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 Le Jourde et Naulleau

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coline
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MessageSujet: Le Jourde et Naulleau   Ven 12 Déc 2008 - 16:58

Le Jourde & Naulleau est un livre de Pierre Jourde et Eric Naulleau paru en février 2004, avec réédition augmentée en octobre 2008 chez Mots & Cie.
Présenté comme un « précis de littérature du XXIe siècle », c'est un pamphlet qui prend la forme d'un pastiche des ouvrages scolaires d'André Lagarde et Laurent Michard, plus connus sous le nom générique de Lagarde et Michard.
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Cachemire
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MessageSujet: Re: Le Jourde et Naulleau   Ven 12 Déc 2008 - 17:00

Comment ça "du XXIème siècle ?" Explique, s'il te plaît, cela m'intrigue...
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coline
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MessageSujet: Re: Le Jourde et Naulleau   Ven 12 Déc 2008 - 17:03

Cachemire a écrit:
Comment ça "du XXIème siècle ?" Explique, s'il te plaît, cela m'intrigue...

Je suis un peu intriguée par cet ouvrage...mais je ne me suis pas encore décidée à investir dedans... content

Pierre Jourde et Eric Naulleau nous proposent, avec ce livre iconoclaste, un savoureux pastiche du Lagarde & Michard, dans lequel ils s'amusent à épingler, avec une certaine ironie, mais sans méchanceté, onze écrivains remarquables et remarqués : Madeleine Chapsal, Guillaume Dustan, Marie Darrieussecq, Emmanuelle Bernheim, Alexandre Jardin, Camille Laurens, Bernard-Henri Lévy, Philippe Labro, Christine Angot, Philippe Sollers, et même Dominique de Villepin ! Que ceux qui se trouvent un peu chahutés dans cet ouvrage ne se formalisent pas, mais qu'ils considèrent plutôt avec nous que le littérairement correct et germano-pratin avait bien besoin d'un léger coup de plumeau. Quant à ceux qui n'y figurent pas, qu'ils ne s'inquiètent pas : ils seront peut-être dans le tome suivant...

Pierre Jourde est professeur à l'université de Grenoble III. Il a publié une quinzaine d'ouvrages, dont La Littérature sans estomac (L'Esprit des péninsules, 2002), couronné par le Prix de la critique de l'Académie française.
Eric Naulleau est éditeur. Il est également co-auteur avec Pierre Jourde de Petit déjeuner chez Tyrannie (La Fosse aux Ours, 2003).


(Source Zazieweb)
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Cachemire
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MessageSujet: Re: Le Jourde et Naulleau   Ven 12 Déc 2008 - 17:07

Merci Coline! Je vais le feuilleter aussi pour voir ce que ça donne... je trouve l'idée rafraîchissante !
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coline
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MessageSujet: Re: Le Jourde et Naulleau   Ven 12 Déc 2008 - 17:16

"Ces deux plaisantins ont entrepris de traiter une brochette d'auteurs contemporains à la manière du célèbre manuel de littérature. Ils résument la vie du plumitif, proposent des extraits de son œuvre, et nous noient sous un déluge de notes, de commentaires jargonnants et de sujets de devoirs (avec les corrigés). On devine qu'ils se sont gondolés en écrivant ces pastiches, et le rire étant communicatif, il est souvent impossible de résister. Les romancières pour magazines féminins sont les premières victimes de leur mauvais esprit: Madeleine Chapsal et la «chapsalisation»; Marie Darrieusecq, la reine du jambon; Emmanuelle Bernheim et Camille Laurens, éminentes exploratrices du «Durassic Park». Mais le «papoteur» gai, Guillaume Dustan, et le «Chateaubriand des temps modernes», Dominique de Villepin, leur inspirent également des passages hilarants. Toute la gamme des procédés comiques est mise à contribution, depuis les considérations solennelles sur le métissage culturel et le droit à la différence, jusqu'aux intitulés de dissertation assassins: «Emmanuelle Bernheim, Marcel Proust: vous comparerez les œuvres de ces deux écrivains au point de vue du style, des thèmes et de la construction narrative.»

"Curieusement, le rire bon enfant se transforme en rictus lorsqu'ils abordent Sollers, BHL, Labro et Christine Angot. Ils abandonnent l'humour potache d'un Patrick Rambaud pour retomber dans l'éreintement. Cette soudaine aigreur donnerait presque envie de prendre la défense de l'agressé, ce qui est tout de même un comble! Néanmoins, ces quelques pastiches moins réussis sont très instructifs: ils nous apprennent que pour crever un ballon de baudruche, il faut approcher une épingle avec délicatesse, et non pas balancer un grand coup de pied dedans. Pour être vraiment méchant, il ne faut surtout pas être méchant."


