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 Sadegh Hedayat [Iran]

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MessageSujet: Sadegh Hedayat [Iran]   Dim 28 Sep 2008 - 20:58

Sadegh HEDAYAT
(Téhéran, 17/02/1903 - Paris, 09/04/1951)



Sadegh Hedayat est généralement considéré comme l'un des plus grands écrivains iraniens.
Il vient en France en 1926, pour ses études... et tente déjà de se suicider.
En 1930, il est de retour en Iran. Il occupe des emplois administratifs... rien de très intéressant.
1936 : voyage en Inde qui le marque fortement.
1944 : voyage en Ouzbekistan soviétique.

Sadegh espère des transformations politiques dans son pays à la suite de la guerre... il sera déçu.
"Il n'aspire plus dès lors qu'à lévasion, et quand la gloire vient enfin à lui, il la repousse : ses amis doivent lui arraches ses manuscrits et en surveiller eux-mêmes l'impression. Dans les derniers jours de 1950, enfin, son grand rêve se réalise. Il est à Paris. Il s'y retrouve avec transport, en baise les pierres, comme il le confie à un intime. Mais il a fixé son destin." (Roger Lescot, introduction à La Chouette aveugle, page 12).
Il se suicide au gaz.
"Edouard Saenger, un vieil ami qui l'avait aidé à emménager, l'a découvert étendu sur le carreau de la cuisine, dans une calme et presque souriant attitude, à côté des manuscrits brûlés de ses ultimes oeuvres."
"C'est un univers désespéré qu'il promène sur le monde. Cet univers aux lois impénétrables, mais absurdes et cruelles, s'il entr'ouvre parfois devant nous ses cercles les plus fantastiques, loin de nous offrir alors la promesse d'une destinée meilleure au delà de l'existence terrestre, nous apparaît toujours baignée de la même sinistre lumière. Rien à espérer de cette vie, rien non plus d'une autre." (Roger Lescot, pages 14-15).

De son vivant, il a été qualifié de pessimiste aristocratique par le parti communiste iranien. Apparemment, ce n'était pas un compliment.

Il est enterré au Père-Lachaise. Il y a une chouette gravée sur sa tombe.
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eXPie
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MessageSujet: Re: Sadegh Hedayat [Iran]   Dim 28 Sep 2008 - 20:59

La Chouette aveugle (Bouf-é-Kour, 1937. José Corti, 196 pages, 1953, traduit du Persan par Roger Lescot).
Ce roman est son oeuvre la plus connue. Elle a d'abord été publiée à Bombay en peu d'exemplaires. Sadegh Hedayat craignait les réactions à sa publication en Iran.
En 1941, les Alliés occupent l'Iran, et le roman est publié.
Les surréalistes (et Henry Miller, Roger Caillois entre autres) ont particulièrement apprécié ce roman lors de sa publication en français en 1953.

Le narrateur est malade et opiomane. Il livre un récit qui rappelle parfois les nouvelles fantastiques de Maupassant.

Le roman commence ainsi :
Citation :
"Il est des plaies qui, pareilles à la lèpre, rongent l'âme. Ce sont là des maux dont on ne peut s'ouvrir à personne." (page 23)
On voit rapidement les thèmes du livre : la misanthropie, la mort :
Citation :
"Je n'ai qu'une crainte, mourir demain, avant de m'être connu moi-même. En effet, la pratique de la vie m'a révélé le gouffre abyssal qui me sépare des autres : j'ai compris que je dois, autant que possible, me taire et garder pour moi ce que je pense. Si, maintenant, je me suis décidé à écrire, c'est uniquement pour me faire connaître de mon ombre - mon ombre qui se penche sur le mur, et qui semble dévorer les lignes que je trace. C'est pour elle que je veux tenter cette expérience, pour voir si nous pouvons mieux nous connaître l'un l'autre." (pages 24-25).
Le narrateur a rencontré une femme extraordinaire, aux "deux yeux immenses, étonnés, éclatants, aux profondeurs desquels ma vie se consumait lentement, douloureusement." (page 27).
Citation :
"Elle perdue, je me retirai tout à fait de la société des hommes, du cercle des crétins et des heureux. Je me réfugiai dans le vin et dans l'opium, afin d'oublier. Mes journées s'écoulaient, elles s'écoulent encore, entre les quatre murs de ma chambre. Ma vie entière s'est écoulée entre quatre murs." (page 27)

