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 Fernando Pessoa

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Esperluette
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MessageSujet: Re: Fernando Pessoa   Jeu 4 Juil 2013 - 18:54

Belle et terrible question, Jack-Hubert!
Je reviens plus tard pour te donner mon sentiment.

Bel exercice de traduction de la part de Coline. bravo 
Quel talent!
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coline
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MessageSujet: Re: Fernando Pessoa   Jeu 4 Juil 2013 - 19:28

Esperluette a écrit:


Bel exercice de traduction de la part de Coline. bravo 
Quel talent!

Ouhla...Cela m'a amusée plutôt!Embarassed 
Je n'ai que deux ans d'études du Portugais et c'est loin...mais j'aime les langues et traduire ce texte n'était pas très difficile car la langue d' Alberto Caiero (hétéronyme sous lequel Pessoa a écrit Le gardeur de troupeaux) est toute simple.
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Esperluette
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MessageSujet: Re: Fernando Pessoa   Ven 5 Juil 2013 - 0:22

Oui, on sent bien ton amour des mots, Coline, mais parfois, la simplicité peut se révéler complexe à traduire. Wink

Je préfère la version de Gallimard même si traduire n'est pas chose aisée. Je reste étonnée par les différences quand même et me dis qu'il faut être un familier de l'auteur pour saisir toutes les nuances de sa pensée.

Et toi Jack-Hubert, quelle version préfères-tu?
Pourquoi voulais-tu avoir notre sentiment?

dentsblanches 
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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Fernando Pessoa   Ven 5 Juil 2013 - 8:28

Esperluette a écrit:
Oui, on sent bien ton amour des mots, Coline, mais parfois, la simplicité peut se révéler complexe à traduire. Wink

Je préfère la version de Gallimard même si traduire n'est pas chose aisée. Je reste étonnée par les différences quand même et me dis qu'il faut être un familier de l'auteur pour saisir toutes les nuances de sa pensée.

Et toi Jack-Hubert, quelle version préfères-tu?
Pourquoi voulais-tu avoir notre sentiment?

dentsblanches 

J'ai pris connaissance du poème dont il est question dans Poèmes païens. Après deux ou trois lectures et une journée plus tard, le réflexe m'est venu de vérifier dans quel recueil ce poème se trouvait. Je me suis posé la question, car il y avait certaines tournures de vers qui me chicotaient dans la traduction. Je suis moi-même un amoureux des langues et je m'intéresse de près à l'écart entre le français et l'anglais. Je trouvais que la version de Poèmes païens avait des expressions calquées de l'anglais, simple intuition de ma part.

En lisant la version de Gallimard, j'ai trouvé les choix de mots plus judicieux. Par contre, d'une ligne à l'autre, les deux versions peuvent se valoir. Pour ma part, Gallimard obtient une note légèrement supérieure pour son effort de traduction du poème. Merci Coline pour t'être prêtée au jeu et comparer les versions successives.

Plusieurs têtes valent mieux qu'une pour jauger la valeur d'une traduction... quand nous employons la tournure «ainsi» et «lever du vent», nous entrons dans le ton du poème. Ça m'intéresse toujours de savoir ce que des personnes sensibles à la poésie pourraient considérer comme critères pour définir la qualité d'une traduction. Ainsi, Esperluette, tu soulèves le point important d'être familier avec la façon de penser de l'auteur. Ça, c'est un gros point.

_________________
«L'amplitude des contradictions à l'intérieur d'une pensée constitue un critère de grandeur.»
De Gaulle, citant Nietzsche

Dixit celui qui écrivait plus vite que son ombre.
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coline
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MessageSujet: Re: Fernando Pessoa   Ven 5 Juil 2013 - 11:55

Selon nos trois avis, le traducteur de Gallimard, Armand Guibert, l'emporte haut la main!Very Happy  
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Esperluette
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MessageSujet: Re: Fernando Pessoa   Ven 5 Juil 2013 - 14:42

jack-hubert bukowski a écrit:
Esperluette a écrit:
Oui, on sent bien ton amour des mots, Coline, mais parfois, la simplicité peut se révéler complexe à traduire. Wink

Je préfère la version de Gallimard même si traduire n'est pas chose aisée. Je reste étonnée par les différences quand même et me dis qu'il faut être un familier de l'auteur pour saisir toutes les nuances de sa pensée.

Et toi Jack-Hubert, quelle version préfères-tu?
Pourquoi voulais-tu avoir notre sentiment?

dentsblanches 

J'ai pris connaissance du poème dont il est question dans Poèmes païens. Après deux ou trois lectures et une journée plus tard, le réflexe m'est venu de vérifier dans quel recueil ce poème se trouvait. Je me suis posé la question, car il y avait certaines tournures de vers qui me chicotaient dans la traduction. Je suis moi-même un amoureux des langues et je m'intéresse de près à l'écart entre le français et l'anglais. Je trouvais que la version de Poèmes païens avait des expressions calquées de l'anglais, simple intuition de ma part.

