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 Dario Fo [Italie]

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coline
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MessageSujet: Dario Fo [Italie]   Mer 17 Sep 2008 - 23:46



Dario Fo est né en 1926.

Ecrivain, dramaturge, metteur en scène et acteur (il a écrit quarante-sept comédies, signé quatre-vingts mises en scène.), Dario Fo est connu pour ses engagements politiques.
Son anticonformisme, son courage civique et son engagement politique et social entraînèrent Dario Fo dans d'innombrables procès et controverses en Italie avec l'Etat, la police, la censure, la télévision et le Vatican).
Dario Fo est l'un des dramaturges italiens les plus représentés dans le monde avec Goldoni.
Toujours en lutte contre l’oppression et l’injustice, Dario Fo est parmi les auteurs contemporains, celui qui sut le mieux faire des formes traditionnelles et notamment de la farce, des armes dans les combats présents.



En 1954, il se marie avec l'actrice Franca Rame qui devient son inséparable partenaire. Avec elle, il créé sa propre compagnie. Ensemble ils reprennent à leur façon des farces traditionnelles et écrivent de grandes comédies où ils fustigent les institutions et les classes dirigeantes, tout en déployant une fantaisie débridée.
En collaboration avec Franca Rame, il écrit une série de monologues inspirés par la lutte des Italiennes pour le droit au divorce et la légalisation de l'avortement. Il écrit également sur la résistance italienne et palestinienne, le nazisme, le fascisme, les problèmes politiques au Chili, le divorce, la drogue, le terrorisme, la mafia, le sida, la sexualité et les luttes des femmes.

Dario Fo reçut le Prix Nobel de Littérature en 1997 pour avoir,« dans la tradition des bateleurs médiévaux, fustigé les pouvoirs et restauré la dignité des humiliés. » C'est la première fois qu'un homme de théâtre acteur-auteur-metteur en scène reçoit une telle distinction.

Ses textes sont traduits dans une trentaine de langues.
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bix229
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MessageSujet: Dario Fo   Jeu 18 Sep 2008 - 0:03

J' avais beaucoup aimé Le Pays des Mezarat. Mes 7 premières années
(et quelques unes en plus), l'autobiographie De Dario Fo.

Je vais essayer de repecher ce que j' en disais ailleurs...
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coline
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MessageSujet: Re: Dario Fo [Italie]   Jeu 18 Sep 2008 - 0:05

bix229 a écrit:
J' avais beaucoup aimé Le Pays des Mezarat. Mes 7 premières années
(et quelques unes en plus), l'autobiographie De Dario Fo.

Je vais essayer de repecher ce que j' en disais ailleurs...

Oui...pêchez...pêchez... miammiam
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coline
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MessageSujet: Re: Dario Fo [Italie]   Jeu 18 Sep 2008 - 1:17

Dans les années 2000, il écrit des charges contre Silvio Berlusconi et ses démêlées judiciaires dans Ubu roi, Ubu bass, et L'anomalo bicephale.

Engagé politiquement depuis longtemps, il se présente aux élections du 29 janvier 2006 à la mairie de Milan et obtient plus de 23% des voix, contre Bruno Ferrante. Il est aujourd'hui conseiller municipal.

En 2006, il est nommé docteur honoris causa de la prestigieuse Université La Sapienza de Rome, comme seulement Luigi Pirandello et Eduardo De Filippo avant lui.
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coline
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MessageSujet: Re: Dario Fo [Italie]   Jeu 18 Sep 2008 - 1:22

Vidéo:
(pour ceux qui ont la chancede comprendre l'italien...pas moi... jypeurien )
satire de Berlusconi
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Marko
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MessageSujet: Re: Dario Fo [Italie]   Jeu 18 Sep 2008 - 1:39

Tout ça est passionnant! Je vais suivre tes fils pour pouvoir après repérer certaines pièces sur Paris. Je lis peu le théâtre ... à tort!

