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 Paul Valéry

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elena
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MessageSujet: Paul Valéry   Lun 8 Sep 2008 - 17:19



Bonjour,

voici une courte biographie de Paul Valéry trouvée sur "Etudes-littéraires.com" :


Paul Valéry est né en octobre 1871 à Sète (Hérault).
Il fait ses études au lycée de Montpellier et s’inscrit à la faculté de droit (1889).
Il rencontre Pierre Louÿs, Stéphane Mallarmé et André Gide. Il publie alors des poèmes dans des revues symbolistes.
À partir de 1892, il renonce à la poésie. En 1900, il devient le secrétaire particulier d’Édouard Lebey (administrateur de l’agence Havas) et s’éloigne peu à peu des milieux littéraires.
Il se remet à écrire grâce à l’insistance de Gide et publie, en 1917, La Jeune Parque et Charmes en 1922. Ces ouvrages connaissent alors un vif succès : Paul Valéry est désormais célèbre.
En 1925, il est élu à l’Académie française et nommé professeur au Collège de France (chaire de poétique) en 1937. Il écrit des préfaces, donne de nombreuses conférences et écrit des œuvres en prose qui constituent les cinq volumes de Variétés.
Valéry meurt à Paris en juillet 1945 (obsèques nationales).


j'aimerais avant tout partager une admiration...
Connaissez-vous ce sonnet (sonnet irrégulier par ailleurs !) de Paul Valéry ?

Je le trouve plutôt bien... malgré son irrégularité. Il faut écouter ses occlusives - Q, G - comme dans "seC, orGueil, eXcès...", et leurs résorptions en chuintantes - CH, J - comme dans "Gemmes, Jus"...
Il y a une métaphore, un sens caché ("le sens doit être caché dans les vers comme la valeur nutritive dans les fruits") mais on s'en fiche ! C'est d'abord un régal de sonorités... (à lire-savourer lentement, intensément, phonème à phonème...!)






LES GRENADES

Dures grenades entr'ouvertes,
Cédant à l'excès de vos grains,
Je crois voir des fronts souverains
Eclatés de leurs découvertes...

Si les soleils par vous subis,
O grenades entrebâillées,
Vous ont fait d'orgueil travaillées
Craquer les cloisons de rubis,

Et que si l'or sec de l'écorce
A la demande d'une force
Crève en gemmes rouges de jus,

Cette lumineuse rupture
Fait rêver une âme que j'eus
De sa secrète architecture.


P. Valéry

(Paul Valéry que l'histoire littéraire fait passer pour un intello glacial, quelle bêtise ! Une exhaustive biographie récemment parue démontre le contraire - orage et passion que cette vie... Mais qui croyait qu'un poète pouvait être insensible ?...)
Paul Valéry tout jeune avait débuté en poésie sous l'influence romantique, puis symboliste... Mallarmé l'aimait beaucoup. Plusieurs témoignages de "fidèles" de Mallarmé - des jeunes : Gide, Claudel, Debussy, Louÿs... mais aussi de moins jeunes : Renoir, Degas... confirment que "Valéry était le disciple préféré".
Puis Valéry se détourna de ce qu'il prit pour une "idolâtrie littéraire", pendant près de 20 ans.
Vers 1912 André Gide lui demanda de rassembler ses vers de jeunesse. Valéry voulut alors écrire quelques vers d' "adieu à la poésie"... mais il se reprit au jeu. Les quelques vers projetés devinrent 500, sur lesquels il peina quotidiennement pendant plus de quatre années. Le résultat fut "La jeune Parque", qui valut certaine gloire à son auteur.
Puis ce fut le recueil "Charmes" où se trouvent Les Grenades.