(Source LIRE)
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coline
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MessageSujet: Re: Le Jourde et Naulleau   Ven 12 Déc 2008 - 17:26

Vidéo: Qui ne voudrait pas écrire comme Marc Lévy?

Jourde et Naulleau
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coline
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MessageSujet: Re: Le Jourde et Naulleau   Ven 12 Déc 2008 - 17:44

Le Jourde et Naulleau

Extrait:

Florian Zeller à la louche
PAR PIERRE JOURDE ET ERIC NAULLEAU


Né le 28 juin 1979, Florian Zeller est beau, dans sa jeunesse. (C'est ce qui le différencie, par exemple, de Michel Houellebecq, avec lequel il présente par ailleurs certaines affinités.) On peut encore le vérifier sur une grande quantité de magazines, et sur la photographie qui figure au dos de ses livres, où il a l'oeil blond et le cheveu profond (ou l'inverse). En dehors de cela, Florian Zeller a pour principales caractéristiques, au début du XXIe siècle, d'être plutôt beau garçon et d'avoir beaucoup de cheveux.

Tout en enseignant la littérature à Sciences-Po, il publie tout jeune son premier roman, Neiges artificielles, qui obtient le prix de la Fondation Hachette. En apparence, le texte raconte l'histoire d'un jeune homme qui va dans des soirées, qui cherche des filles et qui se préoccupe de ses costumes Armani. En apparence seulement. Plus profondément, Neiges artificielles est un livre qui pense, émaillé de réflexions fulgurantes sur la vie, la mort, les filles, les pantalons. La preuve, c'est que les chapitres comportent des épigraphes de Nietzsche, Michaux, Rimbaud et même Hérodote. Alors bon. C'est aussi un roman spéculaire plein d'auto-ironie, puisqu'on y croise un personnage nommé Florian Zeller, qui a les cheveux dressés sur la tête parce qu'enfant il a mis le doigt dans une prise électrique. [...]

Neiges artificielles

Je n'avais aucune affinité avec ces lieux nocturnes dont le terme «boîte» résumait bien la dimension carcérale (1). Et, d'une façon plus générale, je n'avais aucune affinité avec mon époque (2). J'avais l'impression de la traverser sans l'investir tout à fait. Ou, plus exactement, je ressentais une sorte de nostalgie pour une vie que je n'avais pas vécue. J'étais inexplicablement projeté dans une douce tristesse, vers un passé inventé ou un futur incertain, et cette inadéquation était parfois si forte qu'il me semblait que ma vie ne se passait plus dans le présent (3).
Carmen s'est assise en face, on s'est dit vaguement bonjour ; elle portait une robe blanche qui mettait en avant la couleur ensoleillée de sa peau (4). Elle avait ce quelque chose propre aux étrangères (5), Florian m'avait dit qu'elle était espagnole. Malgré la musique, on devinait de loin l'accent qui chantait dans ses phrases (6). Elle souriait noir et bleu (7). Noir pour ses cheveux, bleu pour son regard infini (Cool. Et dire que cette fille avait tué un homme.


1. Lorsque, dans un roman, le narrateur évoque une boîte de nuit, il doit impérativement préciser qu'il n'aime pas ces endroits, et qu'il s'y rend principalement pour observer ses contemporains.
2. Tout vrai héros n'est pas à sa place dans son époque, c'est bien connu. Il a beau aller dans les boîtes et se préoccuper de ses costumes, il est ailleurs.
3. Chateaubriand, qui ne connaissait pas Florian Zeller, appelait cela vague des passions, Stendhal vague à l'âme, Musset désenchantement. Il ont écrit là-dessus quelques considérations qui préfigurent, de manière embryonnaire, les grands textes zelleriens.
4. «Couleur ensoleillée» : Bon exemple de l'invention langagière chez Zeller. On notera le caractère hardi de la métaphore, riche en connotations sensuelles. C'est du grand art.
5. La littérature, ici, s'approche des limites de l'indicible. Comment définir en effet ce presque rien, cet ineffable qui est propre aux femmes suédoises, anglaises, brésiliennes, japonaises, sénégalaises, guatémaltèques, zimbabwéennes, papoues ? Elles sont étrangères. C'est fascinant. Certaines sont même plutôt basanées et parlent avec un accent qui donne des frissons dans le dos.
6. « L'accent qui chante » : quelques lignes après « la couleur ensoleillée », c'est encore une métaphore, encore une trouvaille, preuve s'il en fallait du travail du style chez Zeller. Cette exigence littéraire nous entraîne bien loin des clichés journalistiques.
7. On lit, biffé sur le manuscrit : « elle souriait noir et blanc, noir pour ses cheveux, blanc pour ses dents » et « elle souriait bleu blanc rouge, bleu pour ses yeux, blanc pour ses dents, rouge pour ses gencives ». Incontestablement, le romancier a su faire le bon choix.
8. Admirable portrait de femme : avec sa peau ensoleillée, son accent qui chante et son regard infini, elle demeure comme une des grandes figures de femme de la littérature.
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coline
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MessageSujet: Re: Le Jourde et Naulleau   Ven 12 Déc 2008 - 18:04

