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 Eugène Green

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kenavo
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MessageSujet: Eugène Green   Sam 30 Aoû 2008 - 16:45



Citation :
Eugène Green est un cinéaste bressonien, écrivain et dramaturge français né le 28 juin 1947 à New York. Il est intervenant à la Fémis à Paris.
D'origine américaine, il fonde à la fin des années 1970, une compagnie de théâtre baroque, le Théâtre de la Sapience.
Outre Bresson, le cinéaste se revendique du grand cinéma européen de 1955 à 1979, d'Ozu, Hou Hsiao-hsien, Wong Kar-wai et Hirokazu Kore-Eda.
Source: Wikipedia

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kenavo
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MessageSujet: Re: Eugène Green   Sam 30 Aoû 2008 - 16:46


La Reconstruction
Citation :
Présentation de l'éditeur
Le jour où, récalcitrant, Jérôme Lafargue, tranquille professeur de littérature à la Sorbonne, accepte de rencontrer Johann Launer, il écrit dans son journal : "Un rendez-vous catastrophique ce matin avec un Allemand inconnu. Ce n'est pas un fou, mais un homme profondément malheureux, car il pense avoir découvert qu'il est un autre, dont il ne sait même pas le nom." De fait, c'est le mystère de sa propre identité que Launer espère dénouer en convainquant l'universitaire parisien de fouiller pour lui ses souvenirs délavés : est-il seulement le fils de son père ? A Munich, en 1968, fuyant les arrière-goûts rééducatifs de Mai, Jérôme Lafargue a en effet brièvement approché un certain Wenzel Launer, Allemand de Bohême, guerre épineuse sous la botte nazie, famille en ruine. Touché par la démarche inquiète et pleine d'espoirs du fils de cet homme qui s'était montré si bon envers lui, Lafargue entreprend sur ces quelques jours de sa vie, marqués par la rencontre de celle qui est toujours sa femme, un véritable travail archéologique. Sous couvert d'exploration d'une mémoire en sommeil, La Reconstruction devient peu à peu la chronique d'une réinvention de l'être et du temps - où la réalité trouve sa vérité dans la fiction. Et, au-delà du voyage intérieur, se dégage alors une réflexion engagée sur la filiation, les énigmes de la foi, les intrications du bien et du mal, et la nature de l'identité européenne.

Je ressors de cette lecture et j’ai l’impression que n’importe qu’est-ce que j’en dis – on va avoir l’idée que ce roman est un livre à farfouille. Mais ce n’est pas le cas.
Même s’il arrive à parler de philosophie, d’une excursion en Normandie, de la conscience d’être Européen de nos jours, de tomber amoureux d’une femme, de l’occupation des Nazis en Tchécoslovaquie, d’une visite mystérieuse d’un Allemand à Paris…… et plus encore.
Mais je peux garantir – le talent de cet auteur consiste dans le fait de faire de tout cela une histoire cohérente qui se lit avec le plus grand plaisir.


Puisque je suis grand fan de lecture de pièces de théâtre, j’ai pu noter que Eugène Green vient du théâtre/cinéma – il entame différentes situations comme dans un scénario, qui donne une agréable ‘visibilité’ à son histoire.
Citation :
Dans la partie du salon qui sert de salle à manger, Jana et Jérôme sont assis à la grande table avec un garçon d’une vingtaine d’années. La maîtresse de maison vient d’y poser un plat avec l’entrée, et elle commence à servir le jeune homme, tandis que son mari goûte le vin.
Ou encore :
Citation :
Jérôme Lafargue est assis avec Jana dans le salon. Dehors le jour baisse très vite, mais ils n’ont pas encore allumé de lampe. Lui porte la même chemise et le même pantalon que dans la journée, elle semble habillé pour sortir.


Et puis une de mes phrases préférée

Mais il faut occuper la vie en attendant qu’elle passe.

Je trouve que j’ai bien occupé un certain moment avec la lecture de ce livre

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MessageSujet: Re: Eugène Green   Sam 30 Aoû 2008 - 16:46

Un professeur à la Sorbonne voit sa vie vaciller. Un hymne léger et dense à la beauté retrouvée.