Dernière édition par elena le Lun 8 Sep 2008 - 21:21, édité 3 fois
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coline
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MessageSujet: Re: Paul Valéry   Lun 8 Sep 2008 - 18:45

Merci!...Je ne connaissais pas ce poème...
C'est un bel exercice que de le lire à voix haute... content
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Steven
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MessageSujet: Re: Paul Valéry   Lun 8 Sep 2008 - 22:34

Je ne connaissais pas non plus... Et comme Coline j'ai toujours envie de dire merci à ceux qui offrent de la poésie !
Chez Valéry, j'aime beaucoup de textes. Et surtout celui-là :

Citation :
Les pas
Tes pas, enfants de mon silence,
Saintement, lentement placés,
Vers le lit de ma vigilance
Procèdent muets et glacés.

Personne pure, ombre divine,
Qu'ils sont doux, tes pas retenus !
Dieux !… tous les dons que je devine
Viennent à moi sur ces pieds nus !

Si, de tes lèvres avancées,
Tu prépares pour l'apaiser,
A l'habitant de mes pensées
La nourriture d'un baiser,

Ne hâte pas cet acte tendre,
Douceur d'être et de n'être pas,
Car j'ai vécu de vous attendre,
Et mon cœur n'était que vos pas.

On peut l'écouter ici

_________________
La seule chose que je sais, c'est que je ne sais rien.
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MessageSujet: Re: Paul Valéry   Lun 8 Sep 2008 - 22:36

C'est très beau, Paul Valéry! Merci Elena.
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elena
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MessageSujet: Re: Paul Valéry   Lun 8 Sep 2008 - 22:59

Eh bien ! on ne perd pas son temps, ni de temps, sur ce forum !
Coline, Steven, Nezumi merci pour votre accueil si sensible.
Steven, sur l'image de Paul Valéry, je me permets de copier ce quatrain (longtemps introuvable, mais authentique) écrit par Valéry à propos de son propre buste sculpté en 1934 par Renée Vautier :

Que si j'étais placé devant cette effigie,
Inconnu de moi-même, ignorant de mes traits,
A tant de plis affreux d'angoisse et d'énergie
Je lirais mes tourments, et m'y reconnaîtrais.


Le philosophe Alain trouvait à Valéry un "masque de lion" torturé...
PS. Pour l'anecdote, l'orage et la passion... Renée Vautier (infiniment plus jeune que le poète) en fut désespérément aimée...
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kenavo
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MessageSujet: Re: Paul Valéry   Lun 8 Sep 2008 - 23:03

elena a écrit:
Eh bien ! on ne perd pas son temps, ni de temps, sur ce forum !
et si tu nous disais quelques mots sur toi dans un fil de présentation ICI tous les parfumés pourraient te faire un accueil - surtout ceux qui ne lisent plutôt pas les fils poètes Wink

en tout cas, bienvenue parmi nous Very Happy

_________________
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c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


Sénèque
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Steven
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MessageSujet: Re: Paul Valéry   Lun 8 Sep 2008 - 23:04

Un masque de lion torturé et des mots admirables pour se définir !
Un très beau quatrain...

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coline
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MessageSujet: Re: Paul Valéry   Lun 8 Sep 2008 - 23:16

Une idée me vient lorsque je pense à la poésie de Paul Valéry...Quelque chose qui aurait à voir avec le luxe...Le luxe de la langue...Je ne sais si on peut le dire...Somptueux?...

Anne

Anne qui se mélange au drap pale et délaisse
Des cheveux endormis sur ses yeux mal ouverts
Mire ses bras lointains tournés avec mollesse
Sur la peau sans couleur du ventre découvert.

Elle vide, elle enfle d'ombre sa gorge lente,
Et comme un souvenir pressant ses propres chairs,
Une bouche brisée et pleine d'eau brûlante
Roule le goût immense et le reflet des mers.

Enfin désemparée et libre d'être fraîche,
La dormeuse déserte aux touffes de couleur
Flotte sur son lit blême, et d'une lèvre sèche,
Tête dans la ténèbre un souffle amer de fleur.

Et sur le linge où l'aube insensible se plisse,
Tombe, d'un bras de glace effleuré de carmin,
Toute une main défaite et perdant le délice
A travers ses doigts nus dénoués de l'humain.

