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 David Albahari [Serbie]

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bix229
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MessageSujet: David Albahari [Serbie]   Ven 5 Sep 2008 - 22:53



David Albahari est né en Serbie en 1948. Depuis 1994, il vit au Canada.

Il est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages. La plupart de ses romans ont

été traduits en français.

Il a fait découvrir aux lecteurs serbes Nabokov, Naipaul, Bellow, I.B. Singer, Pynchon, Shepard et Updike.


Son oeuvre de nouvelliste est à découvrir.

Bibliographie :

- L'Appat, 1999

- Le Livre bref, 1999

- Goetz et Meyer, 2OO2

- Tsing, 2OO4

- L' Homme de neige, 2004

- Globe-Trotter, 2006


Dernière édition par bix229 le Sam 6 Sep 2008 - 0:00, édité 1 fois
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bix229
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MessageSujet: David Albahari   Ven 5 Sep 2008 - 23:39

David Albahari. - Hitler à Chicago. Nouvelles canadiennes. - Montréal :
Les Allusifs. - 2007

L'exil provoque bien des souffrances, mais chez les écrivains, lorsque la greffe réussit, elle produit parfois des beaux fruits mais au gout un peu amer.
Ce que j'avais écrit de David Bezmozgis, écrivain lui ausssi venu d'un ex pays communiste et installé au Canada, je pourrais presque le répéter.
Et Albahari, comme Bezmozgis, avec Hitler à Chicago, a écrit des chroniques en partie autobiographiques...

De quoi parlent les exilés ? Du pays qu'ils ont quitté et où ils ont laissé
leur jeunesse, leurs racines et leurs souvenirs -les meilleurs et les pires.
Ils se retrouvent soudain dans un pays étranger, seuls, amers et nostalgiques
Bon gré mal gré, ills essaient de s'adapter. Pas facile : les plus vieux s'accrochent surtout au passé, et les plus jeunes parlent déjà anglais,
et se moquent de l' ex Yougoslavie et de l 'alphabet cyrillique.
Ils parlent aussi de leur pays d' d'accueil et de Calgary, la ville dont ils
ignoraient meme le nom et l'existence. Une autre planète en vérité.
Dans ces chroniques, l'auteur se met en scène directement ou s'exprime à travers d' autres personnages, des exilés comme lui, un peu dépassés, perplexes. Menacés quasiment de disparition s'ils ne parviennent à redessiner un nouveau territoire, à redéfinir une nouvelle identité ou à trouver une complicité amoureuse.
Parfois, l'auteur narrateur rencontre un indien Siksika, ou plutot un fantome d'indien qui apparait a ceux qui veulent croire en lui, et qui lui
parle de son exil dans son propre pays. De la dépossession de sa terre et de sa culture.
Et ainsi va la vie à Calgary telle que Albahari nous la décrit.
Avec un style et un humour qui n'appartiennent qu'à lui.

"Ma femme se penche par dessus mon épaule pour mieux voir le texte sur
l'écran, puis me dit :
Tu exagères vraiment ! dès que tu ne sais pas sur quoi écrire, tu écris sur moi ! Je te sers de bouche-trou à tous les moments creux, mais sache bien que ça ne va pas pouvoir durer éternellement.
J'aime bien cette image de ma femme en bouche-trou universel et j'en prendrais volontiers note, mais je n'ose rien écrire quand elle est ainsi remontée.
Il faut que je tache de ne pas l'oublier, encore que meme pour ça, il me
faille etre prudent. Il est déjà arrivé qu'elle lise dans mes pensées...
Je ne sais pas pourquoi tu t'excites comme ça, lui dis-je, alors que je n'ai meme pas écrit une phrase entière.
Ma femme se penche de nouveau par dessus mon épaule et voit qu'en effet il n'y a d'écrit que "Ma femme se penche et rien d'autre.
Je jurerais pourtant, marmonne-t-elle, que j'ai vu tout à l'heure un texte
un peu plus long. D'ailleurs qu'est-ce que ça veut dire ce moignon de phrase ?"

Ma femme et le facteur. Dans Hitler à Chicago. P. 201.


