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 Julie Otsuka

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MessageSujet: Julie Otsuka   Mar 16 Sep 2008 - 18:37



Julie Otsuka est née en 1962 en Californie.
Diplômée en art, elle abandonne une carrière de peintre pour l'écriture.
Son premier roman, Quand l'empereur était un dieu (When the emperor was divine), paru en 2002, est largement inspiré de la vie de ses grands-parents.
Elle vit aujourd'hui à New-York.


Bibliographie

Citation :
Cliquez sur les chiffres pour accéder directement aux pages
2004 Quand l'empereur était un dieu, [« When the Emperor Was Divine »]  Pages 1, 3, 4, 5, 6,
2012 Certaines n'avaient jamais vu la mer, [« The Buddha in the Attic »]  Pages 2, 3, 4, 6,


Citation :
Mise à jour le 03/09/2013, page 6
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MessageSujet: Re: Julie Otsuka   Mar 16 Sep 2008 - 19:45

Quand l'empereur était un dieu
2002
10/18 Domaine étranger


Citation :
Au début, le garçon avait l'impression de voir son père partout. Devant les latrines. Sous les douches. appuyé contre les encadrements de porte. Occupé, après le déjeuner, à jouer au go sur les étroits bancs en bois avec les autres hommes, invariablement coiffés de leur chapeaux de paille à bord souple. Au dessus de leur tête, un ciel d'azur. Le soleil brûlant de midi. Aucun arbre. aucune ombre. Des oiseaux.
On était en 1942. Dans l'Utah. A la fin de l'été. Dans une ville de baraques en papier goudronné ceinte de barbelés, au cœur des terres alcalines d'une haute plaine poussiéreuse du désert. Le vent était chaud et sec, la pluie rare, et partout où le garçon portait son regard, il le voyait: papa, papounet, père, Oto-san.
(p. 57)

Après l'attaque de Pearl Harbour, les citoyens Américains d'origine japonaise, même parfaitement intégrés, deviennent subitement des traîtres en puissance à la solde de l'ennemi, des adorateurs de l'empereur Hirohito.
Des centaines de milliers d'entre eux sont déportés dans des camps au coeur du désert de l'Ouest américain, et internés là, à l'isolement et dans des conditions de vie éprouvantes, jusqu'à la fin de la guerre, constamment sommés de prouver qu'ils ne sont pas des "anti-loyalistes".
Cet épisode de la guerre est longtemps resté tabou aux Etats-Unis et a été rarement évoqué en littérature, d'où mon intérêt pour ce roman de Julie Otsuka.

S'inspirant des récits de ses propres grands-parents, l'auteur raconte donc l'épreuve vécue par une famille de Berkeley (Californie), une mère et ses deux enfants envoyés ensemble dans un camp du désert de l'Utah, le père ayant été déporté ailleurs quelques mois plus tôt. Jamais désignés par d'autres noms que "la femme", "la fille", "le garçon", ces personnages anonymes nous deviennent pourtant très proches.
Précise et au premier abord détachée, la narration a une qualité documentaire (description des préparatifs du départ de la maison, du convoi, de la vie au camp) mais aussi subjective, donnant la part belle aux sentiments, aux sensations, aux rêves des personnages. Car, passant d'un point de vue à l'autre, nous partageons de "l'intérieur" peur, sentiment d'impuissance, incompréhension, espoir, résignation, attente interminable, perte de la notion du temps...

Citation :
La nuit, il se réveillait en criant:
- Où je suis ?
[...]
Parfois il entendait le vent souffler à travers les buissons d'armoise et il se souvenait alors qu'il était dans le désert, mais sans parvenir à se rappeler depuis combien de temps ou pour quelle raison il s'y trouvait. Parfois, il avait peur d'avoir été envoyé dans cet endroit pour avoir commis une faute horrible, impardonnable. mais ensuite, quand il tentait de se rappeler ce que pouvait bien être cette horrible et impardonnable faute, aucun acte précis ne lui venait à l'esprit. cela aurait pu être n'importe quoi. quelque chose qu'il avait fait la veille - mâchonner le gomme qui couronnait l'extrémité du crayon de sa sœur avant de remettre celui-ci dans le porte-crayon. Ou bien quelque chose qu'il avait fait il y a voilà longtemps et qui le rattrapait seulement maintenant. Briser une chaine de lettres qui avait été lancée à Juneau, en Alaska. Avoir jeté son poisson rouge moribond dans la cuvette des W.-C. et tiré la chasse alors qu'il n'était pas complètement mort. Avoir oublié de toucher trois fois le porte-chapeaux alors que la camionnette du marchand de glaces passait devant la maison. Parfois encore, il croyait qu'il était en train de faire un rêve et qu'à son réveil son père était en bas, dans la cuisine, en train de siffloter l'air de Begin the Beguine, tout en préparant le petit déjeuner dans la poêle. "Et un sandwich aux œufs pour le champion, un!" lançait son père.
p 65