Au hasard! A jamais, dans le sommeil sans hommes
Pur des tristes éclairs de leurs embrassements,
Elle laisse rouler les grappes et les pommes
Puissantes, qui pendaient aux treilles d'ossements,

Qui riaient, dans leur ambre appelant les vendanges,
Et dont le nombre d'or de riches mouvements
Invoquait la vigueur et les gestes étranges
Que pour tuer l'amour inventent les amants...

Paul Valery
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elena
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MessageSujet: Re: Paul Valéry   Ven 19 Sep 2008 - 0:44

"le luxe de la langue", tu dis une chose très juste Coline.
En outre l'évolution de Valéry est une véritable leçon technique - je parle de l'évolution de son écriture.

Il y a les poèmes de jeunesse, dans lesquels Valéry (comme ses contemporains) meuble un peu lourdement ses alexandrins d'adjectifs à tous les angles. La syntaxe est bien faible. Mais ces premiers poèmes, rassemblés vingt ans plus tard sous le titre Album de vers anciens contiennent du Valéry à venir. L' « ambre », la « vendange », les « mouvements » de Anne appartiennent au lexique futur. La Jeune Parque se souviendra de la figure féminine charnelle, du sommeil vaporeux et de l'amertume marine.

Les presque vingt années durant lesquelles Valéry ne fit plus de vers l'ont arraché (qu'il l'ait ou non voulu) aux tics poétiques de l'époque. Il pouvait regarder de loin ce qui se faisait un peu partout... Il s'étonna lui-même de revenir au vers après une si longue absence. "Qui me l'aurait dit, je lui eusse ri au nez !"
En revanche il n'avait jamais cessé d'écrire ses fameux Cahiers. Tous les matins très tôt, "entre la lampe et le soleil", il notait, creusait, enchaînait ses réflexions sur tous les sujets qui excitaient son esprit curieux et inlassable - sciences, politique, poétique, psychologie, linguistique, esthétique... (Il le fit toute sa vie.)
Je peux croire que l'efficacité recherchée de ces notes quotidiennes dut forger la qualité de leur expression, - et renforcer par la suite l'exigence de l'écrivain poète.

A plus de quarante ans Valéry revint donc au vers – aux vers plutôt ! - avec difficulté, commençant d'abord par réunir, puis reprendre, retoucher, corriger voire réécrire tous ses premiers poèmes en vue de la publication que Gide avait souhaité en faire (dans sa Nouvelle Revue Française). Il voulut je l'ai dit composer une quarantaine de vers d'adieu à la poésie. Ces quarante lui devinrent un quasi-enfer quotidien durant quatre années (1913-1917), d’où sortirent finalement le long monologue (cinq cent douze vers) de La Jeune Parque. (Il faut lire, si l'on est intrigué par cette douloureuse "remontée au jour" poétique, les lettres que Valéry écrivait à ses amis - Pierre Louÿs, André Gide... - durant cette période, dans ce Paris anxieux que les armées allemandes approchaient de plus en plus, dans ce calvaire d'un autre ordre de réalité qui était celui de la Grande Guerre.)

Chose malgré tout amusante - mais aussi chose sérieuse, qui peut plaire aux Parfumés les plus techniquement intéressés par l'évolution de l'écriture valéryenne, comme de toute écriture d’ailleurs... En l'occurrence : le poète confesse qu'à ce moment pénible, c’est la redécouverte de Racine – à travers les récitations qu’il faisait faire à ses enfants des tirades apprises pour le collège - , qui lui apprit lui devenu adulte de quel ordre relevaient précisément les difficultés du poème qu'il s'efforçait d'écrire. Jamais probablement, sans ces récitations, il n'aurait exhumé Racine de ses propres souvenirs de collégien. Surtout surtout : jamais non plus, il n’aurait si profondément pris conscience de la nature et de la qualité de l'art de Racine ! (La leçon m’a toujours semblé fabuleuse.)

Ce qui étonnait beaucoup Valéry, était d’abord l'impuissance dans laquelle il se trouvait, devant tout fragment de Racine, d'en modifier heureusement le moindre mot.

