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 Laura Kasischke

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MessageSujet: Laura Kasischke   Laura Kasischke EmptySam 13 Sep 2008 - 12:08

Laura Kasischke Kasisc10

Née en 1961

Laura Kasischke est romancière, poétesse, et enseigne l'écriture à l'Université du Michigan (Ann Arbour, Michigan).
Elle a obtenu de nombreux prix, notamment et surtout en poésie (elle est plus reconnue en tant que poétesse que comme romancière).
Elle est parfois comparée à Joyce Carol Oates pour sa propension à imaginer des histoires pleines de violence et de menace ("mais où va-t-elle chercher tout ça ?"), mais son style est très différent de celui (ou plus exactement de ceux) de Joyce Carol Oates : il est d'apparence froide et rigoureuse dans la menace cachée.

Il y a une grande cohérence dans l'oeuvre romanesque de Laura Kasischke : comment prendre conscience, concrètement, d'être en vie, alors que la vie elle-même est une succession de banalités se déroulant dans la blancheur aseptisée de la banlieue américaine ? Mais malgré au quotidien atone, à l'atrophie des sensations, des forces menaçantes grondent pour qui sait les entendre. Et les écouter, justement, est peut-être un moyen de se convaincre que l'on est vivant...

Un événement aura eu une grande importance sur son oeuvre : elle était amoureuse de son profeseur de création littéraire. Or, ce professeur avait eu une aventure avec sa mère, ce qu'elle lui a révélé, juste avant le dîner. Laura Kasischke se souvient qu'elle était debout à côté du réfrigérateur lorsque sa mère le lui a dit, et alors tout ce qu'elle savait de manière inconsciente, les couches de secrets, les vies secrètes des gens, la signification de petits gestes, de vérités à moitié énoncées, tout cela fusionna avec l'acte d'écrire. "Ça ne m'a jamais quitté. Quand j'écris maintenant, je suis en quelque sorte debout devant le réfrigérateur, réalisant soudain combien tout est complexe si vous pouvez seulement discerner la totalité de l'histoire" (source).

Dans l'oeuvre de Laura Kasischke, on retrouve ainsi souvent ce sentiment de révélation, de brusque lumière sur ce que l'on savait, mais qu'on ne voulait pas s'avouer, pas regarder.

Bibliographie

Citation :
Index: (cliquez sur les numéros de page pour y accéder directement)
1997 À Suspicious River, Pages 1, 2, 13,
1999 Un oiseau blanc dans le blizzard, Pages 1, 5, 7, 12,
2002 La Vie devant ses yeux, Pages 1, 3, 8
2007 Rêves de garçons, Pages 2
2007 À moi pour toujours, Pages 1, 2, 4, 8
2008 La Couronne verte, Pages 2, 4, 9
2009 En un monde parfait, Pages 3, 4, 7, 8
2011 Les revenants, Pages 6, 7, 8, 9, 11,
2013 Esprit d'hiver, Pages 12, 13, 14,

Citation :
mise à jour le 09/03/2014, page 14
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MessageSujet: Re: Laura Kasischke   Laura Kasischke EmptySam 13 Sep 2008 - 12:09

