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 Boris Cyrulnik

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la-lune-et-le-miroir
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MessageSujet: Boris Cyrulnik   Jeu 4 Sep 2008 - 15:00



L'auteur :

Né en 1937 et donc "conçu un soir de revendication sociale lors du Front populaire", Boris Cyrulnik avait pour première vocation maître-nageur-sauveteur ou danseur tango argentin. Mais "une calvitie précoce m'obligea à étudier la médecine, la neurochirurgie, la neurologie, l'électroencéphalographie, la psychiatrie, la psychologie et la psychanalyse", explique-t-il aujourd'hui en souriant. Ce paresseux contrarié découvrit en réalité l'éthologie à l'âge de 14 ans en regardant un film sur la vie de Henri Fabre. Mais il décida de devenir réellement éthologue le jour où il comprit que pour observer les fourmis, le naturaliste devait travailler en position couchée...

Au cours de son internat en psychiatrie, Boris Cyrulnik découvrit que les hôpitaux chronicisaient tout le monde, même le personnel... Pour lutter contre cette délicieuse démission, il publia une des toutes premières observations d'éthologie humaine et, grâce à ce remarquable travail, se retrouva d'emblée parmi les meilleurs éthologues de France qui, en 1968 n'étaient qu'au nombre de trois. Le Pr Sutter lui confia alors un séminaire à la Faculté de Médecine de Marseille, tandis que les Prs Cosnier et Montagner l'invitaient aux premières réunions du Groupe d'éthologie humaine, au sein du CNRS.

Pendant quelques mois, l'éthologue fréquenta Jacques Lacan. Mais au cours d'un repas, le grand psychanalyste se servit par deux fois de crème caramel, prenant ainsi la part de Boris Cyrulnik. Dès ce jour, on put remarquer entre ces deux grands penseurs une accentuation de leurs divergences théoriques. Pas assez intelligent pour devenir lacanien, le bon docteur s'orienta dès lors vers les observations et l'enseignement régulier de l'éthologie à Marseille et à Lyon, et des exposés de méthodes et de travaux dans toutes les universités européennes. Cette activité lui permit de diriger des thèses et des publications, puis d'en reprendre les conclusions pour en faire son premier livre : Mémoire de singe et paroles d'homme. Plus tard, Sous le signe du lien, connut un tel succès que l'auteur dut ensuite créer un groupe de recherche en éthologie clinique à l'Hôpital de Toulon, uniquement destiné à coordonner les observations sur le terrain. C'est alors qu'on vit des vétérinaires côtoyer des psychologues ahuris par cet inattendu voisinage, des linguistes employer la même langue que les neurologues et même de pompeux lacaniens furent surpris en train de serrer la main à de puissants biologistes. Ces accouplements contre nature lui permirent d'écrire Les Nourritures affectives. En 1994, le doyen de la faculté de médecine de Marseille rencontra le président de la faculté des lettres et sciences humaines de Toulon pour créer le diplôme interuniversitaire d'éthologie dont la direction fut confiée à Boris Cyrulnik. Ahuri de voir qu'on ne savait donner à l'homme qu'une place d'ange ou de bête, l'auteur décida d'écrire l'Ensorcellement du monde car, explique-t-il, ayant à choisir entre deux voies, il n'hésitait jamais : il prenait la troisième.

: Sous le signe du lien : Ethologie:

A la lumière de ses études éthologiques, qui cherchent à observer le comportement des êtres vivants dans leur univers naturel, Boris Cyrulnik jette un regard nouveau sur le comportement amoureux des humains. La compréhension du monde animal et la biologie le conduisent à livrer de nouvelles interprétations sur les liens naturels qui unissent une famille. On découvre ainsi que l'histoire affective du bébé commence bien avant sa naissance la force des liens bébé-père-mère pèse sur l'individu dès la formation de la cellule embryonnaire et l'influence toute sa vif durant. Bons Cyrulnik nous offre ici la première histoire naturelle de l'attachement.
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Cachemire
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MessageSujet: Re: Boris Cyrulnik   Jeu 4 Sep 2008 - 16:56

