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 Piotr Bednarski [Pologne]

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Sophie
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MessageSujet: Piotr Bednarski [Pologne]   Mar 16 Sep 2008 - 2:58



Poète et écrivain polonais, Piotr Bednarski est né en 1934 à Horeszkowce, une petite ville de la Pologne orientale, occupée par l'URSS en septembre 1939. Exilé avec sa famille en Sibérie durant la guerre, il se retrouve seul pour retourner en Pologne à la fin de celle-ci. Instituteur de formation, il n'a jamais enseigné; poussé par une vocation maritime, il a passé sa vie professionnelle dans la marine marchande. Auteur de nombreux romans, de nouvelles, de poèmes, Les Neiges bleues, son premier roman traduit en français, est emprunté à sa mémoire sibérienne.



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Sophie
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MessageSujet: Re: Piotr Bednarski [Pologne]   Mar 16 Sep 2008 - 2:58

LES NEIGES BLEUES

Ce livre est un roman certes mais inspiré de la vie de l'auteur.
Le narrateur est un petit garçon polonais, envoyé avec ses parents dans un camp de prisonniers en Sibérie, pendant la Seconde guerre Mondiale. Son père a été transféré dans un camp de travail, où il mourra quelque temps plus tard. Il vit avec sa mère, une beauté qui fait tourner la tête de tous les hommes et sa tante.Malgré ce déracinement et les humiliations quotidiennes, il réussit à vivre une vie d'enfant, avec les jeux, l'école et les copains, les bons moments de l'enfance étant entrecoupés par des annonces de décès quasi-quotidiennes. Ce petit garçon perdra tout et tout le monde, même sa mère.

Piotr Bednarski a vécu cela et a perdu toute sa famille en Sibérie; malgré tout il a survécu et écrit ce magnifique petit livre, constitué de courts chapitres, sortes de nouvelles chronologiques contant sa vie, son enfer dans le camp.
On n'est, à aucun moment dans le larmoyant, ni le pathos car l'auteur a utilisé des mots d'enfant ou plutôt, s'est remémoré cette période avec ses yeux d'enfant, ce qui a permis d'enjoliver l'horreur. On lit donc des anecdotes tantôt touchantes, tantôt presque drôles, anodines ou pas mais qui retracent la réalité.
Difficile de faire la part des choses entre les histoires vécues ou imaginées (l'histoire du pull marin par exemple); ce qui est certain, c'est que le pire, il l'a vécu et que rien que pour rendre hommage aux victimes des camps de Sibérie, il faut lire ce livre.
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Arabella
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MessageSujet: Re: Piotr Bednarski [Pologne]   Mar 16 Sep 2008 - 7:28

Très intéressante présentation Sophie, je note le titre.

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Marko
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MessageSujet: Re: Piotr Bednarski [Pologne]   Dim 2 Nov 2008 - 21:45

Sophie a écrit:

Poète et écrivain polonais, Piotr Bednarski est né en 1934 à Horeszkowce, une petite ville de la Pologne orientale, occupée par l'URSS en septembre 1939. Exilé avec sa famille en Sibérie durant la guerre, il se retrouve seul pour retourner en Pologne à la fin de celle-ci. Instituteur de formation, il n'a jamais enseigné; poussé par une vocation maritime, il a passé sa vie professionnelle dans la marine marchande. Auteur de nombreux romans, de nouvelles, de poèmes, Les Neiges bleues, son premier roman traduit en français, est emprunté à sa mémoire sibérienne.

Mon gros coup de cœur pendant ces vacances! Voilà un livre bouleversant ("Beauté absolue" selon Le Monde des Livres) qui décrit avec simplicité et une grande poésie, le parcours autobiographique d'un petit garçon dans un no man's land à proximité d'un goulag de Sibérie, aux pires heures du Stalinisme. Sophie en a très bien parlé. Le récit se lit comme une succession de courtes anecdotes magnifiques d'humanité, sans larmoiement ou sentimentalisme excessifs, même s'il y a des moments forts et terribles. L'humour et l'appétit de vie sont néanmoins toujours présents, l'appel à la spiritualité aussi.

