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 Ernesto Sabato [Argentine]

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MessageSujet: Re: Ernesto Sabato [Argentine]   Ernesto Sabato [Argentine] - Page 4 Icon_minitimeSam 14 Mai 2011 - 11:46

Je poursuis toujours la trilogie et j'ai commencé L'ange des ténèbres. Troisième roman qui clôt la trilogie, c’est aussi le récit le plus éclaté et le plus troublant des trois. Troublant dans la mesure où les mises en miroir se font la part belle : il y a le narrateur Bruno qui semble être le double fictif d’Ernesto Sabato mais également Sabato lui-même (parfois appelé S.). Sabato personnage fictif ou réel ? On ne sait pas trop, les frontières entre la réalité et la fiction sont floues et les repères difficiles à trouver. On navigue plus que jamais en eaux troubles. Ajoutez à cela la croyance aux réminiscences, prémonitions et rêves, aux dédoublements des corps et des âmes et nous voilà plongés dans un monde empreint de mysticisme, de croyances occultes et de magies noires.

Je pensais que Sabato traitait métaphoriquement ce monde des ténèbres mais il arrive tellement bien à distiller le doute à ce niveau qu’il nous donne parfois le sentiment d’y croire véritablement. La mise à distance est donc abolie, ce qui donne au récit une tonalité encore plus sombre, plus inquiétante et paranoïde : Sabato est cerné de personnes malfaisantes, instruments du diable ou médiums, membres de sectes ténébreuses et secrètes (comme la secte de la main gauche), Hitler est présenté comme un agent du diable en personne. Le personnage Schneider, qui semble poursuivre Sabato, est une des figures maléfiques du roman :
Citation :
Le Dr Arrambide appartient à la catégorie des gens qui prennent Schneider à la légère. Il se propose de le faire venir à une séance de spiritisme organisée par Memé Varela, et je sais qu’il se moque de moi quand j’ai le dos tourné. Ce Descartes de poche ne comprendra jamais que pour démasquer les agents du Mal, il faut être un croyant comme moi, non pas un sceptique comme lui (je viens de dire un Descartes, mais j’aurais dû dire plutôt un Anatole France de poche, je suis sûr que ça doit être un de ses auteurs favoris). Il ne s’agit pas bien sûr de le démasquer comme lui le fait, mais de le démasquer en sens inverse, dans le seul, le seul terrible sens qui compte : pour prouver que ce n’est pas un mystificateur de foire, mais qu’il est vraiment lié aux puissances des ténèbres.

Alors grand art ou délires mystiques de la part d’Ernesto Sabato ? Je suis troublée mais l’un n’empêche pas l’autre finalement.


Dernière édition par sentinelle le Mer 18 Mai 2011 - 9:28, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Ernesto Sabato [Argentine]   Ernesto Sabato [Argentine] - Page 4 Icon_minitimeSam 14 Mai 2011 - 11:51

Le peintre surréaliste et ésotérique Victor Brauner est cité à multiples reprises dans les romans de Sabato. Ce peintre qui représentait souvent des yeux sur ses toiles peignit des personnages borgnes bien avant qu'il ne devienne borgne à son tour par accident.

Ernesto Sabato [Argentine] - Page 4 Braune10

Ce fait prend une importance particulière pour Sabato dans la mesure où Sabato lui-même écrivait sur la secte des aveugles bien avant de devenir lui-même aveugle en vieillissant.

Ce peintre Victor Brauner, emprunt de mysticisme (ses parents étaient de fervents spiritistes), était aussi un visionnaire : en faisant quelques recherches sur ce peintre sur la toile, je suis tombée sur cette peinture réalisée en 1934. Brauner avait compris dès le début.