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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coline
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MessageSujet: Re: Dario Fo [Italie]   Jeu 18 Sep 2008 - 1:40

Dans le "prélude à Mystère bouffe"


Mystère était déjà le mot qu'on utilisait au deuxième, au troisième siècle après JC pour désigner un spectacle, une représentation sacrée.
Mystère bouffe veut dire spectacle grotesque.
Celui qui a inventé le mystère bouffe c'est le peuple. Dès les premiers siècles après JC, le peuple s'amusait, et ce n'était pas seulement un amusement, à animer, à jouer, comme on disait, des spectacles de type ironico-grotesque parce que pour le peuple, le théâtre, spécialement le théâtre grotesque, a toujours été bel et bien le moyen d'expression mais aussi de provocatuin et d'agitation

(Dario Fo- Mystère bouffe.)
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Marko
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MessageSujet: Re: Dario Fo [Italie]   Jeu 18 Sep 2008 - 1:47

Tu veux dire qu'il utilise le grotesque et la parodie comme arme politique? Un Benigni en moins inoffensif?

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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coline
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MessageSujet: Re: Dario Fo [Italie]   Jeu 18 Sep 2008 - 1:56

markofr a écrit:
Tu veux dire qu'il utilise le grotesque et la parodie comme arme politique? Un Benigni en moins inoffensif?

Il va beaucoup plus loin que Benigni...
Je voudrais copier des passages pour montrer un peu de quoi il s'agit...de la portée de ce qui est dit...et de l'humour...
C'est long, je ne sais pas si j'arriverai à vous recopier au moins un des textes pour donner une idée.
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bix229
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MessageSujet: Re: Dario Fo [Italie]   Jeu 18 Sep 2008 - 2:12

Pour ce que je sais, Dario Fo est un homme de théatre passionné, mais aussi un homme engagé socialement et politiquement.
Une sorte de provocateur ou d'agitateur culturel mais dans le meilleur
sens du terme.
D'ailleurs, il en a subi des tas de désagréments : censure, menaces,
l'enlèvement de sa compagne par un commando fasciste, poursuites pour délit d'opinion...
Mais il nes s'est pas assagi. Il faut lire son autobiographie, selon moi,
c'est un homme extremement vivant et attachant.
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coline
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MessageSujet: Re: Dario Fo [Italie]   Jeu 18 Sep 2008 - 2:16

bix229 a écrit:

l'enlèvement de sa compagne par un commando fasciste.

et un viol atroce que Franca Rame décrit avec précision dans un texte de "Récits de femmes et autres histoires."
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kenavo
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MessageSujet: Re: Dario Fo [Italie]   Jeu 18 Sep 2008 - 10:50

coline a écrit:
markofr a écrit:
Tu veux dire qu'il utilise le grotesque et la parodie comme arme politique? Un Benigni en moins inoffensif?

Il va beaucoup plus loin que Benigni...
en lisant d'abord la phrase de Marko, ma réaction était What a Face - et c'est tout à fait juste ce que tu écris.. Benigni est un petit chanteur par rapport à Dario Fo Wink

En ce qui concerne pièce lu/vu - tous les livres que j'ai de lui sont en allemand.. et même après une recherche il m'est impossible de dire les titres en français (surtout que j'ai vu qu'en français il n'y a qu'une 10e qui sont traduits - en allemand plus de 30 Crying or Very sad )

Je veux bien essayer de trouver parmi les livres français un qui me tente et revenir après cette lecture sur ce fil Very Happy

_________________
La vie, ce n'est pas d'attendre que l'orage passe,
c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


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coline
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MessageSujet: Re: Dario Fo [Italie]   Jeu 18 Sep 2008 - 13:15

Il est difficile de parler du théâtre de Dario Fo sans se baser sur un texte au moins...

Je vais donc, pour en dire quelques mots, partir d'un des textes que j'ai choisi dans Mystère bouffe: La naissance du jongleur.
Mais il faut que je le recopie...Et c'est assez long...

Pourquoi plutôt celui-là?
Parce qu'à mes yeux il résume toute la démarche.

Dario Fo se plaisait (il est maintenant âgé et malade) à s'approprier la parole du jongleur traditionnel, celui qui incarne "l'acteur populaire". C'est la parole du peuple, du peuple qui se raconte...pour le peuple.
Et la vie quotidienne dans les récits se mêle aux mythes sacrés.