Il faudrait le mettre au programme des collèges ou lycées tellement cette histoire est accessible, belle, indispensable. Certains reprocheront sans doute la simplicité du style mais elle me semble contribuer à la force de ce récit universel.

J'en cite quelques passages:

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
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Marko
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MessageSujet: Re: Piotr Bednarski [Pologne]   Dim 2 Nov 2008 - 22:05

Les neiges bleues:



" Cette révélation fut à la fois merveilleuse et effrayante. Oui, chaque être humain est un joyau. Toutefois, parvenir à cette conviction en exil, quand un homme n'est qu'un déchet, quand un animal est plus précieux car on peut le manger ou le vendre- en prendre conscience et s'en désespérer en ce temps de guerre, c'était l'enfer. Dans un réflexe je saisis la main de ma mère, comme pour lui signifier que j'étais vivant, que je lui appartenais. Elle me rendit l'étreinte."

"Le Christ, lui, on l'a crucifié. Pour nous. Il était jeune, sage et beau. Il aimait et il était aimé, il proclamait l'amour- et malgré ça, ou peut-être à cause de ça, on l'a tué. Tout comme Sachka. L'amour est donc... une faute? (Mon propre chuchotement étonné parvint à mes oreilles.)C'est alors que quelque chose se rompit en moi. Je me serrai contre la terre pour libérer en pleurs toute mon amertume. Et quand les larmes me manquèrent, quand mes yeux devinrent secs comme le sable du désert, mon coeur s'ouvrit. Et je me mis à pleurer de nouveau, mais à l'intérieur, en moi-même, avec des larmes que ne pouvait voir que Celui qui nous avait créés."

"Comme toujours le malheur, le gel arriva sans prévenir. Une seule nuit lui suffit pour ouvrir son portail d'argent et semer soigneusement partout ses graines mortifères. Une oreille sensible pouvait percevoir un chuchotis comme celui du blé qui glisse dans la goulotte d'un moulin. Cela signifiait que la température était tombée en dessous de moins quarante degrés. La neige se fit bleue et la limite entre terre et ciel s'estompa. Le soleil, dépouillé de sa splendeur et privé de son éclat, végétait désormais dans une misère prolétarienne. Le froid vif buvait toute sa chaude et vivifiante liqueur-désormais seuls le feu de bois, l'amour et trois cent grammes quotidiens d'un pain mêlé de cellulose et d'arêtes de poisson devaient nous défendre contre la mort. Or n'est-ce pas justement quand la mort est sur le seuil, quand elle fait déjà son nid en nous, à l'intérieur, que le désir de vivre s'exalte et que l'on devient capable d'abattre des montagnes, et de ressusciter d'entre les morts? "

_________________
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Dernière édition par Marko le Mer 2 Sep 2009 - 11:25, édité 2 fois
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coline
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MessageSujet: Re: Piotr Bednarski [Pologne]   Dim 2 Nov 2008 - 23:49

markofr a écrit:
Les neiges bleues:

Or n'est-ce pas justement quand la mort est sur le seuil, quand elle fait déjà son nid en nous, à l'intérieur, que le désir de vivre s'exalte et que l'on devient capable d'abattre des montagnes, et de ressusciter d'entre les morts? [/i]"


Ces passages que tu cites me font penser à Etty Hillesum. A ses Lettres de Westerbork qu'elle a pu envoyer du camp de transit hollandais , la dernière jetée du train qui l'emmena à Auschwitz:

"Je voulais seulement vous dire: oui, la détresse est grande, et pourtant il m'arrive le soir de longer d'un pas souple les barbelés, et toujours je sens monter de mon coeur - je n'y puis rien, c'est ainsi, cela vient d'une force élémentaire - la même incantation: la vie est une chose merveilleuse et grande, après la guerre nous aurons à construire un monde entièrement nouveau, et à chaque nouvelle exaction, à chaque nouvelle cruauté, nous devrons opposer un petit supplément d'amour à conquérir sur nous-mêmes.[...] Et si nous survivons à cette époque, indemnes de corps et d'âme, d'âme surtout, sans amertume, sans haine, nous aurons aussi notre mot à dire après la guerre."


