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 Jean-Marie Gustave Le Clézio

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kenavo
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MessageSujet: Re: Jean-Marie Gustave Le Clézio   Dim 1 Mar 2009 - 15:11

aime Merci Chatperlipopette pour ton beau commentaire.. je suis contente que ta nouvelle rencontre avec cet auteur était si bonne...
j'ai ce livre dans ma PAL.. et tu donnes vraiment envie de le lire.. Very Happy

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Sénèque
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Chatperlipopette
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MessageSujet: Re: Jean-Marie Gustave Le Clézio   Sam 7 Mar 2009 - 22:16

J'ai été conquise par son approche du monde, son regard incisif sur les choses et les êtres. Il va me falloir transformer l'essai en lisant d'autres romans Wink
Je suis contente de vous avoir donné l'envie d'ouvrir les pages de ce récit poétique et cependant réaliste.
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kenavo
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MessageSujet: Re: Jean-Marie Gustave Le Clézio   Ven 13 Mar 2009 - 13:10

Aujourd'hui dans le Monde:

Mexique, la magie de la mémoire
J.M.G. Le Clézio

Je suis venu la première fois à Mexico en août 1967. J'arrivais de Thaïlande où j'avais connu quelques ennuis, pour avoir parlé du trafic de jeunes filles que faisait un mien propriétaire à Bangkok - c'était vrai, mais les vérités sont-elles bonnes à dire ? Toujours est-il que je débarquai à l'aéroport de Mexico par un gros orage, et je fus immédiatement frappé par la ressemblance avec la Thaïlande. Non pas dans les bâtiments ni les rues, mais par l'aspect très exotique des gens, la couleur de leur peau, la beauté des femmes, la grâce des enfants. Je découvrais tout à coup que quatre-vingts pour cent des habitants de Mexico étaient des Indiens, descendants de ceux qui avaient régné jadis sur les hauts plateaux. Quelque temps après, dans le métro je fus étonné et assez ému d'entendre un couple de jeunes gens parler nahuatl - la langue des anciens Aztèques, l'une des plus belles langues du monde par ses allitérations et son accent chantant.

J'avais été chargé à l'Institut français d'Amérique latine (c'était mon affectation de service civil) de classer les livres et de mettre à jour le fichier de la bibliothèque. Au lieu de cela, je passais toutes mes journées, à l'étage de la bibliothèque, à lire tous les livres que je pouvais trouver sur le Mexique. Les chroniqueurs de la Nouvelle-Espagne dans la collection Porrua "Sepan cuantos..." - Bernal Diaz del Castillo, Sahagun, Motolinia, Duran, Beaumont, Mendieta, Izcazbalceta, Ixtlilxochitl, José de Acosta, les historiens aussi, Clavijero, et les récits des géographes, Humboldt, Lumholtz.

C'était une découverte étonnante : lorsque les premiers voyageurs venus d'Occident débarquent sur les côtes du Mexique, ils sont devant une architecture immense, complexe, délicate, élevée, où la religion, la pensée philosophique, la conviction magique s'équilibrent dans l'art de construire des pyramides selon un schéma cosmique, de policer des villes immenses, de faire régner une politique à la fois compartimentée et interdépendante, selon un système théocratique où les rois sont élus et où les forces vives de la nation peuvent exprimer leurs revendications, demander des comptes aux élites, et destituer sans révolution les princes abusifs. Cette architecture était-elle fragile ? Les conquérants, obnubilés par leur mission civilisatrice, se sont employés à présenter les sociétés indiennes comme l'émanation du démon. Elles étaient loin d'être parfaites, puisqu'elles pratiquaient l'esclavage et les sacrifices sanglants. Mais leur injustice n'était pas foncièrement plus condamnable que celle de l'Europe du XVIe siècle, esclavagiste et violente. Fragile, cette architecture l'était certainement puisqu'une poignée d'aventuriers sans scrupule la mit à bas, en pratiquant une guerre à outrance sans respect des codes humains, comparable par sa brutalité à celles que l'on peut observer aujourd'hui chez les nations les plus civilisées. Cortés, Montejo, Cristobal de Olid vinrent à bout facilement de ces peuples, parce qu'en arrivant dans le Nouveau Monde ils ne se sentaient plus entravés par aucune loi. Ce qui disparut et fut anéanti par la conquête n'est pas mesurable, hormis le fait que la population indigène fut réduite au sixième de ce qu'elle était en l'espace d'une génération, et que toutes ses structures furent anéanties par la guerre, les maladies et cette sorte de lavage de cerveau lent et acharné qui fut organisé par les conquérants espagnols.
*
Les dimanches après midi, j'allais voir le musée d'anthropologie de Chapultepec, la grande sauterelle de porphyre exposée sous la pluie devant la porte, et dans la grande salle de la roue du temps, la petite statue en bois de la déesse de la fertilité, les mains en coupe sous ses seins et sa chevelure tressée nouée au sommet de sa tête, qui a inspiré Frida Kahlo. Mais mon vrai musée d'anthropologie, c'était dans le métro qui allait vers la villa de Guadalupe. Voir à la dérobée les jeunes femmes du peuple, vêtues comme des employées de bureau ou des serveuses, mais leurs visages semblant sortis d'un bas-relief ou d'une peinture de codex, nez aquilin, pommettes hautes où le rouge se mêlait au bronze de la peau, et les lourdes chevelures d'un noir presque bleu, coiffées en chignon, montrant l'éclat des demi-lunes de métal doré aux oreilles.