Marine Landrot

Telerama n° 3059 - 30 août 2008


Les spectateurs des années 1970-1980 qui ont vu les mises en scène théâtrales d'Eugène Green gardent le souvenir de son purisme acharné. Les cinéphiles des années 1990-2000 qui ont vu ses films rient encore sous cape de tant d'humour bressonien. Il y a fort à parier que les lecteurs qui se plongeront aujourd'hui dans son premier roman (que tout appelle à ne pas rester confidentiel) en goûteront la gravité frivole et se nourriront de sa densité élévatrice.

Dans un style aussi piquant que dépouillé, avec une belle propension au mysticisme, Eugène Green décrit la stupeur qui saisit Jérôme, professeur quinquagénaire à la Sorbonne, lorsqu'un jeune Allemand s'abat sur son existence déjà bardée de questionnements pour lui soutirer des souvenirs essentiels à sa « reconstruction ». En colmatant les brèches du passé de cet inconnu, Jérôme consolide aussi sa propre identité et découvre les vertus de la compassion, solidarité humaine ancestrale qu'il encense froidement dans son carnet : « Si aujourd'hui j'existe, c'est par le souvenir de sensations que j'emmagasine depuis cinquante-quatre ans, voire, car j'ai parfois cette impression, depuis bien plus longtemps encore. » L'éboulis intérieur, Jérôme connaît plus que de raison, même s'il est sauvé par la magnificence de l'amour qui le lie à sa femme, une Tchèque rencontrée à Munich en 1968. Cette fusion conjugale irradie chaque page du livre, baigné d'une douceur sécurisante. Evidence des échanges, quotidiens et profonds malgré l'usure du temps, élégance de l'attention à l'autre, sans cesse renouvelée : les signes de la perfection du sentiment se multiplient. Si Jérôme vacille, c'est que son époque ne le porte plus. Eugène Green préfère s'en gausser, il a le rire très communicatif. Il convoque ainsi une impayable Marie-Albane de la Gonnerie pour disserter de la nécessité de placer le rap et le graffiti au rang de grand art enseigné à la faculté, et orthographie avec fantaisie les mots franglais (« selfmèdemann », « baï-baï », et peut-être un jour « Eugène Grine », tant est immense la passion de ce natif d'Amérique pour notre langue). Jérôme souffre atrocement de la disparition de la notion de beauté dans la vie de tous les jours, et s'interroge, désespéré : « Sans le mouvement de l'esprit, comment peuvent éclore les roses du monde ? Et sans le vent qui souffle, le poème est-il autre chose que des fleurs fanées, abolies, sur un meuble poussiéreux ? » Par ce livre enchanté, Eugène Green offre une réponse plus que rassurante sur la persistance de la beauté dans notre monde.


LIEN

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MessageSujet: Re: Eugène Green   Jeu 4 Sep 2008 - 17:39

Mémoire en friche

Premier roman du metteur en scène et cinéaste Eugène Green – spécialiste de l'art baroque, d'origine new-yorkaise, vivant en France depuis le début des années 70 –, «La Reconstruction» est, avant tout, la chronique d'un voyage au bout de la nuit.


Corina Ciocârlie
Le Jeudi 05/09/08


Difficile de ne pas reconnaître l'auteur derrière cet anti-héros germanopratin rivé à la table du Café de la Mairie, aux prises avec son passé soixante-huitard peu reluisant. Jérôme Lafargue, professeur de littérature comparée à la Sorbonne, entreprend – suite à un long tête-à-tête avec un Allemand mal dans sa peau – une remise en question radicale, burlesque et mélancolique à la fois, emportant dans son sillage les trahisons de la mémoire et les paradoxes de la filiation, le statut incertain du présent et la crise de la conscience européenne.
La cinquantaine bien entamée, Lafargue vivait jusqu'alors le quotidien paisible d'un universitaire parisien partageant ses jours entre le bonheur serein d'un couple solide, les visites à son père souffrant de pertes de mémoire, les commentaires sarcastiques de son fils et la nonchalance feinte de son frère, les rares joies de l'enseignement et les risibles réunions entre collègues de département.
Le jour où il rencontre pour la première fois Johann Launer, sur l'insistance de ce dernier, Lafargue écrit dans son journal: «Un rendez-vous catastrophique ce matin avec un Allemand inconnu. Ce n'est pas un fou, mais un homme profondément malheureux, car il pense avoir découvert qu'il est un autre, dont il ne sait même pas le nom.»