Un oiseau blanc dans le blizzard (White bird in the blizzard, 1998). Traduit en 2000 par Anne Wicke, Christian Bourgois Editeur, 321 pages.
Le roman commence par la disparition de la mère de la narratrice, Katrina :
Citation :
"J'ai seize ans lorsque ma mère se glisse hors de sa peau par un après-midi glacé de janvier - elle devient un être pur et désincarné, entouré d'atomes brillants comme de microscopiques éclats de diamant, accompagné, peut-être, par le tintement d'une cloche, ou par quelques notes claires de flûte dans le lointain - et disparaît.
Personne ne la voit s'en aller, mais elle est bel et bien partie." (page 11).
Depuis le départ (ou disparition...) de sa mère, Katrina fait des cauchemars teintés de blanc, de vide.
Citation :
"La nuit suivant le départ de ma mère, je rêve que mes draps sont devenus de la neige et que leur blancheur froide m'enveloppe dans l'hiver comme un enfant mort-né. La lumière, le lit, les draps - on dirait qu'un ange pâle et énorme est agenouillé au-dessus de moi, un colosse de marbre pur, qui semble me repousser de ses ailes aux doigts nus vers la matrice d'un mois de janvier dans l'Ohio...
Je suis le petit "o" qui se glisse dans le grand "O" de l'Ohio, ce vaste "O" vide qui avale tout d'un seul coup. (page 20).
Katrina et ses parents vivent dans une banlieue américaine chic et aseptisée. Elle fréquente une école typiquement américaine :
Citation :
"[...] et même Melody Little, la fille la plus populaire du lycée, m'a fait un petit signe dans les douches après la gymnastique. Sa peau, sous la vapeur, paraissait aussi lisse que du plâtre humide, mais l'eau chaude avait donné à ses cuisses le rouge des camions de pompiers". (page 60).
Elle est visiblement à la recherche d'elle-même, de ce qui la définit, de ce qui marque la différence entre elle et les autres, la peau qui sépare les êtres. "Sans la peau, nous nous serions vidés" (page 18 ), conclut le passage où elle perd sa virginité avec Phil, le fils de ses voisins, un garçon pas très intelligent. "C'était le mois de mars, la lumière qui saignait sous les stores était pâle et floue, comme si de l'eau grise coulait dans les veines de ce mois" (page 17). C'est gai...
Citation :
"En vérité, ma mère a disparu vingt ans avant le jour où elle est réellement partie. Elle s'est installée dans la banlieue avec un mari. Elle a eu un enfant. Elle a vieilli un peu plus chaque jour - de cette façon qu'ont les épouses et les mères d'âge moyen d'être de moins en moins visibles à l'oeil nu. Vous levez peut-être les yeux de votre magazine quand elle entre dans la salle d'attente du dentiste, mais elle est en fait transparente." (page 28 ).
La mère est-elle vraiment partie ? A-t-elle vraiment téléphoné à son mari, intendant dans une école, pour lui dire qu'elle ne reviendrait pas ? Y avait-il des signes avant-coureurs, des indices de préparatifs ?
Katrina revoit par fragments des morceaux de la vie familiale... Quelles étaient les relations entre ses parents ? Sa mère ne faisait-elle vraiment que maintenir "notre maison dans un état de propreté et de stérilité qui aurait pu rivaliser avec l'esprit de l'hiver lui-même ; alors peut-être a-t-elle tout simplement fini par s'épousseter elle-même, en un nuage lumineux qui s'est envolé par la fenêtre de la chambre, un nuage fait d'une poudre douce comme le talc, qui s'est mélangé avec les flocons qui tombaient, avec la poussière céleste et les cendres lunaires qui flottaient au loin" (page 11).

Obsession d'une propreté de surface irréprochable qui recouvre bien sûr des secrets moins propres, des espoirs déçus, ce livre est tout imprégné d'un sentiment de catastrophe inévitable, de quelque chose que l'on sait sans savoir et qui arrive, parce que la fatalité doit arriver, un jour ou l'autre.
Le meilleur des trois premiers romans de Laura Kasischke, sans doute parce qu'il a une vraie fin.
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MessageSujet: Re: Laura Kasischke   Laura Kasischke EmptySam 13 Sep 2008 - 12:09

A Suspicious River (Suspicious River, 1996). Traduit en 1999 par Anne Wicke. Points. 404 pages.

