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 Nikos Kazantzaki [Grèce]

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bix229
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MessageSujet: Re: Nikos Kazantzaki [Grèce]   Mer 7 Mar 2012 - 15:08

Tina, il ne faut pas s' étonner que Kazantzakis ait été interessé par ce qui se passait en Russie au déburt du 20e siècle. Comme tu le sais, il s' interessait au sort des pauvres très pauvres gens. Et c' est en idéaliste sincère qu' il s' est rendu en Union Soviétique. Il n' était pas seul mais en compagnie d' un autre grand idéaliste comme lui. Il s' agit du roumain Panait Istrait, un écrivain roumain excellent et dont la carrière fut brisé par ces évènements (Je lui ai ouvert un fil).

Une fois en Union Soviétique, ils ont vu le "pays du mensonge déconcertant" et sont partis désillusionnés. Istrati a écrit à son retour, un superbe livre, "Vers l' autre flamme", où il dénonçait les mensonges, les fausses promesses, les arrestations arbitraires et les procès monstrueux. Les déportations et les condamanations à mort.

Son livre fut violemment attaque par la presse communiste et passa inaperçu. Tous les écrivains qui allèrent en Union Soviétique, n' eurent pas ce courage ni cette lucidité désespérée. Aragon surtout, et Eluard soutinrent les communistes alors qu' ils savaient pertinemment ce qui se passait. Aragon refusa meme de signer une pétition adréssée à Staline pour essayer de sauver des condamnés. Cettepétition avait été envoyée à Aragon par André Breton. Aragon répondit séchement qu' il préférait s' occuper de véritables victimes que de perdre son temps àsoutenir des contre révolutionnaires.

Kazantzakis coninua à voyager, et malgré la déception subie en URSS, resta toute sa vie attaché aux pauvres et solidaire des révoltés en humaniste qu' il était profondément.
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tina
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MessageSujet: Re: Nikos Kazantzaki [Grèce]   Mer 7 Mar 2012 - 15:23

Je ne savais pas tout ça sur le côté politique.
Du coup, il mérite doublement une relecture. Panait Istrait, je ne connais que le nom.
A creuser aussi.
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eXPie
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MessageSujet: Re: Nikos Kazantzaki [Grèce]   Lun 2 Juin 2014 - 23:38


Est de Santorin, 18 mai 2014.
"Heureux, pensai-je, l'homme à qui il a été donné, avant de mourir, de naviguer dans la mer égéenne.
Nombreuses sont les joies de ce monde - les femmes, les fruits, les idées. Mais fendre cette mer-là, par un tendre automne, en murmurant le nom de chaque île, je crois qu'il n'est pas de joie qui, davantage, plonge le coeur de l'homme dans le Paradis.
" (page 23)

Alexis Zorba (Βίος και Πολιτεία του Αλέξη Ζορμπά, 1946). Traduit du grec en 1947 par Yvonne Gauthier avec la collaboration de Gisèle Prassinos et Pierre Fridas. Pocket. 348 pages.

Nous sommes dans les années 1930. Le roman commence ainsi :
Citation :
"Je le rencontrai pour la première fois au Pirée. J'étais descendu au port prendre le bateau pour la Crète. Le jour allait se lever. Il pleuvait. Un fort sirocco soufflait et les éclaboussures des vagues arrivaient jusqu'au petit café. Les portes vitrées étaient closes, l'air sentait le relent humain et l'infusion de sauge." (page 9).
Zorba arrive. Il demande au narrateur, qu'il ne connaît pas, de l'emmener. Ensemble, ils vont aller en Crète, dans un petit village, où le narrateur va tenter d'exploiter une mine.

Le narrateur est un jeune intellectuel qui a des problèmes existentiels assez classiques, mais à tendance bouddhiste, qu'il essaye de coucher sur le papier (que faire de sa vie ? la vie a-t-elle un sens ? etc. "la religion s'était dégradée en moi : elle était devenue art", page 197).
Zorba, de son côté, prend la vie comme elle vient : il tient surtout à être libre.
Qu'importent les livres ! Il faut vivre, c'est tout. Ce sont les hommes qui sont importants, pas les mots.