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MessageSujet: Re: Piotr Bednarski [Pologne]   Lun 3 Nov 2008 - 13:46

coline a écrit:
Ces passages que tu cites me font penser à Etty Hillesum. A ses Lettres de Westerbork qu'elle a pu envoyer du camp de transit hollandais , la dernière jetée du train qui l'emmena à Auschwitz

Effectivement, je crois que tous ceux qui ont vécu des expériences aussi déshumanisantes n'ont eu de cesse que de préserver leur part de générosité, de solidarité et d'espérance plutôt que de laisser la colère et la haine les envahir. Il y a sur ce sujet un livre sublime dont je reparlerai qui est "Missa Sine Nomine " d'Ernst Wiechert ainsi que toute son œuvre d'ailleurs.

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MessageSujet: Re: Piotr Bednarski [Pologne]   Lun 3 Nov 2008 - 14:22

markofr a écrit:
coline a écrit:
Ces passages que tu cites me font penser à Etty Hillesum. A ses Lettres de Westerbork qu'elle a pu envoyer du camp de transit hollandais , la dernière jetée du train qui l'emmena à Auschwitz

Effectivement, je crois que tous ceux qui ont vécu des expériences aussi déshumanisantes n'ont eu de cesse que de préserver leur part de générosité, de solidarité et d'espérance plutôt que de laisser la colère et la haine les envahir. Il y a sur ce sujet un livre sublime dont je reparlerai qui est "Missa Sine Nomine " d'Ernst Wiechert ainsi que toute son œuvre d'ailleurs.

"La littérature c'est l'errance" dit Pascal Quignard...Voici comment un livre nous amène à un autre , comment nous ne savons jamais quel sera le suivant...J'aime cette errance... content
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MessageSujet: Re: Piotr Bednarski [Pologne]   Lun 3 Nov 2008 - 15:28

coline a écrit:
"La littérature c'est l'errance" dit Pascal Quignard...Voici comment un livre nous amène à un autre , comment nous ne savons jamais quel sera le suivant...J'aime cette errance... content

enthousiaste C'est l'intérêt de ce forum que de rebondir et de découvrir sans cesse!

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MessageSujet: Re: Piotr Bednarski [Pologne]   Mar 3 Fév 2009 - 12:35

Suite aux échanges sur ce fil, j'ai lu Les neiges bleues. Merci à ceux qui m'ont fait découvrir ce livre remarquable.

C’est la première partie d'un diptyque sur l'enfance et l'adolescence de l'auteur (La deuxième partie est sortie sous le titre Un Goût de sel).
Piotr Bednarski est né en 1934 en Pologne. Sa ville fut envahie par les Soviétiques en septembre 1939 et il fut déporté en Sibérie avec les siens durant la guerre. Il sera le seul rescapé de sa famille.
Dans Les neiges bleues, il fait revivre en dix-sept récits son enfance en exil en Sibérie.

Le narrateur s’appelle Petia et n'a pas 10 ans. Le lieu où il se trouve est comme l’antichambre du Goulag. Là se trouvent des autochtones mais surtout une mosaïque de peuples victimes de Staline, beaucoup d’assignés à résidence.

Il y fait très froid et l’on y a faim :
« Comme toujours le malheur, le gel arriva sans prévenir. Il suffit d’une seule nuit pour qu’il ouvrît son portail d’argent et semât soigneusement partout ses graines mortifères. Une oreille sensible pouvait percevoir un chuchotis comme celui du blé qui glisse dans la goulotte d’un moulin. Ceci signifiait que la température était tombée en dessous de moins quarante degrés. La neige se fit bleue et la limite entre terre et ciel s'estompa. Le soleil, dépouillé de sa splendeur et privé de son éclat, végétait désormais dans une misère prolétarienne. Le froid vif buvait toute sa chaude et vivifiante liqueur - désormais seuls le feu de bois, l'amour et trois cents grammes quotidiens d'un pain mêlé de cellulose et d'arêtes de poisson devaient nous défendre contre la mort. »

En plus de cela, il faut subir la surveillance et la peur des décisions arbitraires terribles des représentants du NKVD.
« Staline était mortifère, il répandait la mort. Il détruisait la vie, et moi, j'avais une telle envie de vivre ! En dépit de ma misère, en dépit de la faim. A tout prix, voir le ciel bleu, les oiseaux insouciants, l'herbe éternelle. »

Ces récits autobiographiques sont d’autant plus bouleversants qu’ils sont écrits sans apitoiement. Le contexte est terrible : séparation des familles, violence, guerre et mort très présentes mais elles sont évoquées à travers le regard d’un enfant qui conserve autant que possible sa joie, son espièglerie et son goût du jeu. L’espoir aussi, aidé en cela par la force de caractère, la piété et la tendresse de sa mère.