Il s'étonnait encore, que Racine se soit refusé les facilités d'un vocabulaire plus exotique (de Ronsard à Racine, la réduction quantitative du lexique est très sensible). Non, Racine n’use guère que des "charmes" "larmes" "rigueur" "lois" "cruauté" "amour"... pour déployer avant tout la mobile virtuosité de son génie syntaxique et musical. Nul ne donne plus que lui relief à ses figures verbales, sans cesse renouvelées, dans un si constant souci de l'harmonie phonétique.

La difficulté d'écrire une longue suite d'alexandrins sans les béquilles de mots trop étrangers au contexte, mais en variant constamment les tropes, est extrême. Valéry sentit intérieurement le "délice" de cette exigence (non plus intellectuelle que sensorielle) canalisée, tendue, soutenue et virevoltante, tout à fait proche de ce qu’il cherchait en composant. (De fait beaucoup de poètes chéris dans sa jeunesse en perdirent un peu d'éclat...) (Chut !)

Récompense encore : « Chaque fois que j’améliore, renforce la qualité proprement phonique, phonétique, de mon poème, sa puissance sémantique, signifiante, se trouve augmentée… » Cette observation renvoie à quelque réflexion sur l’origine du langage.
(Aveu : tout ce que j’écris là, c’est un poète et metteur en scène qui me l’a révélé. Je travaille avec lui par périodes. Quand il dit du Racine, du Valéry, j’ai l’impression que j’étais passée à côté de quelque chose de familier sans l’avoir jamais regardé vraiment, en fait sans le voir. J’ai l’impression bizarrement très agréable d’un sens complémentaire apporté par la propriété timbrée du son, que la diction détaille sans en avoir l’air… Comme s’il y avait des strates, une profondeur ou un relief indécelable à la lecture de surface (qui se laisse emporter par le sens et l’histoire.) Bref !

Valéry a reçu cette leçon racinienne en pleine figure, il ne l’a pas assimilée d’un coup.

Malgré le succès du poème publié il considérera toujours la Jeune Parque comme un exercice (cf. la dédicace du poème à André Gide). Les poèmes du recueil Charmes ont profité des « muscles » acquis par ce travail, de l’aveu même de l’auteur. Le Cimetière marin (le plus fameux poème) est encore lourd d’un riche vocabulaire. Il ne doit son état actuel qu’à l’impatience de Jacques Rivière qui l’arracha quasiment au bureau de Valéry, qui souhaitait le travailler encore et encore… « Ce que je fais ne me semble jamais assez mien » déclarait le poète.

Les Fragments du Narcisse en revanche – trois fragments publiés de 1922 à 1926 – sont une réussite assez étonnante. Le monologue est bien plus fruité, plus riche de diphtongues, de voyelles nasales, et plus coloré que celui de La Jeune Parque. On y trouve des vers « XVIIe » remixés moderne, à savourer par tous les pores, intensément… Comme un … soleil ( ?) :



(Narcisse parle, penché sur le miroir d’eau)

(…) Profondeur… Profondeur… Songes qui me voyez,
Comme ils verraient une autre vie,
Dites : ne suis-je pas celui que vous croyez ?
Votre corps vous fait-il envie ?

Cessez, sombres esprits, cet ouvrage anxieux
Qui se fait dans l'âme qui veille ;
Ne cherchez pas en vous, n’allez surprendre aux cieux
Le malheur d’être une merveille :
Trouvez dans la fontaine un corps délicieux...