Les jongleurs du Moyen Âge ( Dario Fo revendique l'héritage des jongleurs du Moyen Âge) étaient les porte-paroles d'une résistance de la conscience populaire à l'injustice, à l'oppression . Le pouvoir d'ailleurs exerça à leur encontre une répression.

Dario Fo, qui se réfère toujours à la tradition du jongleur, tient à ce que l'acteur soit seul, sans décor ni accessoire, sous un éclairage purement fonctionnel, entouré du public.
Pas besoin de la machinerie théâtrale: présence corporelle et parole (parole du peuple) suffisent.

C'est un théâtre aux antipodes du "théâtre d'auteur", du théâtre qui a pour support le texte littéraire.

" J'ai à peu près banni de mes spectacles l'emploi du dialogue: on ne peut pas faire du théâtre populaire sous forme de dialogues. "

"L'acteur interprète plusieurs rôles, plusieurs personnages, parfois même contradictoires."

Le dialogue , en effet, renvoie l'acteur à l'acteur et relègue le spectateur à sa place de témoin.
L'acteur, privé de son support de texte dialogué, est engagé à jouer "avec (et "sur")le public".

Le théâtre de Dario Fo est un théâtre militant...mais il ne faut pas lui enlever...surtout pas...son approche artistique de l'engagement.
Mystère bouffe est écrit pour un spectacle!
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coline
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MessageSujet: Re: Dario Fo [Italie]   Jeu 18 Sep 2008 - 13:23

La naissance du jongleur (extrait de Mystère bouffe)