En lisant la version de Gallimard, j'ai trouvé les choix de mots plus judicieux. Par contre, d'une ligne à l'autre, les deux versions peuvent se valoir. Pour ma part, Gallimard obtient une note légèrement supérieure pour son effort de traduction du poème. Merci Coline pour t'être prêtée au jeu et comparer les versions successives.

Plusieurs têtes valent mieux qu'une pour jauger la valeur d'une traduction... quand nous employons la tournure «ainsi» et «lever du vent», nous entrons dans le ton du poème. Ça m'intéresse toujours de savoir ce que des personnes sensibles à la poésie pourraient considérer comme critères pour définir la qualité d'une traduction. Ainsi, Esperluette, tu soulèves le point important d'être familier avec la façon de penser de l'auteur. Ça, c'est un gros point.

Je serais une traductrice très malheureuse je crois, tant la pensée d'un auteur est subjective et délicate à retranscrire. J'admire leur travail quand il est de qualité. Et c'est toujours bien que des tournures te "chicotent" l'esprit (j'adore ce verbe, très imagé). Ton intuition est infaillible, on dirait!

Je vais même soulever un autre point l'interprétation d'un texte, d'un poème. Les auteurs ont parfaitement conscience qu'ils doivent faire le deuil de leurs mots, une fois que ceux-ci sont imprimés sur papier. Ils sont alors livrer à la sensibilité des lecteurs et je m'interroge toujours sur le retour qu'ils peuvent avoir. Ils doivent parfois tomber de haut, être amusé de la lecture, de l'appropriation de leurs pensées par d'autres.
Mais nous aurions pu avoir un avis différent aussi. Wink



coline a écrit:
Selon nos trois avis, le traducteur de Gallimard, Armand Guibert,  l'emporte haut la main!Very Happy  

Qu'en déduire? Qu'un texte perd son âme lorsqu'il est traduit?
D'ailleurs, il serait intéressant de se pencher sur cette question. Certains auteurs ont eu à se plaindre. Sujet très sensible, complexe mais passionnant.
sourire 
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coline
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MessageSujet: Re: Fernando Pessoa   Ven 5 Juil 2013 - 16:04

Esperluette a écrit:


coline a écrit:
Selon nos trois avis, le traducteur de Gallimard, Armand Guibert,  l'emporte haut la main!Very Happy  

Qu'en déduire? Qu'un texte perd son âme lorsqu'il est traduit?
sourire 

Ma conclusion serait plutôt qu'implicitement nous l'avons ressenti comme plus en accord avec le texte d'origine.
Quand j'ai le bonheur de pouvoir comparer un original avec sa traduction, cela m'agace prodigieusement qu'un traducteur veuille ajouter trop visiblement sa touche personnelle.
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MessageSujet: Re: Fernando Pessoa   Ven 5 Juil 2013 - 17:23

coline a écrit:
Esperluette a écrit:


coline a écrit:
Selon nos trois avis, le traducteur de Gallimard, Armand Guibert,  l'emporte haut la main!Very Happy  

Qu'en déduire? Qu'un texte perd son âme lorsqu'il est traduit?
sourire 

Ma conclusion serait plutôt qu'implicitement nous l'avons ressenti comme  plus en accord avec le texte d'origine.
Quand j'ai le bonheur de pouvoir comparer un original avec sa traduction, cela m'agace prodigieusement qu'un traducteur veuille ajouter trop visiblement sa touche personnelle.

Oui, nos sensibilités semblent unanimes et se sont retrouvées dans cette traduction.
Je comprends bien ton agacement et le partage. Je me souviens de Simone de Beauvoir qui écrivais à son Tendre Crocodile qu'elle et Boris Vian s'arrachaient les cheveux pour le traduire correctement. Alors, j'image sans peine le travail que cela demande.

Pour le plaisir :

XIII

Léger, léger, très léger.
un vent très léger passe
et s'en va, toujours très léger;
je ne sais, moi, ce que je pense
ni ne cherche à le savoir.


Pessoa, Le Gardeur de troupeaux, Poésie/Gallimard, p.61
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MessageSujet: Re: Fernando Pessoa   Ven 5 Juil 2013 - 21:12

Esperluette a écrit:


Pour le plaisir :

XIII

Léger, léger, très léger.
un vent très léger passe
et s'en va, toujours très léger;
je ne sais, moi, ce que je pense
ni ne cherche à le savoir.


Pessoa, Le Gardeur de troupeaux, Poésie/Gallimard, p.61

Um Vento Muito Leve Passa

Leve, leve, muito leve,
Um vento muito leve passa,
E vai-se, sempre muito leve.
E eu não sei o que penso
Nem procuro sabê-lo.