Au nom du père

Parmi d'autres documents réunis dans un dossier légué par son père, catholique pratiquant mort à l'âge de quatre-vingt-quinze ans, Launer a en effet la surprise de retrouver son propre certificat de décès, ainsi qu'une série de photographies mystérieuses de lieux vides qu'il n'arrive pas à identifier, mais qui lui semblent être autant d'éléments, regroupés exprès, d'un puzzle inquiétant et tragique.
«L'homme européen existe-t-il encore?», se demandent, en canon, les deux protagonistes de La Reconstruction. C'est en fouillant les replis de la mémoire endormie du Français que l'Allemand – qui, à ses heures perdues, enseigne l'histoire des Juifs de Bohème – espère dénouer le mystère de sa propre identité. Retrouvées dans le même dossier, une carte postale signée de sa main et une vieille photographie l'attestent: à Munich, en 1968, Jérôme Lafargue a effectivement séjourné chez un certain Wenzell Launer, Allemand de Bohême, déjà âgé à l'époque, veuf, habitant seul en l'absence de son fils, alors étudiant à Tübingen.
La suite du roman – habile collage de répliques théâtrales, indications scéniques, fragments de journal, bribes de correspondance – se présente comme un flash-back à deux voix qui est aussi l'histoire d'un double rapt symbolique. Ce que le vieux Launer lui avait donné en lui faisant découvrir, à travers sa souffrance, le sacrifice qui fonde l'identité européenne, le jeune Lafargue allait l'utiliser pour construire son propre bonheur. Et, ironie du sort, lorsque le fils Launer lui demande, trente-cinq ans plus tard, au nom de son père, un «acte de mémoire» pour l'aider à retrouver son chemin, l'autre en profite, une fois de plus, pour découvrir celui où il se trouve: «En voulant chercher la réalité d'un autre homme, je me suis rendu vivant».

Champ de ruines

En quête de réponses sur les mystères d'un passé enfoui dans le cœur de l'Europe en guerre, Jérôme Lafargue entreprend en fait, sans parti pris, sa propre Reconstruction. Au-delà d'un paysage crépusculaire et cauchemardesque – fait de rafles, de viols, de trahisons, de fusillades, de villes rasées, d'identités volées – se dessine une réflexion, à la fois lumineuse et angoissante, sur l'absence de Dieu et les paradoxes de la création. Sous couvert d'une enquête quasi policière, le spécialiste du baroque qu'est Eugène Green semble surtout vouloir rappeler que, si la filiation est toujours complexe, souvent douloureuse, il y a des gens qui arrivent à être les enfants de leurs parents, et d'autres pas.
Persuadé que, pour être heureux, il ne suffit pas de croire au développement économique ou à l'embellie du moral des ménages, Jérôme Lafargue décide, une fois pour toutes, qu'il faut avoir foi en quelque chose de plus grand que soi. «Au milieu du XXe siècle, quand je suis né, la civilisation européenne était un champ de ruines. En 1968, j'ai eu l'impression, à un certain moment, d'être moi-même une ville dévastée. J'ai senti alors, confusément, que le seul espoir se trouvait dans la voie propre à ma culture, qui était de s'ouvrir au souffle du monde, et de se laisser emporter par l'amour. J'ai choisi donc l'Allemagne, parce que c'était le pays par excellence de la reconstruction.»
C'était à Munich, plus que nulle part ailleurs, que l'Europe entière devait surmonter le poids d'un passé terrible. C'était là, au milieu des ruines, qu'un jeune homme en colère pouvait trouver la clef qu'il cherchait pour devenir lui-même. C'est à Munich également que le Parisien rencontra une Praguoise, la frêle Jana qui, à l'époque, fuyait les chars soviétiques et qui, trente-cinq ans plus tard, est toujours à ses côtés. Preuve, s'il en fallait, que le passé reste «une source de plaisir» non pas par le souvenir, mais parce que son énergie s'incarne dans chaque moment du vierge, du vivace et du bel aujourd'hui. Aussi cette unique matinée de septembre 1968 fait-elle inextricablement partie de celle que Jérôme Lafargue est en train de vivre, et de ce présent immuable, «qui fuit sans cesse, sans jamais s'éloigner»...