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MessageSujet: Re: Ernesto Sabato [Argentine]   Ernesto Sabato [Argentine] - Page 4 Icon_minitimeLun 16 Mai 2011 - 10:53

A mi-chemin de L’ange des ténèbres, ce troisième roman qui clôt la trilogie n’est pas le plus facile à lire de par sa structure très éclatée composée de fictions, autobiographies, faits divers, essais. Beaucoup de digressions, de commentaires de Sabato sur ses œuvres précédentes, sa vie, ses contacts, l’importance de l’écriture et de l’art comme moyen de transmission d’une expérience subjective. Je retiens surtout pour le moment :

L’aliénation : déshumanisation de l'individu par la place prépondérante de la raison pure, la science, la technologie, la « technolâtrie ». On a voulu détruire l’inconscient, les puissances invisibles et les forces obscures qui se sont rebellés avec à la clé un retour du refoulé encore plus violent et pervers. Le nazisme plane au-dessus du texte comme un aigle qui guette sa proie, mais pas seulement. Pour Sabato, la raison a désintégré l’homme et il est nécessaire de revenir aux mythes et aux récits primordiaux afin qu’il puisse retrouver son intégrité.

Ernesto Sabato [Argentine] - Page 4 Sophoc10

Pour faire un parallélisme avec le lecture commune actuelle des bienveillantes, ce n'est pas Jonathan Littell qui contredira Ernesto Sabato...
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MessageSujet: Re: Ernesto Sabato [Argentine]   Ernesto Sabato [Argentine] - Page 4 Icon_minitimeLun 16 Mai 2011 - 10:58

Importance du témoignage à travers l’art : le poète, la peintre, le mystique est à la croisée de la réalité quotidienne et de l’imaginaire, il est à la limite de la lumière et des ténèbres. Lui seul peut atteindre le caractère prophétique au moment de l’inspiration sous forme énigmatique et symbolique. Toucher à l’absolu, c’est recourir aux mythes, aux rêves et à la poésie.
Citation :

Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant.

Citation :
Les scientifiques veulent voir le monde de l’esprit régi par le principe de causalité. Pure folie.
[…]
Mais la matière et l’esprit n’obéissent pas aux mêmes règles. La relativité gouverne l’univers physique. Rien à voir. Expliquer les choses de l’esprit en appliquant les règles de la géodésie, c’est vouloir extraire une angoisse avec des pinces de dentiste.

Citation :
Seuls les grands poètes ont révélé la vérité et dit ce qu’ils avaient vu. Tu comprends ? Ils ont dit ce qu’ils avaient vraiment vu : Blake, Milton, Dante, Rimbaud, Lautréamont, Sade, Strindberg, Dotoïevski, Höderlin, Kafka. Quel impudent peut prétendre méconnaître le témoignage de ces martyrs ?
[…]
Ils rêvent pour les autres. Ils sont condamnés, tu comprends, CONDAMNES, cria-t-il, à révéler les Enfers.

Le roman, vecteur d'un témoignage et seul capable d'atteindre l'absolu :

Citation :
La fiction ressemble beaucoup aux rêves, qui peuvent être cruels, atroces, homicides, sadiques, même des gens normaux, serviables quand ils sont éveillés. Peut-être les rêves sont-ils comme des trop-pleins. Et l’écrivain rêve pour la communauté. Une espèce de rêve collectif. La communauté qui interdirait la fiction courrait les plus grands risques.

Citation :
Ce qui devait arriver est arrivé : expulsé par la pensée, le mythe s’est réfugié dans l’art, d’où il est résulté une profanation du mythe, mais en même temps une revendication. Ce qui prouve deux choses : d’abord, que le mythe est incoercible, qu’il est un besoin profond de l’homme. Ensuite, que l’art nous sauvera de l’aliénation totale, de la dichotomie brutale de la pensée magique de la pensée logique. L’homme est tout à la fois. C’est pourquoi le roman, qui est à cheval entre les deux, est peut-être l’activité qui peut le mieux exprimer le total.

Prophétique l'artiste ? Victor Brauner l'est lorsqu'il peint en 1934 Hitler...
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MessageSujet: Re: Ernesto Sabato [Argentine]   Ernesto Sabato [Argentine] - Page 4 Icon_minitimeLun 16 Mai 2011 - 11:01

L’enfer, c’est ici semble nous dire Sabato.