Sans chercher à nous tirer de larmes, sans exploiter un quelconque pathos, le récit de ces vies peu à peu dévastées est vraiment fort en dépit, ou plutôt à cause, de sa brièveté. La dernière partie, le retour à Berkeley à la fin de la guerre, est à cet égard particulièrement marquant. Les voix des deux enfants s'unissent en un "on" pour évoquer un impossible retour à la vie d'avant, la suspicion et le rejet qui perdurent dans le regard de leurs voisins, les retrouvailles douloureuses avec le père . Quant au dernier chapitre "Aveux", il souligne avec un impressionnant mélange d'amertume et de résignation le caractère fragile de l'intégration des citoyens d'origine étrangère dans la société américaine, citoyenneté volant en éclats, remise en question, en cas de conflit.
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kenavo
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MessageSujet: Re: Julie Otsuka   Mar 16 Sep 2008 - 20:03

Merci pour le fil - j'avais noté déjà ce titre quand tu parlais de ce livre.. sur un des fils 'lectures du mois'... Wink
(la couverture est aussi très jolie)
Je vais te réjoindre après lecture Very Happy

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kenavo
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MessageSujet: Re: Julie Otsuka   Dim 28 Sep 2008 - 18:10


Quand l’empereur était un dieu

Voilà un chapitre peu glorieux de l’Amérique (encore un !).
Et voilà une voix pour raconter un peu de tout cela. Pour donner un visage à ces citoyens américains d’origine japonais qui étaient envoyés dans les camps, un livre pour leur redonner une dignité qu’on leurs enlevait en les emportant.
Une voix qui nous montre à travers le récit de chaque membre de cette famille les préparations avant le départ (la mère), le voyage vers le camp (la fille), le séjour dans le camp (le fils) et tout comme Nezumi le dit – très, très fort le chapitre de retour vu par « on » dont on sait que ce sont les enfants – mais en fin de compte cet « on » est certainement la réalité pour tous ces gens revenant des camps et ne pouvant plus retrouver leur place dans une vie qu’on leur a tout simplement volé.
Et un dernier chapitre avec la voix du père qui est l’aboutissement d’un récit court mais fort.

Merci à Nezumi d’avoir parlé de ce livre, je ne pense pas l’avoir trouvé en dehors de Parfum.

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MessageSujet: Re: Julie Otsuka   Dim 28 Sep 2008 - 19:22

Oui, on trouve rarement des romans sur le sujet.
Jusqu'à ce que je lise le livre d'Otsuka, je ne connaissais que Snow Falling on Cedars (La neige tombait sur les cèdres), de David Guterson.
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kenavo
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MessageSujet: Re: Julie Otsuka   Dim 28 Sep 2008 - 19:29

Nezumi a écrit:
Oui, on trouve rarement des romans sur le sujet.
Jusqu'à ce que je lise le livre d'Otsuka, je ne connaissais que Snow Falling on Cedars (La neige tombait sur les cèdres), de David Guterson.
Oui.. en ce qui concerne livres c'était jusqu'à présent la référence.. mais j'aime bien l'écriture de Julie Otsuka Very Happy
Il y a aussi le film Come See the Paradise avec Denis Quaidjypeurien je ne sais pas le titre en français

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MessageSujet: Re: Julie Otsuka   Dim 28 Sep 2008 - 19:51

kenavo a écrit:

Il y a aussi le film Come See the Paradise avec Denis Quaidjypeurien je ne sais pas le titre en français

Bienvenue au paradis, apparemment. Wink. Réalisé par Alan Parker, 1990.
Je ne connais pas! C'est bien ?
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kenavo
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MessageSujet: Re: Julie Otsuka   Dim 28 Sep 2008 - 20:03

Nezumi a écrit:
Bienvenue au paradis, apparemment. Wink. Réalisé par Alan Parker, 1990.
innocent
Nezumi a écrit:
Je ne connais pas! C'est bien ?
honnêtement cela fait tellement longtemps que je l'ai vu - et surtout à cause de Dennis Quaid Cool mais si je me rappelle bien c'était pas si mauvais (surtout que je trouve que Dennis Quaid a opté dans le temps souvent pour des sujets un peu 'off mainstream'..