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bix229
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MessageSujet: Re: David Albahari [Serbie]   Jeu 30 Oct 2014 - 18:58

SANGSUES. - Gallimard. - Du monde entier

"Maintenant, six ans après, je sais que tout aurait pu se passer autrement, mais sur le moment, ce dimanche-là, le 8 mars 1998, quand les évènements que je me propose de raconter ont commencé à
s' enchainer, il était impossible d 'imaginer que les choses pouvaient tourner autrement qu' elles
n' étaient en train de le faire."


Belgrade (Serbie), mars 1998, la ville baigne dans un climat  de crainte, d' angoisse, d' incertitude
et de haine.
La sale guerre qui opposa les habitants de plusieurs pays de l' ex Yougoslavie est quasiment terminée,
mais les Etats Unis, par une réaction tardive, se prépare à bombarder Belgrade.
Le narrateur  est un journaliste qui écrit des billets d' humeur pour un journal de la ville.
Et en cette soirée de mars 1998, il voit un homme gifler une jeune femme sur les bords du Danube.

A compter de ce soir et de ce moment, sa vie va etre complètement bouleversée.
Il voit, croit voir, des signes géométriques dessinés sur les murs et à lui seul destinés.
Sa vie, elle-meme devient alors une énigme dans laquelle il est irrésistiblement impliqué.
Il se sent à la fois possédé et dépossédé.
Son seul point fixe est son ami Marko, plein de bon sens et d' rionie. Il lui raconte ce qui lui arrive
et les tribulations dans lesquelles il est entrainé.

Par hasard, mais très vite par nécessité, il en vient à fréquenter des  juifs. Intellectuels, artistes,
plus ou moins inspirés de la Kabbale et qui se réunissent  clandestinement.
Très vite ils  sont menacés par des nationalistes, racistes, néo nazis, produits par le régime de Milosevic.  Certains d' entre eux parmi les juifs de la ville ébauchentun moyen de défense inédit. Fabriquer un golem.

Voilà donc le narrateur embarqué dans  un  complot dont il ne connait ni les tenants ni les aboutissants.
Naviguant à vue, il essaie de  donner sens à ce qui n'  en a guère. Mais plus il avance et moins il comprend
ce qui lui arrive.
La réalité de sa vie lui échappe  et s' il se sent manipulé, il ne peut s' empecher de continuer, progressant
entre "signes", entrevues avec les juifs cabalistes, et la mystérieuse femme qu' il a vu gifler.
Il y a aussi ce manuscrit que ses nouveaux amis lui ont confié. Et qui  contient des textes religieux
d'inspiraiton Kabbalistique. Pourquoi lui a-t-on livré ce texte ?
Peu à peu, il se convainx qu' on attend quelque chose de  lui. Comme un role dont le texte lui échapperait
et qu' il a du mal à interpréter et donc à jouer...

Et ce que j' ai essayé de résumer n' est rien par rapport au texte qui nous est proposé.
L' histoire est un labyrinthe, où la "réalité" ne cesse de changer. Melant signes, fantasmes, reves, mais
aussi des faits brutaux  et en tout cas troublants.
L' auteur nous fournit quelques clés. Il pense par exemple que  toute période de crise extreme engendre des
prophéties à caractère  apocalyptique. Et  Albahari nous rappelle que les évènements qu' il imagine
à moitié se produisent peu avant la fin du vingtième siècle. Et que, d' une certine façon, la réalité dépassera ce qu' on ne pouvait alors imaginer. Notamment avec la destruction de World Trade Centre à NewYork.


Voilà donc un texte proliférant, "vivant et meme autosuffisant" selon les termes de l' auteur.
Et il ajoute :"l' écriture est un organisme vivant".
Pour y pénetrer, il faut accepter de se laisser porter et meme de s' y perdre. Avoir un état d' esprit suffisamment  malléable et réceptif pour avancer dans ce torrent de mots compacts.
C' est une vériatable gageure pour le lecteur et elle n' est gagnée que si on est sensible à la qualité
hors du commun du style de l' auteur.
Il a en effet, une habileté sans pareille à nous entrainer presque malgré nous, qui force l' admiration et récompense l' attention et la patience dont il faut faire preuve.
Et la fascination q' elle produiti est assez semblable à celle des Mille et une nuits.