Alberto Caeiro, in "O Guardador de Rebanhos - Poema XIII"
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Esperluette
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MessageSujet: Re: Fernando Pessoa   Ven 5 Juil 2013 - 22:11

coline a écrit:
Esperluette a écrit:


Pour le plaisir :

XIII

Léger, léger, très léger.
un vent très léger passe
et s'en va, toujours très léger;
je ne sais, moi, ce que je pense
ni ne cherche à le savoir.


Pessoa, Le Gardeur de troupeaux, Poésie/Gallimard, p.61

Um Vento Muito Leve Passa

Leve, leve, muito leve,
Um vento muito leve passa,
E vai-se, sempre muito leve.
E eu não sei o que penso
Nem procuro sabê-lo.


Alberto Caeiro, in "O Guardador de Rebanhos - Poema XIII"

Oh chouette, à le lire ainsi par touche, j'ai l'impression de sentir son souffle! Merci Coline. C'est agréable d'avoir le texte original à côté!
Wink
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MessageSujet: Re: Fernando Pessoa   Ven 5 Juil 2013 - 22:57

Esperluette a écrit:
coline a écrit:
Esperluette a écrit:


Pour le plaisir :

XIII

Léger, léger, très léger.
un vent très léger passe
et s'en va, toujours très léger;
je ne sais, moi, ce que je pense
ni ne cherche à le savoir.


Pessoa, Le Gardeur de troupeaux, Poésie/Gallimard, p.61

Um Vento Muito Leve Passa

Leve, leve, muito leve,
Um vento muito leve passa,
E vai-se, sempre muito leve.
E eu não sei o que penso
Nem procuro sabê-lo.


Alberto Caeiro, in "O Guardador de Rebanhos - Poema XIII"

Oh chouette, à le lire ainsi par touche, j'ai l'impression de sentir son souffle! Merci Coline. C'est agréable d'avoir le texte original à côté!
Wink

Wink 
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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Fernando Pessoa   Mer 10 Juil 2013 - 9:37

Si vous êtes des amateurs de Fernando Pessoa et que vous cherchez un auteur qui évoque le sujet dans un roman, ne cherchez pas plus loin : André Major traite de Fernando Pessoa dans À quoi ça rime? qui vient de sortir il n'y a pas si longtemps au Québec...


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MessageSujet: Re: Fernando Pessoa   Dim 20 Avr 2014 - 19:39


Le pélerin.


Tout commence merveilleusement.
Un type qui vit tranquillement, dans une sorte de torpeur naïve, a soudain un choc. Un homme de noir vêtu (la Mort prophétique ?) passe devant chez lui, et lui dit quelque chose (dont le narrateur n'arrive pas à se souvenir avant un moment).

A partir de là, le monde du narrateur devient vraiment angoissant. Il se rend compte que la Vie est un Mystère Absolu et flippant. Et qu'au milieu de ce Mystère, lui-même ne sait au fond pas qui il est vraiment.

Alors, il prend la route.

Écriture douce, serrée, phrases qui se laissent déguster, à apprivoiser parfois. Qui tourne en rond, en spirale. Qui délie les mots, comme pour en aspirer toute l'essence.

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MessageSujet: Re: Fernando Pessoa   Mer 30 Avr 2014 - 14:03

Le gardeur de troupeaux d’Alberto Caeiro et Poésies d’Alvaro de Campos (1946)




Alberto Caeiro garde les troupeaux mais ne garde pas les mots auxquels il accorde une liberté mélodique indéfinissable, qui s’écarte de la simple prose poétique par le rythme saccadé qu’il impose à ses rêveries pragmatiques. Basculant sans cesse entre panthéisme et froide vision rationnelle des phénomènes poétiques de l’existence, les mots desservent sa sensibilité mais permettent d’accéder à un paysage intérieur infini. Entre exaltation céleste et brusque chute terrestre, Alberto Caiero se sent menacé par une tragédie intérieure qui ne surviendra peut-être jamais. Alberto Caeiro, attaché à une terre et aux sensations qu’elle lui procure, se force à rester intègre et à balayer les velléités poétiques qui menacent de le faire plonger dans la folie sensible.

« Nous avons tous deux vies :
la vraie, celle que nous avons rêvée dans notre enfance, et que nous continuons à rêver, adultes, sur un fond de brouillard ;
la fausse, celle que nous vivons dans nos rapports avec les autres,
qui est la pratique, l'utile,
celle où l'on finit par nous mettre au cercueil. »



Alvaro de Campos garde les poésies d’Alberto Caeiro. Pendant ce temps, il compose d’autres poèmes. On peut leur trouver une affiliation directe : lorsque le premier maîtrisait sans cesse ses penchants destructeurs pour les convertir en une vision unifiée et indifférente de l’univers, le second convertit cette même unité en un désespoir intérieur qui dépasse les limites de son être. On croirait entendre hurler Emil Cioran : « Ah ! comment renverser un jour cet univers dans un frémissement universel ! » -et la même ironie lucide, le même désabusement amusé, ponctuent ces poésies et les rendent à leur juste place, à la valeur de rien.

