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 Mathias Enard

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tom léo
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MessageSujet: Re: Mathias Enard   Lun 22 Nov 2010 - 9:32

Mathias Enard - Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants

CONTENU:
En printemps 1506 Michelangelo fuit Rome, où le Pape Jules II attend ses services pour la construction de son monument funéraire, mais ne veut pas trop payer. A Florence il reçoit une invitation du sultan Bayezid II de Constantinople d’y construire le pont si désiré à la Corne d’Or, projet qui avait été retiré de Léonardo da Vinci, de vingt ans l’ainé. Ainsi Michelangelo arrive le 13 Mai 1506 à Constantinople et travaille pendant quelques semaines en hâte à un dessein, un projet. Il va être jeté dans et confronté avec la vie orientale et débordante, tout en couleur et exotisme.

REMARQUES:
Voilà qu’on y trouve réuni les ingrédients d’une belle petite histoire, oui, même d’une sorte de « conte » (le titre français faisant allusion à une citation de Kipling qui peut se référer à deux, trois façons de « conter » dans le livre) : un génie en contact avec un autre monde, voir un avant-goût de l’Orient dans tous ces couleurs et plénitude, musique, et finesse. Et qu’on y ajoute une prise d’amour, d’érotisme et ça marche !

Enard part d’un épisode moins connu de la vie de Michelangelo qu’on connaît partiellement par ses lettres à lui, quelques documents et desseins, ainsi que des conclusions de ses œuvres ultérieurs et par des poèmes du poète qui le traduit et l’accompagnait apparemment pendant son bref séjour dans l’Istanbul d’aujourd’hui. L’auteur remplit les vides par son imagination. Et chacun qui s’intéresse à la vie de Michelangelo ou par exemple Constantinople va se sentir bien diverti.

Les passages de travail sur le projet sont entrecoupés de temps en temps par des passages poétiques de l’optique d’une danseuse et chanteuse qui commente les nuits passées auprès du Florentin.

Il profite pour donner quelques coups, quelques leçons à un monde occidentale, ressenti comme intolérant (l’expulsion des maures et des juifs de l’Espagne avait juste eu lieu) et même sale, sans raffinement par comparaison à ce monde apparemment plus tolérant, plus colorié, plus soigné. En outre le grand et indiscutable génie du maître italien est quand même aussi présenté dans des tourments des regrets, des craintes (réligieuses), voir de la pruderie, du rejet de ‘amour. Lui, si fin, est ainsi d’une grande rudesse, d’un manque de finesse.
On peut, si on est un peu attentif et sceptique à ces jugements regretter cela.

Mais on ne va pas se faire regretter cette lecture agréable et vite faite !

Le livre a en outre reçu le PRIX GONCOURT DES LYCEENS 2010.

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Le Bibliomane
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MessageSujet: Re: Mathias Enard   Dim 9 Jan 2011 - 13:05

"Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants"

« Cela commence par des proportions. L'architecture est l'art de l'équilibre; tout comme le corps est régi par des lois précises, longueur des bras, des jambes, positions des muscles, un édifice obéit à des règles qui en garantissent l'harmonie.. L'ordonnancement est la clé d'une façade, la beauté d'un temple provient de l'ordre, de l'articulation des éléments entre eux. Un pont, ce sera la cadence des arches, leur courbe, l'élégance des piles, des ailes, du tablier. Des niches, des gorges, des ornements pour les transitions, certes, mais déjà, dans le rapport entre voûtes et piliers, tout sera dit.
Michel-Ange n'a pas d'idée.
Cet ouvrage doit être unique, chef-d'œuvre de grâce, autant que le David, autant que la Pietà.
En traçant ses premières esquisses, il pense à Léonard de Vinci, à qui tout l'oppose, à croire qu'ils vivent dans deux époques distantes d'une infinité d'éons.
Miche-Ange baye aux corneilles sur ses planches. Il ne voit pas encore ce pont. Il se noie dans des détails. Il n'a que très peu d'expérience de l'architecture; les croquis du tombeau de Jules sont son œuvre la plus architecturale du moment. Il aimerait que Sangallo soit à ses côtés. Il regrette d'avoir accepté de relever ce défi. Il s'énerve. Le risque est énorme. On peut non seulement le savoir ici, mais aussi l'atteindre. Il ne doute pas un instant que la main de fer du pape ou les mortelles conspirations romaines puissent le frapper où bon leur semble.
Un pont gigantesque entre deux forteresses.
Un pont fortifié.
Michel-Ange sait que c'est en dessinant que les idées viennent; il trace inlassablement des formes, des arcs, des piles.
L'espace entre les remparts et la rive est court.
Il pense au vieux pont médiéval de Florence, cette grenouille surmontée de créneaux et peuplée de boucheries à l'odeur de cadavre, étroite, ramassée sur elle-même, qui ne donne à voir ni la majesté du fleuve ni la grandeur de la ville. Il se souvient du sang qui coule dans l'Arno par des rigoles au moment de l'abattage des bêtes; il a toujours eu ce pont en horreur.
L'ampleur de la tâche l'effraie.
Le dessin de Vinci l'obsède. Il est vertigineux, et pourtant erroné. Sans vie. Sans idéal. Décidément Vinci se prend pour Archimède et oublie la beauté. La beauté vient de l'abandon du refuge des formes anciennes pour l'incertitude du présent. Miche-Ange n'est pas ingénieur. C'est un sculpteur. On l'a fait venir pour qu'une forme naisse de la matière, se dessine, soit révélée.
Pour le moment, la matière de la ville lui est si obscure qu'il ne sait avec quel outil l'attaquer. »