Sur la place - l'affreux sanctuaire de béton n'avait pas été encore construit -, la vieille basilique chancelante, pareille à un navire échoué, avec les milliers de fidèles venus de tous les coins de l'Amérique, certains les genoux et les coudes en sang à force de se traîner sur les marches, les concheros emplumés en train de battre sur le teponaxtle, le grand tambour de bois qui avait résonné aux oreilles des conquérants abasourdis lors de la "Nuit triste".

C'était l'époque des grands travaux. On n'avait pas encore exhumé les restes de la grande pyramide, dont la pointe perçait encore le carrefour de Pino Suarez et servait de refuge aux chiens errants, et pour cela on l'avait baptisée Isla de los Perros, l'Ile aux Chiens. Pour voir les monuments préhispaniques dans toute leur regalia, il fallait prendre un bus et aller dans les alentours de Mexico, jusqu'à Teotihuacan, le Domaine des Dieux, escalader les marches de la pyramide du Soleil d'où le regard embrassait la plaine aride semée de cactus orgue et parcourue par les colonnes de fourmis des touristes populaires.
*
Mon premier voyage en terre indienne, je le fis en compagnie de mon ami Jean Meyer, à travers la sierra volcanique transversale, à dos de mulet, jusqu'au village huichole de Santa Catalina. Les Huicholes étaient des Indiens sauvages -non pas tels que les imaginerait Indiana Jones, mais insoumis, orgueilleux, arrogants, vêtus de leurs habits blancs brodés au point de croix, coiffés de leurs chapeaux à plumes d'aigle, et armés jusqu'aux dents de fusils, escopettes et revolvers à barillet. Avec eux, nous avons partagé les bières apportées par une caravane de marchands ambulants, et nous sommes restés dans la sierra pour la semaine sainte, regardant sans bien les comprendre les rites anciens, écoutant les prières. Nous avons goûté à la soupe de peyotl, nous avons vu les petits arcs avec lesquels ils décochent des flèches au soleil. Nous avons été témoins de l'ancien rituel où les Indiens percent leur langue avec une épine de maguey pour arroser la terre de leur sang. Tout cela donnait un sens nouveau aux livres que j'avais lus, montrait la vérité de la relation des hommes avec le monde qu'ils habitent. A Tezompa, les métis lorgnaient les hautes montagnes des Huicholes, mais ils ne s'en approchaient pas. Le curé de Tezompa servait d'intermédiaire, un grand homme robuste qui portait un revolver au côté. Dans la sierra, les mulets tressaillaient en sentant les crottes des loups. Le ciel était d'un bleu d'encre, les montagnes âpres comme le cristal. Nous dormions à la belle étoile, dans l'air glacé. Nous buvions l'eau des ruisseaux.
*
Quand je suis revenu au Mexique avec ma femme, après une absence de deux ou trois ans, c'est une autre dimension qui m'attendait. J'avais reçu, grâce au poète Jaime Terres, une bourse du Fondo de Cultura pour étudier la littérature mexicaine contemporaine. J'ai découvert au hasard de mes lectures le Mexique de l'époque révolutionnaire, si fertile et contradictoire. Les poètes de la revue Contemporaneos, Bernardo Ortiz de Montellano, Gilberto Owen, Xavier Villaurrutia ; Manuel Maples Arce, le fondateur du stridentisme et de la revue Irradiador ; Octavio Paz, Enrique Krauze et la magnifique Vuelta. Je percevais cette sorte de génie du supraréalisme qui émane naturellement du monde mexicain, de sa culture, de son histoire, de sa puissance physique, comme un instinct - rien à voir avec André Breton. Je parcourais les rues du centre, les rues Uruguay, Argentina, Moneda, l'Alameda où le soir s'attardent les amoureux et les vieux hommes solitaires. Je voulais suivre la piste d'Artaud dans la sierra Tarahumara. Je suis allé au Yucatan, attiré par la beauté des noms de lieux, Dzindzantun, Uxmal, Chicxulub, Oxkutzcab avec ses montagnes d'oranges sur la place publique, Tizimin, Rio Lagartos où se réunissent les colonies de flamants.