-Ohé les gens…venez ici, c’est le jongleur ! Le jongleur c’est moi…qui fais des sauts et qui cabriole et qui…oh …oh …je vous fais rire, car je me moque des grands et je vous fais voir comme elles sont enflées et gonflées les baudruches qui partout s’en vont en guerre et je les remets à leur place, je leur enlève le bouchon et…pffss…elles se dégonflent…Venez ici car c’est l’heure et le lieu que je fasse la paillasse pour vous tous, que je vous apprenne quelque chose, venez…venez…[…]Regardez ma langue comme elle tourne. Ah…ah…elle est coupante comme un couteau;(…] Mais moi je n’ai pas toujours été comme je suis…et voilà ce que je veux vous raconter : comment je suis né. Parce que je ne suis pas né jongleur, je ne suis pas venu du ciel d’un coup et hop ! J’arrive : « Bonjour bonsoir ». Non ! je suis l’enfant d’un miracle moi. Un miracle a eu lieu sur moi ! Voulez-vous bien me croire ! Un miracle a eu lieu ! Je suis né vilain. Vilain, paysan pour de bon. J’étais triste, j’étais gai, je n’avais pas…Je n’avais pas de terre, non ! J’en étais arrivé à aller travailler chez les autres, comme tout le monde dans nos vallées, partout. Et un jour j’ai vu une montagne, mais toute en pierres. Elle n’était à personne, on me l’a dit. J’ai demandé : « Non !Personne n’en veut de cette montagne ! » Et moi j’y suis allé et j’ai fini par voir…J’ai essayé avec mes ongles et j’ai vu qu’il y avait un peu de terre, et j’ai vu qu’il y avait un filet d’eau qui descendait jusqu’en bas, et alors j’ai commencé à gratter. Je suis allé au bord du fleuve, je me suis cassé les bras à force, et j’ai apporté de la terre, il y avait mes enfants, ma femme. Elle est douce, ma femme, toute blanche, elle a deux seins ronds, et son allure !...toute gracieuse…On dirait une génisse quand elle bouge. Oh…elle est belle ! Moi je l’aime, et je veux parler d’elle. La terre, je l’ai portée là-haut avec mes bras ! Et alors, l’herbe : tu faisais : pfut…et elle poussait toute seule. Tu parles si c’était beau, c’était une terre en or ! J’enfonçais ma bêche, je te la plantais là et…zou…un arbre poussait. Une merveille c’était, cette terre-là : c’était un vrai miracle ! Il y venait des peupliers, il y venait tous les arbres, et des chênes-rouvres, il en venait partout. Moi je semais quand la lune était bonne, je m’y connaissais ! Et alors il poussait plein de choses douces et belles et bonnes à manger.[…] Pour moi, pour nous. J’étais bien content. On dansait, et puis il pleuvait des jours entiers et le soleil était brûlant et moi j’allais, et je venais, et les lunes étaient bonnes, et il n’y avait jamais trop de vent ni trop de brouillard. C’était beau ! beau ! C’était notre terre à nous ! […] Et tous ils passaient les paysans et ils disaient :
- Quelle veine de pendu…nom de nom regarde-moi ça ! D’une montagne qu’est-ce qu’il a pas tiré !...[...;] Et ils m’enviaient, et un jour le patron est passé. Le patron de toute la vallée, il a regardé et il a dit :
- D’où vient que soit née cette tour ? A qui est cette terre ?
- A moi !- je lui ai dit- et je l’ai faite moi-même avec ces mains-là, elle n’était à personne.
- Personne ? C’est un mot qui n’existe pas. Personne, elle est donc à moi.
- Non ! elle n’est pas à toi, je suis même allé chez le notaire, écoute voir, il n’y avait rien. J’ai demandé au curé, elle n’était à personne, et moi je l’ai faite, morceau par morceau.
- Elle est à moi, toi, il faut que tu me la donnes.
- Je ne peux pas te la donner, patron…
- Je vais te la payer ! Je te donne de l’argent, dis-moi combien tu veux.
- Non ! non , je ne veux pas d’argent, après je ne pourrai pas acheter une autre terre avec l’argent que tu me donneras et je devrai encore aller travailler chez les autres. Je ne veux pas, moi, je ne veux pas.
- Donne-la moi !
- Non !
Alors il a éclaté de rire et il est parti. Le lendemain, le curé est venu pour me la demander.
- C’est au patron…ne fais pas l’imbécile, cède, ne fais pas ta mauvaise tête, rends-toi compte qu’il est terrible celui-là, il est mauvais, cède-lui cette terre ! In Deo Domini ne fais pas l’idiot…
- Non ! non ! – je lui ai dit- et je lui ai même fait un vilain geste de bras.
Alors est venu le notaire , il est venu lui aussi, il suait, nom de nom, pour venir me trouver :
- Ne fais pas l’imbécile, il y a la loi, fais attention, parce que toi tu ne peux rien, parce que toi…
- Non ! Non ! – et je lui ai fait aussi le vilain geste…il est parti en jurant
.

( conciliabule C'est à peu près un tiers du texte. S'il vous intéresse, je continue, sinon, j'abandonne...Lisez-le à voix haute... Wink )
content
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coline
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MessageSujet: Re: Dario Fo [Italie]   Lun 22 Sep 2008 - 13:29

La naissance du vilain

Comme les deux qui suivent Very Happy ont lu le long passage que j'ai posté hier, je ne vais pas me redonner la peine de le taper une nouvelle fois avec mon unique doigt tapeur...Ou alors il faudrait que la foule me supplie... sourire

Je résume:
Le vilain refuse de céder sa terre au patron. Ce dernier saccage ses terres, les brûle, viole sa femme. Le déshonneur est sur eux. Ils sont rejetés de tous, y compris des chrétiens. La femme s'enfuit. Les enfants en tombent malades et meurent. Le vilain décide de se pendre quand quelqu'un lui tape sur l'épaule...