(…)
Mais ne vous flattez pas de le changer d’empire.
Ce cristal est son vrai séjour ;
Les efforts mêmes de l’amour
Ne le sauraient de l’onde extraire qu’il n’expire…

PIRE.
Pire?…
Quelqu’un redit Pire… Ô moqueur !
Écho lointaine est prompte à rendre son oracle !
De son rire enchanté, le roc brise mon cœur,
Et le silence, par miracle,
Cesse !... parle, renaît, sur la face des eaux…
Pire?...
Pire destin !... Vous le dites, roseaux,
Qui reprîtes des vents ma plainte vagabonde !
Antres, qui me rendez mon âme plus profonde,
Vous renflez de votre ombre une voix qui se meurt…
Vous me le murmurez, ramures !... Ô rumeur
Déchirante, et docile aux souffles sans figure,
Votre or léger s’agite , et joue avec l’augure…
Tout se mêle de moi, brutes divinités !
Mes secrets dans les airs sonnent ébruités,
Le roc rit ; l’arbre pleure ; et par sa voix charmante,
Je ne puis jusqu’aux cieux que je ne me lamente
D’appartenir sans force d’éternels attraits !

Ecoutez encore ceci, qui annonce déjà le Valéry plus âgé, décanté, plus abstrait :

Mais moi, Narcisse aimé, je ne suis curieux
Que de ma seule essence ;
Tout autre n’a pour moi qu’un cœur mystérieux,
Tout autre n’est qu’absence.
Ô mon bien souverain, cher corps, je n’ai que toi !
(…)
Est-il don plus divin de la faveur des eaux,
Et d’un jour qui se meurt plus adorable usage
Que de rendre à mes yeux l’honneur de mon visage ?
Naisse donc entre nous que la lumière unit
De grâce et de silence un échange infini !
(…)
Mais la fragilité vous fait inviolable,
Vous n’êtes que lumière, adorable moitié
D’une amour trop pareille à la faible amitié !

Vous n’êtes que lumière, adorable moitié
D’une amour trop pareille à la faible amitié !
Wow ! un inédit de Racine ?

Mais je vous parlerais de Valéry sans fin.
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coline
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MessageSujet: Re: Paul Valéry   Ven 19 Sep 2008 - 11:43

elena a écrit:
Mais je vous parlerais de Valéry sans fin.

Alors surtout ne t'en prive pas...
Ce forum s'enrichit des apports et des "spécialités" de chacun... content
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elena
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MessageSujet: Re: Paul Valéry   Sam 4 Oct 2008 - 19:43

Alors chère Coline, merci pour cet encouragement et pour cette merveilleuse tribune !
Le temps juste de reprendre souffle et voix, je cède la place à un invité très illustre :

http://www.weshow.com/fr/p/3776/de_gaulle_cite_paul_valery
non moins dévoué que moi au culte valéryen ! (*)

ensuite je reprends le micro, promis !

(*) C'est sur l'insistance du général De Gaulle que les obsèques nationales de Paul Valéry furent organisées
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kenavo
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MessageSujet: Re: Paul Valéry   Ven 31 Oct 2008 - 17:33

Un projet magnifique

Citation :
Suzanne Julliard
30/10/2008 | Le Figaro Livres


Un grand poète se livre tout entier dans ces poèmes dictés par l'amour fou.

Il y a peu, Jean Voilier était inconnue du grand public. Voici que paraissent la même année sa biographie et un recueil de poèmes dont elle est l'inspiratrice unique et la dédicataire. Et l'auteur est Valéry. Quelle est donc la femme qui lui fait rompre son vœu ancien de renoncer à la poésie, et dont il tombe éperdument amoureux ?

Le créateur de M. Teste a toujours tâché d'éviter les passions, redoutables pour un homme soucieux d'intelligence pure, même s'il a eu plusieurs liaisons avec des admiratrices passionnées. Jean Voilier, romancière et éditrice, a été l'égérie d'hommes célèbres, elle a désespéré Giraudoux et rompu aussi avec quelques autres. Quand Valéry la rencontre en 1937, il s'éprend d'elle avec une fougue d'adolescent, il a soixante-sept ans, elle trente ans de moins. Leur liaison dure jusqu'en 1945, quand elle le quitte pour épouser Robert Denoël. Ce recueil, dont nous devons le choix de l'édition à Bernard de Fallois, comprend plus de cent poèmes d'amour. La femme et la passion amoureuse ne sont pas des sujets inédits ! D'où vient donc l'impression de nouveauté ? D'abord de ce qu'il parle d'un amour vrai et s'adresse à la même femme.