Citation :
Je vais vous avouer quelque chose, Sabato : je n’ai pas demandé à venir au monde, je n’ai fait signe à personne. J’étais tellement bien là où j’étais que je n’ai pas voulu sortir : le grand jour, j’ai présenté mon cul. Mais ils m’ont quand même sorti, de force. Toujours la force, pour la bonne cause. A l’instant même, j’ai compris que le monde ne pouvait être qu’un merdier. Il a dû vous arriver quelque chose de ce genre. Nous avons perdu, j’en suis sûr. Et maintenant il n’y a qu’à attendre, tranquille. Disons-le franchement, nous sommes deux pauvres types. Mais j’ai un avantage sur vous : je suis plus doué en ignorance.
Citation :

Peut-on accepter d’être involontairement jeté sur cette planète et, le moment venu, une fois affreusement vieux, en être expulsé au milieu des maux les plus horribles, sans la moindre explication, sans un seul mot d’excuse ?
Citation :
Chaque fois que j’ai eu l’occasion de voir un fou furieux en action, j’ai toujours eu l’horrible sensation qu’il était la proie de douleurs infernales. Aujourd’hui je sais que son âme est en fait déjà dans son Enfer. Ses mouvements épouvantables, ses souffrances, ses geste et ses attitudes de fauve traqué, son délire apparent ne sont pas autre chose que l’expérience directe et immédiate de l’Enfer.

Ernesto Sabato [Argentine] - Page 4 Munch_10
Le cri d'Edvard Munch
Ernesto Sabato [Argentine] - Page 4 9736010
Le cri de Geritzen- Sahge

L’enfer de Dante est également très présent dans ce roman :

Citation :
Je ne sais pas où j’ai lu que Dante n’avait rien fait d’autre que de traduite les idées et les sentiments de son époque, les préjugés théologiques en vogue, les superstitions à la mode. Il s’agirait, de ce point de vue, de la description de la conscience et l’inconscience d’une culture. Peut-être y a-t-il un peu de vrai là-dedans. Mais pas dans le sens que prétendent ces sociologues de l’horreur. Je crois que Dante a vu. Comme tout grand poète, il a vu ce que les gens ordinaires pressentent avec moins d’acuité. Les gens qui le voyaient se promener dans les rues de Ravenne, maigre et silencieux, susurraient à son passage, avec une crainte sacrée : « Voici celui qui est allé en Enfer. »Tu savais cela ? Textuel. Ce n’était pas une métaphore : ces gens croyaient que Dante était allé en Enfer. Et ils ne se trompaient pas.
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William Bouguereau, Dante et Virgile en enfer, 1850
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MessageSujet: Re: Ernesto Sabato [Argentine]   Ernesto Sabato [Argentine] - Page 4 Icon_minitimeVen 10 Juin 2011 - 22:40

Le tunnel/Héros et tombes

L'écriture de Sabato est impressionnante, chaotique et pleine de fureur contenue. Le tunnel est limpide dans l'expression d'une obsession, scrutant les méandres intérieurs d'un être avec une obstination qui transcende le ressenti de la douleur et de la perte.
Héros et tombes, par contre, crée une ambiance angoissante et lancinante. Mais s'il enchaîne des développements parfois complexe dans leurs références à l'histoire, la démesure de la relation entre Alejandra et Martin emporte tout sur son passage et fascine. Alejandra, à la fois prédatrice et auto-destructrice, révèle une violence sourde, enfouie, miroir d'une souffrance qui semble avoir englouti un passé. Le présent ne peut représenter alors qu'une fuite en avant, une somme d'espoirs déçus qui représentent pourtant des raisons de vivre.
L'oeuvre est en tout cas passionnante, même si délicate à appréhender dans sa perception de traumatismes, qui dessinent dans leur ampleur un tableau de la condition humaine. Pathétique et bouleversante, incompréhensible et flamboyante.
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MessageSujet: Re: Ernesto Sabato [Argentine]   Ernesto Sabato [Argentine] - Page 4 Icon_minitimeJeu 1 Sep 2011 - 12:17

Le Tunnel

Drame de la jalousie et de la solitude, sans doute, mais surtout impressionnante illustration de la violence ordinaire faite aux femmes. Quand les forts confondent passion et posséssion, le pire survient. Un homme tue une femme parce qu'il l'aime trop, trop mal, trop fort. Nous savons que la passion est mortifère parce que à trop vouloir l'autre on l'étouffe, on le broie, on le dévore. Le narrateur est un peintre mais il pourrait être ouvrier, ou chanteur ou politicien. Le lecteur pénètre dans la logique d'un homme fou amoureux, ce pourrait être passionément romantique, mais cette logique est destructrice, manipulatrice, totalement perverse. Un livre fascinant pour comprendre les mécanismes de la pensée humaine quand elle passe de la passion à l'obsession (le narrateur veut Maria maintenant, tout le temps près de lui, il veut la mettre au chaud en lui, il veut tout lire d'elle, de ses pensées, de ses rêves, de son passé sans jamais admettre que cette femme puisse l'aimer, le doute en permanence le rend fou, cruel, odieux).

