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 Edgar Lawrence Doctorow

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Marie
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MessageSujet: Edgar Lawrence Doctorow   Lun 20 Oct 2008 - 1:34



Edgar Laurence Doctorow est un romancier américain, né le 6 janvier 1931 à New York;
Le Livre de Daniel ( 1980) le propulse au premier rang des grands écrivains américains. Inspiré de la vie des Rosenberg et de leurs enfants, il sera adapté au cinéma en 1983 par Sidney Lumet. En 1975 parait Ragtime, son plus grand succès. Le roman sera lui aussi adapté à l'écran par Milos Forman en 1981, ainsi que Billy Bathgate par Robert Benton en 1991.

Le lien wikipedia ici

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Marie
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MessageSujet: Re: Edgar Lawrence Doctorow   Lun 20 Oct 2008 - 4:54

La marche
traduit de l'anglais ( Etats-Unis) par Jacqueline Huet Et Jean Pierre Carasso
Editions de l'Olivier

Le terrain devint marécageux. Il était dans un épais rideau d'arbres. Il entendit alors une fusillade, choisit un grand arbre, se hissa à la naissance de la branche la plus basse, balança les jambes par dessus et s'y assit à califourchon, scrutant les alentours à travers la fumée, entendant les bruits qui provenaient du coeur même de la bataille: hurlements et grognements des hommes, ricochets métalliques des balles sur les rondins et les pierres. Et il pouvait réellement sentir des vagues de chaleur montant de la masse des armes qui faisaient feu. La guerre changeait le temps qu'il faisait, elle blanchissait le jour- une fumée âcre passait près de lui telles les âmes des morts se hâtant vers le paradis. Ce fut seulement avec une soudaine déchirure dans l'atmosphère épaissie qu'il se rendit compte qu'il avait mal estimé sa position et ne se trouvait pas dansla relation qu'il avait imaginée avec l'action. La guerre était venue à lui. Des rangées d'hommes s'affrontaient au corps à corps en dessous de lui, luttaient enlacés et roulaient sur le sol, se battaient au poignard, à la baïonnette, faisaient tournoyer des fusils au dessus de leurs têtes, le désespoir leur arrachant un concert de sons montant des profondeurs de leur être comme les accords d'un orgue d'église. Il n'avait jamais approché la guerre de plus près qu'à cet instant et tout son savoir- faire de reporter, toutes ses facultés d'observation furent ramenés à la seule vision terrifiante d'une explosion antédiluvienne. Ce n'était pas une guerre pour l'aventure ni pour une cause solennelle. C'était la guerre dans ce qu'elle avait de plus pur, une rage de masse insensée coupée de toute cause, de tout idéal ,de tout principe moral. C'était comme si Dieu avait décrété que cette mêlée informe et enchevêtrée de forces décérébrées était sa réponse à la présomption des hommes. et puis toute réflexion devint impossible car Pryce entendit le hideux sifflement d'un boulet de canon et quand il se plaqua les mains sur les oreilles, il prit conscience,à peine un instant, de l'arbre fracassé qui s'abattait sur lui pour l'écraser.

La Guerre de Sécession.. La guerre la plus meurtrière qu'ait connu les Etats-Unis. 620 000 soldats, et un nombre indéterminés de victimes civiles. Une véritable boucherie.
L'épisode évoqué dans ce roman ,La marche ,c'est la "marche vers la mer" ou campagne de Savannah, c'est à dire l'avancée des armées de l'Union à travers le Sud , en 1864, commandées par le général Sherman.



Et un lien

ici

Ces troupes ont pris Atlanta et, en libérant les esclaves des villes traversées, marchent sur Savannah en dévastant tout sur leur passage. Ces villes évoquent d'Autant en emporte le vent, mais il manque Rhett Butler et Scarlett!
A leur place, dans ce roman commencé par Doctorow après le début de la guerre en Irak, la lente avancée de 60 000 combattants épuisés, suivis de la population noire de Georgie. Et au milieu, des personnages, comme Emily ,dont la plantation a été brûlée et qui devient infirmière à côté d'un étrange chirurgien d'origine allemande, génie de la chirurgie de guerre et qui ampute plus vite que son ombre, des enfants, nombreux, sortis d'on ne sait où, isolés et qui s'accrochent à n'importe qui pour être nourris,
un photographe amateur, presque aveugle , qui grave pour l'éternité vivants et morts.



Et puis Pearl, le personnage lumineux, Pearl la négresse blanche, née du viol d'une esclave par un planteur. Pearl qui prend soin de Mattie, la maîtresse qui la possédait il y a peu et qui a perdu l'esprit à force de chercher parmi les morts les cadavres de ses fils.
C'est un beau roman pas exactement historique, mais utilisant l'histoire pour faire le portrait d'une foule de personnages qui s'entrecroisent , avec des changements de registre, de langages. Un roman houleux et dur sur la guerre vue par ceux qui la vivent, en meurent mais aussi ceux qui en vivent et en profitent. La vraie guerre..