Leila est réceptionniste depuis plusieurs années dans un Motel à Suspicious River, petite ville tranquille :
Citation :
"Vous pourriez très bien imaginer, si vous n'y êtes jamais passé, que Suspicious River est une petite ville sympathique. Un bowling. Sept églises. Dix motels. Quatorze bars. Une boutique de souvenirs de neuf cents mètres carrés, dont la façade est une peinture murale sur parpaing de Pocahontas sortant de son tipi, qui s'étale sur un pâté d'immeubles dans Main Street" (page 73).
Mais même les cygnes de la rivière semblent, si je puis dire, déshumanisés :
Citation :
"Un de ces gros oiseaux blancs apportait dans son bec des herbes déracinées venant de la rivière et il les donnait à l'autre qui les enfonçait mécaniquement dans la boue". (page 77).

Un jour, pour soixante dollars, Leila se vend avec la location de la chambre (ce qui donne lieu à des scènes qu'on pourrait qualifier de chaudes, si ce n'était la froideur et l'indifférence apparente de Leila, qui accomplit sa tâche mécaniquement, comme les cygnes).

Que compte-t-elle faire avec l'argent qu'elle accumule et qu'elle met scrupuleusement de côté ? Et puis un certain Gary Jensen arrive et c'est, pour elle, le début d'une sacrée déchéance pas piquée des hannetons (on pourrait faire un parallèle avec Histoire aux yeux pâles, de la néo-zélandaise Kirsty Gunn).

La construction, comme cela sera une habitude chez l'auteur, s'appuie sur des souvenirs d'école, sans doute pour confronter les espérances de la petite Leila Murray avec les déceptions de la grande Leila, celle qui vit avec Rick, son mari.
Un roman assez glauque, qui tire vers la dépravation auto-destructrice (du genre : "je ne m'aime pas, jusqu'où pourrais-je aller dans la déchéance volontaire à forte tendance freudienne ?") dont l'adaptation au cinéma a bien su garder la froideur.
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MessageSujet: Re: Laura Kasischke   Laura Kasischke EmptySam 13 Sep 2008 - 12:09

La Vie devant ses yeux (The Life before her eyes, 2002). Traduit en 2002 par Anne Wicke. Christian Bourgois Editeur, 348 pages.

Autant Un Oiseau Blanc dans le Blizzard avait une chronologie clairement annoncée (Première partie : Janvier 1986, deuxième partie : Janvier 1987, etc.), autant la Vie devant ses yeux est un roman plus compliqué. Le prologue annonce "Avril" (mais de quelle année ?) et l'épilogue "Mai".
Le roman s'ouvre sur une citation d'Apollinaire :
"Voici que vient l'été, la saison violente
Et ma jeunesse est morte ainsi que le printemps"...

...et le roman commence ainsi :
Citation :
"Elles sont dans les toilettes des filles quand elles entendent les premiers tac-a-tac-a-tac d'une arme semi-automatique. Le bruit semble faux, lointain, et elles continuent ce qu'elles étaient en train de faire : elles se brossent les cheveux, elles regardent leur reflet dans le miroir...
Tac-a-tac-a-tac ."
Puis, le drame personnel arrive :
Citation :
"Et, au-delà du son lointain de toutes les clochettes qu'elle a pu entendre et aimer, elle perçoit le bruit de son propre coeur qui bat sourdement en elle, qui fait circuler le sang à travers son corps ; elle aime ce bruit-là, aussi... Elle l'a toujours aimé, qu'elle s'en soit ou non rendu compte avant. Elle l'aime tant qu'elle pourrait très bien rester ici, comme ça, au milieu de ces toilettes, terrifiée et violemment vivante, pour le restant de ses jours." (page 21). "Mais, à ce moment-là, Michael Patrick lui plaque l'arme contre l'oreille. Le canon touche sa temps et cette noirceur bleutée devient comme un murmure terrible et intime...
Elle doit répondre à ce murmure.
“Ne me tue pas”, lui souffle-t-elle.
Et, quand il demande “Et alors, je dois tuer qui ?” elle s'entend répondre : “Tue-la. Ne me tue pas.” "(page 22).
Le lecteur suit alors la vie banale de Diana McFee.
Citation :
"Diana McFee ouvrit les yeux, et ce fut un peu comme si elle voyait le ciel pour la première fois. Etre en vie, quelle banalité surprenante ! Une femme de quarante ans qui, au beau milieu du mois de juin, regardait fixement un ciel très bleu, un ciel paraissant être le coeur de quelque chose d'entièrement nouveau qui aurait été nettement découpé en deux avec un couteau bien aiguisé. Un esprit fait d'éther. Un vide à couper le souffle, comme une cuisine propre, comme une conscience tranquille" (page 25).