« C’est l’enfer ici, mon garçon. Et en enfer, même les diables se sentent mal, très mal. En dépit de tout, c’est nous qui avons la meilleure part, même si notre vie est plus difficile, parce que nous, un jour, nous quitterons cet enfer. »

« Tout va mal, mais nous sommes en vie ; et si ça empire encore nous survivrons quand même. »

« Beauté », c’est le nom qui a été donné à cette mère, une très belle femme juive pieuse et joyeuse, d'ascendance caucasienne, dont tous les hommes sont amoureux.
Le père, lui, un temps libéré du Goulag, y est renvoyé car il a provoqué en duel le secrétaire du comité qui a fait la cour à Beauté. Le père de Petia ne reviendra pas de" cet enfer glacé où les hommes se muaient en numéros si difficiles à retenir et si faciles à rayer."

Parfois Beauté se laisse charmer par des déclarations d'amour. Seulement celles que prononcent les hommes bons. « Or un homme bon ici-bas, c'est plutôt un être raté, une sorte de merle blanc. "
Comme Sachka, un aviateur mutilé de guerre, qui sera assassiné quelque temps après leur rencontre. Puis Pakhonius, un simple, le Bienheureux qui reçut une mystérieuse lettre de Dieu lui enjoignant de quitter la ville. Puis enfin Hercen, un médecin poète et peintre amateur. Mais le jour de leur mariage, Beauté et Hercen sont abattus. Petia devient orphelin.

Petia perd tout mais lui est venu le goût de l’écriture, de la poésie : " la poésie était devenue ma seule chance de perdurer. »

Ce récit fascinant est assez court, d’une grande simplicité et d’une grande beauté. Il évoque le monde lumineux, exactement aux portes de l’enfer pourtant, d’un enfant lucide mais joyeux…Un monde illuminé par l’amour d’une mère et par la foi.
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Marko
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MessageSujet: Re: Piotr Bednarski [Pologne]   Mar 3 Fév 2009 - 15:28

C'est vraiment un livre formidable et émouvant. Passez le mot!

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MessageSujet: Re: Piotr Bednarski [Pologne]   Jeu 3 Sep 2009 - 3:01

Plus qu'émouvant...à pleurer à chaque fin de ces 17 nouvelles dans lesquelles, à chaque fois, cet enfant perd quelqu'un qui lui est cher.
Je ne vois pas ce que je pourrais ajouter à tout ce que vous avez déjà écrit!

Citation :
Le contexte est terrible : séparation des familles, violence, guerre et mort très présentes mais elles sont évoquées à travers le regard d’un enfant qui conserve autant que possible sa joie, son espièglerie et son goût du jeu. L’espoir aussi, aidé en cela par la force de caractère, la piété et la tendresse de sa mère.
Oui, le personnage de la mère est magnifique. Et dans ce contexte continue la vie,tout va mal dit Beauté, mais nous sommes vivants. Oui, mais au fur et à mesure, les vivants se font de plus en plus rares..
Bref, c'est bouleversant ,peut être encore plus car Piotr Bednarski a réussi à réécrire son enfance, et à nous livrer un témoignage historique sur la Sibérie des années 40 en gardant la simplicité-très travaillée- de la vision d'un enfant. Enfin,d'un enfant qui en a déjà vu beaucoup..Et qui a décidé d'être poète ,
Citation :
depuis l'éblouissement provoqué par Le Démon ,le poème de Lermontov.

ici

Tout à fait d'accord avec Marko, voilà un livre qui devrait être lu au lycée.