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Nathria
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MessageSujet: Re: Eugène Green   Dim 7 Sep 2008 - 10:42

A propos de "La reconstruction":

J'ai beaucoup aimé la réflexion et le questionnement sur le travail de mémoire (le fils de l'allemand, Jérôme, son père)et sur la subjectivité de la notion de réalité individuelle: les individus perçoivent un même fait de façon différente et vivent de ce fait, chacun leur propre réalité de l'instant présent. Où se place alors la mémoire de chacun par rapport à un vécu commun?
Les renvois philosophiques ou littéraires sont très bien intégrés dans le texte, ils étayent le propos du narrateur et ne font pas "taches" (phrases rajoutées hors de leur contexte).
Je trouve le personnage du père de l'allemand très humain: incapacité d'agir dans des circonstances dramatiques. Je me suis attachée à chacun des personnages en fait. J'ai noté la construction du récit également: alternance narrateur/journal du narrateur et en troisième partie: vécu du père de l'allemand et dénouement de l'histoire.
Une belle histoire: Un livre qui me laisse des traces aime
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kenavo
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MessageSujet: Re: Eugène Green   Dim 7 Sep 2008 - 10:50

Nathria a écrit:
Une belle histoire: Un livre qui me laisse des traces aime
Merci pour ton aperçu de ce livre.. et oui.. chez moi aussi ce livre laisse des traces.. Wink

miammiam on attend Aériale et cet auteur sera 'confirmé' Very Happy

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Aeriale
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MessageSujet: Re: Eugène Green   Mer 10 Sep 2008 - 18:11

La reconstruction -

Ce roman commence comme un scénario. L'auteur endosse le regard du cameraman, un peu détaché, juste analytique.
Tous les détails sont reportés de façon succinte et précise...On sent bien qu'Eugène Green a débuté dans le cinéma et cet aspect très visuel capte assez vite notre curiosité.
.
Rapidement on est pris par l'histoire de cet homme entre deux mondes et qui subit sa vie plus qu'il ne la dirige.
Attaché à la tradition -il la défend à l'encontre de ses collègues lors d'un briefing- brifigue aurait dit Green Laughing - sur la façon d'enseigner la littérature, il n'a pourtant que peu de repères, autres que sentimentaux, avec son passé.
Ajouté au fait que son père, atteint d'Alzheimer, persiste à le croire mort, un flou semble envelopper sa conscience.
Intrigué par un appel d'un inconnu qui désire le rencontrer, le héros -ainsi que le lecteur! - se lance peu à peu, aidé par cet homme qui dit l'avoir connu jeune, dans une recherche de ses souvenirs, souvenirs qui lui semblent être les siens- mais est-ce vraiment le cas?-

A partir de là l'auteur mêle questionnements et philosophie, grande Histoire et bribes de récits plus personnels, tout ceci avec talent, il faut bien reconnaître.
Mais j'avoue qu'il m'a manqué quelque chose pour en faire un coup de coeur, tel que me l'annonçaient les avis alentours-

Suis-je trop difficile jemetate
Pas vraiment car je sais que la construction de ce récit est ardue et que l'ensemble tient la route. Plutôt génée par ces ruptures de style- parfois dialogues dans le présent assez mécaniques, parfois récit palpitant aux tournures romanesques!
Un peu déconcertée disons. Il m'a manqué un je-ne-sais-quoi (charme, magie? ) qui aurait pû relier les deux.