Comment Diana vit-elle avec la conscience du drame qu'elle a vécu, du choix qu'elle a fait ? Mais est-ce vraiment sa vie, remplie de gestes quotidiens : aller chercher sa fille à l'école primaire, préparer à manger vers 2020 ? Ou bien est-ce la vie rêvée de l'adolescente qui va (peut-être ?) perdre la vie dans une tuerie qui fait évidemment référence au drame de Columbine ?
Va-et-vient entre les petits faits sans importance de la mère au foyer et les petits faits différents mais sans plus d'importance de l'adolescente qu'elle fut - ou qu'elle est. Le tout avec un sentiment de menace...

Ce roman sera forcément comparé à Elephant, le film de Gus Van Sant. Comme lui, il est composé d'impressions. Le film tout comme le livre ne s'attardent pas vraiment sur les motivations des assassins. Le film montre toutefois une vue plus globale, alors que le livre reste cantonné aux toilettes des filles où un drame à la "Choix de Sophie" a lieu.
Pour en faire un livre de près de 350 pages, Laura Kasischke utilise des artifices : le sentiment de menace qu'elle maîtrise parfaitement, les glissements entre présent, passé, réalité, fantasme...

Soyons honnêtes, la fin est décevante. Elle écrit bien, elle sait parfaitement rendre menaçante la banalité du quotidien, mais cela on le savait déjà, et ça ne suffit (malheureusement) pas ici.


Ce roman est adapté au cinéma, par Vadim Perelman, avec Uma Thurman. (sortie en France : 17 septembre 2008).
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MessageSujet: Re: Laura Kasischke   Laura Kasischke EmptySam 13 Sep 2008 - 12:28

Voilà une belle découverte... Une JC Oates en moins baroque je vais vite la lire... merci

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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MessageSujet: Re: Laura Kasischke   Laura Kasischke EmptySam 13 Sep 2008 - 18:31

J'avais noté l'an dernier Un oiseau blanc dans le blizzard sur un blog. Je n'ai pas encore cherché à savoir si la médiathèque l'avait ou non. Mais le fil le ressort de l'oubli.
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MessageSujet: Re: Laura Kasischke   Laura Kasischke EmptyMer 17 Sep 2008 - 12:26

En voyant cette affiche et surtout le titre Laura Kasischke 18965466


je me disais : je connais je connais je connais.
Après avoir vu passer le livre, je me dis : je connais je connais je connais.


Sur Parfum je trouve les mots d'eXPie, et je me dis : Spas possible je connais je connais je connais...

Je farfouille, et retrouve mon avis sur ce livre que j'ai lu et dont je ne me rappelais plus du tout...


La vie devant ses yeux


Dans un lycée du Middle West un jeune étudiant tire sur toutes les personnes qu'ils croisent. Arrivé dans les toilettes, il découvre deux jeunes filles, deux meilleures amies... il leur demande laquelle des deux il doit tuer. Une vingtaine d'années plus tard Diana McFee semble être une mère au foyer des plus banals, pourtant des choses troublantes la tourmentent et peut-être lui arrivent.

Ce roman traite en fond du sujet de la culpabilité : comment vivre avec sur la conscience la responsabilité de la mort de celle qui fût sa meilleure amie. On découvre donc un roman scindé en deux : les chapitres sur la vie des deux jeunes adolescentes, leur quotidien fait de superflu de première importance (les garçons, les vacances, les voisins, les autres lycéens, les voitures, les parents...) et celle de cette femme au foyer, son quotidien superflu de première importance (sa fille, l'entretien de sa maison, son mari, la nourriture, la peinture...).