_________________
J'appelle bonheur tout espace de temps où la joie paraît immédiatement possible.
André Comte-Sponville
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MessageSujet: Re: Piotr Bednarski [Pologne]   Dim 28 Mar 2010 - 21:59

Bon, certains des extraits cités ci-dessous l'ont déjà été par Coline ou Marko.
Mais ce n'est pas grave. Je les avais notés tout seul, comme un grand, sans avoir jeté un oeil sur les copies de mes petits camarades.

Les Neiges bleues. (Blekitne Sniegi, 1996). Traduit en 2004 par un collectif d'étudiants sous la direction de Jacques Burko. 187 pages.
Citation :
"Ce petit livre, aux brefs chapitres dont chacun semble une nouvelle indépendante, nous introduit dans un monde différent et fascinant : la Sibérie des années quarante. Nous sommes au coeur du système répressif soviétique, dans l'antichambre du goulag. [...] L'histoire est racontée par un petit garçon de quelque huit ans, qui a parfaitement assimilé la duplicité qui permet d'espérer une survie, et qui garde néanmoins avec sa bande de copains l'allégresse naturelle à l'enfance. [...]
L'action se déroule dans une petite ville de Sibérie, située dans la taïga sur le trajet du Transsibérien. Sa population est un étrange mélange de Sibériens autochtones, de descendants des exilés de l'époque tsariste, de Russes envoyés coloniser ces espaces vides et d'assignés à résidence : généralement des membres des familles de condamnés politiques. Ces derniers vivent et meurent dans les camps de travail forcé (parfois situés à proximité de notre bourgade) ; leurs proches, considérés comme « éléments hostiles », ont été déportés dans la taïga et placés là avec interdiction de quitter la ville, livrés à eux-mêmes pour se loger et pour survivre. On voit défiler des Estoniens, des Coréens, des Polonais, des Ukrainiens..., une mosaïque bigarrée des peuples persécutés par Staline. La vie est encore plus dure du fait de la guerre : tout manque, et surtout la nourriture. [...]" (Jacques Burko, pages 7-8 de l'introduction que l'on évitera de lire en entier avant le livre : il en raconte largement trop).
Sans compter le NKVD, bien sûr...
"Piotr Bednasrki, poète et écrivain polonais, a puisé ce récit dans ses propres souvenirs d'enfance. Cette histoire est la sienne, elle sonne vrai dans toutes ses incroyables péripéties. "

Notre héros, Petia, a un père militaire de carrière interné en camp de travail. Sa mère, elle, est d'ascendance juive, et d'une beauté renversante. D'ailleurs, c'est comme cela qu'elle est appelée : Beauté.
C'est un personnage vraiment original.
Citation :
"Avec ma mère le bon Dieu n'avait pas lésiné sur la beauté. Elle était belle comme Néfertiti, plus belle peut-être.
Leurs destins aussi se ressemblaient quelque peu. Ni l'une ni l'autre n'avaient eu de chance. Ma mère toutefois en était consciente ; elle recevait les coups avec une résignation bien juive. [...]
L'officier du NKVD qui décidait de la déportation s'était figé de stupeur à la vue de ma mère. Jamais il n'avait vu une femme aussi belle. Cette beauté l'avait ému un moment au point de le rendre humain. Désignant ma mère, il avait dit à son second :
- Ce serait dommage de gâcher une pareille beauté. Si on la rayait des listes ?
- L'ennemi n'est jamais beau, avait répondu l'autre, un fonctionnaire du comité de la ville qui devait penser qu'on cherchait midi à quatorze heures, et que, s'il acquiesçait, il pourrait bien être dénon cé et envoyé là où il était justement en train d'envoyer les autres. Et puis, la beauté est nécessaire partout, même là où s'ébattent les ours blancs. Nous aussi, nous sommes partout nécessaires. " (pages 37-38).
Les hommes dévorent Beauté des yeux, cherchent à la faire céder. "Mais ni les prières ni les menaces n'y pouvaient rien - ma mère en un mot n'avait peur de rien."
Ce qui n'empêche pas les prétendants de se bousculer... ou de rédiger des dénonciations.
Les malheurs se succèdent et font partie du quotidien.
Citation :
"Les femmes russes pleuraient peu de temps, les larmes leur manquaient tant étaient nombreux les malheurs qui les frappaient. Les Russes avaient appris à pleurer sans larmes." (page 45).
Nefertiti, Macbeth... les références sont assez nombreuses, qui ne semblent pas toujours cadrer avec les connaissances d'un enfant de huit ans. C'est donc un mélange de souvenirs, et une recréation littéraire sans aucun doute.
Certaines descriptions sont à la fois terribles, belles et amusantes :
Citation :
"Comme toujours le malheur, le gel arriva sans prévenir. Une seule nuit lui suffit pour ouvrir son portail d'argent et semer soigneusement partout ses graines mortifères. Une oreille sensible pouvait percevoir un chuchotis comme celui du blé qui glisse dans la goulotte d'un moulin. Cela signifiait que la température était tombée en dessous de moins quarante degrés. La neige se fit bleue et la limite entre terre et ciel s'estompa. Le soleil, dépouillé de sa splendeur et rivé de son éclat, végétait désormais dans une misère prolétarienne. Le froid vif buvait toute sa chaude et vivifiante liqueur - désormais seuls le feu de bois, l'amour et trois cents grammes quotidiens d'un pain mêlé de cellulose et d'arêtes de poisson devaient nous défendre contre la mort. Or n'est-ce pas justement quand la mort est sur le seuil, quand elle fait déjà son nid en nous, à l'intérieur, que le désir de vivre s'exalte et que l'on devient capable d'abattre des montagnes et de ressusciter d'entre les morts ?" (page 89).