J'ai noté dans un article sur le net ceci:
Citation :
Mais la mode scénique est alors plus au corps qu'au verbe, et Eugène Green finit par se tourner vers le septième art, pour des raisons philosophiques qu'il a le fol espoir de partager : « Le cinéma est un art de la fragmentation. Si on voit une chose entière, on ne voit que la matière. En isolant un fragment, on fait apparaître l'esprit. »


Noté aussi cela
Citation :
Etats-unien de naissance, l'auteur a fait mentir son prénom (« le bien-né »), reniant viscéralement sa patrie en 1968, au point de ne plus l'appeler que « Barbarie ». Depuis, il s'est fait parisien et mange goulûment la France par la racine des mots
. Sans doute est-ce la raison de ces tramouais et ces quoqualaïtes phonétiques et décalés qui parsèment le roman Wink


Mais aussi de jolis passages dont un que je vous reporte ici -et qui résume assez bien le propos du roman-
Citation :
Cette nuit dans un train Munich-Paris commence ma vie d'adulte. Ce qu'on nomme ainsi, et qu'on considère en général comme la partie esssentielle de l'existence, n'est que l'accomplissement d'une voie où on s'est engagé bien en amont. Pour moi c'était une voie dont le dernier croisement de chemins se trouvait à Munich, et c'est en m'éloignant de cette ville que le carrefour, commme tout ce qui le précédait, s'est fondu dans le passé, de même que, depuis une semaine, par un mouvement que je ne comprends pas, mais qui ne vient pas de moi seul, tout ce chemin se trouve vivant dans le présent
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kenavo
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MessageSujet: Re: Eugène Green   Mer 10 Sep 2008 - 18:41

Merci pour cette ‘autre voix’ qui est à mon avis aussi important que de se perdre dans trop d’éloges.

J'accepte les points que tu mets en évidence, je comprends que tu n'as pas été trop enthousiasmée..

Pour être un coup de cœur, il me manquait aussi quelque chose - mais je me suis retrouvée assez bien avec ses ruptures
(le fait que je mets un livre en cours de lecture de côté pour commencer un (même plusieurs) autre(s) livre(s) - si j'en ai assez avec un 'style' cela se produit assez souvent - et lui en a changé dans le même livre - et là je suis restée jypeurien )
En tout cas pour moi un auteur à suivre Very Happy

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tom léo
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MessageSujet: La reconstruction   Mer 29 Jan 2014 - 22:49

La reconstruction

Originale : Français, 2008

CONTENU :
Paris, deux semaines avant Pâques 2003. Jérôme Lafargue est prof de littérature à la Sorbonne et essaie de transmettre à ses étudiants quelques choses de la poèsie et de la beauté. Un jour il est contacté par un Johannes Launer de Munich : après la mort de son père Vaclav/Wenzel il aurait dans ses mains différents éléments qui lui font douter de son identité. Il est assez convaincu que Jérôme aurait des clés de réponses...

Bien sûr que le Parisien se rappelle de son séjour à Munich en 1968, juste après les demonstrations de Paris en Mai. Il y a fait la connaissacne de sa future femme, épouse Jana, qui venait de fuir Prague, occupée par les Soviètiques. Mais d'abord il se rappelle de rien qui puissent le mettre en lien avec Johannes.

Seulement peu à peu, par la constante réflexion, le souvenir de ce temps passé en Allemagne et une mise en forme dans l'écriture les événements de ces jours à Munich remontent doucement à la surface, et justement ses quelques rencontres avec Wenzel Launer, qui l'avait hébérgé un peu de temps, lui avait confié des choses.

Il venait de la Bohémie et se sentait après la fondation de l'état de la Tchecoslovaquie en 1920 comme un tchèque avec une nationalité allemande. Peu après se marièrent lui et Margarete, et ils ont eu deux enfants, Johann et Sebastian. C'est l'occupation qui va le forcer de prendre une identité qu'il n'avait pas choisi...