Laura Kasischke ne nous révèle rien avec certitude, on en vient à douter de l'équilibre mental de Diana McFee, à se demander si elle a vraiment cette vie parfaite... on se demande également si elle imagine ou si elle se souvient, si elle confond la réalité et le passé... Bref on ne sait pas vraiment. Ce n'est pas tellement gênant, il suffit de se laisser aller, de ne pas trop chercher à analyser. Ce roman est fait de sensation, de sentiments, d'acceptation.

Malheureusement, il manque quelque chose pour tout à fait se laisser transporter par ce roman. La platitude des choses, qui n'explosent jamais, les mystères qui s'opacifient de plus en plus, les personnages qui manquent de saveur...
L'écriture de Kasische pourtant est de très bonne qualité. En lisant ces pages on a réellement l'impression de se retrouver dans ce quartier de Briar Hill, sous la chaleur de l'été, un peu amorphe, calme, soumis aux regards. Cette façon de laisser les choses en suspens, de leur donner une consistance étrange, sibylline, démontre de la qualité stylistique de Kasischke.
Peut-être est-ce le manque de radicalité dans son parti pris (hésitation entre le fantasque et le réalisme pur et dur), la volonté de ne pas nous en dire trop qui fait qu'on ne nous en dit presque pas (ces personnages ont vraiment l'air aussi creux à l'intérieur qu'à l'extérieur), dans tous les cas, je trouve La devant ses yeux avorté, raté, il passe à côté de quelque chose.




(Je me rassure en me disant que je n'ai peut-être pas lu le "bon" livre d'elle)

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MessageSujet: Re: Laura Kasischke   Laura Kasischke EmptyDim 25 Jan 2009 - 21:55

A moi pour toujours
Disons-le tout de suite, ce livre donne une grande claque ! Cela commence par la description de la vie bien sage d’une prof de lettres d’une quarantaine d’années, avec sa jolie maison campagnarde, son mari plutôt attentif, son grand fils aimant qui vit loin pour ses études. Un jour cependant, surviennent deux petits dérapages : une biche percutée sur son trajet quotidien et un mot anonyme adressé pour la Saint-Valentin. A partir de là, Sherry perd de plus en plus la capacité à choisir ce qui est important dans sa vie, elle dérive d’une manière plus profonde qu’une simple crise de quarantaine. Laura Kasischke a une telle virtuosité pour décrire l’enchaînement des actes, les sentiments, l’importance que prennent des minuscules détails dans les situations de crise, que les pages tournent, la tension monte, il devient difficile de lâcher le livre !

Je me souviens avoir beaucoup aimé aussi A Suspicious River et Un oiseau blanc dans le blizzard, mais je n’ai rien lu d’autre de cet auteur depuis ; son dernier roman, La couronne verte est sorti en octobre dernier, je souhaite qu’il soit aussi réussi, je le lirai volontiers en tout cas.
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MessageSujet: Re: Laura Kasischke   Laura Kasischke EmptyMar 10 Fév 2009 - 9:53

"A moi pour toujours"

Si je n'avais pas entendu parler auparavant de Laura Kasischke, je n'aurais sûrement jamais lu ce roman.
Il faut dire que, à première vue, la couverture et le titre sirupeux à souhait de ce roman ne pouvaient que m'évoquer les titres dégoulinants de niaiserie (sans parler du contenu!) des ouvrages de Marc Lévy ou de Guillaume Musso.

Mais voilà, j'avais entendu dire peu de temps auparavant que Laura Kasischke était considérée comme la nouvelle Joyce Carol Oates, que son œuvre s'attachait à radiographier la Middle-Class américaine afin d'en libérer les obsessions, les secrets honteux et les pensées inavouables dissimulées sous la surface lisse et pimpante des banlieues chic.