On objectera qu'Aragon a fait de même avec Elsa. Mais, en la célébrant, il la magnifie à la manière des troubadours, il fait d'elle sa « Dame » omniprésente, souveraine idéalisée, figure mythique substituée à la personne. Grande différence avec celle à qui Valéry adresse ses poèmes jour après jour. Elle se révèle à nous avec sa beauté, sa sensualité, son charme et aussi l'agitation frivole de sa vie mondaine.

Mais la vérité des sentiments ne suffit pas pour faire œuvre de poète. Ronsard change de maîtresse, ou même prête sa plume aux amours d'un prince, la beauté de ses vers n'en est pas altérée. Il faut chercher ailleurs ce qui donne aux poèmes de Valéry le son d'un instrument inconnu. Ce n'est pas leur forme, car le poète s'inscrit dans la tradition. Il « pétrarquise » et privilégie le sonnet, mais a recours aussi aux ballades, romances, tirades, madrigaux, chansons, épigrammes ou épîtres. À certains de ses thèmes, à sa maîtrise des mètres, et de rythmes qu'il varie à plaisir, on reconnaît sa voix.

Tremble, Tombe légère… Un souffle t'aime Saule,

Qui fait sur toi frémir le songe d'une épaule…


L'échec d'un rêve

On sait qu'il relit, reprend et cisèle ses vers avec l'exigence de perfection qui fut toujours la sienne et pour mieux servir un amour qui lui est essentiel. On regrettera peut-être qu'il renonce à la dignité hiératique de la veine mallarméenne, ou que, poète rare dont la densité était faite de refus, il semble céder à la tentation de l'abondance. On peut être touché, au contraire, de remontrer un homme là où « on s'attendait à voir un auteur », et le croire lorsqu'il dit :

Qu'est Poésie, à peine toi laissée ?

En réalité, ce qui fait l'originalité de ce volume, c'est la tonalité particulière du thème de l'amour. Certes, on y rencontre, comme chez d'autres, poésie érotique, éloge du corps, expression du désir :

Les nus bien joints, leurs sources mieux que jointes

L'amour en force, à huit membres ramant,

Presse les corps vers l'éblouissement

Du haut sommet aux deux divines pointes

Ou encore, dans un autre poème :

Tout est bon, tout se mange

Dans cette Jeanne étrange,

Et d'abord et toujours

La bouche à langue tendre

Où l'âme vient apprendre

Le goût de tes amours

Et aussi la douleur de l'absence, la souffrance de la jalousie. Et rien n'est feint, la plainte sonne juste.

Mon esprit n'a plus d'armes

Et si tu n'es pas là tout près de moi, la mort

Me devient familière et sourdement me mord

Mais surtout un grand poète se livre tout entier et avec lui, son projet magnifique. En effet, ce qui émane de ses poèmes, c'est moins une histoire d'amour qu'une quête spirituelle. Il propose à la femme aimée une haute aventure : inventer à deux un absolu où désir et attirance charnelle ne sont que les moyens ou les étapes d'une fusion totale. Le rêve de l'un, où Éros et Agapé feraient de deux êtres mortels une essence unique, fait songer aux néoplatoniciens ou encore à la quête de l'amour fou chez les surréalistes. Devant l'échec de ce rêve, lorsque Jean Voilier le quitte, il ne peut pas continuer à vivre. Il n'est pas un de ces poètes « mourant par métaphore » que raille Boileau, mais un homme qui meurt d'amour.