Je crois n' avoir rien lu d' aussi fort depuis Des bruits dans la tete (et je n' oublie ni Mdiano, ni
Enzensberger).
Je pense vraiment que Albahari est un grand écrivain et ce livre un chef d' oeuvre. Mais à lire un
livre comme Sangsues m' incite à croire qu' il restera plus ou moins méconnu.
Tant mieux si je me trompe !

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bix229
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MessageSujet: Re: David Albahari [Serbie]   Jeu 30 Oct 2014 - 19:01

Citations à suivre, mais pas ce soir...

Grand coup de chapeau aussi au traducteur : Gojko Lukik. bonjour

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Ariane SHOYUSKI
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MessageSujet: Re: David Albahari [Serbie]   Ven 31 Oct 2014 - 0:00

Ah, ça a l'air très délicieux !
Je le savais ! Je le savais !
Merci beaucoup Bix, pour ton commentaire !
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bix229
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MessageSujet: Re: David Albahari [Serbie]   Ven 31 Oct 2014 - 0:21

Ariane SHOYUSKI a écrit:
Ah, ça a l'air très délicieux !
Je le savais ! Je le savais !
Merci beaucoup Bix, pour ton commentaire !
J' admire ton enthousiasme, Ariane !
Ce livre est un vrai challenge, mais il est beau de le tenter ! oui

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topocl
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MessageSujet: Re: David Albahari [Serbie]   Ven 31 Oct 2014 - 9:20

Ca pourrait se faire...
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bix229
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MessageSujet: Re: David Albahari [Serbie]   Ven 31 Oct 2014 - 18:07

Quelques citations de Sansues, significatives de son style et qui reflètent la situation et le lieu :


"Il est vrai que l' absurde, lui, était devenu quelque chose de familier, de quotidien, avec quoi nous
étions habitués à cohabiter depuis une dizaine d' années, vivant dans un Etat qui n' était pas un vrai
Etat, participant à une guerre qui n' était pas une vraie guerre, nouqs soumettant à un pouvoir qui
s' était investi lui-meme du pouvoir, et, nous transformant en une ile qui dérivait, détachée du monde, telle une colonie de lépreux dont plus personne ne voulait se soucier." P. 102

"A présent je comprends qu' en fait j' évitais d' aborder la réalité et que tout ce qui m' arrivait
pendant les mois de ce printemps d' il y a six ans, où je me jetais à corps perdu dans un monde brumeux chargé d' évènements mystiques, était une manière de me donner le change, une sorte
de consolation ou plus exactement de fuite, afin d' échapper à ce que représentait alors notre monde
, ou plutot la réalité de ce monde." P. 148

"Je comprenais fort bien le désir de Marko  de partir pour une autre galaxie, tout en m' étant
moi-meme contenté d' un temps parallèle, d' une ralité où les choses étaient censées se passer
d' une manière plus paisible." P. 151

"Par les temps qui couraient, on avait besoin d' etre consolés de la réalité et l' on ne pouvait trouver
cette consolation que dans le quotidien imaginaire ou en attribuant toutes sortes de significations
à ce qui s' imposait comme réalité." P. 223

"Nous passons la plus grande partie de notre vie à courir après nous-memes, autrement dit, nous sommes souvent de simples spectateurs de ce qui nous arrive, puis assis à l' ombre d' un chene
ou d' un poirier, nous nous lamentons sur les occasions manquées.
Je ne sais pourquoi il en est ainsi. Si l' on m' avait demandé mon avis, j' aurais sans doute conçu
autrement le monde où nous vivons." P. 307

"Le langage et par conséquent, l' écriture, est un organisme vivant, une sorte de virus bénin qui demeure en l' homme mais peut aussi, au besoin, subsister sans lui." P. 323

"Oui, il est terrible que les livres aient une fin alors que la vie continue, ce fait dévalorise en quelque sorte tout effort d' écrire, car cela signifie que les livres sont toujours à la mesure de quelque chose de limité, qu' ils nous rappellent que nous n' avons devant nous qu' un nombre restreint de jours, de semaines, de mois et d' années, et qu' après cela de toute manière, tien n' a plus aucun sens..."
P. 339

