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 Gérard de Nerval

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bix229
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MessageSujet: Gérard de Nerval   Jeu 4 Déc 2008 - 0:55

Difficile d' ignorer Nerval ? Ni de l' oublier quand on le connait...

Dans le fil " Un bon début "..., j' avais cité un extrait de Nuit perdue, extrait
des Filles du feu, et j'ajoutais en commentaire :

J'aime beaucoup Nerval. De lui, il faudrait tout lire et notamment ses pémes et les Filles du feu, Aurélia, et Les Illuminés, Promenades et Souvenirs...
On pourrait dire de lui ce que Henri Calet écrivait de lui-meme :
" Ne me secouez pas, je suis plein de larmes."
Et en regardant la photo que le célèbre Nadar a fait de lui, on comprendra mieux.
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Epi
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MessageSujet: Re: Gérard de Nerval   Jeu 4 Déc 2008 - 9:36

bix229 a écrit:
Difficile d' ignorer Nerval ? Ni de l' oublier quand on le connait...

Dans le fil " Un bon début "..., j' avais cité un extrait de Nuit perdue, extrait
des Filles du feu, et j'ajoutais en commentaire :

J'aime beaucoup Nerval. De lui, il faudrait tout lire et notamment ses pémes et les Filles du feu, Aurélia, et Les Illuminés, Promenades et Souvenirs...
On pourrait dire de lui ce que Henri Calet écrivait de lui-meme :
" Ne me secouez pas, je suis plein de larmes."
Et en regardant la photo que le célèbre Nadar a fait de lui, on comprendra mieux.
J'aime beaucoup cette phrase et c'est vrai qu'elle s'applique bien à Nerval, "le gentil Gérard", "le doux rêveur".
Non, on ne peut jamais l'oublier.

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Bellonzo
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MessageSujet: Re: Gérard de Nerval   Jeu 1 Jan 2009 - 14:30

Pour ce premier jour quelques mots des Mémorables,tirés de Aurelia,de mon cher compatriote Gérard.

Mémorables

Sur un pic élancé de l'Auvergne a retenti la chanson des pâtres. Pauvre Marie! reine des cieux! c'est à toi qu'ils s'adressent pieusement. Cette mélodie rustique a frappé l'oreille des corybantes. Ils sortent, enchantant à leur tour, des grottes secrètes où l'amour leur fit des abris. - Hosannah! paix à la terre et gloire aux cieux!

Sur les montagnes de l'Hymalaya une petite fleur est née. - Ne m'oubliez pas! - Le regard chatoyant d'une étoile s'est fixé un instant sur elle, et une réponse s'est fait entendre dans un doux langage étranger. - Myosotis!

Une perle d'argent brillait dans le sable; une perle d'or étincelait au ciel... Le monde était créé. Chastes amours, divins soupirs! enflammez la sainte montagne... car vous avez des frères dans les vallées et des sœurs timides qui se dérobent au sein des bois!

Bosquets embaumés de Paphos, vous ne valez pas ces retraites où l'on respire à pleins poumons l'air vivifiant de la patrie. - "Là-haut, sur les montagnes, - le monde vit content; - le rossignol sauvage fait son contentement!"

Oh! que ma grande amie est belle! Elle est si grande, qu'elle pardonne au monde, et si bonne, qu'elle m'a pardonné. L'autre nuit, elle était couchée je ne sais dans quel palais, et je ne pouvais la rejoindre. Mon cheval alezan-brûlé se dérobait sous moi. Les rênes brisées flottaient sur sa croupe en sueur, et il me fallut de grands efforts pour l'empêcher de se coucher à terre.


Particulièrement dédiée à une Amie Parfumée du nord de l'Auvergne.
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coline
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MessageSujet: Re: Gérard de Nerval   Jeu 1 Jan 2009 - 23:38

Je connais un peu la poésie de Gérard de Nerval et l'apprécie mais je ne connais pas encore sa prose infiniment poétique...
J'ai désormais envie de la découvrir... content
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Epi
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MessageSujet: Re: Gérard de Nerval   Ven 2 Jan 2009 - 19:52

coline a écrit:
Je connais un peu la poésie de Gérard de Nerval et l'apprécie mais je ne connais pas encore sa prose infiniment poétique...
J'ai désormais envie de la découvrir... content
Il y a énormément à découvrir chez Nerval, Coline, lance toi sourire

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Bellonzo
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MessageSujet: Re: Gérard de Nerval   Mar 14 Avr 2009 - 16:29

La cousine
Gérard de Nerval


L'hiver a ses plaisirs; et souvent, le dimanche,
Quand un peu de soleil jaunit la terre blanche,
Avec une cousine on sort se promener...
- Et ne vous faites pas attendre pour dîner,

Dit la mère.Et quand on a bien, aux Tuileries,
Vu sous les arbres noirs les toilettes fleuries,
La jeune fille a froid... et vous fait observer
Que le brouillard du soir commence à se lever.