Extrait: A propos de Marc Lévy

3/ Grammaire, vocabulaire
Marc Levy écrit dans Et si c'était vrai:

1- Quand il lui demanda comment connaissait-elle son prénom, elle répondit qu'elle était déjà là bien avant qu'il n'emménage.
2- ...imposant bâtiment de style néoclassique construit au début du siècle où, dans des dizaines de salles aux voûtes majestueuses, règne une atmosphère si différente à bien d'autres lieux semblables.
3- Il avait près de quatre-vingt suspects, dont l'un d'entre eux était peut-être en attente d'un don d'organe ou avait l'un des siens dans la même situation.
4- Green Street est une jolie rue bordée d'arbres et de maisons.


1 - Rétablissez la syntaxe normale. Profitez-en pour réviser les règles de l'interrogation indirecte.
2 - Trouvez quelque chose pour arranger la fin de la phrase.
3 - Supprimez la redondance de la relative, puis tentez de comprendre la fin de la phrase.
4 - Imaginez ce que pourrait être une rue qui ne serait pas bordée de maisons. Ne cédez pas au vertige métaphysique.
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Cachemire
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MessageSujet: Re: Le Jourde et Naulleau   Ven 12 Déc 2008 - 19:03

coline a écrit:
Extrait: A propos de Marc Lévy

3/ Grammaire, vocabulaire
Marc Levy écrit dans Et si c'était vrai:

1- Quand il lui demanda comment connaissait-elle son prénom, elle répondit qu'elle était déjà là bien avant qu'il n'emménage.
2- ...imposant bâtiment de style néoclassique construit au début du siècle où, dans des dizaines de salles aux voûtes majestueuses, règne une atmosphère si différente à bien d'autres lieux semblables.
3- Il avait près de quatre-vingt suspects, dont l'un d'entre eux était peut-être en attente d'un don d'organe ou avait l'un des siens dans la même situation.
4- Green Street est une jolie rue bordée d'arbres et de maisons.


1 - Rétablissez la syntaxe normale. Profitez-en pour réviser les règles de l'interrogation indirecte.
2 - Trouvez quelque chose pour arranger la fin de la phrase.
3 - Supprimez la redondance de la relative, puis tentez de comprendre la fin de la phrase.
4 - Imaginez ce que pourrait être une rue qui ne serait pas bordée de maisons. Ne cédez pas au vertige métaphysique.

Très amusant... laugh
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MessageSujet: Re: Le Jourde et Naulleau   Ven 12 Déc 2008 - 19:23

Très drôle oui, et pas faux du tout pour Zeller que j'ai eu le bonheur de lire (une fois suffit Razz )

D'ailleurs on en parle moins...il a déjà tout dit?
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MessageSujet: Re: Le Jourde et Naulleau   Dim 28 Déc 2008 - 21:20

Le Jourde & Naulleau (Mango Littérature, 2008, 280 pages). Précis de littérature du XXI° siècle.

Pierre Jourde, avec son compère Eric Naulleau, font ici un pastiche des Lagarde et Michard.
Ils se sont répartis le travail. Leur style est différent : là où Naulleau dresse une biographie sarcastique, avec quelques courts extraits d'oeuvres, Jourde présente l'auteur, puis donne à lire des passages entiers, richement annotés. Globalement, il faut bien dire que les textes de Jourde sont plus intéressants que ceux de Naulleau.

Après Marc Lévy (dont on a déjà parlé sur ce forum) vient Christine Angot, par Naulleau (Jourde en avait parlé dans La Littérature sans estomac). Le lecteur lire, sidéré, un extrait profondément raciste extrait de Léonore, toujours. Certains écrivains ont apparement le droit d'écrire des horreurs sans choquer les journalistes et autres associations. Curieux.