Bonne idée de parler de Boris Cyrulnik! Je m'intéresse beaucoup à son travail et j'ai lu d'ailleurs tous les ouvrages qu'il a publiés depuis "sous le signe du lien". Je suis convaincue de la pertinence de ses analyses concernant la résilience, développées notamment dans "un merveilleux malheur".
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sousmarin
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MessageSujet: Re: Boris Cyrulnik   Jeu 4 Sep 2008 - 17:45

Je dois avouer qu’il m’est sympathique malgré son omniprésence médiatique, un peu suspecte… Suspect
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la-lune-et-le-miroir
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MessageSujet: Re: Boris Cyrulnik   Ven 5 Sep 2008 - 15:19

Ne regardant pas la télévision je ne me rends pas compte de cet omniprésence médiatique. J'écoute France culture pour les infos et le reste. Et à part la chronique d'Eliacheff le matin ... on n'y parle pas beaucoup psycho...

De lui je retiens aussi le phénomène de résilience et l'importance d'un Tuteur ange
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Marie
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MessageSujet: Re: Boris Cyrulnik   Ven 5 Sep 2008 - 19:46

Citation :
Pendant quelques mois, l'éthologue fréquenta Jacques Lacan. Mais au cours d'un repas, le grand psychanalyste se servit par deux fois de crème caramel, prenant ainsi la part de Boris Cyrulnik. Dès ce jour, on put remarquer entre ces deux grands penseurs une accentuation de leurs divergences théoriques
laugh
Quel goujat, ce Lacan!
J'aime bien Cyrulnik. Et je trouve que c'est une bonne chose qu'il soit médiatisé. Parce qu'il sait de quoi il parle, il l'a lui-même vécu, rien de tel que l'exemple pour donner de l'espoir.
Dans un entretien il y a quelque temps, on lui demandait s'il pensait avoir réussi sa vie. Il répondait qu'il avait réussi à ne pas rater, contrairement à ce qu'on lui avait prédit. Cyrulnik, il a fait comprendre à beaucoup que le "ratage" prévu n'était pas obligatoire, que l'histoire n'était pas forcée de se renouveler, même si c'est effectivement plus difficile pour certains que pour d'autres.

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bix229
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MessageSujet: Boris Cyrulnik   Ven 5 Sep 2008 - 22:35

Lacan était plus qu'un goujat, c'était un homme intelligent qui s'était transformé en gourou et en chef de secte -les lacaniens- la psychanalyse
étant diviséée en écoles toutes divisées entre elles, meme si la plupart se
réclament de Freud.
Lacan est devenu célèbre au moment où le mouvement structuraliste tenait le haut du pavé intellectuel, avec tous les dégats colatéraux qui s'ensuivirent.
Lacan tenait des colloques et séminaires entouré de ses disciples et d'un
public béat. Et il jargonnait allègrement dans un silence recueilli de chapelle.
J'ai pu voir il y a quelques temps un document d'époque où l'on voit le maitre precher à ses disciples, et c'était avec le recul du temps, grotesque.
Je me suis demandé aussi pourquoi ce mandarin planquait chez lui le célèbre tableau de Courbet, l' Origine du monde -on s'est demandé longtemps où était passé ce tableau- qu'il faisait voir confidentiellement à quelques élus...
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MessageSujet: Re: Boris Cyrulnik   Mer 10 Sep 2008 - 10:50

bix229 a écrit:
Lacan était plus qu'un goujat, c'était un homme intelligent qui s'était transformé en gourou et en chef de secte -les lacaniens- la psychanalyse
étant diviséée en écoles toutes divisées entre elles, meme si la plupart se
réclament de Freud.
Lacan est devenu célèbre au moment où le mouvement structuraliste tenait le haut du pavé intellectuel, avec tous les dégats colatéraux qui s'ensuivirent.
Lacan tenait des colloques et séminaires entouré de ses disciples et d'un
public béat. Et il jargonnait allègrement dans un silence recueilli de chapelle.
J'ai pu voir il y a quelques temps un document d'époque où l'on voit le maitre precher à ses disciples, et c'était avec le recul du temps, grotesque.
Je me suis demandé aussi pourquoi ce mandarin planquait chez lui le célèbre tableau de Courbet, l' Origine du monde -on s'est demandé longtemps où était passé ce tableau- qu'il faisait voir confidentiellement à quelques élus...