Et l'on revient, parlant du beau jour qu'on regrette,
Qui s'est passé si vite... et de flamme discrète :
Et l'on sent en rentrant, avec grand appétit,
Du bas de l'escalier, - le dindon qui rôtit.


(sans commentaire).
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Anne
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MessageSujet: Re: Gérard de Nerval   Lun 20 Avr 2009 - 13:03

J'aime beaucoup ses poésies, le côté hermétique et sans cesse renouvelé que cela implique. J'ai un rapport particulier à son oeuvre, comme à celle de beaucoup d'autres auteurs, car elle sera toujours, pour moi, liée aux souvenirs à la fois excitants et effrayants de ma préparation aux oraux du Capes!
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animal
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MessageSujet: Re: Gérard de Nerval   Dim 14 Juin 2009 - 11:46



Histoire de la reine du Matin et de Soliman, prince des génies

Citation :
À la fin de 1842, Gérard de Nerval s’embarque pour l’Orient qu’il visite un an durant et dont il tirera la matière de son Voyage en Orient, publié seulement en 1851. C’est dire que ce voyage littéraire, est d’abord un voyage revécu et, par là même, reconstruit : les lieux s’ordonnent plus selon une nécessité symbolique qu’en vertu d’un parcours géographique rigoureux. Très vite le voyage nervalien se détourne du réel pour s’attacher aux mythes que véhicule l’Orient : des récits s’intègrent alors au récit-cadre dans la plus pure tradition des Mille et une Nuits. Mais ces épisodes ne sont jamais sans relation étroite avec le narrateur et ses songes. Ce très long récit qui rapporte les amours de Balkis, la légendaire reine de Saba, avec Adoniram, constructeur du Temple de Salomon à Jérusalem et mythique fondateur de la franc-maçonnerie a paru d’abord en feuilleton, puis fut, l’année suivante, intégré dans la première édition du Voyage en Orient (1851).


« Pour servir les desseins du grand roi Soliman Ben-Daoud, son serviteur Adoniram avait renoncé depuis dix ans au sommeil, aux plaisirs, à la joie des festins. Chef des légions d’ouvriers qui, semblables à d’innombrables essaims d’abeilles, concouraient à construire ces ruches d’or, de cèdre, de marbre et d’airain que le roi de Jérusalem destinait à Adonaï et préparait à sa propre grandeur, le maître Adoniram passait les nuits à combiner des plans, et les jours à modeler les figures colossales destinées à orner l’édifice.

Il avait établi, non loin du temple inachevé, des forges où sans cesse retentissait le marteau, des fonderies souterraines, où le bronze liquide glissait le long de cent canaux de sable, et prenait la forme des lions, des tigres, des dragons ailés, des chérubins, ou même de ces génies étranges et foudroyés..., races lointaines, à demi perdues dans la mémoires des hommes. »
présentation des Éditions Ombres

Perdu et embarassé au début quand on y connait rien de rien dans ses mythes teintés d'histoire(s) et de religion malgré les notes (très bien faites et dosées) qui nous expliquent que c'est "à la sauce de l'auteur". Un peu égaré aussi dans les références maçonniques mystérieuses... et dans quelques notions de peuples et de supériorités... qui sont surtout exprimées à travers des qualités humaines d'intelligence, de progrès et d'humilité... bric à brac fouilli et profond qui amènent un intéressant jeu sur le pouvoir, la science et la religion dans un récit à la façon de la légende avec les indispensables amours, désespoirs, prophéties et ruses... et de l'exotisme riche et raffiné. Importants ces ingrédients du récit, ils sont essentiels au bonheur de la lecture, et on ne tarde pas à se laisser guider dans cette douzaine de petits chapitres qui jouent avec une savante nonchanlance entre force et douceur.

J'ai un faible qui ne s'arrange pas tant pour cet exotisme que pour l'histoire... j'ai été plus que servi et ravi. En plus de ça les dialogues cruellement inégaux entre Soliman obsédé par son propre pouvoir et la reine de Saba envoutante mais en proie au doute sont vraiment de très bons moments et se transformeront naturellement en souvenirs sereins dans mon histoire de lecteur.