C'est dans une de ces banlieues qu'habitent Jon et Sherry Seymour.
Quand ils sont arrivés, une vingtaine d'années plus tôt, c'était encore la campagne. Puis, peu à peu, des lotissements se sont construits ça-et-là, le trafic routier s'est développé et chaque jour passent devant chez eux des voitures dont ils ne connaissent pas les occupants, voisins anonymes qui vaquent à leurs affaires avant de rentrer chez eux s'effondrer devant leurs postes de télévision.

Jon et Sherry ont dépassé la quarantaine. Il travaille dans l'informatique, elle est professeur d'anglais à l'université. Leur fils Chad a récemment quitté le nid familial pour poursuivre ses études en Californie. Il vient leur rendre visite lors des vacances et, quand il n'est pas là, communique avec eux par téléphone et par internet.
Sherry ne se l'avoue pas, mais elle a du mal à accepter le départ de son fils. Le fait que celui-ci soit devenu un homme la force à admettre que les années de sa jeunesse sont définitivement derrière elle, que l'enfant qu'elle a vu et aidé à grandir aura désormais de moins en moins besoin de ses parents. Aussi, pour tenter de faire revivre cette époque bénie s'évertue-t-elle, lorsque Chad revient pour les vacances, à inviter l'un de ses amis d'enfance, Garrett.
Garrett n'a pas eu autant de chance que Chad. Ses parents sont morts et depuis il vit seul. Garrett n'est pas parti forger son destin dans une lointaine université mais est resté sur place et suit des cours de mécanique auto. Malgré le fait que Chad n'éprouve plus qu'indifférence pour son ancien camarade de jeux, sa mère persiste pourtant à les réunir, tentant par ce moyen de faire revivre des instants qui n'appartiennent plus qu'à un passé révolu.

Parfois, Sherry n'a plus l'impression d'exister. Elle n'est plus la jeune fille derrière laquelle les garçons se retournaient, elle n'est plus la mère attentive et aimante de son petit garçon, elle n'est plus qu'une femme qui voit s'approcher de manière irrémédiable l'automne de sa vie.
Le naufrage de la vieillesse, elle le voit s'incarner en la personne de son père, cet homme si fort et si dur qui aujourd'hui est pensionnaire d'une maison de retraite, cet homme dont la mémoire et la raison partent en lambeaux.
Aussi, quelle n'est pas sa surprise lorsqu'un jour de St Valentin, elle trouve dans son casier à l'université, un billet anonyme. Sur celui-ci, une seule phrase : « Sois à moi pour toujours. »
Est-ce une blague de potache ? Est-ce une farce initiée par ses collègues professeurs ? Et qu'y-a-t-il derrière ce message ? Un sentiment sincère et inavoué, une tentative de harcèlement ou une plaisanterie de mauvais goût ?
D'autres billets suivront, tout aussi mystérieux. Sherry s'interroge, en parle même à son mari, qui trouve amusant que sa femme ait un admirateur secret. Mais peu à peu, ce mystère commence à obséder Sherry. Qui est l'auteur de ces billets ? Quel est son but ? Secrètement, elle se sent flattée de ces attentions. Après tout, elle est encore une fort jolie femme et cet admirateur anonyme ne peut que lui renvoyer une image d'elle-même dont elle était convaincue qu'elle était définitivement effacée.
Alors Sherry va tenter de trouver qui est réellement son mystérieux admirateur et ce qui pouvait sembler au départ être un jeu innocent va peu à peu la plonger vers des aspects de sa personne qu'elle n'aurait jamais soupçonnés...
Très vite en effet sa vie va déraper et l'aspect lisse et un peu terne de son existence va voler en éclats jusqu'à ce qu'advienne l'irréparable...