Corona et Coronilla,poèmes à Jean Voilier de Paul Valéry Éditions de Fallois, 220 p., 22 €.
LIEN

Pierre Assouline en avait parlé déjà ICI

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Sénèque
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Cachemire
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MessageSujet: Re: Paul Valéry   Ven 31 Oct 2008 - 19:10

Merci Elena d'avoir ouvert ce fil sur Valéry. J'admire beaucoup sa poésie...que je n'ai pas relue depuis que mes études jypeurien (il faut que je le décolle dans mon esprit de l'étiquette : poète au programme de licence... Rolling Eyes )
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elena
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MessageSujet: Re: Paul Valéry   Mer 7 Jan 2009 - 14:38

Eh bien Cachemire heureuse de partager cette admiration avec toi.
Ce que tu dis du Valéry "poète au programme de licence" est terriblement juste, plus d'une étiquette (Uhu klebt gut !) commence seulement à se détacher du large et bien commode dos valéryen... : "Intello, froid, distant, sécheresse, rigueur..." toute la Lyre ! Or c'est tout le contraire ! Valéry est à l'opposé de ce légendaire "Poète officiel de la IIIe République" (une légende soit paresseusement, soit même férocement entretenue par la doxa pendant plusieurs décennies)...

Et justement Kenavo comme ton message tombe bien ! Même pour ceux qui auraient le doute et le préjugé antivaléryen tenaces, je crois que c'est fichu ! L'édition que tu signales, de ces poèmes d'amour, détruit tous les vieux aprioris... Merci Kenavo ; honte à moi de n'être pas revenue depuis longtemps sur ce fil. Je n'ai appris cette édition que tout récemment je cours l'acheter.

A propos de la fameuse "rigueur" valéryenne - qui existe ça d'accord, mais qui n'a rien à voir avec la sécheresse et la froideur qu'on lui associe trop souvent - même dans l'expression de sa pensée la plus abstraite je trouve toujours une sorte de concrétisation charnelle (je ne sais pas comment dire) dans la langue du poète penseur. Jean-Michel Maulpoix a publié en août dernier un court article, juste et lucide, sur le sujet ; et mon "parrain" y est allé de son commentaire que je vous copie :

"La question essentielle de Valéry - si la richesse et la puissance d'une pensée telle que la sienne pouvaient être condensées en quelques mots - me semblerait porter sur le langage même, sur le rapport que le verbe peut entretenir avec quelque réalité que ce soit. Avec lui-même d'abord...

"Cette question n'est pas neuve ; elle naît avec l'homme parlant et se sentant parler. Valéry cependant en renouvelle l'approche au titre de poète, - un poète singulièrement rompu aux difficultés de l'exercice d'un art dont ses moindres écrits résonnent des leçons : agile rhétoricien mais désillusionné - d'une façon heureuse -, scripteur d'autant plus habile à composer les figures verbales dans tous les paramètres de l'ordre linguistique, - lexicaux, syntaxiques, sémantiques, phonétiques ... qu'il paraît mêler le sourire à son jeu si dure soit la partie. Valéry jamais ne put souffrir les "gens sérieux". Ainsi que le relève Jean-Michel Maulpoix : " Le lecteur vérifie quelle conscience suraiguë Valéry a prise du fond de néant sur lequel jouent nos gestes, nos vies, nos pensées et nos voix."

"Ce qui ne signifie chez lui ni dilettantisme ni défaitisme : "Pourquoi personne ne va-t-il jamais jusqu'au bout" interroge-t-il inlassablement... Ce souci de creuser sans fin l'objet de son étude, Valéry le porte sur le langage d'autant plus efficacement qu'il n'est pas dupe. Il a dès sa jeunesse déboulonné "l'idolâtrie" littéraire. La poésie, les mots pour lesquels il avouera plus tard avoir une affection relevant de l'ordre "du coeur", il en a très tôt rejeté les prestiges trop captieux, les mirages de création, - tout espoir de gloire littéraire ayant rapidement rejoint son placard de vieilles lunes, à côté de la déesse Postérité...

"Lors poursuivre avec fruit - non de façon futile, non dans une fuite muette ou un dénigrement tournant sur fond d'aigreur -, requiert une énergie qu'il possède sans doute, mais encore une distance, une maîtrise, une aisance qu'il conquiert patiemment. La muleta-langage veut des poignets souples à l'écriture, des passes et des figures soit des plus virtuoses soit de la plus singulière simplicité, - toujours déconcertantes pour la croyance naïve dans les vertus concrètes du langage, ou pour les critères officiels et changeants de la doxa toujours en retard d'une création.