De la grandeur avec le souci du détail et de la finesse... sans quoi la grandeur serait un peu vide, c'est ce qu'on peut lire dans ce petit livre bleu et aussi le sentiment qu'on a de la manière avec laquelle il nous a été écrit.

Deux certitudes : revenir à Gérard de Nerval et La Petite Bibiolthèque Ombres elle est décidément très bien et intéressante.

(J'irai chercher un extrait... )

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MessageSujet: Re: Gérard de Nerval   Dim 14 Juin 2009 - 15:24

animal a écrit:
Histoire de la reine du Matin et de Soliman, prince des génies
Merci Animal pour ton joli commentaire, ce récit est un de mes préférés de Nerval et j'en relis souvent des extraits aime
Il est vrai qu'on peut se sentir un peu perdu au début mais il sait si bien nous entraîner sur ses chemins un peu tortueux (et torturés) que c'est un vrai bonheur que de se perdre avec lui drunken

animal a écrit:
[Deux certitudes : revenir à Gérard de Nerval et La Petite Bibiolthèque Ombres elle est décidément très bien et intéressante.
Je te souhaite encore beaucoup de plaisir sourire . Quant à cette collection, je ne la connais pas, je vais aller y jeter un petit coup d'oeil.

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animal
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MessageSujet: Re: Gérard de Nerval   Dim 14 Juin 2009 - 17:32

extrait :

Citation :
- Vous vous consolez de votre garndeur dans la paternelle sollicitude de votre administration", dit la princesse avec une tristesse bienveillante.
Cette réflexion fut suivie d'un long moment de silence ; les ténèbres épaisses dissimulèrent l'émotion empreinte sur les traits de Soliman, qui murmura d'une voix douce : "Mon âme a passé dans la vôtre et mon coeur la suit."
A demi troublée, Balkis jeta autour d'elle un regard furtif ; les courtisans s'étaient mis à l'écart. Les étoiles brillaient sur leur tête au travers du feuillage, qu'elles semaient de fleurs d'or. Chargée du parfum des lis, des tubéreuses, des glycines et des mandragores, la brise nocturne chantait dans les rameaux touffus des myrtes ; l'encens des fleurs avait pris une voix ; le vent avait l'haleine embaumée ; au loin gémissaient des colombes ; le bruit des eaux accompagnait le concert de la nature ; des mouches luisantes, papillons enlammés, promenaient dans l'atmosphère tiède et pleine d'émotions voluptueuses leurs verdoyantes clartés. La reine se sentit prise d'une langueur enivrante ; la voix tendre de Soliman pénétrait dans son coeur et le tenait sous le charme.
Soliman lui plaisait-il, ou bien le rêvait-elle comme elle l'eût aimé ?... Depuis qu'elle l'avait rendu modeste, elle s'intéressait à lui. Mais cette sympathie éclose dans le calme du raisonnement, mêlée d'une pitié douce et succédant à la victoire de la femme, n'était ni spontanné, ni enthousiaste. Maîtresses d'elle-même comme elle l'avait été des pensées et des impressions de son hôte, elle s'acheminait à l'amour, si toutefois elle y songeait, par l'amitié, et cette route est si longue !
Quant à lui, subjugué, ébloui, entraîné tour à tour du dépit à l'admiration, du découragement à l'espoir, et de la colère au désir, il avait déjà reçu plus d'une blessure, et pour un homme aimer trop tôt, c'est risquer d'aimer seul. D'ailleurs, la reine de Saba était réservée ; son ascendant avait constamment dominé tout le monde, et même le magnifique Soliman. Le sculpteur Adoniram l'avait seul un instant rendue attentive ; elle ne l'avait point pénétré : son imagination avait entrevu là un mystère ; mais cette vive curiosité d'un moment était sans nul doute évanouie. Cependant, à son aspect, pour la première fois, cette femme forte s'était dit : Voilà un homme.
Il se peut donc faire que cette vision effacée, mais récente, eût rabaissé pour elle le prestige du roi Soliman. Ce qui le prouverait, c'est qu'une ou deux fois, sur le point de parler de l'artiste, elle se retint et changea de propos.
Quoi qu'il en soit, le fils de Daoud prit feu promptement : la reine avait l'habitude qu'il en fût ainsi ; il se hâta de le dire, c'était suivre l'exemple de tout le monde ; mais il sut l'exprimer avec grâce ; l'heure était propice, Balkis en âge d'aimer, et, par la vertu des ténèbres, curieuse et attendrie.