En ce mois d'avril 1506, Michel-Ange quitte Rome sur un coup de tête. Ulcéré par l'attitude du pape Jules II – qui l'a éconduit suite à sa demande de remboursement pour les frais occasionnés par la construction du tombeau de celui-ci – l'artiste se réfugie à Florence afin de consumer sa colère envers ce pape ingrat et mauvais payeur.
C'est à Florence qu'il est contacté par deux moines franciscains qui lui remettent un message. Est-ce un mot d'excuse de Sa Sainteté, ou plus probablement une injonction du pontife lui ordonnant de retourner à Rome afin de reprendre son ouvrage ? Ni l'une ni l'autre. Il s'agit en fait d'une invitation que lui fait le Grand Turc, le sultan de Constantinople, Bajazet II.
Après quelques jours d'hésitation, Michel-Ange prend la mer en direction de la Sublime Porte. N'est-ce-pas là une belle revanche contre le souverain pontife qui l'a malmené et éconduit comme un gueux alors qu'il ne réclamait que son dû ? Se mettre au service du Grand Turc, c'est à cette époque servir le principal ennemi de toute la chrétienté, un ennemi dont les puissantes armées menacent toute la façade orientale de l'Europe et en grignotent peu à peu toutes les provinces.

Miche-Ange est invité pour un mois à Constantinople, un mois au cours duquel il devra dessiner les plans d'un pont qui enjambera la Corne d'Or. Le projet n'est pas nouveau et le grand Léonard de Vinci s'y est lui-même cassé les dents. Miche-Ange – qui est plus sculpteur qu'architecte – saura-t-il, contrairement à son illustre prédécesseur, mener à bien ce chantier titanesque ?
En débarquant à Constantinople en mai 1506, l'artiste découvre un univers totalement inconnu, l'autre côté du monde, un univers de senteurs et de couleurs insoupçonnables.
Il aura pour compagnons et pour guides, lors de son séjour, Mesihi de Pristina, le poète, secrétaire et protégé du grand vizir Ali Pacha, ainsi qu'Arslan, le négociant, deux jeunes hommes qui lutteront l'un contre l'autre pour acquérir les faveurs de l'artiste. Mais le personnage qui troublera le plus Miche-Ange sera peut-être cette étrange chanteuse qui partagera ses nuits, lui racontera sa douloureuse histoire et dévoilera peu à peu son tragique destin.

Avec ce roman qui s'est vu décerner le Prix Goncourt des lycéens 2010, Mathias Enard nous offre un récit exotique et sensuel où se mêlent habilement faits historiques et imaginaires. De par le contexte historique et la technique de narration, on pourrait comparer ce roman au fabuleux « Mon nom est Rouge » d'Orhan Pamuk. Le lecteur y trouvera en effet la même fascination pour cette civilisation ottomane cruelle et raffinée, pour les senteurs exotiques des épices et le chatoiement des étoffes rares, ainsi que pour le récit qui devient tour à tour onirique, poétique, et oscille entre roman historique et intrigue policière. Mais avant tout, c'est du travail de création dont nous entretient Mathias Enard, ce douloureux accouchement des projets et des idées qui confine parfois au sacerdoce. On y verra aussi l'image, déjà présente au XVIème siècle et malheureusement toujours d'actualité, du fameux « choc des civilisations », confrontation de deux mondes prêts à se déchirer et que peut-être seuls les artistes seront à même de résoudre en générant des œuvres dont la plus symbolique de toutes reste le pont, symbole de rencontre et d'échange.
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krys
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MessageSujet: Re: Mathias Enard   Jeu 24 Fév 2011 - 20:31

