecrivez, comme vous savez le faire, une phrase bête et creuse. Au lieu de poursuivre, allez à la ligne. Ecrivez une autre phrase bête et creuse. Tout à coup, ça vous prend une autre allure : ça vibre, c'est lourd de sens. Tout le blanc se charge d'intensité émotive, de non-dit furieusement significatif. Moins on en dit, plus on laisse supposer qu'on en a à dire. [...]
Toutes les fins de ces romans se ressemblent : il faut en conclusion, avant le silence le plus définitif, placer le détail le plus oiseux, qui paraîtra ainsi richement symbolique tout en restant bien concret." (pages 170-171).

Après Christian Bobin ("Chez Christian Bobin, les objets de comparaison ont toujours une grande qualité poétique, ce ne sont qu'étoiles, fleurs et orages.", page 173), nous avons Pascale Roze - Goncourt 1996 pour Le Chasseur Zéro - avec ses préoccupations infimes :
Citation :
"L'invasion de ces niaiseries étouffe la littérature française. Celle-ci se confond de plus en plus avec cette nouvelle forme de dignité bourgeoise, le roman décoratif : petit récit, histoire de famille, d'éducation, rencontre amoureuse, mettant en scène un petit personnage sans identité trop définie, protagoniste de petits événements sans trop de poids, le tout rapporté dans un langage pas trop compliqué, encombré de clichés. L'édition produit, la critique défend, sous la marque de l'exigence, de la littérature bas de gamme." (page 181).

A propos d'Eric Holder et Philippe Delerme :
Citation :
"De même qu'il y eut une littérature cosmopolite, Larbaud et Morand, voici la littérature microcosmopolite, qui nous envoie des cartes postales touristiques du potager du coin." (page 202).
Puis Pierre Jouve démonte plusieurs poètes contemporains (c'est facile, il est vrai !) dont je n'avais jamais entendu parler (Gilles Lade, Bernard Vargaftig, Patrick Tudoret...). Vers sans rimes, incompréhensibles. En deux minutes et trente secondes, Pierre Jouve a lui aussi fait un poème, qu'il nous donne.

Viennent encore Michel Houellebecq, et là le sentiment est plus partagé, et finalement des écrivains qu'il défend : Gérard Guégan, Valère Novarina, Eric Chevillar et Jean-Pierre Richard.
C'est dans la défense de ces écrivains que le livre est le moins intéressant... quand on ne les a pas lus, sans doute (c'est mon cas, j'avoue).


La Littérature sans estomac est un essai souvent très drôle.
Evidemment, parfois, ça tourne au canonnage de l'ambulance, mais on admire le spectacle pyrotechnique.
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MessageSujet: Re: Pierre Jourde [Critique littéraire]   Dim 24 Aoû 2008 - 20:18

surpris il a osé s'en prendre à Tanguy Viel et Jean-Philippe Toussaint? jemetate je refuse de savoir le nom de ce monsieur Razz

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MessageSujet: Re: Pierre Jourde [Critique littéraire]   Dim 24 Aoû 2008 - 20:25

Citation :
"Les livres de Christian Oster ou de Tanguy Viel ne manquent pas d'intelligence, ils manquent d'intérêt. Ils sentent la litétrature morte, le sous-Beckett exténué." (page 155).
Suit un extrait consternant de Cinéma, de Tangy Viel, puis :
Citation :
"Les libraires font bien de parer l'ouvrage d'une jaquette proclamant « Attention talent », on aurait pu ne pas le remarquer. [...]".
"C'est ennuyeux et c'est mal écrit. Mal écrit pour, apparemment, reproduire l'oralité du monologue intérieur du personnage. Mal écrit surtout, et ennuyeux, pour faire littéraire. Ces écrivains sont parfaitement représentatifs du roman light contemporain. Se pencher d'un peu près sur leur prose de ces dernières années est instructif : on y repère les grands traits d'une esthétique du vide." (pages 156-157).
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Babelle
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MessageSujet: Re: Pierre Jourde [Critique littéraire]   Dim 24 Aoû 2008 - 20:30