Il a une vision... une femme, au loin, à travers une lucarne... certains détails sont d'une netteté hallucinante, il n'est pas possible de voir ainsi à une telle distance. Un lien mystérieux lien semble s'être créé entre eux deux, comme la réminiscence d'une vie antérieure.
Citation :
"Alors je vis passer dans ses yeux immenses, dans ses yeux démesurés, dans ses yeux humides et brillants, pareils à des boules de diamant noir baignant dans un bain de larmes, toute la douloureuse aventure de ma vie. Dans ses yeux, ses yeux noirs, je trouvai l'éternelle et profonde nuit que je recherchais ; je me plongeai dans leurs ténèbres terribles et enchanteresses. Il me semblait qu'ils faisaient jaillir une immense vigueur des tréfonds de mon être. Le sol frémissait sous mes pieds, et j'aurais éprouvé à tomber un plaisir inexprimable." (page 44).
Est-ce ici la Femme, symbole de la Mort ? Rien n'est très clair... La chronologie se détraque, le monde se déforme, des personnages apparaissent et réapparaissent déformés, transformés, grotesques, ce sont les mêmes et en même temps pas tout à fait. Même le paysage est menaçant.
Citation :
"Autour de moi se déroulait un panorama tel que je n'en avais jamais vu, ni en rêve ni à l'état de veille ; de chaque côté du chemin, on apercevait des montagnes en dent de scie, des arbres bizarres, écrasés, maudits, entre lesquels apparaissaient des maisons grises, de forme triangulaire ou prismatique, avec de petites fenêtres sombres, dépourvues de vitres. Ces fenêtres ressemblaient aux yeux troubles de quelqu'un qui délire." (page 60).

Encore cette obsession pour les yeux et les fenêtres. Même les étoiles :
Citation :
"A travers les nuages, les étoiles contemplaient la terre, pareilles aux prunelles d'yeux brillants qui auraient émergé d'un sang noir et coagulé. [...] Les arbres tordus, avec leurs branches difformes, semblaient se tenir par la main, de peur de glisser dans l'obscurité et de tomber." (page 69).

La mort... le narrateur y pense beaucoup.
Citation :
"Une seule chose me faisait peur : l'idée que les atomes de ma chair se mêleraient à ceux de la canaille. Y songer m'était insupportable et je souhaitais disposer, une fois mort, de longues mains, munies de longs doigts sensibles, afin de pouvoir rassembler soigneusement tous mes atomes, les garder dans mes paumes fermées et empêcher ces fragments de mon être, mon bien exclusif, d'entrer dans les corps de la canaille. [...] L'espoir du néant, après la mort, restait mon unique consolation, tandis qu'au contraire l'idée d'une seconde vie m'effrayait et m'abattait. Pour moi qui n'étais pas encore parvenu à m'adapter à celui dans lequel je vivais, à quoi bon un autre monde ?" (pages 150-151)


Un roman très curieux, pas toujours très compréhensible, aux échos qui se démultiplient, aux détails qui reviennent mais un peu différemment... une sorte de cauchemar. Songe, réalité, vie antérieure, vie hypothétique où est-on ?

Ce roman a été adapté au cinéma plusieurs fois, notamment par Raoul Ruiz (1987).
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bix229
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MessageSujet: Sadegh Hedayat   Dim 28 Sep 2008 - 21:11

J'ai lu La Chouette aveugle dans le temps et l'impression qui me reste, c'est la morbidité, l'obsession constante de la mort, et c'est assez difficile à lire à cause de cela.