Il m'a déçue ce livre. Déjà le titre est long mais alors, qu'est ce que le récit est court ! Non seulement il y a peu de pages mais les chapitres s'étalent sur deux pages. Et puis cette histoire d'amour mystérieuse qui s'intercale entre le récit, j'ai trouvé ça moyen, pas original. J'aurais aimé plus de descriptions du processus créatif plutôt que ces considérations sur la salle de bains qui ne sert à rien et le rituel du hammam.
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kenavo
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MessageSujet: Re: Mathias Enard   Ven 25 Fév 2011 - 8:07

rire une Krys déçue ne fait pas dans la dentelle Wink

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Aeriale
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MessageSujet: Re: Mathias Enard   Jeu 21 Avr 2011 - 19:00

-Parle leur de batailles, de rois et d'éléphants-

J'ai lu sans déplaisir ce petit roman qui nous transporte dans un Empire ottoman du XVIème siècle, sur les traces de Michel Ange. On y découvre certains aspects de l'artiste, encore jeune et maladroit, semblant chercher l'inspiration dans les rues d'Istanbul. Un homme au caractère bien trempé, un peu déstabilisé par cette différence de culture et qui vit encore les doutes du génie naissant.

On y apprend les rivalités qui l'opposent à Léonard de Vinci ou Raphaël, son goût pour les longues balades, ses premiers émois au niveau sexuel (il n'est pas trop déterminé d'ailleurs) et cet amour non consommé avec le poète Mesilhi qui le marquera plus tard. C'est toujours très agréable de mêler la fiction à l'histoire, d'autant qu'Enard nous livre à la fin quelques indices qui éclairent l'oeuvre future, et collent à la réalité. L'écriture est soignée et le personnage de Michel Ange a du relief. Mais forcément ces quelques pages, même si elles sont très élégantes, sont bien peu pour s'attaquer au mythe et m'ont laissée sur ma faim.

Je relirai cependant cet auteur car son écriture a du style, c'est indéniable: Lisez si vous doutez...
Citation :
Je ne cherche pas l'Amour. Je cherche la consolation, le réconfort pour tous ces pays que nous perdons depuis le ventre de notre mère et que nous remplaçons par des histoires, comme des enfants avides, les yeux grands ouverts face au conteur.
La vérité, c'est qu'il n'y a rien d'autre que la souffrance et que nous essayons d'oublier, dans des bras étrangers, que nous disparaîtrons bientôt.
Ton pont restera, peut-être prendra t'il, au fil du temps, un sens bien différent de celui qu'il a aujourd'hui, comme on verra dans mon pays disparu bien autre chose que ce qu'il était en réalité, nos successeurs y accrocheront leurs récits, leurs mondes, leurs désirs, rien ne nous appartient. On trouvera de la beauté dans de terribles batailles, du courage dans la lâcheté des hommes, tout entrera dans la légende
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Igor
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MessageSujet: Re: Mathias Enard   Jeu 21 Avr 2011 - 19:30

Merci pour cet avis. Voilà un livre que je lirais bien !
Je le piste sans succès à la médiathèque depuis un petit moment...
Concernant les rapports tumultueux de toute la bande de Florentins (Vinci, Boticelli, Michel Ange, Raphael...), le livre de Jean Diwo "Au temps où la joconde parlait" fait bien revivre cette époque.

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MessageSujet: Re: Mathias Enard   Sam 11 Juin 2011 - 15:05

J'étais certaine d'aimer ce livre car j'adore le titre : Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants.