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MessageSujet: Le tunnel   Ernesto Sabato [Argentine] - Page 4 Icon_minitimeDim 30 Oct 2011 - 23:57

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Le tunnel.

Suffit de relire les commentaires un peu au-dessus : je suis d'accord avec la force de ce livre : il parvient un décorticage de la jalousie aussi intensif que Shakespeare avec Othello. Dans l'obsession, la folie, le délire. Il est précis et chirurgical dans son écriture, à tel point que je l'ai trouvée froide et dure parfois. Je ne savais plus trop si je devais plaindre ou accuser le personnage principal. C'est un peu son procès (d'ailleurs, il se confie à quelqu'un, après avoir avoué son crime et avoir été arrêté pour).
J'étais parfois mal à l'aise devant tant de rationalisme dans la spirale de la jalousie. C'était étrange cette différence entre le ton très maîtrisé, net, dans la bouche d'un homme devenu fou, irrationnel. Du coup, je ne sais pas si je dois estimer que c'est une réussite : un personnage effrayant jusqu'au bout. Comme un de ces "monstres" froids et calculateurs qui assassinent leurs victimes, ou si c'est un peu raté : un personnage "fou" a qui on prête une langue travaillée, poétique et profonde.

Je crois qu'il faudra que je lise un autre Sabato, parce que je ne suis pas entièrement convaincue par ce côté glacial mais j'en reste intriguée.

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MessageSujet: Re: Ernesto Sabato [Argentine]   Ernesto Sabato [Argentine] - Page 4 Icon_minitimeLun 31 Oct 2011 - 0:17

Queenie a écrit:
Je crois qu'il faudra que je lise un autre Sabato, parce que je ne suis pas entièrement convaincue par ce côté glacial mais j'en reste intriguée.

La froideur est en adéquation avec la paranoïa du personnage (un peu ce qu'on disait du film d'Almodovar). Si tu lis "Héros et Tombes" tu y trouveras plus de passion, un climat baroque, fantastique, mystérieux. "L'ange des ténèbres" est plus difficile à lire.

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MessageSujet: Re: Ernesto Sabato [Argentine]   Ernesto Sabato [Argentine] - Page 4 Icon_minitimeLun 31 Oct 2011 - 8:59

Marko a écrit:
Queenie a écrit:
Je crois qu'il faudra que je lise un autre Sabato, parce que je ne suis pas entièrement convaincue par ce côté glacial mais j'en reste intriguée.

La froideur est en adéquation avec la paranoïa du personnage (un peu ce qu'on disait du film d'Almodovar). Si tu lis "Héros et Tombes" tu y trouveras plus de passion, un climat baroque, fantastique, mystérieux. "L'ange des ténèbres" est plus difficile à lire.

L'adéquation, pas sûr. Quand il sombre peu à peu, et rapidement, dans l'obsession un peu dingue, ce n'est pas très glacial, pourtant l'écriture est la même. Sur la fin, c'est vrai que j'ai trouvé que ça collait parfaitement.
Par contre, je trouve que l'extrait de film que tu as mis un peu plus haut transmets bien l'ambiance du livre. Et oui, ça fait exactement penser à ce type d'ambiance Films noirs, comme La piel que habito.