On comprend mieux pourquoi il s'est suicidé Hedayat, en lisant ce livre...
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eXPie
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MessageSujet: Re: Sadegh Hedayat [Iran]   Dim 28 Sep 2008 - 21:17

Exactement, Bix !

Mais je crois que tous ses écrits ne sont pas morbides comme celui-ci.
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Marko
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MessageSujet: Re: Sadegh Hedayat [Iran]   Lun 9 Nov 2009 - 23:19

Je voulais parler de Sadegh Hedayat et je me rends compte que ce fil existe déjà... Normal on est sur parfum! Very Happy

Je suis un inconditionnel d'Hedayat dont j'ai lu pratiquement tous les recueils de nouvelles (trouvables chez Corti en tout cas) et évidemment La chouette aveugle qui est un roman macabre et envoûtant dans un registre qui me rappelle davantage Poe ou de Kafka (dont il a traduit "La métamorphose") que Maupassant. Cette apparition spectrale est une sorte d'incarnation fantasmatique (les opiacés doivent aider) de l'esprit profondément dépressif du personnage. La mort ou une fascination morbide pour la mort qui l'attire comme un espoir de "révélation". Il montre qu'à travers sa contemplation il se sent plus proche des éléments et des vérités physiques, métaphysiques, spirituelles. Toute l'oeuvre d'Hedayat est marquée par une grande poésie surréaliste et un profond mal de vivre. Il s'est suicidé après avoir fait plusieurs tentatives dans sa vie. Son univers n'est pas sans rappeler celui d'un Henri Bosco qui pencherait davantage vers les ténèbres.

Il faut lire ses nouvelles qui valent les plus grandes nouvelles de la littérature fantastique. Notamment La citadelle maudite qui est magnifique.

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).


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coline
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MessageSujet: Re: Sadegh Hedayat [Iran]   Lun 9 Nov 2009 - 23:21

Marko a écrit:
roman macabre ...apparition spectrale ...esprit profondément dépressif du personnage... La mort ou une fascination morbide pour la mort ...un profond mal de vivre. Il s'est suicidé après avoir fait plusieurs tentatives dans sa vie. Son univers n'est pas sans rappeler celui d'un Henri Bosco qui pencherait davantage vers les ténèbres.



Euh...Pas bien envie... content


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Marko
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MessageSujet: Re: Sadegh Hedayat [Iran]   Lun 9 Nov 2009 - 23:23

coline a écrit:
Euh...Pas bien envie... content

Bien dommage! L'écriture est formidable. Beaucoup le considèrent comme un des plus grands écrivains iraniens.

_________________
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coline
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MessageSujet: Re: Sadegh Hedayat [Iran]   Lun 9 Nov 2009 - 23:25

Marko a écrit:
coline a écrit:
Euh...Pas bien envie... content

Bien dommage! L'écriture est formidable. Beaucoup le considèrent comme un des plus grands écrivains iraniens.

Je n'en doute pas mais l'univers me semble trop sombre pour que je m'y trouve bien...
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Marko
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MessageSujet: Re: Sadegh Hedayat [Iran]   Lun 9 Nov 2009 - 23:35

J'aime en particulier ce recueil, L'abîme et autres récits, dont la nouvelle La Chambre noire annonce un peu l'atmosphère et les thématiques de "La chouette aveugle".


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chrisdusud
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MessageSujet: Re: Sadegh Hedayat [Iran]   Mar 8 Déc 2009 - 22:11

La chouette aveugle fait partie de mes prochaines lectures.
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MessageSujet: Re: Sadegh Hedayat [Iran]   Sam 12 Déc 2009 - 16:07

Je me suis procuré:



Tombeau de Sadegh Hedayat de Youssef Ishaghpour.

J'aime beaucoup les écrits de Youssef Ishagpour, philosophe et sociologue d'art sous toutes ses formes et notamment du cinéma. Ici il propose un essai sur l'oeuvre de Sadegh Hedayat et une analyse du symbolisme de La chouettte aveugle. Comme en plus il écrit remarquablement bien, je devrais me régaler...