Il est vrai que ce roman est court et que l'on peut avoir l'impression de survoler la vie des différents personnages.
Je trouve que l'on dirait un conte.
J'ai rapidement mis de côté toute la partie concernant le pont.
J'ai été captivée par les relations particulières qui se nouent entre Michel-Ange, Mesihi le poète et l'envoûtante danseuse.
On plonge dans les mystères de l'Orient. On plonge dans la passion.
C'est cruel, sensuel, poétique. Durant quelques heures, on se retrouve dans une autre époque, un autre univers.


conciliabule Je suis bien contente de l'avoir offert à ma belle-mère pour pouvoir le lire ! ange
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domreader
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MessageSujet: Re: Mathias Enard   Dim 10 Juil 2011 - 14:53

Parle-Leur De Batailles, De Rois Et d'Eléphants

Deuxième expérience de lecture de Mathias Enard pour moi (et encore une très bonne après La Perfection Du Tir !) J'ai beaucoup aimé ce roman court qui a un peu des allures de conte poétique comme l'a remarqué ménine. On se laisse vivre aux côtés de Michel- Ange à Istambul en 1506, alors qu'il essaye désespérement de trouver le dessin d'un pont sur le Bosphore pour le sultan Bajazet. Une quête d'inspiration et de désir, Eros force créatrice vieux thème, bien revisité par Mathias Enard dans une jolie langue qui m'a un peu rappelé Laurent Gaudé ou Henry Bauchau tant elle est évocatrice.

J'ai aussi aimé le fait qu'il se renouvelle, aussi bien dans ses thèmes que dans son écriture. Mathias Enard ne fait pas du Mathias Enard, et c'est tant mieux ! Un auteur à suivre donc, j'ai bien envie de me procurer Zone.

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MessageSujet: Re: Mathias Enard   Dim 10 Juil 2011 - 20:53

domreader a écrit:
Une quête d'inspiration et de désir, Eros force créatrice vieux thème, bien revisité par Mathias Enard dans une jolie langue qui m'a un peu rappelé Laurent Gaudé ou Henry Bauchau tant elle est évocatrice.

C'est donc pour cela que j'ai tant apprécié cette lecture ! aime
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MessageSujet: Re: Mathias Enard   Sam 3 Sep 2011 - 8:37

Parle-leur de batailles, de rois et d'élèphants
J'ai eu un tout petit peu de mal à entrer dans cette histoire mais ensuite je m'y suis senti bien et - paradoxalement Wink - comme dés-orienté, le conte s'intriquant dans la réalité. Très grande et belle aptitude à concentrer la vie dans la peinture de l'instant. J'ai adoré l'atmosphère de nostalgie qui empreint la fin du récit.

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MessageSujet: Re: Mathias Enard   Sam 17 Sep 2011 - 11:27

Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants

L'idée d'un pont qui relie me plaisait. Lire un livre sur Michel-Ange et la création artistique aussi. Mais voilà, c'est tout ce qui m'a intéressée dans ce roman, les passages ayant trait au dessin et à l'architecture (ceux que ceux qui ont aimé le livre ont trouvé ennuyeux si j'en crois internet !).
L'histoire m'a laissée froide et je ne sais pas trop quoi en dire, à part "bof".
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Maline
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MessageSujet: Re: Mathias Enard   Mar 14 Aoû 2012 - 16:53

En 2013, Mathias Énard sera boursier de la daad à Berlin. Enfin un auteur français participe à ce prestigieux programme d'artistes en résidence pendant une année à Berlin. On en reparlera.
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MessageSujet: Re: Mathias Enard   Mar 14 Aoû 2012 - 17:53

Maline a écrit:
En 2013, Mathias Énard sera boursier de la daad à Berlin. Enfin un auteur français participe à ce prestigieux programme d'artistes en résidence pendant une année à Berlin. On en reparlera.
contente pour lui.. il y a aussi une interview avec lui dans le nouveau PAGE des Libraires et j'ai hâte de découvrir son nouveau roman

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MessageSujet: Re: Mathias Enard   Lun 3 Sep 2012 - 14:47

- Rue des voleurs-



Un livre totalement différent de son dernier, aux allures de conte comme le notait Tom Léo, et à la langue badine, où l'Histoire prenait forme et Enard le temps de nous l'évoquer. Rue des voleurs démarre fort, l'auteur nous plonge en plein drame familial, son héros Lakhdar, un jeune marocain obligé de fuir les siens après avoir été surpris avec sa cousine, se retrouve à la rue, complètement démuni et isolé, jusqu'à ce qu'un groupuscule islamique le prenne sous sa protection. A partir de là son parcours s'emballe et Lakhdar se retouve confronté à un tas de situations plus chaotiques les unes que les autres. L'amour, la découverte d'un monde hostile ou au contraire étrangement séduisant, l'amitié et les désillusions. Récit d'une quête, d'une recherche identitaire dans laquelle Enard prête sa voix et sa vision d'un monde en plein bouleversement, ce roman se lit à cent à l'heure.