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kenavo
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MessageSujet: Re: Jean-Marie Gustave Le Clézio   Ven 13 Mar 2009 - 13:10

(Suite)

Mais ce n'étaient pas seulement les monuments du passé qui m'attiraient. Pendant six mois, j'ai voyagé de village en village, par bus, ou sur les plateformes des camions (et souvent à pied) avec mon sac, un hamac, et deux livres qui me servaient de guide : l'un la version en anglais des livres du Chilam Balam par Ralph Roys, l'autre la traduction en espagnol de La guerra de castas, de Nelson Reed. C'étaient mes viatiques. J'ai rencontré les survivants des insurgés du Quintana Roo, à Tulum, à Chan Santa Cruz, à Tixcacal Guardia. A Chun Pom, j'ai assisté à la Misa milpera, la Messe du maïs, où les fidèles communient sous les espèces de la tortilla de maïs et de la soupe de graines de calebasse. Les croix dans les églises étaient vêtues de robes de femme, je croyais entendre la voix de la pythonisse de Tulum, ou encore les croix parlantes qui commandaient aux derniers Mayas Cruzoob de résister aux troupes du général Bravo.

Il y a quelque chose d'émouvant dans la volonté du Mexique de résister aux empires et aux asservissements. Ce fut, quelques années plus tard, un choc semblable à Morelia (Etat du Michoacan), lors d'une réunion organisée par le poète Homero Aridjis, sur le thème de la protection des ressources naturelles. Devant la salle où se tenaient les débats, un groupe d'Indiens Purhépechas de la région de Patzcuaro est venu présenter ses doléances, dénoncer le pillage de la forêt par les scieries sauvages, et la pollution des lacs. Le spectre de la centrale nucléaire de Laguna Verde était encore présent. Afin d'être entendus, les Purhépechas avaient dressé un crucifix devant la porte du théâtre, et l'un d'eux y était attaché comme crucifié. Les bannières portaient, écrit en grandes lettres rouges, le nom de Zapata. C'était le début des années 1980, l'insurrection zapatiste venait de commencer, non pas au Chiapas, mais là, dans ce coin du Michoacan. Plus tard, à Cheran, j'ai ressenti la même volonté de résistance chez les Purhépechas de la Meseta, le besoin de puiser dans la mémoire de la Relation de Michoacan, ce testament de leurs ancêtres, pour faire revivre leur langue et leur culture.
*
Au Mexique, ce qui est encore plus admirable que la mémoire des grandes civilisations à jamais effacées, c'est que ce pays s'est reconstitué peu à peu, dans les limites de ses anciens Etats, pour parvenir à faire fonctionner un renouveau. Il n'y a pas d'autre exemple dans le monde de peuples à ce point détruits et réduits à l'esclavage, qui ont su se retrouver, prendre leur liberté et recommencer leur histoire. Sans doute n'y a-t-il pas non plus d'exemple d'un pays à la fois si riche et si puissant victime des démons de la modernité. Au début du XXe siècle, le Mexique est pratiquement supérieur à son voisin du nord, en termes de développement, de justice et de richesse. Aujourd'hui, il connaît une des époques les plus difficiles de son histoire. La corruption du pouvoir en place depuis des générations, l'emprise des narcotrafiquants et la mainmise du capitalisme nord-américain au travers des industries offshore et du tristement célèbre traité de libre commerce enferment le Mexique dans une situation de dépendance et d'endettement d'où il sera difficile de sortir. Les principales victimes de cette situation sont les populations rurales, confrontées à la misère et obligées de s'expatrier. Au Michoacan, pour ne prendre que cet exemple, les trois quarts des hommes des villages (Indiens de la Meseta ou métis des Bajios) sont allés vivre aux Etats-Unis. La plupart quittent leur famille à l'âge de 18 ans, sans avoir pu faire d'études, et ne donnent plus signe de vie. Même si aujourd'hui la crise économique et la montée du chômage aux Etats-Unis inversent la tendance, les aspirations de la jeunesse ne pourront plus se contenter du mode de vie ancien. Le risque est de constituer une masse simili-urbaine vivant dans l'expectative d'une réouverture des frontières, en proie aux dangers de l'immigration clandestine et au banditisme. Devant cette menace, alors que se poursuit le projet de construction d'une muraille de la honte s'étendant du Pacifique à l'Atlantique afin de tenter de maîtriser l'invasion barbare, l'empire nord-américain s'enferme dans un protectionnisme que la nouvelle administration aura du mal à contredire.