Voici la fin promise:

"je me retourne, je vois quelqu’un avec une figure toute pâle, de grands yeux, qui me dit :
- Tu me donnes quelque chose à boire ?
- Mais ça te paraît le moment de venir demander à boire à quelqu’un en train de se pendre ? Nom de nom !
Je le regarde et il avait une mine de pauvre chrétien lui aussi et je regarde et il y en avait deux autres, eux aussi avec des mines de gens qui en ont vu de toutes les couleurs.
- Bon, je vous donne à boire, après je me pends.
Je vais leur chercher à boire, je les regarde bien :
- Plutôt que de boire, vous avez besoin de manger vous autres !Mais moi, ça fait bien des jours que je ne fais pas à manger…Mais il y a de quoi, si vous voulez.
J’ai attrapé un plat, je l’ai mis sur le feu, j’ai fait réchauffer des fèves, et je leur en ai donné, une assiette chacun, et ils mangeaient ! Et ils mangeaient ! Moi je n’avais pas envie de manger… « J’attends qu’ils mangent et après je me pends. » Et pendant qu’ils mangeaient, celui qui avait les grands yeux et qui avait vraiment l’air d’un pauvre chrétien, souriait et disait :
- Sale histoire que tu veuilles te pendre ! Je le sais bien, moi, pourquoi tu veux le faire. Tu as tout perdu, ta dignité, ta femme, tes enfants, et tu n’as plus que ta terre, bon, je le savais bien. Si j’étais toi je ne le ferais pas.
Et il mangeait ! Et il mangeait ! Et puis à la fin, il a tout posé sur la table et il a dit :
- Tu sais qui je suis ?
- Non ! Mais j’ai l’idée que tu es Jésus Christ.
- Bon ! Tu as deviné. Celui-ci c’est Pierre, et Marc c’est celui-là.
- Enchanté. Et qu’est-ce que vous faites ici ?
- Toi tu m’as donné de quoi manger, moi je vais te donner de quoi parler.
- De quoi parler ? Qu’est-ce que c’est que ça ?
- Mon pauvre garçon, c’était bien de défendre ta terre, de ne pas vouloir de patron, c’était bien d’ avoir la force de ne pas céder, c’était bien… Je veux ton bonheur, je veux que tu sois fort, bon ! Mais il te manque quelque chose qu’il faut que tu aies ; là et là (il montre son front et sa bouche. Ne reste pas accroupi sur la terre, va partout, et à ceux qui te jettent des pierres, parle-leur et dis-leur, fais leur comprendre, et arrange-toi pour que cette grosse vessie enflée qu’est ton parton, tu la perces avec ta langue et que tu en fasses sortir toute l’eau[…]Il faut que tu mettes les patrons en bouillie et les curés, et tous ceux qui vont partout, les notaires, les avocats, ceux qui vont partout. Pas pour tes biens à toi, pour ta terre, mais pour ceux qui sont comme toi, qui n’ont pas de terre qui n’ont rien, qui doivent seulement souffrir.
- Mais tu ne comprends pas ? Je ne suis pas capable. J’ai une langue qui ne veux pas bouger là-dedans, elle s’entortille toute seule et elle trébuche sur chaque mot…et je sais pas faire des phrases. […] Comment je ferais pour faire les choses que tu dis, pour aller parler partout avec des gens ?
- N’y pense plus car le miracle est en train d’avoir lieu.
Il m’a attrapé par la tignasse et puis il a dit :
«- Jésus Christ, c’est moi, qui suis venu à toi pour te donner la parole Et ta langue sera bien affilée et elle ira partout percer comme une lame les vessies à dégonfler, elle s’en prendra aux patrons et elle les mettra en bouillie, pour que les gens comprennent, pour que les gens apprennent, pour que les gens sachent comment faire. Car ce n’est que par le rire qu’on fait baisser culotte au patron[… Tiens, je te donne un baiser qui te fera parler.
Et il m’a baisé la bouche, longtemps il m’a baisé. ET d’u coup, j’au senti ma langue qui frétillais et se lançait partout, et ma cervelle qui se démenait, et toutes mes jambes qui marchaient toutes seules, et je suis allé au beau milieu de la place du village et j’ai crié :
- Venez les gens ! Venez ici ! C’est le jongleur. Je vous apprendrai à jouer, à jouter avec le patron.[…] Je vais vous parler de tout, comment ça vient, comment ça va et comment celui qui nous vole n’est pas le Bon Dieu ! C’est le viol qui commande et les lois dans les livres sont à eux. Il faut parler,parler …Ohé les gens ! Le patron il faut le mettre en bouillie ! en bouillie !
"
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