Après ce chapitre pitoyable, passons à Anna Gavalda, un écrivain gentil que tout le monde aime (sans doute parce que ses romans sont inofensifs). Et à ce propos, l'Amour, c'est le sujet principal de Madeleine Chapsal, dont la modestie et l'intérêt de l'oeuvre sont bien mis en lumière par les notes de bas de page ("Le journal de Madeleine Chapsal restera un témoignage précieux sur le tournant du XX° et du XXI° siècle, plein d'aperçus originaux et de paradoxes audacieux : tous ces appareils modernes, ça ne marche jamais, le prix des légumes n'arrête pas d'augmenter, de la bonne viande, on n'en trouve plus, et avec toutes leurs machines, ils détraquent le climat.", page 69).

Le texte de Naulleau sur Labro est un peu long.

Florian Zeller est passé à la moulinette par Jourde. Zeller écrit un certain nombre de platitudes, dans Les Amants du n'importe quoi, sur l'art et la manière de visiter une ville. C'est snob : berk, visiter les lieux et monuments que tout le monde voit... Il écrit ainsi "A Rome, je n'ai vu aucun des monuments jugés indispensables." (page 104). Ce qui vaut la note suivante de Jourde : "Ce qui implique, à Rome, un effort et une attention constants. Il n'est pas donné à tout le monde, en effet, de réussir à ne pas voir le Colisée, le Panthéon, le Château Saint-Ange, le forum, les fontaines, les palais, etc. " (page 104).

Naulleau descend Philippe Sollers, ce qui n'est pas très difficile en soi. Il a ressorti quelques écrits où Sollers louait Mao, la révolution culturelle prolétarienne dont "révolution dont tout confirme le succès éclatant" (page 130), et il le cite des textes louant la clairvoyance de Sollers, le Combattant Majeur.
Un extrait de Paradis permet de bien appréhender la richesse stylistique de Sollers :
Citation :
"régression ablation dans l'involution révolue par avolition les mâles barbotant entre sperme et vivre comme elles ovoluent du pas-dit pression et voici en conséquence la relation vélation d'une gélation de la félation par fellation précoce d'un phénomène de reblablation élation du grec élatos ductile [...]" (page 122).
Du grand art.
Plus loin, les zélateurs de Sollers (Ligne de Risque : Frédéric Badré, François Meyronnis, Yannick Haennel) verront leur compte réglé par Jourde. Facile, ils se cirent les pompes les uns les autres, mais plus que tout, ils sont en admiration devant Sollers.

Alexandre Jardin... Exemple à l'appui (mise en gras des mots importants dans un passage de Le Petit Sauvage), Jourde écrit : "Alexandre Jardin, toujours prêt à se lancer dans de généreux combats et à soutenir des oeuvres de bienfaisance, a créé avec Le Petit Sauvage le premier livre pour mal-comprenants." (page 144). Il démolit l'oeuvre Jardinière en mettant en évidence les clichés innombrables et la pauvreté tape-à-l'oeil des métaphores qu'il affectionne.

Naulleau, dans son chapitre consacré à Bernard-Henri Lévy, cite un extrait d'un livre de Renaud Matignon (La Liberté de blâmer, 1998) : "La nouvelle philosophie était née. Comme la nouvelle cuisine, la nouvelle philosophie est plus légère que l'ancienne. Elle se digère facilement. Bernard-Henri Lévy avait inventé le panier-repas de la pensée, l'équivalent intellectuel de l'écologie. Pensez moins, vous penserez mieux. La recette fit fortune." (page 155).
Autre citation, cette fois-ci extraite du livre de BHL, Qui a tué Daniel Pearl (2003) :
Citation :
"Je ne sais pas si j'ai croisé, ou non, Daniel Pearl à Asmara. Mais je sais que son assassin a vibré sur des scènes que j'aurais pu tourner." (page 171).
C'est consternant.

Puis vient Marie Darrieussecq (Jourde avait déjà parlé de son cas dans La Littérature sans Estomac). Sa biographie précise : "Elle a en outre créé en 2010, en collaboration avec la toujours jeune académie du même nom, le Goncourt des maternelles, décerné chaque année par les enfants de douze maternelles de France." C'est facile, mais rigolo.
Il faut dire que le livre présentant la littérature du XXI° siècle, la totalité de leur biographie est traitée.
Jourde présente notamment un extrait de Le Bébé (2002) :
"Une puéricultrice sur deux est favorable à la tétine.", ce qui donne cette note de bas de page : "Le travail du style n'exclut pas la rigueur du travail d'information. Marie Darrieussecq a retenu les grandes leçons de Flaubert et Zola : le fait juste." (page 208).