En fin de compte, c'est en lui-même que le Mexique devra trouver la solution. A chaque époque de crise majeure - au lendemain de la Conquête, puis au temps de la dictature de Porfirio Diaz -, c'est ce qu'il a fait. Il est difficile de prédire comment ce changement s'opérera, dans la violence comme en 1910, ou dans un mouvement populaire de prise de conscience comparable à celui des zapatistas. Ce mouvement a été traité avec dédain par la classe dirigeante, mais il a le mérite d'un total réalisme dans ses revendications. Il ressource la politique dans les régions les plus démunies du monde rural (indien mais pas uniquement). Ce que montre clairement cette insurrection, qui a étonné toute la classe politique, c'est la capacité de renouvellement du Mexique dans son fond populaire. Cette extraordinaire fédération de cultures, unique dans l'histoire du monde, porte en elle le message du futur, métissé et interculturel, contre le monoculturalisme de l'ancien monde et les diktats du capitalisme international.
*
Et puis il y a tout ce que le Mexique a apporté et donne encore au monde, dans la quotidienneté. La douceur de la vie rurale, et même parfois, de façon surprenante, dans la plus grande métropole du globe, malgré l'insécurité, la contamination de l'air, malgré la pauvreté des quartiers de Naucalpan ou d'Iztapalapa, les baraques insalubres et le manque d'eau potable. Il y a toutes ces constellations extrêmement brillantes qui illuminent l'humaine conscience. Une mémoire magique peut-être. Le souvenir des héros éternels de la révolte des humbles tels qu'Emiliano Zapata à Cuernavaca ou Pascual Barrera et Juan de la Cruz Ceh, les "Séparés" de Chan Santa Cruz, ou encore Aurelio Acevedo, Anatolio Partida, les insurgés Cristeros des Altos du Jalisco. Le souvenir des rues fréquentées par Frida Kahlo et Diego Rivera, autour du Zocalo, ou à l'intérieur des murs indigo de la maison de Coyoacan. La beauté lumineuse de Maria Felix, photographiée par l'un des plus grands écrivains du roman contemporain, Juan Rulfo. L'audace créatrice de l'architecte contemporain Barragan, ou le savoir-faire millénaire des femmes tisserandes de la Meseta tarasque, l'imaginaire des artistes de la Sierra Huichol. La ferveur des fêtes populaires à Ocumichu, à San Juan Parangaricutiro, à Tarecuato, à Ichan, à Patamban.

Qu'on pense seulement à l'art de la cuisine au Mexique : à tous les ingrédients qui ont été créés ici et répandus dans le monde, de la cacahuète au chocolat, des haricots et du maïs au piment et à ses trente variétés, à la tomate, à l'avocat, au pulque et au tequila. A ces simples génies de la terre que sont les femmes des villages, qui ont su préparer les délices arrachés à la pauvreté du sol, et ont offert ces trésors aux premiers aventuriers européens. Qu'on pense encore à ces femmes audacieuses qui se battent aujourd'hui pour secourir les plus démunis, telle Rosa Verduzco à Zamora, qui a donné un nom, un toit et une éducation à des centaines d'enfants arrachés à la rue et aux prisons. Ce sont ceux-là, ces enfants du peuple, qui construiront la durée et la vraie puissance du Mexique à venir.

Février 2009


Source: ICI

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MessageSujet: Re: Jean-Marie Gustave Le Clézio   Dim 5 Juil 2009 - 22:45

Mmm, vos commentaires me donnent envie d'aller lire quelques uns de ses romans (moui, j'ai pas vraiment abordé JMG Le Clézio jusque là...).

Par contre, j'ai lu un court récit de lui, que j'ai vraiment beaucoup aimé: Le jour où Beaumont fit connaissance avec sa douleur:


C'est court, intéressant et intrigant. Voici la situation: un homme-Beaumont- est dans son lit. Il est trois heures vingt-cinq du matin. Il a l'impression que ses draps forment une sorte de camisole de force. Il décide donc de se lever, boire un verre d'eau et se recoucher. Mais, voilà le nœud du livre : il commence à attraper mal aux gencives, c'est d'abord une petite douleur mais elle prend de l'ampleur jusqu'à devenir un état de quasi-torture. Torture physique et psychologique. Beaumont se retrouve seul face à sa douleur avec pour unique réconfort, des médicaments et de l'eau-de-vie de prune. On retrouve ici les thèmes de la folie, de la douleur, de la réponse ou plutôt de la non-réponse de la société face à cet état.