Il parait qu'il avait même fait couvrir la toile de 'l'origine du monde' par une autre toile surpris
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Marie
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MessageSujet: Re: Boris Cyrulnik   Mar 23 Sep 2008 - 4:18

Un entretien avec Cyrulnik dans Le Point
ici

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swallow
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MessageSujet: Entretien " Le Point"   Mar 23 Sep 2008 - 10:17

Merci Marie, pour le lien de cet entretien, "Confession" de Cyrulnik.
Je retiens:

(1)" L’intensité de la résilience va de zéro à presque l’infini. Certaines personnes font du traumatisme le sens de leur vie. Elles métamorphosent leurs blessures en engagement idéologique, scientifique ou littéraire"
C´est là que je me rends compte combien le traumatisé a besoin de la societé toute entière pour rejouer ses cartes et d´une nouvelle manière. Comme si la societé servait de thérapeute.

(2) dans les extraits ( en rouge, après l´entretien).
" Il faut tout un village pour élever un enfant".
Je suis bien d´accord, j´imagine que la même chose se produit dans les maternelles françaises: le petit enfant est finement observé par la maîtresse dans ses rapport avec ses compagnons et l´evolution de son épanouissement au sein du groupe est evalué, "rapporté" par la maîtresse, comme une matière de plus, de l´enseignement pré-scolaire.
Et les parents sont informés de ce comportement de leur enfant à l´ecole, souvent différent de celui de l´enfant "á la maison".
Ouf...On sort enfin du carcan " papa/maman" !!
.
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Angeline
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MessageSujet: Boris Cyrulnik   Mar 4 Nov 2008 - 12:04

Autobiographie d'un épouvantail
Boris Cyrulnik
Ce livre a l'air intéressant, j'ai écouté son auteur en parler, qui l'a lu ?
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bix229
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MessageSujet: Boris Cyrulnik   Ven 12 Déc 2008 - 23:47

Boris Cyrulnik à la télé...

Ce qu'il dit commence à etre connu et reconnu : le concept de résilience.
Mais il en parle toujours avec clarté et intelligence.
Et puis il y a les détails de sa vie et de ses expériences traumatisantes...et que je ne connaissais pas...

Un autre détail qui m'a ému : Cyrulnik dit qu'il a été longtemps mutique et que
c'est Michel Polac qui lui a rendu la parole...

Et j'aime beaucoup Michel Polac. J'aimerais beaucoup l'entendre à nouveau...
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Babelle
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MessageSujet: Re: Boris Cyrulnik   Sam 14 Mar 2009 - 19:41

Jusqu'au 20 mars rediffusion en ligne de ce beau portrait par l'émission "Empreintes" (France5) >clic
Trauma>hébétude>résilience ou comment on inverse le cours de la psychiatrie.
Citation :
"Après un malheur, on est contraint à la poésie (...)"
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Bellonzo
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MessageSujet: Re: Boris Cyrulnik   Sam 14 Mar 2009 - 22:55

Babelle tu as bien raison.Une bonne émission que ce sujet sur Boris Cyrulnik.
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Eve Lyne
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MessageSujet: Re: Boris Cyrulnik   Dim 15 Mar 2009 - 9:13

bix229 a écrit:
Boris Cyrulnik à la télé...

Ce qu'il dit commence à etre connu et reconnu : le concept de résilience.
Mais il en parle toujours avec clarté et intelligence.
Et puis il y a les détails de sa vie et de ses expériences traumatisantes...et que je ne connaissais pas...

Un autre détail qui m'a ému : Cyrulnik dit qu'il a été longtemps mutique et que
c'est Michel Polac qui lui a rendu la parole...