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MessageSujet: Re: Gérard de Nerval   Dim 30 Mai 2010 - 19:16

Aurélia.

J’ai trouvé les expressions envoûtantes à en perdre le souffle. Les mots ont une profondeur presque magique, ils touchent par leurs impressions et mènent facilement l’esprit vers un univers hallucinant (celui de la folie).


Où est le rêve, où est le réel ? Quand est-ce que se manifeste la folie de l’auteur ? Ses hallucinations ? tout est déroutant, confus et sublime à la fois… on avance dans les pages comme dans les souvenirs d’un rêve, tout nous éloigne de nos conceptions habituelles et nous rend fou. C’est beau, presque indéchiffrable, on est emporté par le charme des mots.
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MessageSujet: Re: Gérard de Nerval   Dim 2 Jan 2011 - 2:26

J'ai découvert aujourd'hui quelques citations de Gérard De Nerval et je suis sous le charme à présent.
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aden
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MessageSujet: Re: Gérard de Nerval   Mer 2 Nov 2011 - 18:51

Résignation

Citation :
Quand les feux du soleil inondent la nature,
Quand tout brille à mes yeux et de vie et d'amour,
Si je vois une fleur qui s'ouvre, fraîche et pure,
Aux rayons d'un beau jour ;

Si des troupeaux joyeux bondissent dans la plaine,
Si l'oiseau chante au bois où je vais m'égarer,
Je suis triste et de deuil me sens l'âme si pleine
Que je voudrais pleurer.

Mais quand je vois sécher l'herbe de la prairie,
Quand la feuille des bois tombe jaune à mes pieds,
Quand je vois un ciel pâle, une rose flétrie
En rêvant je m'assieds.

Et je me sens moins triste et ma main les ramasse,
Ces feuilles, ces débris de verdure et de fleurs.
J'aime à les regarder, ma bouche les embrasse...
Je leur dis : O mes soeurs !

N'est-elle pas ma soeur cette feuille qui tombe,
Par un souffle cruel brisée avant le temps ?
Ne vais-je pas aussi descendre dans la tombe,
Aux jours de mon printemps ?

Peut-être, ainsi que moi, cette fleur expirante,
Aux ardeurs du soleil s'ouvrant avec transport,
Enferma dans son sein la flamme dévorante
Qui lui donna la mort.

Il le faut, ici-bas tout se flétrit, tout passe.
Pourquoi craindre un destin que chacun doit subir ?
La mort n'est qu'un sommeil. Puisque mon âme est lasse,
Laissons-la s'endormir.

Ma mère !... Oh ! par pitié, puisqu'il faut que je meure,
Amis, épargnez-lui des chagrins superflus,
Bientôt elle viendra vers ma triste demeure,
Mais je n'y serai plus.

Et toi, rêve adoré de mon coeur solitaire,
Belle et rieuse enfant que j'aimais sans espoir,
Ton souvenir en vain me rattache à la terre ;
Je ne dois plus te voir.

Mais si pendant longtemps, comme une image vaine,
Mon ombre t'apparaît... oh ! reste sans effroi :
Car mon ombre longtemps doit te suivre, incertaine
Entre le ciel et toi.

Un très beau poème "gothique" de Nerval, je me demande même à quel point il a été influencé par le roman gothique anglais. Un poème sur l'aspect éphémère de l'existence, sur la mort, empli de mélancolie. "Il le faut, ici-bas tout se flétrit, tout passe." Il y a, cependant, une chose qui rattache encore le poète à ce monde : l'amour. Cet un amour "sans espoir", "vain", mais qui continuera d'exister même après la mort du poète, devenant un spectre, une âme en peine piégée entre le monde des hommes et celui des morts : "Car mon ombre longtemps doit te suivre, incertaine Entre le ciel et toi."
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titete
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MessageSujet: Re: Gérard de Nerval   Mar 3 Sep 2013 - 19:57

Je ne connaissais pas Nerval, ni sa poésie, un nom entendu une ou deux fois en cours, jusqu'à ce que le programme de classes préparatoires s'y intéresse cette année. J'en suis sorti mais j'aime voir les oeuvres qu'il propose, autour d'un thème, chaque année (le temps vécu pour 2013/2014). C'est donc Sylvie qui constitue une des trois oeuvres à étudier. Un roman / nouvelle ou plutôt une longue promenade à travers les rêveries et les souvenirs du narrateur qui fait partie du recueil "Les Filles de Feux". Mon édition (Garnier Flammarion) propose la nouvelle seule suivie de "Chansons et légendes du Valois" :

Un soir, sortant du théâtre après avoir admiré l'actrice qu'il aime, feuilletant le journal, il tombe sur quelques lignes faisant référence à un lieux de son enfance. Les souvenirs affluent Adrienne qui hante sa vie amoureuse depuis son apparition majestueuse et unique, et son enfermement au couvent peu de temps après, Sylvie qu'il a aimée et son enfance passée chez son oncle. Il entreprend alors de se rendre sur ces lieux où il n'est pas revenu depuis quelques années, un voyage vers le passé, en quête de repères, de racines qu'il aimerait retrouver...