N'est-ce pas dans ce livre que Jourde qualifiait Bobin de "ravi de la crèche"?
study
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MessageSujet: Re: Pierre Jourde [Critique littéraire]   Dim 24 Aoû 2008 - 20:40

Babelle a écrit:
N'est-ce pas dans ce livre que Jourde qualifiait Bobin de "ravi de la crèche"?
study
Tout juste !
tu le connais par coeur ?
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MessageSujet: Re: Pierre Jourde [Critique littéraire]   Dim 24 Aoû 2008 - 20:42

eXPie a écrit:
Citation :
"Les livres de Christian Oster ou de Tanguy Viel ne manquent pas d'intelligence, ils manquent d'intérêt. Ils sentent la litétrature morte, le sous-Beckett exténué." (page 155).
Suit un extrait consternant de Cinéma, de Tangy Viel, puis :
Citation :
"Les libraires font bien de parer l'ouvrage d'une jaquette proclamant « Attention talent », on aurait pu ne pas le remarquer. [...]".
"C'est ennuyeux et c'est mal écrit. Mal écrit pour, apparemment, reproduire l'oralité du monologue intérieur du personnage. Mal écrit surtout, et ennuyeux, pour faire littéraire. Ces écrivains sont parfaitement représentatifs du roman light contemporain. Se pencher d'un peu près sur leur prose de ces dernières années est instructif : on y repère les grands traits d'une esthétique du vide." (pages 156-157).
Merci Wink
en quelque sorte, il a raison.. mais qu'est ce que je peux faire.. j'ai une faiblesse pour certains auteurs qui parlent de rien.. mais le font tellement bon que je ne peux faire autrement et les lire.. et lire.. et lire Very Happy

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MessageSujet: Re: Pierre Jourde [Critique littéraire]   Mar 14 Oct 2008 - 21:54

Le Tibet sans peine (NRF - Gallimard, 2008, 119 pages).
Le récit commence ainsi :
Citation :
"En réalité, il ne s'agissait pas tout à fait du Tibet, mais du Zanskar.
Le Zanskar fait partie de ces pays qui comportent plus de montées que de descentes, contrairement, par exemple, à l'île de Ré, à propos de laquelle un prospectus touristique récent précise que les descentes y sont nombreuses sur les pistes cyclables ; il existe par ailleurs assez peu de points communs entre le Zanskar et l'île de Ré.
Aux Alentours de 5000 mètres d'altitude, lorsque le ciel noircit et que la neige menace, que le marcheur a peiné toute la journée, que le col n'apparaît pas, qu'il n'y a pas trace d'habitation, qu'on n'aperçoit de toutes parts que des pentes verticales, il arrive que des questions s'insinuent dans l'esprit. " (page 13).
"Comment en sommes-nous arrivés là ?" demande l'auteur page 17.
"On s'y rend aussi comme d'autres vont en Grèce : pour dire qu'on y est allé, ou pour le montrer."

Pierre Jourde raconte ici les trois voyages qu'il a effectués au Zanskar (la première, lorsqu'il avait vingt-cinq ans), à une époque où la destination n'était pas aussi banale que maintenant, dit-il.