"Ecoutez: je vais vous expliquer, j'ai eu tout à coup tellement peur, cette nuit. Ca ne m'était encore jamais arrivé. La solitude, ça devait être ça, la solitude. J'étais tout seul dans cet immense appartement, c'était impossible à supporter. Et j'avais ce truc dans la bouche, cette tumeur qui me torturait. Est-ce que vous pouvez vous imaginer une chose pareille, est-ce que vous pouvez seulement l'imaginer? Alors j'ai téléphoné à cette fille dont je vous ai parlé, mais elle n'a pas voulue venir. Alors j'ai pris une bouteille d'alcool et j'ai commencé à boire. Je ne me suis pas arrêté jusqu'à maintenant. Je suis noir, je suis complètement noir. Mais ça n'a pas d'importance. J'ai l'impression que je suis fini, que tout est fini." p.46
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MessageSujet: Re: Jean-Marie Gustave Le Clézio   Dim 5 Juil 2009 - 23:23

Dr.Ratichon a écrit:
Mmm, vos commentaires me donnent envie d'aller lire quelques uns de ses romans (moui, j'ai pas vraiment abordé JMG Le Clézio jusque là
je ne peux que t'encourager de le faire.. il y a de vrais bijoux à trouver parmi ses romans :heart:

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Marko
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MessageSujet: Re: Jean-Marie Gustave Le Clézio   Lun 6 Juil 2009 - 0:49

J'évoquais sur le fil des lectures de Juillet cet essai de Le Clézio sur le livre du schizophrène Louis Wolfson: Le schizo et les langues (écrit essentiellement en Français par un américain).



Il s'agit d'une note de lecture publiée en 1970 dans les Cahiers du Chemin et qui était une des premières réactions sur ce livre incroyable qui a tant fasciné Raymond Queneau, Sartre, Beauvoir, Lacan, Deleuze (qui a écrit la préface du roman) ... Un livre qui décrit la propre vie de ce romancier schizophrène et la façon dont il utilisait le langage pour échapper à la langue maternelle vécue comme intrusive et persécutrice.

Tous ces grands penseurs y vont vu une grande oeuvre littéraire au-delà de son aspect de cas d'école qui n'aurait intéressé que des psychiatres ou des psychanalystes tentant de décrypter les néologismes et la schizophasie de ce "patient".

Le Clézio le range parmi les plus grands textes qui ont révolutionné le langage et la littérature. Et je copie des extraits de son essai qui est à la fois une réflexion sur ce que sont les grands livres marquants, "les vrais livres, les livres profonds"... en même temps qu'une analyse de ce qui fait la force du roman de Wolfson.

Prenez le temps de lire cet extrait c'est passionnant.


Le Clézio à propos de la littérature et du roman de Louis Wolfson:

Citation :
Les vrais livres, les livres profonds sont peut-être exclusivement ceux qui nous permettent d'approcher de l'état de conscience. C'est-à-dire que l'art, le style, la vérité, le vérisme, ou même tout simplement ce qu'on appelle le « charme» - tout cela que l'on moque parfois sous le terme de littérature - ne forment pas l'essentiel de la littérature.

Chaque fois qu'un de ces livres paraît, si nouveau, si extraordinairement lui-même, un de ces livres qu'on ne lit pas vraiment, mais qu'on vit ; alors il semble que c'est la littérature tout entière qui soit remise en question. Le livre devient en quelque sorte un vengeur implacable et solitaire qui détruit d'un seul coup des années d'habitudes et de confort littéraire. Il y a peu de ces livres. Surtout, il y en a peu qui aient été retenus par la littérature car leur rareté vient de ce qu'ils utilisent la largeur littéraire en la dénaturant, et qu'ils ne sont séparés du monde littéraire que par d'imperceptibles barrières. Il s'en est fallu de peu qu'ils ne soient des «documents», des « témoignages ». Seule l'aide d'esprits clairvoyants leur a permis de sortir de l'oubli, d'échapper à la confidence, d'être « publics » - et par là, d'inquiéter au lieu de rassurer.