La nouvelle est très belle. Ce sont les souvenirs du narrateur qui tissent la trame de l'histoire. Ce sont eux les capitaines du navire qui nous emporte et nous transporte dans les profondeurs d'un esprit déboussolé, hanté par l'amour, le désir (non charnelle) de retrouver les plaisirs passés, l'instant perdu et vécu. Je laisse Proust parler un peu à ma place : "un modèle de hantise maladive", "le rêve d'un rêve", "un plaisir de rêve". Il dit encore que "c'est tout entre les mots" et je ne peux qu'être d'accord. L'écriture est très soignée sans être complexe. La narration est simple à suivre. Pourtant on ressent une grande profondeur dans les sentiments qui agitent les lignes du récit.

Le voyage dans les souvenirs est couplé à des voyages spatiaux. Le narrateur n'a de cesse de se promener, de regarder les paysages défilés. Tout prend alors une signification. Comme si les souvenirs laissaient leur marque sur les lieux traversés. La région de l'enfance est celle de Nerval, Senlis, Chantilly, Ermenonville... Rousseau hante d'ailleurs le récit et fait de multiples apparitions. La nouvelle a un caractère autobiographique mais Nerval romance, ajoute, enrichit son récit le déconnectant de sa vie, des lieux où il a vécu tout en s'y inscrivant fortement.

Tous ces souvenirs d'enfance se mêlent aussi au tradition, aux chants locaux qui participent grandement à l'atmosphère. "Chansons et Légendes du Valois" a, selon mon édition, été mis à la suite de Sylvie à la demande de Nerval. Dans ce petit appendice, Nerval dit tout son amour pour les chansons populaires, qui, selon lui, ont été en France délaissées à cause d'une langue française non pure tandis qu'à l'étranger beaucoup ont été retravaillées par de grands poètes. Le livre est donc aussi un hymne à cette région qu'est le Valois.

Je n'en dirai pas plus parce que je trouve difficile de trouver les mots. C'est assez court (80 pages) et superbe !

Je vous retranscris quelques passages :
Aurélie : l'actrice
Citation :

Je me sentais vivre en elle, et elle vivait pour moi seul. Son sourire me remplissait d'une béatitude infinie ; la vibration de sa voix si douce et cependant fortement timbrée me faisait tressaillir de joie et d'amour. Elle avait pour moi toutes les perfections, elle répondait à tous mes enthousiasmes, à tous mes caprices,- belle comme le jour aux feux de la rampe qui l'éclairait d'en bas, pâle comme la nuit, quand la rampe baissée la laissait éclairée d'en haut sous les rayons du lustre et la montrait plus naturelle, brillant dans l'ombre de sa seule beauté, comme les Heures divines qui se découpent, avec une étoile au front, sur les fonds bruns des fresque d'Herculanum
Adrienne
Citation :

On s'assit autour d'elle, et aussitôt, d'une voix fraiche et pénétrante, légèrement voilée, comme celle des filles de ce pays brumeux, elle chanta une de ces anciennes romances pleines de mélancolie et d'amour, qui racontent toujours les malheurs d'une princesse enfermée dans sa tour par la volonté d'un père qui la punit d'avoir aimé. La mélodie se terminait à chaque sa stance par ces trilles chevrotants que font valoir si bien les voix jeunes, quand elles imitent par un frisson modulé la voix tremblante des aïeules.
A mesure qu'elle chantait, l'ombre descendait des grands arbres et le clair de lune naissant tombait sur elle seule, isolée de notre cercle attentif. - Elle se tut, et personne n'osa rompre le silence. La pelouse était couverte de faibles vapeurs condensées, qui déroulaient leurs blancs flocons sur les pointes des herbes. Nous étions en paradis.
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bix229
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MessageSujet: Re: Gérard de Nerval   Mar 3 Sep 2013 - 19:59

Merci Titete ! Nerval est une voix unique dans notre littérature.

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L' imagination est l' histoire vraie du monde.
Roberto Juarroz
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