Inde, dans les années 1980.
Citation :
"Nous voulions voir l'Inde, Katmandou, tous les reliefs des espaces mythiques de la route des années 70. Je commençais à découvrir que partout nous arriverions trop tard. Trop tard pour la politique, trop tard pour la découverte de mondes encore presque intacts, trop tard pour les expériences inédites, trop tard pour la réussite facile, trop tard pour la pensée. Nous étions nés avec dix ans de retard." (pages 35-36)
Le petite groupe de copains arrive dans la fournaise de Delhi.
Citation :
"Les rickshaws slaloment parmi les buffles et carrioles. A la Grande Mosquée, au Fort Rouge, c'est l'assaut des lépreux qui s'accrochent en grappe aux vêtements. Parmi eux, beaucoup d'enfants. Jambes rongées, mains sans doigts, faces camardes où le nez manque. Se défaire d'un enfant sans jambes agrippé de ses deux bras à mes cuisses, son beau visage d'ange brun sous les cheveux bouclés montant vers moi. Je me souviens de son visage, reposant sur ma hanche, souriant, comme émergeant une seconde du malheur. Il faut contenir la panique que l'on sent monter, le décrocher comme un crabe, comme un insecte, un bras après l'autre. Le laisser derrière soi. Ne pas même pouvoir une larme pour lui, ou très longtemps après. Alors qu'il a sans doute lâché prise, est retombé dans un monde où les vivants n'ont pas leur place.
Il nous arrive de croiser une épave de la route. Ce qu'une époque a laissé là-bas de jeunesse, curieuse d'autres mondes comme aux temps du romantisme. [...]
Pas très loin au-dessous sur l'échelle des êtres vivants, la variété luxuriante des invertébrés. On en prend notamment conscience dans les chambres d'hôtels. Pratiquer quelque temps l'hôtellerie indienne vaut une première année d'entomologie. Derrière les montants des lits, on découvre des formes de vie inédites, des arachnides plats et livides, en embuscade. Les fenêtres laissent entrer des objets volants vrombissants, à la forme indécidable, hérissés de pinces et de segments." (page 39).

Puis c'est le départ, un peu plus loin vers le Zanskar... et la découverte des trains en Inde...
Citation :
"Prendre la route du Ladakh a ceci de difficile qu'il faut commencer par s'arracher au paradis. [...] Srinagar est en partie un jardin flottant. On y vit sur des bateaux de bois sculpté, au milieu des nénuphars qui couvrent à perte de vue la surface de l'eau. Des barques glissent en silence parmi les grandes fleurs épanouies. Le lac Dal s'étend jusqu'à l'horizon, barré par de hautes montagnes enneigées. Même lorsqu'on y séjourne depuis longtemps, on a peine à y croire.
La terre ferme autour du lac et de la ville est occupée par des parcs pleins de roses odorantes. [...] La nuit, sur le toit des bateaux, on contemple les étoiles grandes ouvertes, plus nombreuses et plus blanches encore que les nénuphars, en fumant du kif sur le toit des chefs-d'oeuvre flottants. Il fait vingt-cinq degrés". (pages 42-43)


Il faut trouver un camionneur qui accepte de prendre le peti groupe. S'ensuit une ascension incroyable.
Citation :
"Nous avons du mal à le croire. [...] Enfin, nous devons nous rendre à l'évidence : les petits carrés jaunes immobiles, là-haut, tout près du ciel, ce sont bien des camions semblables au nôtre." (page 50). "A présent, il y a peut-être mille mètres à la verticale entre le point où nous nous trouvons et le fond du ravin. De loin en loin, disséminés dans le bas des pentes, de minuscules taches jaunes. Ce sont les camions qui ont versé." (page 53).
Beaucoup plus tard, enfin...
Citation :
"Nous avons soigneusement contourné à gauche le chorten afin de ne pas contrarier les flux énergétiques de l'Univers et par égard pour les cendres du saint lama qu'il devait contenir, et nous sommes entrés au Zanskar." (page 86).
Le Zanskar, donc. Petits villages aux bâtisses carrées "construites en brique de bouse de yack séchée. [...] Le yack est l'animal universel. On s'habille en yack, on se nourrit de yack, on se chauffe en yack, on se loge en tack, on se déplace en yack, on décore avec du yack, on fait de la musique dans du yack." (page 88 ).
Au long des pérégrinations dans la montagne, c'est le froid, et la faim qui arrivent, l'épuisement, les cicatrices, les blessures...
Pierre Jourde et un autre s'échangent des recettes de cuisine à longueur de journée. "Ils [deux étrangers, rencontrés en chemin] écoutent fascinés ces épopées gastronomiques." (page 89 ). Un truc typiquement français, peut-être ?