Histoire de copains, la mort - violente - omniprésente, les disparitions vécues au quotidien par un enfant à qui Staline donne des cauchemars (nouvelle Le Clown).
Il y a, dans ce recueil de nouvelles qui forme un tout, à la fois du tragique, du comique, du beau et de l'horrible.

Vraiment un excellent livre, que ce soit dans le fond ou dans la forme.
Si on voulait lui faire un tout petit reproche, ce serait parfois un petit excès de symbolisme (la nouvelle Le Bienheureux). Mais peut-être est-ce vraiment ainsi que cela s'est passé ?
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MessageSujet: Re: Piotr Bednarski [Pologne]   Mer 12 Mai 2010 - 18:08

-Les neiges bleues-

Je dois d'abord remercier Expie sans qui je serais passée à côté de ce livre magnifique.
Je l'ai lu par petites touches, chaque soir une anecdote ou deux, non que je rechignais bien sûr, mais au contraire pour bien m'imprégner de cette pureté propre à retranscrire des horreurs et les transformer en joyaux simplement par le regard d'un enfant. Et puis il m'a fallu un peu de recul parce qu'ayant moi même un aïeul ayant connu les camps j'ai tâché de me mettre dans la peau de ces gens.

Vous en avez très bien parlé et je ne peux rien rajouter de particulier. Ce roman autobiographique est effectivement d'une grande richesse et d'une poésie bouleversante. Il nous parle de l'enfer et pourtant on est sidéré de voir à quel point l'espoir persiste au travers de ces deux très belles figures de la mère et de l'enfant.

Je crois aussi que ce livre pourrait être lu au collège parce qu'il résume la vie, ce qui fait la grandeur et la déchéance de l'homme, ses instincts les plus bas comme ses aspirations les plus nobles. Un livre très marquant, merci encore!
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MessageSujet: Re: Piotr Bednarski [Pologne]   Mer 12 Mai 2010 - 22:57

aériale a écrit:
-Les neiges bleues-

Ce roman autobiographique est effectivement d'une grande richesse et d'une poésie bouleversante. Il nous parle de l'enfer et pourtant on est sidéré de voir à quel point l'espoir persiste au travers de ces deux très belles figures de la mère et de l'enfant.

Je crois aussi que ce livre pourrait être lu au collège parce qu'il résume la vie, ce qui fait la grandeur et la déchéance de l'homme, ses instincts les plus bas comme ses aspirations les plus nobles. Un livre très marquant, merci encore!

A lire vraiment!...
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Piotr Bednarski [Pologne]
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