"Rien n' est plus inconstant que les mots, mais rien ne dure autant, c' est dans ce paradoxe que se
trouve le commencement et la fin de tout écriture, ainsi que de tout effort humain...
Car meme si l' on affirme tant et plus que ce sont nos actes qui nous définissent, on peut en
 dire autant des mots."
P. 348


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MessageSujet: Re: David Albahari [Serbie]   Sam 15 Nov 2014 - 9:28

Sangsues


Citation :
Il est vrai que l'absurde, lui, était devenu quelque chose de familier, de quotidien, avec quoi nous étions habitués à cohabiter depuis une dizaine d'années, vivant dans un État qui n'était pas un vrai État, participant à une guerre qui n'était pas une vraie guerre, nous soumettant à un pouvoir qui s'était investi lui-même du pouvoir, et nous transformant en une île qui dérivait, détachée du monde, telle une colonie de lépreux dont plus personne ne voulait se soucier.

(j'ai relevé la même citation que bix, elle doit vraiment avoir un sens...)

Déambulation dans Belgrade, peuplée d'hommes aux lunettes noires, de vieilles tricotant sur un banc, d'ombres qui disparaissent l'instant d'après, dont les ascenseurs sont souvent cassés et les entrés d'immeubles sales et sentent l'urine. Déambulation dans le labyrinthe des pensées, réflexions , émotions et interrogations du narrateur avide de signes, de sens et de digressions obsessionnelles, et qui se débat au sein d'un engrenage de questions sans réponses.


Citation :
Rien de plus ennuyeux qu'un récit morose où rien ne nous entraîne par moments dans une autre direction que celle du récit lui-même, pour nous distraire, nous égarer et, quand nous  nous croyons totalement fourvoyés, ouvre la porte qui nous ramène là d'où nous étions partis. Même si nous ne nous sommes pas éloignés de  la morosité, du moins avons-nous respiré un air frais, à pleins poumons , pendant un moment.

Est-on dans le domaine du rêve, de l'hallucination nourrie de fumée de cannabis, du délire paranoïaque, de l'absurde ou dans un conte moderne mâtiné d'interprétation cabalistique et numérologique ? Le héros a t'il les pieds sur terre , pris dans la nasse d'un complot aux ramifications étranges, ou glose t'il sans fin sur de pseudo signes sans objet ?

Citation :
Mais un moment plus tard, je me demandais ce que j'étais en train de faire : le pays est en décomposition, les menaces de bombardements pèsent au-dessus de nos têtes comme des fruits trop mûrs, les gens se désarticulent comme s'ils étaient faits de cubes Légo, c'est tout juste si l'on n'élève pas la folie au rang d'état normal, et moi je fais joujou avec des mystères cabalistiques, des complots antisémites et je perds des heures et des jours pour découvrir qui a laissé dans la vase du fleuve des traces depuis  longtemps effacées.

Toujours est-il qu'il vit dans un monde de chaos, de contrainte, de peur, un univers à peine émergé d'une guerre pour tomber dans une « dictature qui se donnait pour une démocratie », « un pays tourmenté, ruiné, où ceux qui arrivaient à garder un semblant d'espoir étaient plus que rares », un terreau parfait pour l'émergence de la folie et de la haine : profanation de cimetière juif, graffitis antisémites, traques et passage à tabac émaillent son histoire.


Pris entre la rationalité moqueuse de son ami Marko, les élucubrations de trois vieux Juifs adeptes de la Cabale, les apparitions fugaces d'une jeune femme aux cuisses blanches, les intimidations d'un groupuscule nationaliste antisémite, et les manuscrits surnaturels, le narrateur est emporté sans pouvoir s'en défendre dans un diabolique tourbillon fantastico-réaliste. un «  tourbillon qui engloutissait tout ».