REMARQUES:
J'avais fait connaissance d'Eugène Green par le biais de „La réligieuse portugaise“, un film de lui qui m'avait fortement parlé. Puis, lisant une recension d'un livre écrit par lui, j'ai compris qu'on est face à un artiste à plusieurs dons. De l'autre coté je n'étais pas si étoné, car dans ce film il fut évident, à mon avis, qu'on était face à un amateur de mots: bien prononcés, des dialogues bien travaillés. Eventuellement ici et là rappelant un Eric Rohmer? Ce roman confirmait l'impression positive.

Pensant à une scène d'introduction du roman entre le Père Lafargue, atteint d'Alzheimer, et Jérôme, un Leitmotiv, un sujet fondamentale me semble mis en évidence: le souvenir, la mémoire, la perte d'information... Jérôme voit les trous de mémoire de son père, mais peu de temps après il doit reconnaître lui-même comme aussi chez lui – et chez tout un chacun – des pans entiers de notre vécu est tombé dans l'oubli. N'étaient-ils pas une part de notre „Moi“, de notre „identité“? Qu'est-ce que cela signifie? Comment se réapproprier ces parts perdus et ainsi, eput-être, aussi aider Johannes dans sa recherche de son identité? Et est-ce que la vérité peut vraiment aider? De là peut-être une première exlplication du titre „reconstruction“: de sa mémoire,d'un part de soi-même.

Mais dans les narrations et réflexions de son séjour à lui en Allemagne il y a 35 ans, et d'autre part, du destin des Launer comme réfugiés de Prague, arrivant à Munich à la fin de la guerre, il s'agit d'un sens plus large et politique, d'une „réconstruction“ dans un sens très concret d'un pays, de plusieurs pays, voir de l'Europe.

J'avais mentionné déjà un peu l'importance d'une langue presque cristalline et belle. Il y a pas mal d'éléments poètiques et mystiques (la relation de l'auteur envers la Foi, la prière me semble évident) qui me réjouissaient le coeur. Derrière le visible pointe l'invisible.

Scènes de dialogues, de narration, des parties en formes de diaire s'alternent et jettent des coups de lumières différentes sur la même réalité.

Une belle découverte!
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tom léo
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MessageSujet: La communauté universelle   Dim 9 Fév 2014 - 12:04

La communauté universelle

Originale : Français, 2011

CONTENU :
Emile, médecin, rentre tard à la maison et ne retrouve oas sa femme Adrienne. Par un indice il tire la conclusion qu'elle a bien du partir dans sa famille en Angleterre. Celle-ci est issu d'une couche aristocratique de catholiques de vieille date qui étaient restée fidèle à Rome lors de schisme anglican. Emile se met en route...

Parallèlement nous suivons nos deux caractères principaux et une personne nommée Ronas qui joue comme une fonction/rôle de pont, de lien entre eux. Ces deux vont de leurs chemins, se croisent presque, s'évitent... Pourquoi cette fuite, de coté d'Adrienne ? Quelle recherche anime Emile ? Tous les personnâges de ce roman sont d'une manière ou d'une autre à la recherche de sens, du sens. Cette quête spirituelle est ici assez clairement et omniprésentement sous le signe d'une quête réligieuse.

STRUCTURE :
Les passages de pure narration sont rélativement courtes, rappellent parfois à des indications d'un metteur de scène, un essentiel néccessaire pour placer les acteurs. Par contre la forme du dialogue prend une place préponderante. La structure semble très étudiée :
Prologue – Vendredi – Introduction au sujet
Parodos (première chant d'une tragédie grecque, ici : discours symbolique de la Seine et de la Tamise)
Suivent trois épisodes des jours suivants 0 Londres de Samedi à Lundi, avec des passages de narrations dans la 1ère personne des trois protagonistes clés. Chacun de ces trois épisodes est suivi par un « stasimon » dans lequel chacune des personne raconte des éléments essentiels de sa spiritualité et sa socialisation réligieuse, vécus dans l'enfance et la jeunesse.
Le tout s'arrondit avec un  issu, conclusion (« exodus »).