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kenavo
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MessageSujet: Re: Edgar Lawrence Doctorow   Lun 28 Mar 2011 - 14:27

J'ai vu le film, il y a des années.. et du coup jamais lu le livre, ce qui était une faute, je le réalise en ce moment
Commencé à lire Ragtime et c'est un tourne-page, trop bon

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topocl
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MessageSujet: Re: Edgar Lawrence Doctorow   Lun 28 Mar 2011 - 17:30

je l'avais repéré depuis longtemps. ce commentaire lui fait gagner plein de places dans la PAL.
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MessageSujet: Re: Edgar Lawrence Doctorow   Lun 28 Mar 2011 - 20:05

J' ai lu ce lire, je l' ai apprécié et je n' en ai pas parlé !

Parfois je me demande où je suis et meme si je suis...
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Madame B.
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MessageSujet: Re: Edgar Lawrence Doctorow   Lun 28 Mar 2011 - 21:00

Je garde un excellent souvenir de Ragtime. C'est un livre passionnant.
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topocl
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MessageSujet: Re: Edgar Lawrence Doctorow   Ven 15 Avr 2011 - 10:51

Dans la marche, cette réflexion sur la guerre :
« Quel enfer était-ce là ? Certainement pas l’enfer bien rangé des curés et des bonnes sœurs. Leur enfer était réconfortant. Il signifiait qu’il y avait un paradis. Cet enfer-ci, mon enfer à moi, n’a pas de fonction. C’est la vie quand elle ne peut plus se tolérer elle-même. »
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MessageSujet: Re: Edgar Lawrence Doctorow   Ven 15 Avr 2011 - 18:18

J'avais lu Billy Bathgate il y a des années et j'en garde un bon souvenir, en tous les cas, le souvenir d'un livre bien écrit et efficace.

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kenavo
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MessageSujet: Re: Edgar Lawrence Doctorow   Mer 11 Avr 2012 - 10:33

/
Homer & Langley
Citation :
Présentation de l'éditeur
Reclus dans leur maison de la 5e Avenue depuis la disparition de leurs parents en 1918, deux frères aussi cultivés qu’excentriques traversent le siècle en assumant une ardente vocation d’ermites, que viennent, à leur grand dam, mettre à mal deux guerres mondiales et de perturbantes irruptions, dans leur solitude, des multiples acteurs de la comédie humaine dont New-York est le théâtre – avec ses immigrants, ses prostituées, ses gangsters et autres musiciens de jazz.
Pianiste aveugle passionné de musique classique, grand amateur de femmes, Homer est à peine plus raisonnable que son frère Langley, esprit rebelle et farfelu, friand d’objets en tout genre – pianos, grille-pain, phonographes, machines à écrire, masques à gaz – qu’il amasse par dizaines au gré de ses lubies, allant même un jour jusqu’à assembler une Ford T dans leur salle à manger… Soucieux de découvrir, en toute chose, son expression ultime, Langley, par ailleurs, classe et archive méthodiquement la presse quotidienne dans l’obsessionnel dessein de créer un journal au numéro unique, éternellement d’actualité, où se trouverait compilée la quintessence même de la vie.
Inspiré d’une histoire vraie – celle des frères Collyer, collectionneurs compulsifs retrouvés morts en 1947, ensevelis sous des piles de journaux et de livres –, ce roman drolatique, pétri d’humanité et porté par deux personnages dont la loufoquerie le dispute à l’humour, narre, à sa façon jubilatoire, l’épopée du matérialisme et de la solitude made in USA.

Après ma lecture enthousiaste l’année dernière de Ragtime, j’ai voulu continuer avec l’auteur et en voyant qu’il s’était intéressé à faire une biographie romancée, une prédilection de ma part, je ne pouvais faire autrement qu’enchaîner avec ce livre.

Il me reste un souvenir d’une lecture un peu mitigée. À mon avis, l’auteur, qui donne la parole à Homer et qui raconte l’histoire des deux frères, reste trop de temps dans la maison. Bien sûr que les frères ont vécu à partir d’un certain moment totalement reclus, mais l’aspect de la ville de New York qui bouge autour d’eux me manquait quand même. Et surtout l’histoire ne se renouvelle pas, on suffoque à partir d’un moment après des énumérations de plusieurs pages de tout le bazar qu’ils ont accumulé.
Mais surtout je trouvais que les deux personnages sont restés assez « éloignées », il ne voulait peut-être pas établir d’hypothèse sur le changement des deux excentriques, mais on ne perçoit vraiment pas du tout comment ils ont pu devenir aussi follet.