J'ai été scotchée d'entrée. Par ce personnage toujours au bord de la faille mais aussi totalement lucide, le lecteur cotoie des milieux cosmopolites, parfois une partie brûlante de l'actualité, sans que le rythme ne baisse d'intensité ni que l'auteur ne tombe dans la démonstration jounalistique. Peut-être certains le trouveront incomplet, trop survolé quant aux faits, mais pour moi Enard réussit là une parfaite synthèse entre la fiction et la réalité. Une écriture fine, vivante, une intrigue construite et bien menée, une réflexion et de l'émotion que transpercent quelquefois des traits d'humour envers son jeune héros. Pour moi, Rue des voleurs réunit toutes les qualités d'un très bon roman, bravo à mr Enard!
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MessageSujet: Re: Mathias Enard   Ven 21 Sep 2012 - 10:07

Aeriale a écrit:
- Rue des voleurs-



Un livre totalement différent de son dernier, aux allures de conte comme le notait Tom Léo, et à la langue badine, où l'Histoire prenait forme et Enard le temps de nous l'évoquer. Rue des voleurs démarre fort, l'auteur nous plonge en plein drame familial, son héros Lakhdar, un jeune marocain obligé de fuir les siens après avoir été surpris avec sa cousine, se retrouve à la rue, complètement démuni et isolé, jusqu'à ce qu'un groupuscule islamique le prenne sous sa protection. A partir de là son parcours s'emballe et Lakhdar se retouve confronté à un tas de situations plus chaotiques les unes que les autres. L'amour, la découverte d'un monde hostile ou au contraire étrangement séduisant, l'amitié et les désillusions. Récit d'une quête, d'une recherche identitaire dans laquelle Enard prête sa voix et sa vision d'un monde en plein bouleversement, ce roman se lit à cent à l'heure.

J'ai été scotchée d'entrée. Par ce personnage toujours au bord de la faille mais aussi totalement lucide, le lecteur cotoie des milieux cosmopolites, parfois une partie brûlante de l'actualité, sans que le rythme ne baisse d'intensité ni que l'auteur ne tombe dans la démonstration jounalistique. Peut-être certains le trouveront incomplet, trop survolé quant aux faits, mais pour moi Enard réussit là une parfaite synthèse entre la fiction et la réalité. Une écriture fine, vivante, une intrigue construite et bien menée, une réflexion et de l'émotion que transpercent quelquefois des traits d'humour envers son jeune héros. Pour moi, Rue des voleurs réunit toutes les qualités d'un très bon roman, bravo à mr Enard!

Attention, Tanger ! Cette cité hautement littéraire, qui a fasciné tant d'écrivains-voyageurs, est aujourd'hui une sorte de symbole de la mondialisation avec sa zone franche d'exportation qui contraste avec le caractère oppressant de la société marocaine. La ville est le cadre principal de Rue des voleurs, un roman où Mathias Enard s'est littéralement glissé dans la peau d'un jeune marocain "normal", enfin presque, qui va vivre en accéléré des événements qui vont bouleverser sa vie. Le livre est une véritable gageure : rapide, incisif, très direct dans son style, prosaïque même par endroits, il prend le temps de creuser en profondeur le portrait psychologique de son héros, Lakhdar, ses contradictions et ses tiraillements incessants, de son goût pour le polar à son désir d'amour en passant par ses relations complexes avec la religion. La toile de fond, sociale et politique, est loin d'être un simple décor : le printemps arabe embrase les pays voisins, l'attentat de Marrakech traumatise le Maroc, la crise frappe de plein fouet l'Espagne, là où Lakhdar vient "échouer", plus précisément à Barcelone, encore une ville à multiples visages. Enard n'oublie pas les personnages secondaires : islamistes, marins, amoureuse occidentale, etc. Ils sont mystérieux, énigmatiques, admirablement campés. Rue des voleurs est un roman d'une richesse considérable, témoignage réaliste d'une époque en mouvement où toute quête identitaire se heurte à la violence d'une société qui ne fait de cadeau à personne. Et surtout pas à une jeunesse en quête d'espoir ou d'idéal.
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