REMARQUES :
Dès le debut de ce roman des univers sont mis en relation :
le couple d'Emile, venant d'une famille juive non-pratiquante de Paris, assez ouvert réligieusement AVEC Adrienne, venant d'une famille angalise riche et aristocrate, pratiquant la foi catholique. -
'l'Eurostar réliant le continent (Paris) et Londres, moyen d'un rapprochement dans l'espace sans impliqué forcement de rapprocher toujours les hommes.
Donc multitude de facettes incarnées par ces eux protagonistes, et enrichi par la figure mystérieuse de Ronas, jardinier (plus que symbolique?), avec ses origines orientales, islamique-alévite et mystique.
Et sans se rendre compte on se trouve au milieur d'un échange et dialogue des trois monothéismes et une mise en question moderne, d'une mèfiance envers toutes formes d'extremisme réligieux

Pour certains sujets nous allons trouver des réflexions belles, ainsi pour la valeur et la beauté profonde de toute relation d'amour qui peut bien nous ouvrir les yeux pour d'autres horizons. L'individu n'est pas juste un être isolé et séparé, mais « je suis moi-même et plus que moi-même ». Chacun devient ainsi aussi porteur d'autres histoires qui nous précèdent ou nous suivent.

Il me semble que ce livre ne joue pas juste avec un désir de spiritualité assez floue, mais donne aussi quelques pistes et débuts de réponses. Il se termine – ou est-ce qu'il vaudrait mieux dire : il s'élargit ? - vers la fin avec une vue qui promet un nouveau commencement. On trouvera le désir d'une communauté universelle (titre deu livre) qui transcendra le tout tout en étant rélié à une attente de Quelqu'Un qui est déjà mystérieusement venu.

Qui exclue toutes composantes spirituelles ou réligieuses devrait laisser s'en passer de ce livre. Le lecteur avec une ouverture et intérêt spirituel large trouvera des pistes intéressantes.
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MessageSujet: Re: Eugène Green   Mar 11 Fév 2014 - 2:56

La Reconstruction

Je suis le présent d'un autre homme , présent qui depuis trente-cinq ans vit à côté du mien, jusqu'à ce que, aujourd'hui, les deux ne fassent plus qu'un seul. Jusqu'à ce que , par la présence d'une voix, que les machines ont conservée au delà de la mort, par la présence de moments et de lieux qu'une opération chimique a fixés dans la matière, je retrouve aujourd'hui en moi la réalité de l'autre.

Eugène Green est cinéaste, et ça se sent dans son premier roman, par l'abondance des dialogues, la construction , et certaines scènes , notamment satiriques envers le milieu universitaire littéraire , qui ont peu être plus de mal à s'intégrer dans le genre " roman". C'est ça, le roman " farfouille", Kenavo? C'est un peu vrai. Mais cela importe peu, finalement, car cela construit l'identité du personnage.
Donc, un universitaire parisien, raisonnablement heureux, notamment dans son couple. Le roman s'ouvre quand même par une scène avec ses parents, et l'impossibilité complète de communiquer avec son père atteint d'une maladie d'Alzheimer. Avec son fils, la communication semble un peu difficile aussi, du moins au début.Avec son frère, également, ils ne parlent pas le même langage..
Sa tranquillité va être dérangée par un Allemand, venu lui demander des renseignements sur son père, après avoir découvert, après sa mort, des documents qui menaceraient totalement l'image identitaire de ce Munichois.
Oui, Jérôme est bien allé à Munich en 68..