Ishagpour a écrit des essais passionnants sur Ozu, Satyajit Ray, Kiarostami, Welles, Visconti... Et en peinture sur Rothko, Courbet, Tapies, Seurat, Nicolas de Staël, Poussin... Il faudrait lui faire un fil.

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MessageSujet: Re: Sadegh Hedayat [Iran]   Jeu 5 Aoû 2010 - 12:53

Relecture du recueil L'abîme


C'est dans le noir de la nuit que chaque vie, chaque chose ordinaire prend un air mystérieux, que toutes les peurs ignorées se réveillent. Dans l'obscurité, on dort mais on attend. On est soi-même réveillé et c'est alors que commence l'existence réelle. On n'a pas besoin de viles nécessités de la vie et on parcourt les étapes spirituelles. On se souvient de choses dont on ne s'était jamais aperçu....
La chambre noire

5 nouvelles où se cotoient la misanthropie, la jalousie, le dégoût de la vie, la fascination pour la mort et la nuit, l'incommunicabilité entre l'homme et la femme, le suicide...

La chambre noire


Un hôte mystérieux acceuille un voyageur durant la nuit dans une maison isolée dont la pièce la plus reculée est une sorte de matrice cylindrique à la lumière rouge sang. Cet homme confie son détachement progressif du monde et cette nouvelle est une sorte de confession d'Hedayat où s'expriment son attrait pour la contemplation morbide du vide existentiel, son dégoût de la vie en société, du travail, de l'aveuglement face à la lumière artificielle de la vie.

Je voulais m'engloutir dans un trou comme les bêtes en hiver, je voulais me plonger dans ma propre obscurité et me développer en moi-même. De même que dans une chambre noire, la photo apparait sur un verre, de même, ce qui, dans l'homme, est délicat et caché, étouffe et meurt à cause des efforts de la vie, du tapage et de la lumière. ça ne lui revient que dans le noir et le silence. Cette obscurité était en moi et j'essayais en vain de la détruire. Mon seul regret est d'avoir obéi pour rien, pendant quelques temps, aux autres. Maintenant, je m'aperçois que la partie la plus précieuse de ma vie a été cette obscurité et ce silence mêmes. Cette obscurité est dans la nature de tout être vivant (...) mais, les hommes essayent toujours de fuir cette obscurité, cette solitude; ils essayent de fermer les oreilles à la voix de la mort et de détruire leur personnalité dans le tumulte et le tapage de la vie, de peur que "la lumière de la vérité apparaisse en eux", comme disent les soufis.

Derrière le rideau


Un jeune étudiant timide et frustré, est partagé entre sa fiancée et sa fascination trouble pour un mannequin inanimé aperçu dans une vitrine puis acheté pour être caché derrière un rideau.

Il se demandait à laquelle renoncer. L'attente et l'insistance de sa fiancée avaient provoqué en lui un sentiment d'admiration et de rancune. D'une part, cette statue froide qui avait perdu ses couleurs, avec sa robe pâle, celle qui était l'expérience de sa jeunesse et de son amour, la représentante de son malheur: il y avait cinq ans qu'elle trompait les sentiments et les désirs de Mehrdâd par sa forme chimérique!


L'abîme


Le suicide d'un ami fidèle et les conditions de son héritage plongent le narrateur dans un abîme existentiel et une jalousie pathologique envers sa femme dont il se persuade qu'elle avait une liaison avec cet homme. Comment transformer la réalité à l'image de son fantasme jusqu'à ne voir dans son épouse que mystère et incompréhension jusqu'au dégoût.

Pour la première fois, il sentit qu'il y avait, entre lui et tous ceux qui l'entouraient, un abîme terrifiant dont il n'avait pas eu concience jusque là.