A propos de Camille Laurens, on peut lire cette note : "Certains auteurs contemporains font une grosse consommation de fous (voir Dominique de Villepin et Philippe Sollers). Cela semble d'autant plus paradoxal qu'il s'agit souvent de gens respectables, de sens rassis, voire de notables. Paradoxe tout apparent : la folie est bien cotée à la bourse des valeurs littéraires. Evoquer la folie, c'est un peu le génie du pauvre." (page 232).

Naulleau s'attaque ensuite à Patrick Besson. C'est un peu long. Puis c'est Jourde avec Emmanuelle Bernheim. C'est court, mais la platitude de son oeuvre est telle que ça suffit bien.

Et pour finir : Dominique de Villepin (par Jourde). C'est le pire, d'une certaine façon. La nullité par le vide (du style, des dialogues, etc.), c'est une chose, mais chez Villepin, c'est le vide par le trop-plein et la grandiloquence. Extrait de "Eloge des Voleurs de feu" :
Citation :
"De la gueule grande ouverte du prophète, gargouille éructante qui se tord sous le fer des mots, de véritables torrents de feu crient le désespoir. [...] Dans son oeil gravé, le voleur de feu porte la brûlure de l'aînesse qui vaut serment, d'une parole tendue en souvenir d'anciens, naufrages, d'un compagnon perdu, d'un amour évanoui [...]. L'homme par le poète ainsi tiré plus haut grandi d'hémorragies, ennobli de folles colères et de noirs tourments, homme de rages contagieuses, reçoit de plein fouet l'injonction : « n'apaise pas, fomente ! » Et de s'acharner à saisir, hors les maris, l'insaisissable, à corriger de viles symétries l'irréparable, à rompre les amarres jusqu'à arracher les bouches luettes de l'indicible, emporté par la houle furieuse" (page 272).
Le genre d'écrivain (osons le mot) qui pense que écrire des mots tels que feu, grandiose, fou, insurrection, gouffres, infini, rage, etc. suffit à faire de la littérature.
C'est pathétique.


Ce "petit livre noir du roman contemporain" est très marrant, et fait gagner beaucoup de temps lorsqu'on n'a pas lu les auteurs traités. Quelques recommandations : ne pas le lire dans le métro (pas de place pour s'écrouler de rire), et ne pas en lire trop d'une traite, il y a un léger effet de nausée : on a ici affaire à un concentré de nullités.
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Arabella
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MessageSujet: Re: Le Jourde et Naulleau   Dim 28 Déc 2008 - 21:26

Cela a l'air fort drôle, mais bon disons qu'il est facile de faire de l'humour avec les auteurs cités (je me permets de dire ça alors que je n'en ai lu qu'une partie honte )

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MessageSujet: Re: Le Jourde et Naulleau   Dim 28 Déc 2008 - 23:04

Arabella a écrit:
Cela a l'air fort drôle, mais bon disons qu'il est facile de faire de l'humour avec les auteurs cités (je me permets de dire ça alors que je n'en ai lu qu'une partie honte )

C'est vrai !
Mais rares sont ceux qui font de l'humour avec ces auteurs (enfin, c'est plus rare avec Sollers qu'avec Marc Lévy). Il y a aussi des extraits de critiques de journaux qui encensent les livres dont on vient juste de lire un passage particulièrement minable.
Ce n'est évidemment pas un scoop, le fait que la critique littéraire digne de ce nom est assez rare, mais bon... ça fait parfois du bien de le lire !
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Arabella
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MessageSujet: Re: Le Jourde et Naulleau   Dim 28 Déc 2008 - 23:53

Oui, des vraies critiques littéraires des auteurs vivants manquent terriblement. J'ai toujours du mal à comprendre pourquoi les critiques du Monde des Livres sont si intéressants quand ils parlent des morts, mais dès qu'ils écrivent sur les écrivains encore en activités, j'ai la sensation de lire comment dire, un exercice de style, certes brillant, mais totalement creux en terme de contenu, je suis en réalité incapable de dire après la lecture, si la personne qui l'a écrit a apprécié ou non le livre, et encore moins pourquoi.

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MessageSujet: Re: Le Jourde et Naulleau   Lun 29 Déc 2008 - 2:09

eXPie a écrit:
Le Jourde & Naulleau (Mango Littérature, 2008, 280 pages). Précis de littérature du XXI° siècle.


Je pensais que cela allait arriver...Je l'ai commandé hier... content
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