Il y a peu de ces livres : pour la plupart oeuvres d'étrangers à la littérature, comme l'Arta Numa Pavak, par exemple, ou le Chilam Balam de Chumayel, écrits anonymes. Mais surtout oeuvres violentes, parodiques, agressives, livres à la limite, livres de négation presque absolue ; livres qui ne sont pas faits pour rassurer, mais sortes d'appels au secours, ou malédictions, qui n'acceptent aucun public vraiment, qui nous traversent et nous excluent au même instant : livres de TORTURE. Sade, Lautréamont. Hommes non pas de génie (qu'aurions-nous à faire de génies ?), car ils remettent en cause l'idée même du génie, c'est-à-dire du héros éclairant le monde ; mais hommes de douleur, infirmes de la société, que la société a condamnés, et qui se sont interrogés devant nous, à voix haute, sur les raisons de cette condamnation.

Il y a peu de ces livres parce qu'au fond il y a peu de ces hommes que la société rejette. Criminels sans crime que l'on a exilés, que l'on a incarcérés dans la vie même. Que veulent-ils ? Que cherchent-ils ? Leur malédiction n'est pas une révolte. Se révolter, c'est avoir déjà accepté l'univers qui nous entoure, et avoir accepté sa communicabilité. Ces hommes, au contraire, n'ont pas les moyens d'accéder à la révolte. Ils sont en deçà de l'outrage. Leur férocité, leur agression restent sans force, puisqu'ils sont eux-mêmes en condition d'infériorité.

C'est qu'il y a deux littératures : celle des hommes qui savent parler, et celle des hommes qui n'ont pas encore appris à parler. La première est une littérature triomphante, elle est LA littérature. L'autre est une littérature de défaits, de vaincus, une littérature moins, et ses livres sont des livres maudits.

D'où vient que nous puissions lire de tels livres ? Nous, qui avons appris à parler, comment pouvons-nous accepter que nous soit montrée cette infirmité insolente, ce mutisme d'autant plus odieux qu'il nous singe, qu'il fait semblant d'être de notre côté, pour mieux nous tourner en dérision ? Je veux dire, comment lire le livre de Louis Wolfson autrement que comme un document médical ? Car c'est là tout le secret de la puissance d'un tel livre, comme des Chants de Maldoror ou Les Infortunes : encore une fois, ce qui est inquiétant en eux, ce n'est pas le cas psychologique ou pathologique. Rien de plus rassurant que la « maladie » mentale, ou la maladie sociale : elles deviennent guérissables. Mais ici toutes les lois de l'équilibre sont rompues. Nous savons tout de suite qu'il n'y a, à proprement parler, aucune différence qualitative entre nous et le fameux jeune *âme *sqizofrène.

Ce qui nous attire avec tant de vertige dans le livre de Wolfson, c'est qu'il évoque un drame que nous connaissons bien, et que nous avions voulu oublier : le drame du passage du langage.

[...]


L'art est peut-être autre chose. Mais alors, qu'est-il ? Et que sont les Chants de Maldoror, par exemple, ou bien Le Paysan de Paris, ou les poèmes de Michaux ? Que sont les tableaux de Van Gogh, ou les films de Godard ? Un livre frémissant, vivant, à la fois extraordinairement féroce et tendre, qui impose sa propre logique, qui établit son langage solitaire, qui travaille à l'élaboration de son propre univers, pour lui seul, selon ce monstrueux et inévitable égocentrisme qui est la nature même de la pensée. Un livre, le livre par excellence, car il n'y a aucune distance entre ce qu'il dit et celui qui l'a écrit. L'un et l'autre sont parties du même tout.

Ignorer un tel livre, ou le reléguer dans le tiroir des expériences serait beaucoup plus grave que de manquer à la culture, car ce que nous dit Louis Wolfson, ce qu'il essaie de nous dire à travers l'histoire romanesque de ce jeune *ôme *sqizofrène, nous apprend beaucoup sur nous-mêmes ; nous révèle notre vrai monde, un monde de peurs, de phobies, dont la grande malédiction et la grande ivresse, la conscience, viennent directement du langage, sont le langage. Pour nous qui avons appris à parler, les mots de la poésie ou les mots du roman pouvaient bien être des psalmodies dormitives ; mais le danger de la parole, son urgence, ses souffrances n'avaient pas cessé d'être au fond de nous.

Oui, la question de savoir si de tels livres sont ou ne sont pas de l'art était futile, elle ne pouvait pas se poser. Le livre de Louis Wolfson nous donne tout de suite sa réponse : il n'y a pas de livres beaux, ni de livres d'art. Il n'y a que des livres intéressants. Il n'y a que des livres utiles. Car c'est sans doute la grande découverte de notre temps, que de nous avoir extirpés de la paix vers le doute et le malheur, arrachés du langage calme qui savait bien mentir, et de nous avoir montré, de nous montrer chaque jour, avec un peu plus de douleur et de conscience, que le langage n'est pas une harmonie mais une explosion, que la littérature ne doit plus être faite par un, mais par tous.