Et puis il y a encore les lamaseries (notamment Phuktal Gumpa, avec son pont)... et tant d'autres choses...


Un texte pas long et vraiment intéressant.
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monilet
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MessageSujet: Re: Pierre Jourde [Critique littéraire]   Mar 14 Oct 2008 - 22:24

J'ai lu "la littérature sans estomac" ; c'est effectivement parfois amusant. Un an après il ne m'en reste rien.
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MessageSujet: Re: Pierre Jourde [Critique littéraire]   Mar 14 Oct 2008 - 23:10

monilet a écrit:
J'ai lu "la littérature sans estomac" ; c'est effectivement parfois amusant. Un an après il ne m'en reste rien.

La littérature sans estomac, c'est un pamphlet, en quelque sorte. Un coup de gueule contre des pseudo "littératures" du moment. Ca fait du bien sur le moment, pousser une gueulante, mais ce n'est pas destiné à rester comme une construction théorique marquante.
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MessageSujet: Re: Pierre Jourde [Critique littéraire]   Mer 15 Oct 2008 - 0:20

eXPie a écrit:
monilet a écrit:
J'ai lu "la littérature sans estomac" ; c'est effectivement parfois amusant. Un an après il ne m'en reste rien.

La littérature sans estomac, c'est un pamphlet, en quelque sorte. Un coup de gueule contre des pseudo "littératures" du moment. Ca fait du bien sur le moment, pousser une gueulante, mais ce n'est pas destiné à rester comme une construction théorique marquante.
Le titre rappelle évidemment le pamphlet écrit en 1950 par Julien Gracq : La littérature à l'estomac...complètement d'actualité encore... content
passage ici
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MessageSujet: Re: Pierre Jourde [Critique littéraire]   Mer 15 Oct 2008 - 1:47

J'avais apprécié La littérature sans estomac et le livre reste, hélas, toujours d'actualité. Il faudrait d'ailleurs y ajouter quelques auteurs (une édition augmentée en somme) mais c'est le problème que pose ce type d'ouvrage, autant pour l'auteur que les lecteurs : on en finirait plus.
Mieux vaut finalement me focaliser sur les écrivains qui m'intéressent que de perdre mon temps à râler.
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MessageSujet: Re: Pierre Jourde [Critique littéraire]   Mer 15 Oct 2008 - 1:52

K a écrit:
Mieux vaut finalement me focaliser sur les écrivains qui m'intéressent que de perdre mon temps à râler.

Tu as raison... content
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MessageSujet: Re: Pierre Jourde [Critique littéraire]   Mer 15 Oct 2008 - 7:50

coline a écrit:
K a écrit:
Mieux vaut finalement me focaliser sur les écrivains qui m'intéressent que de perdre mon temps à râler.

Tu as raison... content

Oui ! Et Pierre Jourde n'a pas fait que râler, il écrit aussi, ce qui donne plus de poids à ses critiques, car il prend le risque de prêter le flanc à d'autres critiques. D'ailleurs, ça n'a pas raté, il s'est fait épingler pour cause de clichés par ceux-là mêmes qu'il critiquait : Camille Laurens et son "Je branche l’aspiclichés" (voir le lien suivant - désolé, l'apostrophe crée un problème, il faut copier/coller le lien - http://didier-jacob.blogs.nouvelobs.com/archive/2005/10/20/je-branche-l’aspicliches.html ).
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MessageSujet: Re: Pierre Jourde [Critique littéraire]   Mar 20 Jan 2009 - 17:54

Je ne suis pas d'accord qu'il ne faille parler uniquement que de ce qu'on aime. Jourde je trouve s'en explique très bien : en se limitant à ne parler que des choses qui plaisent on laisse passer, on admet toute une série de corruptions, et le silence est une approbation tacite. Je trouve au contraire que les critiques assassines sont salutaires, quand elles sont faites, comme c'est le cas de Jourde, avec intelligence et humour.
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