L'intellectuel est fasciné par l'énergie de Zorba, qui a vu du pays et a exercé un nombre considérable de métiers.
Voici Zorba qui parle à son patron :
Citation :
"A ce que je comprends, ta seigneurie n'a jamais eu faim, jamais tué, jamais volé, jamais couché avec la femme d'un autre. Qu'est-ce que tu peux donc savoir du monde ? Cervelle d'innocent, chair qui ne connaît pas le soleil... murmura-t-il avec un évident mépris.
Et moi, j'eus honte de mes mains délicates, de mon visage pâle et de ma vie qui n'était pas éclaboussée de sang et de boue.
- Soit ! fit Zorba en passant sa lourde main sur la table, comme s'il effaçait avec une éponge. Soit !" (page 30).

Zorba, du fait que son patron a beaucoup lu, lui pose fréquemment des questions auxquelles il n'a pas réponse.
Citation :
"Moi, quand je me débats avec des chiffres, je voudrais me fourrer dans un trou de la terre, pour ne rien voir. Si je lève les yeux et que je voie la mer, ou un arbre, ou une femme, même une vieille, hein ! va te faire fiche ! voilà les calculs et les cochons de chiffres qui foutent le camp, on dirait qu'il leur pousse des ailes... [...] Il y a des cas où même le sage Salomon... Tiens, un jour, je passais dans un petit village. Un vieux grand-père de quatre-vingt-dix ans était en train de planter un amandier. « Eh ! petit père, je lui fais tu plantes un amandier ? » Et lui, courbé comme il était, il se retourne et il me fait : « Moi, mon fils, j'agis comme si je ne devais jamais mourir. » Et moi, je lui réponds : « J'agis comme si je devais mourir à chaque instant. » Qui ne nous deux avait raison, patron ?
Il me regarda, triomphant :
- C'est ici que je t'attends, dit-il.
Je me taisais. Deux sentiers également montants et hardis peuvent conduire au sommet." (page 44).

Que racontent les livres que lit notre intellectuel ?
Citation :
"Ils disent la perplexité de l'homme qui ne peut répondre à ce que tu demandes, Zorba." (page 303).

Zorba est très attiré par les femmes. Il y a notamment une veuve d'une très grande beauté, mais sans doute inaccessible pour Zorba.
Ecoutons deux villageois parler d'elle.
Citation :
"Dieu la protège ! Tu n'as peut-être pas vu les enfants qui naissent dans notre village depuis quelque temps ? Ils sont beaux comme des anges. Tu peux me dire pourquoi ? Eh bien, c'est grâce à la veuve ! Elle est comme qui dirait la maîtresse de tout le village : tu éteins la lumière et tu te figures que ce n'est pas ta femme que tu tiens dans tes bras, mais la veuve. Et c'est pour ça, tu vois, que notre village met bas de si beaux enfants !" (page 114).

La naïveté de Zorba, qui fait mine de tout découvrir (les mulets, par exemple, page 176... d'accord, il y a du gros symbolique derrière, mais quand même...), est parfois un petit peu agaçante, forcée.
Et l'opposition "intellectuel qui ne fait rien/manuel plein de bon sens et actif" est parfois un peu facile, mais malgré ces petits défauts, le livre marche vraiment bien, avec des personnages hauts en couleurs, une certaine profondeur...
Citation :
"Tout village a son innocent, et, s'il n'en a pas, il s'en fabrique un pour passer le temps. Mimitho était l'innocent du village." (page 115).
Et les descriptions de fêtes ou cérémonies populaires sont souvent réussies. Nous voici à Noël :
Citation :
"Tous les villageois s'étaient entassés dans la ruche chaude et parfumée de l'église. Devant, les hommes. Derrière, mains croisées, les femmes. Le pope Stéphane, grand, exaspéré par son jeûne de quarante jours, revêtu de sa lourde chasuble d'or, courait, de-ci, de-là, à grandes enjambées, agitait l'encensoir, chantait à tue-tête, pressé de voir naître le Christ et de rentrer chez lui pour se jeter sur la soupe grasse, les saucissons et les viandes fumées..." (page 135).