« Moi qui, véloce, vorace, glouton de l’énergie abstraite,
Voudrais manger, boire, égratigner et écorcher le monde,
Moi à qui suffirait de fouler l’univers aux pieds,
De le fouler, le fouler, le fouler jusqu’à l’insensibilité…
Je sens, moi, que tout ce que j’ai désiré est resté en deçà de mon imagination,
Que tout s’est dérobé à moi, bien que j’aie tout désiré. »



Le rythme encore rend la parole abrupte et directe, rendant presque suffocante la lecture de quelques poèmes-fleuves au titre desquels il faut relever un « Bureau de tabac » aux faux airs inoffensifs.


Qui garde ces deux grands poètes ? Fernando Pessoa, à peine cité dans une note en astérisque, surveille discrètement ces hommes déchaînés, d’une vigueur au moins synesthésique et sensuelle, si  elle ne parvient pas totalement à être physique. Fernando Pessoa n’est pas grand-chose lui non plus, mais comme Alberto Caeiro et Alvaro de Campos, il sait qu’il peut être beaucoup plus –et son silence modeste fait surgir la puissance de cette synergie d’âmes qui cohabitent en lui.

Lire "Le Bureau de tabac"




Le Gardeur de troupeaux

« j'entends passer le vent,
et je trouve que rien que pour entendre passer le vent, il vaut la peine d'être né. »



Poèmes désassemblés

« Si les choses étaient différentes, elles seraient différentes, voilà tout.
Si les choses étaient selon ton cœur, elles seraient selon ton cœur.
Malheur à toi et à tous ceux qui passent leur existence
A vouloir inventer la machine à faire du bonheur ! »

« Le type qui prêche ses vérités à lui
Est encore venu hier me parler.
Il m’a parlé de la souffrance des classes laborieuses
(non des êtres qui souffrent, tout bien compté les vrais souffrants).
Il parla de l’injustice qui fait que les uns ont de l’argent,
Ou faim du dessert d’autrui, je ne saurais dire,
Il parla de tout ce qui pouvait le mettre en colère.

Comme il doit être heureux, celui qui peut penser au malheur des autres !
Et combien stupide, s’il ignore que le malheur des autres n’est qu’à eux,
Et ne se guérit pas du dehors […].

Le fait de l’injustice est comme le fait de la mort.
Pour moi, je ne ferais pas un pas afin de modifier
Ce qu’on appelle l’injustice du monde.
Mille pas que je ferais à cet effet,
Cela ne ferait que mille pas de plus.
J’accepte l’injustice comme j’accepte qu’une pierre ne soit pas ronde […].

J’ai coupé l’orange en deux, et les deux parties ne pouvaient être égales ;
Pour laquelle ai-je été injuste –moi qui vais les manger toutes les deux ? »




Poésies d'Alvaro de Campos


« J’ai tout vu, et de tout je me suis émerveillé,
Mais ce tout ou bien fut en excès ou bien ne suffit pas, je ne saurais le dire –et j’ai souffert.
J’ai vécu toutes les émotions, toutes les pensées, tous les gestes,
Et il m’en est resté une tristesse comme si j’avais voulu les vivre sans y parvenir.
J’ai aimé et haï comme tout le monde,
Mais pour tout le monde cela a été normal et instinctif,
Et pour moi ce fut toujours l’exception, le choc, la soupape, le spasme. »


Poésies d'Alvaro de Campos

« Moi qui, véloce, vorace, glouton de l’énergie abstraite,
Voudrais manger, boire, égratigner et écorcher le monde,
Moi à qui suffirait de fouler l’univers aux pieds,
De le fouler, le fouler, le fouler jusqu’à l’insensibilité…
Je sens, moi, que tout ce que j’ai désiré est resté en deçà de mon imagination,
Que tout s’est dérobé à moi, bien que j’aie tout désiré. »


*peintures d'Andrew Wyeth

_________________

J’ai presque vingt ans ! Me voici à la fin de ma vie, et je n’ai rien accompli !
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MessageSujet: Re: Fernando Pessoa   Mer 30 Avr 2014 - 16:00

Merci Coli ! Je recommande ce recueil de poésies qui fait le tour des  hétéronymes de Pessoa.
La présentation est claire et agréable et le livre bien annoté.

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L' imagination est l' histoire vraie du monde.
Roberto Juarroz
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