Après ma lecture je suis tombée sur ce livre

Les frères Holt de Marcia Davenport et cela semble une conversion plus réussie.. je l’ai noté

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MessageSujet: Re: Edgar Lawrence Doctorow   Sam 3 Nov 2012 - 10:35

Homer et Langley

Le 4e de couverture nous en informe, Doctorow construit son livre à partir « d'une histoire vraie - celle des frères Collyer, collectionneurs compulsifs retrouvés morts en 1947, ensevelis sous des piles de journaux et de livres. »
Voici quelques images qui expriment mieux l'ampleur du délire/naufrage des 2 frères.



On comprend que cette situation hallucinante ait attiré un écrivain, et ce roman est non seulement un portrait des 2 frères, mais aussi, de l'Amérique du XXe siècle, éperdue de consommation et d'accumulation, et qui a perdu le lien. Le narrateur est Homer, pianiste, qui perd peu à peu la vue à l'âge de 20 ans. Le frère aîné, Langley, revient de la Grande guerre gazé et amer, alors que les parents sont morts de la grippe espagnole, leur léguant une immense maison sur la 5e avenue, en face de Central Park où, enfants :

Citation :
Nous pouvions, mon frère et moi, sortir en courant par la grande porte, dévaler les marches du seuil et traverser jusqu'au parc comme s'il était à nous, comme si la maison et le parc, pareillement éclairés par le soleil, n'étaient qu'une seule et même chose.

Bien loin de ce paradis enfantin, les deux frères s’enferment dans leur désarroi, dans une espèce de gémellité salvatrice, voient passer quelques femmes qui ne s’attardent guère. Ils construisent peu à peu leur royaume peuplé d'objets de récupération multiples et insensés, dans une accumulation à la fois protectrice et mortifère.

Citation :
Quand Langley ramène à la maison quelque chose qui a éveillé son intérêt - un piano, un grille-pain, un cheval chinois en bronze, une collection d'encyclopédies -, ce n'est qu'un commencement. Quelle qu’elle soit, la chose sera acquise en plusieurs exemplaires parce que, jusqu'au moment où il cesse de s’y intéresser et passe à une autre, il est à la recherche de son expression ultime. (...) Ainsi que vous pourriez vous y attendre de la part d'un archiviste des journaux quotidiens, Langley possède une vision universelle et comme personnellement je n'en ai pas je l'ai toujours suivi en ce qu'il faisait. Je savais qu'un jour tout cela deviendrait aussi logique, solide et raisonnable à mes yeux que ce l'était aux siens.


Le monde extérieur leur envoie de nombreux signaux et l'on croise au passage une bonne immigrée , une sufragette, des gangsters italiens, , des musiciens et prostituées dans un club de Jazz au temps de la prohibition, des domestiques japonais traqués par le FBI pendant la guerre de 40, des hippies squatters protestant contre la guerre du Viet-Nam, toute l’Amérique à la fois fascinée et dérangée par ces deux énergumènes.

Dans ce récit aux allures faussement pondérées, "d'une cocasserie si douce et si intime », Doctorow s’adresse en nous au paria, à l’exclu, qui trouve sa cohérence dans sa singularité, s’en repaît, s’en protège, face à un monde implacable, qui le juge et le met à l’ index. Un portrait fort séduisant de personnages absurdes et désespérés, repliés dans leur capharnaüm, se protégeant d'un monde incompréhensible.


Citation :
J'admets avoir eu quelquefois le sentiment, en secret, généralement juste avant de m'endormir, que si l’ on s'en tenait aux valeurs bourgeoises conventionnelles on pouvait interpréter les frères Collyer comme la fin d'une lignée. Alors la colère me prenait contre moi-même. Après tout, nous vivions des vies originales, personnelles, sans nous laisser intimider par les convenances - ne pourrions-nous pas être un point suprême de la lignée, la floraison de l'arbre familial?
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MessageSujet: Re: Edgar Lawrence Doctorow   Dim 4 Nov 2012 - 13:55

Après l'excellent et déjà très ancien Ragtime, j'ai adoré La marche et son souffle épique. Ici, pas de héros, juste des gens ballotés par la guerre et saisis dans leur vérité. Un livre d'une grande justesse.
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MessageSujet: Re: Edgar Lawrence Doctorow   Jeu 23 Juil 2015 - 12:06

Décès de Doctorow le 21 juillet à Manhattan.
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MessageSujet: Re: Edgar Lawrence Doctorow   Jeu 23 Juil 2015 - 15:37

Excellent souvenir de  La Marche. A conseiller vivement !

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