Ce qui m'importait, c'était de savoir qui j'étais, et j'ai toujours su que j'étais européen. Etrangement, peut -être parce qu'ils gardaient le souvenir d'avoir assailli les murs de Rome, et que leur participation à la " communauté universelle" n'allait pas de soi, c'est avant tout chez des écrivains allemands que j'ai trouvé un sentiment d'appartenir, à travers la germanité, à quelque chose de plus large , qu'ils identifiaient à l'Europe. Goethe et Thomas Mann ,par exemple. Rilke, l'apatride. Kafka, homme entre plusieurs cultures. Plus tard, j'ai découvert le plus grand, Maître Eckhart, qui a fait le tour du continent, et qui est mort à Avignon.
Pessoa était européen sans quitter Lisbonne, parce que les Portugais sont naturellement universels. Mais les Allemands ne peuvent être ce qu'ils sont que par un effort et dans la souffrance. Moi, je me trouvais dans leur cas.
Au milieu du XXè siècle, quand je suis né, la civilisation européenne était un champ de ruines. En 1968, j'ai eu l'impression, à un certain moment, d'être moi-même une ville dévastée. J'ai senti alors, confusément, que le seul espoir se trouvait dans la voie propre à ma culture, qui était de s'ouvrir au souffle du monde, et de se laisser emporter par l'amour.
J'ai choisi donc l'Allemagne, parce que c'était le pays par excellence de la reconstruction.


Et c'est même à Munich qu'il a rencontré sa femme qui, elle ,avait fui la Tchécoslovaquie. Ainsi qu'un autre personnage de cette histoire qui lui, venait, disait-il ,  d'Anatolie.On le retrouvera par la suite.
Et effectivement, il a connu le père de Johann Launer, car celui-ci l'a logé quelques nuits. Allemand de Bohême, juif, né autrichien, puis devenu citoyen tchécoslovaque après la Première Guerre mondiale.
Mais, la mémoire.. ce n'est que par l'écriture , dans son journal, que Jérôme va se souvenir. Et reconstruire l"histoire" de cet allemand. D'après les données qui lui reviennent en mémoire.

C'est un roman passionnant, émouvant, court mais assez dense et complexe,  qui procède par couches, qui s'emmêlent très vite .

Mémoire,transmission,  identité (  l'identité me semble quand même le thème central ) , construction personnelle et construction de l'Europe , déconstruction, reconstruction.. jusqu'au pied de nez final qui me semble être une excellente définition de ce qu'est vraiment l'identité. Elle n'est en tout cas pas celle que l'on écrit pour vous. Ca, c'est de la littérature.

-C'est très bien, dit le professeur. Pourriez-vous résumer le sens de ce poème?
Le garçon aux cheveux en bataille réfléchit un instant, puis il répond:
- C'est une expression de l'inutilité de ce que vous me demandez.
Le professeur sourit, et l'étudiant continue:
-Aucune analyse intellectuelle ne peut percer le mystère de la parole, de la poésie, et peut être de l'art en général. La seule métaphore qui puisse nous aider à la comprendre, c'est la beauté du monde naturel, résumée ici par les roses, et qui est, en principe, réelle, sans besoin de métaphore ni d'explication. La poésie est un passage entre la vie et la mort, une forme d'immortalité, qui en transgressant ce qui apparaît comme une loi de la nature, la respecte. C'est notre vision rationnelle du monde qui constitue une faute.

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MessageSujet: Re: Eugène Green   Mar 11 Fév 2014 - 7:37

Marie a écrit:

C'est un roman passionnant, émouvant, court mais assez dense et complexe, 

Le genre de truc à réessayer, quoi  dentsblanches .
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MessageSujet: Re: Eugène Green   Mer 22 Avr 2015 - 15:37

Je lui ouvre un fil en tant que réalisateur... La Sapienza a été un très beau moment de cinéma et il faudrait parler ou reparler de ses précédents films.

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"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
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MessageSujet: Re: Eugène Green   Mer 19 Aoû 2015 - 19:29

Sortie de son dernier roman L'inconstance des démons



Présentation par l'auteur sur France Culture: L'inconstance des démons

Citation :
Au coeur du Pays basque, un polar métaphysique, une histoire de possession, d'exorcisme et de sorcellerie, qui interroge la présence du Mal et de la grâce.
Avec une écriture limpide, Eugène Green éclaire l'opacité de la raison face au mystère et à la beauté du monde.

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MessageSujet: Re: Eugène Green   Mer 19 Aoû 2015 - 20:05

Comme j'aime beaucoup ses films, je vais à un moment ou un autre le lire.
Tu as déjà fait la tentative, Marko ?

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