Je me suis souvent perdue dans les  digressions ; la Cabale et les démonstrations mathématiques me sont restées hermétiques et je n'ai pas toujours  compris  grand chose de plus que le narrateur, et même plutôt moins... Mais :

Citation :
Il faut bien d'ailleurs que les mystères restent des mystères

Cette course absurde après la valeur des mots, semée d'embûches et de fausses pistes, ce cri d'angoisse face à un monde obscur et rejetant, où l'âme devrait parvenir à nous sauver, n'en demeurent pas moins intrigants et troublants.
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MessageSujet: Re: David Albahari [Serbie]   Jeu 21 Jan 2016 - 19:27




Réfugié depuis deux ans dans une ville de l' Ouest canadien, le narrateur, d' origine serbe et juive réécoute la voix de sa mère morte enregistrée sur un magnétophone à bandes seize ans auparavant.
Il voulait que qu' elle raconte sa vie et son histoire. Une histoire totalement tragique, les juifs de l' ex Yougoslavie servant régulirment
de boucs émissaires à l' occasion des guerres ou des pogroms. Et par des régimes qui n' avaient en commun que la haine de la démocratie.

Si le narrateur a fui son pays en raison de la deuxième guerre civile dans l' ex Yougolavie, il se sent terriblement seul dans sa maisonnette
en bois.
Et c' est pour lui l' occasion de faire revivre celle qui porta son fardeau toute sa vie, sans se plaindre ni protester ni manifester du découragement..
Simplement survivre en baissant la tete et en attendant que la tempete se calme. Et en accomplissant ses taches quotidiennes pour
que vivent ceux qu' elle aime.

Faute de mieux, le narrateur s 'est lié d' amitié avec Donald, un écrivain canadien, très imbu de sa culture américaine et de ses théories littéraires.
Ils se retrouvent de temps en temps dans un restaurant, mais les repas, loin d' etre  conviviaux les entrainent dans des chicanes
interminables, vu qu' ils ne sont d' accord  sur rien.
Mais ces différences sont loin d' etre dépourvues d' interet pour le lecteur, meme si Donald est une bourrique. On percoit clairement
qui est le narrateur et ce qui le pousse à écrire.


Cette histoire serait sans doute fastidieuse et meme ennuyeuse si elle n' était écrite par un grand écrivain. A mon avis, l' un des grands
écrivains vivants.
On a du mal à en parler, d' abord parce que comme pour Sangsues, c' est un bloc d' écriture compact. Un vetement de laine
tissée de façon très serrée. Si on tire une maille, tout le tissu se défait.
C' est vraiment le genre de texte qu' il faut lire en apnée. 

Si on y parvient,  on est saisi par la beauté et la justesse du style et du ton. Par la tristesse poignante de ce qui est évoqué. La guerre civile, la violence, la tragédie des minorités. Mais l' auteur sait aussi user d' ironie et d' humour noir.
Ce livre est-il un roman, une méditation, un récit, une confession ? Sans doute un peu tout cela à la fois.
En tout cas, c' est un livre qui m' écorche et me bouleverse mais que je ne peux m' empecher de le lire jusqu' au bout.

"Personne en fait ne s' intèresse à la somme d' évènements qui font un seul individu ; pour tout le monde, le destin est une propriété
commune, nous sommes comme des épis de blé ou un banc de poissons, et meme si certains sont attaqués par l' ergot ou se prennent
à un hameçon, cela ne fait que confirmer les ressemblances et non pas démontrer les différences.
Je scrute les ténèbres, je tends l' oreille, et j' énumère en moi-même tout ce que ma mère savait : par exemple transplanter chaque
fleur au moment opportun et dans le pot de bonne taille ; faire du fromage blanc ; faire du feu dans la cuisinière et transporter de la
braise dans le poele en faience du séjour...
Je ne sais rien de tout cela. Je ne sais meme pas me taire à sa manière...
Je ne sais pas ce que les médecins avaient écrit sur l' acte de décès de ma mère. Mais aucun de ces termes n' était assez convaincant...
Comme si la mort ne devenait pas dans la mort ce qu' il était vraiment, ce que personne d' autre ne peut etre.
Quand ma mère est morte, une partie de moi est morte avec elle, de meme qu' une partie d' elle était morte avec mon père, une autre
encore avec ses enfants de son précédent mariage, une troisième avec son premier mari."  PP 145-146

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