Je pourrai mettre le texte complet pour ceux que ça intéresse (13 pages en tout avec ce que j'ai déjà copié).

La préface de Deleuze: Schizologie

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"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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MessageSujet: Re: Jean-Marie Gustave Le Clézio   Jeu 20 Aoû 2009 - 19:56

Enchantée je suis par l'écriture de Le Clézio aime



L'Africain

Citation :
Alors les jours d’Ogoja étaient devenus mon trésor, le passé lumineux que je ne pouvais pas perdre. Je me souvenais de l’éclat sur la terre rouge, le soleil qui fissurait les routes, la course pied nus à travers la savane jusqu’aux forteresses des termitières, la montée de l’orage le soir, les nuits bruyantes, criantes, notre chatte qui faisait l’amour avec les tigrillos sur le toit de tôle, la torpeur qui suivait la fièvre, à l’aube, dans le froid qui entrait sous le rideau de la moustiquaire. Toute cette chaleur, cette brûlure, ce frisson.





Un livre magnifique, touchant. Une écriture qui parvient à faire ressentir au plus profond des sensations, des odeurs, des manières de vivre, de sentir, des contrastes d’une terre vibrante, ce mouvement entre liberté et contraintes. Un regard bienveillant porté sur un père autoritaire, des moments de bonheur, touchants ; l’étonnement de l’enfant, mais aussi de l’adulte. Une vision tolérante aussi, loin de tout ethnocentrisme, qui fait du bien.



En lisant La Ronde et autres faits divers à la suite, j’y vois des parallèles, en particulier dans la description d’images, d’odeurs, de sons. Une nature tour à tour bienveillante, ou menaçante, qui fait écho à la solitude de tous les personnages de ces nouvelles, ou les « nargue », eux qui sont en quête de liberté. La mer est souvent présente, immense et inquiétante ; le soleil aussi, brûle ou réconforte.

L’échappé


Citation :
Là-haut, il y a encore davantage de lumière. Plus rien ne le sépare du ciel. L’étendue du plateau calcaire est immense, le ciel bleu pâle à l’horizon, sombre comme la nuit au zénith. Le vent fait trembloter les broussailles, agite les feuilles calcinées des arbustes. La terre entre les cailloux est grise, blanche, couleur de salpêtre. Ici, malgré le soleil, Tayar sent le froid de l’espace, le vent. C’est un vent âpre et desséchant qui souffle avec force, venu du fond de l’atmosphère.


L’environnement des personnages rencontrés est souvent glauque, un univers hostile : des tours, la ville anonyme, un mobile-home avec comme seul compagnon un chien, une maison promise à la destruction, des chemins boueux pour des clandestins, une cave… La menace pèse sur ces êtres solitaires, elle provient de l’extérieur, de la société qui les malmène, des inégalités sociales qui semblent par exemple conduire au vol (ô voleur, voleur, quelle vie est la tienne ), ou à s'échapper; ou les personnages sont amenés à rêver d’un ailleurs (La grande vie, Le passeur).

Au final nous sont montrés par des cas individuels les conséquences d’une société qui n’offre pas à tous les moyens d’atteindre des objectifs socialement valorisés. Le Clézio a donc un regard sociologique, le malheur qui frappe les personnages de ses romans n’est pas de leur ressort, ils sont dépassés, ils subissent la violence du dehors…

L’écriture se fait inquiétante, on ressent à chaque fois une menace latente, pesante... qui parfois glace le sang quand elle s'abat (Ariane, Le jeu d'Anne). Le lecteur entre dans la vie de ces individus à un moment T, comprend au fur et à mesure leur contexte de vie, leurs espoirs, leurs questionnements ; il les laisse souvent hébétés, morts, sans espoir.

Un livre noir donc, superbement écrit.
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kenavo
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MessageSujet: Re: Jean-Marie Gustave Le Clézio   Ven 21 Aoû 2009 - 8:07

Li a écrit:
Enchantée je suis par l'écriture de Le Clézio aime
Contente je suis de lire celà Very Happy
merci pour tes beaux commentaires.. tu donnes envie de se remettre à le lire Wink

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MessageSujet: Re: Jean-Marie Gustave Le Clézio   Sam 22 Aoû 2009 - 1:20

Nous voilà au moins 2 à avoir lu et aimé cette ronde... A qui le tour?