Construit comme un thriller, «À moi pour toujours » n'en est pas pour autant un polar. C'est ici la tension psychologique qui monte cran par cran jusqu'à ce que les protagonistes du drame qui se joue ici se retrouvent nus, dépouillés de leurs faux semblants et d'un vernis social qui leur permet de s'affirmer comme des gens ordinaires.

Le récit commence en effet comme une innocente historiette où le lecteur pense à tort que ce qui adviendra correspondra à ce qu'il a déjà lu maintes et maintes fois dans d'autres romans. Il n'en est rien. Très rapidement tout bascule, tout dérape dans une sorte de chaos, un tourbillon dans lequel les personnages vont se trouver entraînés à leur insu ou de manière volontaire. L'enchaînement des évènements, suite à un minuscule grain de sable coincé dans les rouages de cette société si parfaite, va finir par prendre des proportions dramatiques et inattendues. Les masques vont tomber les uns après les autres et les protagonistes vont se révéler bien différents de l'image qu'ils s'évertuent à projeter autour d'eux.

Lire un roman de Laura Kasischke, c'est un peu comme regarder un film de David Lynch. Au début, tout semble effroyablement banal et convenu. Puis, peu à peu l'insolite, le dérangeant, s'installent par petites touches jusqu'à envahir l'écran, et lorsque la lumière se rallume dans la salle de cinéma, on se sent complètement hébété, bluffé par ce qui semblait être au départ une histoire prévisible et convenue, une histoire qui s'est muée sous nos yeux en un récit complètement différent de ce à quoi nous aurions pu nous attendre.
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MessageSujet: Re: Laura Kasischke   Laura Kasischke EmptyMar 10 Fév 2009 - 11:44

Un auteur à découvrir, sans nul doute ! Je la note Very Happy
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MessageSujet: Re: Laura Kasischke   Laura Kasischke EmptyMar 10 Fév 2009 - 13:25

sentinelle a écrit:
Un auteur à découvrir, sans nul doute ! Je la note Very Happy
Oui, ça me donne envie tout ça sourire

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MessageSujet: Re: Laura Kasischke   Laura Kasischke EmptyMar 10 Fév 2009 - 13:29

Epi a écrit:
sentinelle a écrit:
Un auteur à découvrir, sans nul doute ! Je la note Very Happy
Oui, ça me donne envie tout ça sourire
et moi je n'ose plus dire que je note, parce que je suis tentée par trop et tout.. mais là je dois dire que je note quand même Cool

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MessageSujet: Re: Laura Kasischke   Laura Kasischke EmptyMar 10 Fév 2009 - 16:09

Ravie de voir que ce livre t'a plu et qu'il va ainsi trouver sans nul doute d'autres lecteurs ! Very Happy
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MessageSujet: Re: Laura Kasischke   Laura Kasischke EmptyMar 10 Fév 2009 - 16:18

kathel a écrit:
Ravie de voir que ce livre t'a plu et qu'il va ainsi trouver sans nul doute d'autres lecteurs ! Very Happy

Oui, ce fut une bonne surprise littéraire, et je ne compte pas en rester là. Je suis curieux maintenant de découvrir ses autres romans
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MessageSujet: Re: Laura Kasischke   Laura Kasischke EmptyMar 10 Fév 2009 - 17:43

Le Bibliomane a écrit:
"A moi pour toujours"

Lire un roman de Laura Kasischke, c'est un peu comme regarder un film de David Lynch. Au début, tout semble effroyablement banal et convenu. Puis, peu à peu l'insolite, le dérangeant, s'installent par petites touches jusqu'à envahir l'écran, et lorsque la lumière se rallume dans la salle de cinéma, on se sent complètement hébété, bluffé par ce qui semblait être au départ une histoire prévisible et convenue, une histoire qui s'est muée sous nos yeux en un récit complètement différent de ce à quoi nous aurions pu nous attendre.

Alors là forcément si tu utilises ce genre d'arguments je ne peux pas rester de marbre!!! laugh Miam Miam

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"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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