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MessageSujet: Re: Ernesto Sabato [Argentine]   Ernesto Sabato [Argentine] - Page 4 Icon_minitimeMer 2 Nov 2011 - 8:25

J'ai aussi été très déstabilisée par le style de Sabato dans Tunnel, mais peut-être que cette distanciation, cette froideur clinique, ce monologue qui au départ repousse mais fini par séduire était nécessaire pour pouvoir raconter le plus 'sainement' possible l'entrée dans la folie d'un homme qui au départ n'est pas malade : il tombe éperdument amoureux et puis lentement, sporadiquement apparaissent des félures, des manquements, des obsessions, des dérives qui l'entraînent vers l'irrémédiable. Le personnage n'est pas 'aimable', il n'est pas non plus excusable, je ne crois pas que Sabato s'intéressait particulièrement à l'aspect moral de son propos, mais plutôt à cette route sinueuse qui mène le peintre de l'amour fou à la jalousie meurtrière. (en tout cas c'est ce qui moi m'a retenue, car la lecture de ce court roman n'est pas vraiment agréable).

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MessageSujet: Re: Ernesto Sabato [Argentine]   Ernesto Sabato [Argentine] - Page 4 Icon_minitimeMer 2 Nov 2011 - 9:06

shanidar a écrit:
J'ai aussi été très déstabilisée par le style de Sabato dans Tunnel, mais peut-être que cette distanciation, cette froideur clinique, ce monologue qui au départ repousse mais fini par séduire était nécessaire pour pouvoir raconter le plus 'sainement' possible l'entrée dans la folie d'un homme qui au départ n'est pas malade : il tombe éperdument amoureux et puis lentement, sporadiquement apparaissent des félures, des manquements, des obsessions, des dérives qui l'entraînent vers l'irrémédiable. Le personnage n'est pas 'aimable', il n'est pas non plus excusable, je ne crois pas que Sabato s'intéressait particulièrement à l'aspect moral de son propos, mais plutôt à cette route sinueuse qui mène le peintre de l'amour fou à la jalousie meurtrière. (en tout cas c'est ce qui moi m'a retenue, car la lecture de ce court roman n'est pas vraiment agréable).

Et je suis d'accord avec toi.
Peut-être, aussi, que je l'ai trop vite, trop "normalement", et j'ai laissé échapper une partie de l'ambiance de plus en plus étouffante. En tout cas, j'en garde une vraie trace d'atmosphère très bien rendue d'enfermement dans son obsession de l'autre et de délires paranoïaques.

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MessageSujet: Re: Ernesto Sabato [Argentine]   Ernesto Sabato [Argentine] - Page 4 Icon_minitimeMer 26 Juin 2013 - 15:18

Terminé "Le tunnel" d'ERNESTO SABATO : on en ressort pas indemne !un EXCELLENT roman sur le thème de la jalousie mais plus encore sur la fragilité psychique de l'homme incapable de communiquer avec l'extérieur , enfermé dans ses tourments , angoisses et peurs ..... !!!!!!!!!
Une lecture dérangeante , renvoyant le lecteur à ses propres failles .......... Et si celles -ci atteignent une forme de paroxysme pathologique dangereuse et fatale dans le personnage que décrit SABATO , il est indéniable qu'il touche au fond de l'être humain en général dans ce qu'il y a de plus noir ..........et de plus fragile .....


Un commentaire plus tard .....Encore "à chaud" et sous le coup de l'émotion , je ressens le besoin de prendre du recul !!!!
un grand moment de lecture , certes pas confortable, mais d'une intensité foudroyante !

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MessageSujet: Re: Ernesto Sabato [Argentine]   Ernesto Sabato [Argentine] - Page 4 Icon_minitimeVen 28 Juin 2013 - 8:24

LE TUNNEL    
Il en va de certaines oeuvres comme de certaines rencontres dans une vie : il arrive que l'une d'entre elles constitue un fait majeur de votre existence ....
C'est ainsi que j'ai reçu de plein fouet cette oeuvre magistrale d'un écrivain totalement inconnu pour moi il y a quelques jours ..... Lu d'un trait , happée par cette confession d'un artiste peintre qui raconte cette fulgurante descente aux enfers suite à une rencontre .....


Juan pablo , artiste peintre , focalisera son attention ,lors d'un de ses vernissages ,vers une jeune femme qui s'attardera sur un détail d'un de ses tableaux .....Dès lors il élaborera mentalement multiples scénarii pour retrouver celle  à qui appartient ce regard ....
C'est un homme au départ en marge , misanthrope , désabusé et surtout profondément lucide quant à la nature humaine ....