Et j'aime beaucoup Michel Polac. J'aimerais beaucoup l'entendre à nouveau...

Même si Cyrulnik se répète, il reste clair dans ses explications. Son autobiographie me tente bien.
Ah Polac... un monsieur qui manque sur notre petit écran. Droit de réponse c'était quand même l'animation assurée le samedi soir et ça faisait du bien.
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colimasson
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MessageSujet: Re: Boris Cyrulnik   Lun 27 Juin 2011 - 10:53

Toujours concernant Boris Cyrulnik, un nouvel ouvrage que j'ai lu :

Mémoire de singe et paroles d’homme (1983)


Résumé éditeur :
Citation :
Le singe figé dans son isolement recommence à vivre lorsqu'on lui offre un leurre sur lequel il peut fixer son affection, la paralysie hystérique du chien disparaît quand ses maîtres le caressent : les animaux connaissent donc aussi la souffrance psychique et l'étude de celle-ci peut nous en apprendre beaucoup sur la psychologie humaine. Dans ce livre très vivant, plein d'anecdotes, écrit dans un langage simple et drôle, Boris Cyrulnik montre que l'éthologie est une des voies les plus fécondes pour explorer les soubassements biologiques du comportement. Peut-être alors regarderons-nous autrement l'enfant abandonné qui se laisse mourir de faim parce qu'il n'a rencontré personne à aimer.

Avec un langage clair, sans tomber dans une vulgarisation trop réductrice mais en nous expliquant simplement et en quelques lignes les notions qui font défaut au commun des mortels, Boris Cyrulnik nous fait partager l’aboutissement de nombreuses des réflexions qu’il a tirées de ses années de recherche en éthologie. A la fois ouvrage scientifique et document littéraire, chacune de ses affirmations est étayée par une anecdote, un résultat d’expérience ou une observation tirées de son propre cheminement ou de celui de ses confrères au cours du siècle dernier. Ses histoires fournissent des exemples qui permettent ensuite de mieux appréhender la leçon qui en découle :

« J’ai soigné un lanceur de poids qui avait reçu des piqûres d’hormones mâles pour devenir plus fort. Il avait pris trente kilos de muscles, et son goût du monde s’était modifié. Il était devenu hardi, entreprenant. Il épuisait son entourage par ses initiatives incessantes, sa fringale de vivre, d’agir, de jouir. La part de hargne qu’on sous-entend quand on parle d’agressivité avait disparu. Au contraire, il était devenu parfaitement serein. Simplement, dans son grand désir de partager ses qualités à vivre et ses aptitudes à jouir, il avait fini par se rendre odieux à sa famille épuisée qu’il voulait sans cesse entraîner dans son ouragan libidinal. Après l’arrêt des hormones mâles, la vie lui a paru tellement fade qu’il a préféré se suicider. Comme l’ont fait plusieurs athlètes olympiques dopés aux anabolisants. »

Mais outre l’intérêt que représentent toutes les tranches de savoir que Cyrulnik nous prodigue, c’est surtout son ouverture d’esprit qui m’a éblouie. Loin de prétendre détenir la vérité absolue sur les sujets qu’il traite, il rappelle sans cesse au lecteur que l’interprétation d’un fait ne peut jamais être exacte, du simple fait qu’elle est dès le départ galvaudée par l’esprit de celui qui l’analyse.

« La manière de poser le problème est déjà une manière de pervertir le fait étudié. Nommer la chose observée, c’est l’interpréter. C’est ce que M. Foucault appelle la réduction nominaliste. Mais si on ne nomme pas les choses, comment saura-t-on de quoi on parle ?
Par exemple, tout fœtus, jusqu’au cinquantième jour, est de sexe féminin. Les scientifiques ont décidé de nommer ce fait de science : le sexe de base. Le sexe féminin devient donc sexe basal. Ce qui permet à certaines revues féministes d’affirmer que, scientifiquement, c’est Adam qui est sorti de la côte d’Eve, et d’en conclure que l’homme est un sexe dégénéré. […]
Supposons maintenant qu’au lieu de nommer ce fait de science « sexe basal », on ait décidé de parler de « sexe primitif » ou de « sexe archaïque ». Cette dénomination en aurait modifié la signification. Le sexe féminin du fœtus ayant été nommé « sexe primitif », celui de l’homme deviendrait alors le sexe évolué. »