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MessageSujet: Re: Julie Otsuka   Dim 28 Sep 2008 - 20:55

kenavo a écrit:
et surtout à cause de Dennis Quaid Cool

Hem, je te comprends... innocent sourire
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Marie
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MessageSujet: Re: Julie Otsuka   Dim 15 Mar 2009 - 0:30

Pas grand chose à rajouter à ce que vous avez écrit sur Quand l'empereur était un dieu, je remercie Nezumi de me l'avoir fait découvrir!

Citation :
Sans chercher à nous tirer de larmes, sans exploiter un quelconque pathos, le récit de ces vies peu à peu dévastées est vraiment fort en dépit, ou plutôt à cause, de sa brièveté.
Ce sont en fait de petits détails qui amènent les larmes aux yeux, les préparatifs de départ de la mère, qui tue le chien, le père emmené en robe de chambre et pantoufles, et la résignation, obligatoire, à quelque chose de peu compréhensible.
Un roman de Nina Revoyr iciparlait de ce douloureux épisode qu'ont vécu les familles d'origine japonaise.
Et de même, dans l'excellente série The war, de Ken Burns, on voit beaucoup de documents d'époque qui montrent d'une part les familles, d'autre part les régiments de soldats d'origine japonaise volontaires pour aller se battre dans le Pacifique sous le drapeau américain.

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MessageSujet: Re: Julie Otsuka   Dim 15 Mar 2009 - 21:13

Oui, ces moments sont vraiment poignants, et tout en retenue.

Je note la référence du roman, merci!

La série The War est vraiment exceptionnelle en effet et offre des témoignages précieux, dont celui sur les Japano-Américains.
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MessageSujet: Re: Julie Otsuka   Mer 17 Nov 2010 - 20:43

J'ai lu ce roman il y a plus de six ans lorsqu'il est paru en grand format aux éditions Phébus. C'est le premier roman traduit en français qui aborde de front ce sujet de l'internement des Japonais. "La neige tombait sur les cèdres" ne faisait que l'effleurer. C'est un roman qui m'a plu, qui m'a marqué. J'ai encore en tête les images que les premières pages m'ont inspiré, celles d'une femme qui doit quitter sa maison, sa vie et qui prépare ce départ imposé de façon extraordinairement calme.

Nezumi a écrit:

Quant au dernier chapitre "Aveux", il souligne avec un impressionnant mélange d'amertume et de résignation le caractère fragile de l'intégration des citoyens d'origine étrangère dans la société américaine, citoyenneté volant en éclats, remise en question, en cas de conflit.

Cette fin est particulièrement marquante. Ce chapitre est comme un cri.
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MessageSujet: Re: Julie Otsuka   Lun 2 Avr 2012 - 20:03

Julie Otsuka s'est vu décerner le PEN/Faulkner Award 2012 pour son roman The Buddha in the Attic (=le Bouddha du grenier), qui retrace l'histoire de six Japonaises venues se marier à San-Francisco au début du 20e siècle, après avoir "choisies sur catalogue" par leurs futurs époux. Ce livre paru en 2011 (pas encore traduit en français) intéressera peut-être, comme moi, ceux qui ont apprécié cet auteur prometteur mais rare.

Citation :
Julie Otsuka is the winner of the 2012 PEN/Faulkner Award for Fiction for her novel “The Buddha in the Attic” (Alfred A. Knopf), the directors of the award announced on Monday. The book, which traces the lives of six Japanese mail-order brides who sail to San Francisco in the early 20th century, was chosen from more than 350 novels and short-story collections, all by American authors and all published in 2011.

Marita Golden, one of three judges, said in a statement that in “The Buddha in the Attic,” Ms. Otsuka “creates a voice that is hypnotic and irresistible, and renders her story with the power of the most ancient, timeless myths, the legends that crowd our dreams, and the truths we cannot bear.” She went on to say, “Her skill is awesome and utterly inspiring.”

Ms. Otsuka, a native of California, will receive $15,000. An awards ceremony is scheduled for May 5 at the Folger Shakespeare Library in Washington.

Source: http://artsbeat.blogs.nytimes.com/2012/03/26/julie-otsuka-wins-penfaulkner-award/

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MessageSujet: Re: Julie Otsuka   Mar 3 Avr 2012 - 8:10

Les thèmes abordés me font bien envie, je note.

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kenavo
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MessageSujet: Re: Julie Otsuka   Mar 3 Avr 2012 - 8:27

nezumi a écrit:
Ce livre paru en 2011 (pas encore traduit en français) intéressera peut-être, comme moi, ceux qui ont apprécié cet auteur prometteur mais rare.
merci pour ces informations, je note

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