Les masques


Un homme qui ne comprend pas la femme qu'il aime et la suspecte d'infidélité parviendra seulement à communiquer sincèrement avec elle à travers leurs masques respectifs au cours d'un bal déguisé. Un espoir enfin possible à moins que le destin ne s'en mêle...

- Ah, les hommes! Qu'ils sont jaloux et vaniteux!
- Et les femmes, elles sont menteuses et hypocrites!



Le miroir brisé


Un homme incapable de décrypter les signes d'affection de la femme qu'il désire et qui se rendra compte un peu tard de ce qu'il a manqué.

Je verrai l'eau bleue de la mer. Cette eau lave tous les malheurs; à chaque instant, elle change de couleur et avec ses murmures tristes et enchanteurs,elle se jette sur la côte sablonneuse. Elle mousse, le sable goûte l'écume et l'avale. Et puis, ces mêmes vagues emportent mes dernières pensées avec elles: avec son sourire, la mort attire celui à qui elle sourit.

L'aveuglement de ces personnages semble d'abord exagéré et une pure convention scénaristique pour des histoires plus ou moins prévisibles mais peu à peu ces récits décantent et laissent une trace vénéneuse et durable dans la mémoire. Comme un sortilège. A lire évidemment!



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shanidar
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MessageSujet: Re: Sadegh Hedayat [Iran]   Jeu 1 Aoû 2013 - 18:17

La chouette aveugle

J'ai eu un mal fou à me concentrer pour entrer dans ce livre et même pour y rester. Je l'ai donc lu par toute petite portion pour arriver à comprendre les mots écrits, à donner du sens aux phrases et à ne pas survoler une lecture qui ne le mérite pas.
Hedayat fait la description d'un homme désespéré, opiomane et buveur, obsédé par la présence-absence d'une femme qui est à la fois la sienne et une autre.
On devine pourquoi André Breton a tant aimé ce livre.
J'ai quant à moi passé plus de temps à lutter pour garder mon esprit éveillé qu'à savourer la prose d'Hedayat...
Je crois que le côté (très moderne pour un livre publié en 1946) cutting et sample avec de nombreuses répétitions de séquences a en partie hypnotiser ma lecture et l'a rendue comme entre veille et sommeil, comme si j'avais fumé ou bu à trop fortes doses, comme si le personnage me refilait sa névrose !

bix parle de la morbidité du texte, je l'ai ressenti plutôt macabre (avec l'image tellement galvaudée aujourd'hui de la lame du couteau pénétrant la femme désirée...), comme une mise en scène noire de ce que vit un homme éperdu, brisé, absent à lui-même et aux autres et au bord de l'abîme (la mort ou la folie).

Je pense que je vais tenter un autre livre de cet auteur pour savoir si j'éprouve cette même sensation de somnambule éprouvée pendant cette lecture...

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MessageSujet: Re: Sadegh Hedayat [Iran]   Lun 2 Mar 2015 - 12:59

Sadegh Hedayat est le fil conducteur du dernier ouvrage de Pedro Kadivar que je viens de me procurer : Petit  Livre des Migrations
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MessageSujet: Re: Sadegh Hedayat [Iran]   Lun 2 Mar 2015 - 14:57

shanidar a écrit:
La chouette aveugle

J'ai eu un mal fou à me concentrer pour entrer dans ce livre et même pour y rester. Je l'ai donc lu par toute petite portion pour arriver à comprendre les mots écrits, à donner du sens aux phrases et à ne pas survoler une lecture qui ne le mérite pas.
séquences a en partie hypnotiser ma lecture et l'a rendue comme entre veille et sommeil, comme si j'avais fumé ou bu à trop fortes doses, comme si le personnage me refilait sa névrose !


Comme si tu vivais son addiction à l'opium?? Cool

En lire des petits bouts quand tu sens que c'est une lecture qui en vaut quand même le coup, est plutôt une bonne solution. Bonne chance avec le prochain!

_________________
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MessageSujet: Re: Sadegh Hedayat [Iran]   

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Sadegh Hedayat [Iran]
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