Cyrulnik ne considère pas non plus que l’éthologie soit le domaine scientifique par excellence. Toutes les autres disciplines sont aussi importantes les unes que les autres, ce qui explique certainement les raisons pour lesquelles Cyrulnik n’hésite pas à invoquer des grands noms de la zoologie, de la psychiatrie, de la pédagogie, de la chimie ou de la médecine pour étayer ses propos.

« La diversité des modes d’approche n’est pas exclusive : le niveau génétique fonde le niveau biochimique, qui fonde le niveau neurophysiologique, qui fonde le niveau comportemental, qui fonde les niveaux relationnels, affectifs, significatifs, politiques, noétiques. Chacune de ces perspectives se réfère à ses propres modèles. Le drame consiste à les opposer, au lieu de les coordonner. »

Fantastique ouvrage qui ouvre les yeux sur des phénomènes jamais explicitement nommés en-dehors de ce livre, Mémoire de singe, paroles d’hommes est le manuel de biologie que j’aurais rêvé d’avoir à l’école (mais on aurait peut-être pu le caler pour d’autres matières aussi… jemetate ).

Après cette lecture, difficile de porter le même regard sur les évènements silencieux qui arrivent à chacun d’entre nous au quotidien… Pour exemple, des petites phrases tirées de leur contexte mais qui peuvent avoir un grand retentissement :

« Un simple regard possédait donc une fonction d’interpellation silencieuse, la capacité de modifier à distance le fonctionnement du cerveau d’un autre être vivant ! »

« L’expérience vécue, la connaissance intellectuelle, marquent leur empreinte sur notre appareil à percevoir le monde, au point d’en bouleverser le monde perçu. Notre représentation intellectuelle du monde peut nous gouverner jusqu’à nous rendre aveugles à tout ce qui n’est pas compris dans cette représentation. »


De nouvelles définitions d’états dont nous croyions tout savoir…
Ici, la tristesse :

« Essayez un peu de vous dire : « Je suis triste ce soir parce que la sécrétion de mes catécholamines s’est un peu abaissée », ou bien : « Je ne peux concevoir cette manière de vivre à cause de la réduction de mes champs synaptiques. » Impossible. En revanche on a beaucoup de mal à ne pas se penser en termes mythiques. / […] On ne peut se penser soi-même en termes de circuits cérébraux ou de sécrétion de neuromédiateurs. Mais on possède une grande aptitude à se penser en termes d’histoires, d’évènements vécus. C’est-à-dire que nous nous posons en tant que sujets de mythes, mais absolument pas en tant qu’objets de sciences. D’où la nécessité d’une méthode comparative pour aborder l’humain de manière scientifique. »

L’agressivité :

« Le mot agressivité désigne indifféremment l’humain qui exprime son amour déçu ou celui qui souffre d’une tumeur temporale, d’un trouble métabolique ou d’un bourrage de crâne idéologique. »

Ou mieux encore, la grossesse !

« On a beau nommer la grossesse « attente d’un heureux évènement », il s’agit tout de même sur le plan biologique de l’entretien et du développement d’un énorme parasite fœtal. La grossesse est une parasitose spontanément curable. »

Et enfin, une petite dernière sous forme de boutade pour les Parfumés :

« Un étudiant a soumis à l’ordinateur de Villejuif le décodage du vers de Mallarmé : « La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres. » L’ordinateur a répondu que cela signifie que « celui dont la viande est pourrie est triste parce qu’il n’a plus rien à lire ». Alors que le vers de Mallarmé transmet une sensation de douce tristesse, de sens à vivre désabusé, l’ordinateur a réalisé un contresens en recevant ces informations à un niveau digital, quand le poète les avait émises à un niveau analogique. »

dentsblanches

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