"Je dirai avant tout que je déteste les groupes, les sectes , les confréries , les corporations et , en général tous ces troupeaux qui se réunissent pour raisons de métiers,de goûts ou de manies du genre.Ces conglomérats ont quantité d'attributs grotesques: la répétition du type , du jargon ,la vanité de se croire supérieure."




Ainsi complètement centré sur lui-même pour échapper à cet effet miroir , il ne s'abstrait pas pour autant de cette comédie humaine sur lequel il porte un regard sans aménité :


"Même quand on imagine que toute trace de vanité a disparu , on en découvre , sous la forme la plus subtile , la vanité de la modestie ."




Acharné à vouloir retrouver celle qu'il a "choisi" pour incarner l'objet de sa passion , jamais ne se poser en lui la question de la réciprocité du "sentiment" et dès lors , une fois qu'il aura retrouvé celle qui deviendra son amante , aucune vraie RELATION pourra s'établir entre ces deux êtres : Pablo continue dans son délire obsessionnel , enfermé dans ses raisonnements , sans aucune ouverture sur l'autre ; lorsqu'il découvre que Maria a une vie , un mari (aveugle ) , des amis et tout un monde qui lui échappe , il glisse dangereusement dans un état paranoiaque qui le conduira au meurtre de la jeune femme.

Une histoire en apparence bien banale du drame de la jalousie , maintes fois reprises dans la littérature mais ici , à travers le texte de SABATO , il s'agit aussi d'une mise en lumière de la chute d'un homme pourtant parfaitement lucide dans la folie ....Et c'est ce paradoxe qui effraye : la raison au service de la psychose .....

Cet homme coupé du réel dès le départ , enfermé dans sa propre réalité , n'accorde aucune existence à l'autre : et c'est  à travers cette"petite fenêtre " sur laquelle s'est penchée Maria dans l'observation du fameux tableau, censée représenter "une solitude anxieuse et absolue" que Pablo veut attirer l'objet de son amour : s'accaparer Maria pour ne plus être seul dans son univers ...... Le seul regard de celle ci , peut être fortuit , sur ce détail , suffira à mettre en place un mécanisme imaginaire chez Pablo le déconnectant complètement du réel .....

Pablo , en proie à une jalousie grandissante , décortique , analyse , déduit ...... sans trêve .....accaparé , obsédé , par l'idée que Maria ne lui appartienne pas : ces raisonnements dont l'unique faille reste l'absence de contact avec ce qu'il entoure le conduiront à l'assassinat de l'objet de sa passion destructrice  ......

"Le tunnel" :Mais au bout on peut percevoir la lumière toujours ..... Si tant est qu'on veuille continuer ! L'écriture de SABATO tout en finesse nous laissent entrevoir quelques percées de lumière et à la fin de sa confession , alors confiné au fin de se cellule Pablo écrit :

"Par la lucarne de ma cellule , je vis se lever un nouveau jour , avec un ciel maintenant sans nuages .Je me dis que beaucoup d'hommes et de femmes devaient commencer à se réveiller et qu'ensuite , ils prendraient leur petit déjeuner et liraient leur journal ou iraient au bureau , ou feraient manger les enfants ou le chat , ou commenceraient le film de la veille . "


N'est-ce pas une première ouverture sur l'altérité et de la reconnaissance de l'autre ?
J'ai envie d'y croire ......

Il y aurait tant à dire encore , et je crois qu'une seule lecture ne suffit pas pour appréhender le texte dans la richesse de son contenu ....En outre il me semble que cette oeuvre représente le type de littérature interprétable à l'infini car il touche à la profondeur de l'homme et la notion de subjectivité prend tout son sens dès lors .......

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MessageSujet: Re: Ernesto Sabato [Argentine]   Ernesto Sabato [Argentine] - Page 4 Icon_minitimeVen 28 Juin 2013 - 9:15

Bravo et Merci Eglantine pour ce commentaire tout ébloui par ton admiration ...
Cela m'a fait vraiment plaisir de te lire car j'ai la très nette impression que tu y as dévoilé un peu de toi ....
Dans ma LAL ... évidemment ...

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