"Il s'agit de "dresser l'animal langage" selon ses propres termes. "Ne pas confondre ce que l'on fait avec ce qu'on croit faire." Ou comme le proclame en lettres d'or le fronton du Trocadéro : "Voir - comme jamais encore vues - toutes choses qui sont au monde". Et Valéry d'appliquer ce regard de rigueur à la langue elle-même, comme à son corps de chair, comme à tout ce qui nous est d'usage si familier que l'habitude nous en cache l'extrême singularité.

"La question valéryenne me semble être, in fine : Qu'est-ce donc que parler ?

"Jean-Michel Maulpoix le souligne à raison : "Obstinément à l’affût des leurres, des perturbations et des niaiseries qui menacent l’intellect, [Valéry] remet en cause tout fait de conscience instable, toute notion abstraite ” dont la génération est obscure “. Pour ce disciple de Léonard et de Descartes, il n’est rien d’acquis ni de fiable a priori. Le dedans de l’homme est rempli d’ennemis insidieux. La tâche scrupuleuse, le devoir éthique du penseur sera, parmi ces ombres, de refaire du jour."

On sait quel goût profond Valéry portait à la science, et combien il aimait nourrir sa réflexion des lumières - et des ombres - apportées par les plus grandes avancées scientifiques de son temps. Mathématiques, physique, physiologie... Les travaux et les publications portant sur le fonctionnement cérébral l'arrêtaient, l'inspiraient tout particulièrement.

"La question que je pose maintenant l'aurait-elle retenu ? N'est-elle pas l'une de celles dont au milieu des ombres, nous pourrions souhaiter faire un peu de jour :

"- Quelle perception - linguistes, philologues, philosophes, poètes... - pouvons-nous avoir de notre humain logos, à l’heure de la neurolinguistique, comme dans l’ère et l’aire « hi-tech » de tous les décloisonnements culturels ?

"Ce qu'a fait Valéry devait être tenté" a pu dire Bergson. Et la leçon tirée, peut-être, prolongée… autant que faire se peut."


Voilà je vous donne le lien du blog :

http://laquinzaine.wordpress.com/2008/08/03/paul-valery/

Mais mon coeur va à la poésie, tenez chers Parfumés je recopie encore ces quelques vers pour vous (c'est bizarre, je les trouve dans la lignée du peu que j'ai découvert des inédits de Valéry, dans le genre "à murmurer pour soi" ; c'est de mon mentor toujours) :

Quelle nuit sous mes pas... Quelle nuit l'on m'apprête...
Quelle part, tout ensemble et brutale, et secrète,
Quelle part d'inconnu s'étend là, devant moi...
Ton amour a beau lui, mettre un feu dans ce froid ;
Beau m'aider, m'inciter à marcher en poète :
Plus la nuit s'épaissit moins sa voix se fait nette ;
Plus il lui faut passer par un chemin étroit...
Et vouloir, demander qu'on lui garde sa foi,
C'est vouloir la lumière,
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . une fois la nuit faite...


Dernière édition par elena le Mer 7 Jan 2009 - 14:43, édité 1 fois
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kenavo
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MessageSujet: Re: Paul Valéry   Mer 7 Jan 2009 - 14:42

elena a écrit:
Et justement Kenavo comme ton message tombe bien ! Même pour ceux qui auraient le doute et le préjugé antivaléryen tenaces, je crois que c'est fichu ! L'édition que tu signales, de ces poèmes d'amour, détruit tous les vieux aprioris... Merci Kenavo ; honte à moi de n'être pas revenue depuis longtemps sur ce fil. Je n'ai appris cette édition que tout récemment je cours l'acheter.
bonjour volontiers..
je ne suis pas les fils poésie de trop près parce que je ne lis pour l'instant plus autant de poèsie que dans le temps, et si je le fais, surtout en anglais ou allemand
Mais du moment que je vois des informations qui pourraient intéresser ceux qui aiment, je veux bien partager Wink

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La vie, ce n'est pas d'attendre que l'orage passe,
c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


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