Un bon livre, donc, bien meilleur (d'après mon lointain souvenir) que le film (pour lequel le sirtaki a été inventé, soit dit en passant).
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topocl
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MessageSujet: Re: Nikos Kazantzaki [Grèce]   Mar 3 Juin 2014 - 7:40

La relation de Zorba avec le jeune intellectuel me fait penser à celle de Dersou Ouzala et Arseniev.
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ArturoBandini
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MessageSujet: Re: Nikos Kazantzaki [Grèce]   Mar 24 Mai 2016 - 17:28

topocl a écrit:
La relation de Zorba avec le jeune intellectuel me fait penser à celle de Dersou Ouzala et Arseniev.

Un Dersou priapique alors ... rire
Mais c'est vrai qu'on peut penser à cette relation entre l'homme d'action et le penseur. Zorba n'est pas en reste toutefois avec ses idées truculentes.
Je découvre l'auteur, et je suis conquis. Je vais tout lire. oui

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bix229
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MessageSujet: Re: Nikos Kazantzaki [Grèce]   Mar 24 Mai 2016 - 19:31

ArturoBandini a écrit:
topocl a écrit:
La relation de Zorba avec le jeune intellectuel me fait penser à celle de Dersou Ouzala et Arseniev.

Un Dersou priapique alors ... rire
Mais c'est vrai qu'on peut penser à cette relation entre l'homme d'action et le penseur. Zorba n'est pas en reste toutefois avec ses idées truculentes.
Je découvre l'auteur, et je suis conquis. Je vais tout lire. oui

Après une redécouverte grace au film Zorba le Grec, et une éclipse assez longue, Kazantzakis mérite bien de rentrer en grace durablement.
Outre ses romans, il voyagea beaucoup en témoin impliqué. Notamment en URSS aux cotés de Panait Istrati en 1928. Témoin du grand mensonge.

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ArturoBandini
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MessageSujet: Re: Nikos Kazantzaki [Grèce]   Dim 5 Juin 2016 - 20:35

Il faut lire Kazantzakis, lire Alexis Zorba si vous avez l’âme aventureuse, si l’âpreté de la vie ne vous rebute pas. Il faut lire Dans le palais de Minos si vous aimez la mythologie grecque et que vous avez conservé une âme d’enfant.

Le Lys et le Serpent, son premier roman, date du tout début du 20ème, et c’est une belle déclaration d’amour sulfureuse. Car Kazantzakis est souvent sulfureux, à tout le moins voluptueux. Il aime parler des femmes, et de l’obsession qu’elle provoque chez les hommes de tous âges.
Il se considérait avant tout comme poète, et il nous a légué son Odyssée. Sans doute son chef-d’œuvre, une ode exigeante, qui va me prendre un certain temps de lecture. Il a osé, et il a écrit une suite de l’Odyssée d’Homère. Une véritable prouesse poétique. C’est à la fois proche de l’aède antique et aussi éloigné, car Kazantzakis ne s’est pas contenté de nous livrer une suite fidèle. Il livre sa propre patte, et c’est assez surprenant. Ce bon vieux Ulysse s’ennuie à Ithaque, et se met à rêver à la belle Hélène, je ne vous en dis pas plus … C’est un texte difficile à trouver de nos jours malheureusement, mais je crois qu’il faut le découvrir, si l’on est passionné d’Homère. Mais peut-être d’abord lire Alexis Zorba, pour savoir si l’auteur est pour vous ou non.

Je vais aussi bientôt me coller à Ascèse, un essai qui apparemment est indispensable pour cerner sa pensée.
Car Kazantzakis n’était pas qu’un poète, il nous a laissé une œuvre riche. Des romans, essais, récits … Il y en a pour tous les goûts, et pour les amoureux de la Grèce, de la mer, des femmes, et du vague à l’âme.


Kazantzakis, Le Lys et le Serpent a écrit:
Que nous sommes ridicules avec nos souffrances et nos haines et notre amour ! Quand parfois, je réfléchis – je me sens loin, très loin et je regarde. Un bourdonnement léger, très léger, un murmure de voix parviennent à peine jusqu’à moi. Et je vois tous ces êtres aller et venir orgueilleusement, tête haute, aimer et haïr, et se mettre en colère et rire – et courir pressés, tous, tous vers le silence infini et le gouffre insatiable. Et je les vois tomber un à un et leur rire s’arrête au beau milieu – ils tombent comme des gouttes de pluie sur la mer.

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