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MessageSujet: Jean-marie gustave le clezio   Sam 22 Aoû 2009 - 12:20

J'étais tellement contente de lire que d'autres que moi étaient enthousiastes à propos de ce livre. Ces nouvelles de la Ronde et autres faits sont à mon avis les plus belles de Le Clezio.
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kenavo
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MessageSujet: Re: Jean-Marie Gustave Le Clézio   Sam 22 Aoû 2009 - 12:53

Marko a écrit:
Nous voilà au moins 2 à avoir lu et aimé cette ronde... A qui le tour?

isachap a écrit:
J'étais tellement contente de lire que d'autres que moi étaient enthousiastes à propos de ce livre. Ces nouvelles de la Ronde et autres faits sont à mon avis les plus belles de Le Clezio.
noté, noté, noté Very Happy

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MessageSujet: Re: Jean-Marie Gustave Le Clézio   Lun 14 Déc 2009 - 19:47

En rapport avec la ritournelle de la faim, et en réponse à quelqu'un qui disait dans ce fil "avoir envie d'écouter le Boléro de nouveau...une vidéo que j'ai trouvée saisissante. On comprend mieux les dernières pages de Le Clézio après cela.http://www.youtube.com/watch?v=gh_9leIFl7Y
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bulle
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MessageSujet: Re: Jean-Marie Gustave Le Clézio   Mer 10 Fév 2010 - 5:35

Texte : Portrait d'Esther - Étoile errante

Elle savait que l’hiver était fini quand elle entendait le bruit de l’eau. L’hiver, la neige avait recouvert le village, les toits des maisons et les prairies étaient blancs. La glace avait fait des stalactites au bout des toits. Puis le soleil se mettait à brûler, la neige fondait et l’eau commençait à couler goutte à goutte de tous les rebords, de toutes les solives, des branches d’arbre, et toutes les gouttes se réunissaient et formaient des ruisselets, les ruisselets allaient jusqu’aux ruisseaux, et l’eau cascadait joyeusement dans toutes les rues du village.

C’était peut-être ce bruit d’eau son plus ancien souvenir. Elle se souvenait du premier hiver à la montagne, et de la musique de l’eau au printemps. C’était quand ? Elle marchait entre son père et sa mère dans la rue du village, elle leur donnait la main. Son bras tirait plus d’un côté, parce que son père était si grand. Et l’eau descendait de tous les côtés, en faisant cette musique, ces chuintements, ces sifflements, ces tambourinades. Chaque fois qu’elle se souvenait de cela, elle avait envie de rire, parce que c’était un bruit doux et drôle comme une caresse. Elle riait, alors, entre son père et sa mère, et l’eau des gouttières et du ruisseau lui répondait, glissait, cascadait...

Maintenant, avec la brûlure de l’été, le ciel d’un bleu intense, il y avait un bonheur qui emplissait tout le corps, qui faisait peur, presque. Elle aimait surtout la grande pente herbeuse qui montait vers le ciel, au-dessus du village. Elle n’allait pas jusqu’en haut, parce qu’on disait qu’il y avait des vipères. Elle marchait un instant au bord du champ, juste assez pour sentir la fraîcheur de la terre, les lames coupantes contre ses lèvres. Par endroits, les herbes étaient si hautes qu’elle disparaissait complètement. Elle avait treize ans, elle s’appelait Hélène Grève, mais son père disait : Esther.

Le Clézio, Etoile errante


Un enchantement de mots. content
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MessageSujet: Re: Jean-Marie Gustave Le Clézio   Ven 9 Avr 2010 - 19:45

Je ne suis pas du tout aussi enthousiaste que les derniers coms car j'ai eu beaucoup de mal à terminer Ritournelle de la faim. Embarassed


On suit les souvenirs d'Ethel qui nous raconte sa jeunesse sous fond de seconde guerre mondiale. Il y a les soucis financiers, l'amitié, les amours, la montée de l'extrême droite, la peur, la faim ....
J'ai eu l'impression que tout était survolé. Certains détails manquent. Je n'ai pas vraiment compris le sens, l'utilité de certaines conversations.

Je me suis ennuyée durant les quatre-vingt -dix premières pages. Je trouvais le récit confus, décousu. Je n'arrivais pas à m'accrocher aux personnages.
Lors de la seconde partie, ça allait un peu mieux mais bon. Je n'ai pas retrouvé la poésie évoquée lors de vos coms.
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MessageSujet: Re: Jean-Marie Gustave Le Clézio   Aujourd'hui à 5:36

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Jean-Marie Gustave Le Clézio
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