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 Pierre Drieu La Rochelle

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Chinaski
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MessageSujet: Pierre Drieu La Rochelle   Lun 22 Déc 2008 - 13:16



wikipédia:

Citation :
Issu d'une famille normande, bourgeoise et nationaliste installée dans le XVIIe arrondissement de Paris, déchirée par les problèmes conjugaux et d'argent. Élève de l'École libre des sciences politiques, il est traumatisé par la Première Guerre mondiale, durant laquelle il est blessé à trois reprises. La comédie de Charleroi, recueil de nouvelles publié en 1934, s'inspire de son expérience de la guerre. Il épouse en 1917 Colette Jéramec, dont il divorce en 1925. Il deviendra l'amant de Victoria Ocampo et également de Christiane Renault, l'épouse de l'industriel Louis Renault.

Proche des surréalistes dans les années 1920 (particulièrement d'Aragon, avec qui il se brouille peu après), il s'intéresse aussi à l'Action française, tout en n'adhérant à aucun de ces courants. Il se fait connaître, en 1922, par un essai remarqué, Mesure de la France, et publie plusieurs romans. Dans l'essai Genève ou Moscou, en 1928, il prend des positions pro-européennes, qui l'amènent à se rapprocher successivement de certains milieux patronaux, notamment l'organisation du Redressement français dirigé par Ernest Mercier, puis de certains courants du Parti radical (notamment les « Jeunes Turcs »), entre la fin des années 1920 et le début des années 1930. Républicain, volontiers anticlérical, Drieu est également un libertin qui multiplie les conquêtes féminines. Il divorce rapidement à chacun de ses deux mariages : son mariage d'intérêt en 1917 avec Colette Jéramec, d'origine juive, qu'il n'appréciait alors déjà plus, prend fin en 1925 (il la fera néanmoins libérer du camp de Drancy en 1943 ainsi que le fils et le frère de celle-ci[1]), et sa seconde union avec une Polonaise, Olesia Sienkiewicz, ne dure guère plus longtemps.

Dans les semaines qui suivent les manifestations du 6 février 1934, il collabore à la revue La Lutte des jeunes et se déclare à la fois « socialiste » et « fasciste », voyant là une solution à ses propres contradictions et un remède à ce qu'il considère comme la « décadence matérialiste des sociétés modernes ». En octobre, il publie l'essai Socialisme fasciste, et se place dans la lignée du premier socialisme français, celui de Saint-Simon, Proudhon et Charles Fourier. Ce choix intellectuel le conduit à adhérer en 1936 au Parti populaire français, fondé par Jacques Doriot, et à devenir, jusqu'à sa rupture avec le PPF au début de 1939, éditorialiste de la publication du mouvement L'Émancipation nationale. Parallèlement, il rédige son roman le plus connu, Gilles.

Sous l'Occupation, il devient directeur de La Nouvelle Revue française (NRF) et prend parti pour une politique de collaboration avec l'Allemagne, qu'il espère voir prendre la tête d'une sorte d'Internationale fasciste. À partir de 1943, revenu de ses illusions, qu'il expose dans son avant-dernier roman, Les Chiens de paille, où il se représente sous les traits d'un ancien anarchiste nommé Constant, ses préoccupations se tournent vers l'histoire des religions – en particulier les spiritualités orientales – tandis que, dans un ultime geste de provocation, il adhère de nouveau au PPF, tout en confiant à son journal secret son admiration pour le stalinisme.

A la Libération, il refuse l'exil ainsi que les cachettes que certains de ses amis – dont André Malraux – lui proposent. Après deux tentatives manquées, il se donne la mort le 15 mars 1945.

Un auteur trop injustement méconnu, la faute sans doute à son passé politique pas très fréquentable. Socialiste, fasciste, Drieu était avant tout en guerre contre les nouvelles démocraties marchandes, et désirait voir naître une Europe nouvelle. Ce qui n'excuse bien évidemment aucunement son antisémitisme qui transparait dans certains de ses livres.

J'ai découvert Drieu avec "Gilles". La claque. Un livre d'une grande puissance, qui dresse un portrait acerbe des milieux intellectuels et politiques de l'époque (Drieu n'est d'ailleurs pas plus tendre avec lui-même qu'avec les autres), teinté de rencontres avec les femmes.
Un grand roman.

Puis vint "Rêveuse Bourgeoisie" que j'ai également adoré. Le poids de la famille, les liaisons amoureuses, l'argent, le tout à l'allure de tragédie.

Enfin, "Le feu follet". J'avais déjà vu (et adoré) le film, et bizarrement j'ai pour une fois moins aimé le livre, que je relirais néanmoins à l'occasion pour me refaire une opinion.
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botany
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MessageSujet: Re: Pierre Drieu La Rochelle   Dim 4 Jan 2009 - 0:41

Un auteur que j'apprécié également.
J'aime ses contradictions, ses déchirements, sa lucidité à toujours mal choisir et à le savoir. C'est un lucide désespéré.

J'ai aussi commencé par "Gilles" mais sans avoir été marqué, j'ai continué avec le "Journal d'un homme trompé, là encore rien de bien extraordinaire, pourtant jai poursuivi parce que je sentais que je n'avais pas encore compris cet auteur mais qu'il en avait à me raconter.

"Une femme à sa fenêtre" m'a enthousiasmé, je comprenais Drieu son rêve d'action afin de valider ses idées.
Puis "Rêveuse bourgeoisie", le livre où Drieu est sans doute le plus intime.
Mais celui que je préfère c'est "La comédie de Charleroi" où il raconte sa Guerre dans les tranchées où l'humanité se suicide. C'est un témoignage bouleversant d'un soldat qui voulait être fort et qui s'est découvert veau parmi les veaux. On peut ainsi mieux comprendre ses engagements futurs et son manque flagrant d'enthousiasme.
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topocl
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MessageSujet: Re: Pierre Drieu La Rochelle   Mer 30 Mai 2012 - 7:22

Je viens de voir Oslo, 31 aout qui est inspiré du Feu Follet. C'est totalement désespéré. Ca fait drôlement envie de le lire. Vous aurez des nouvelles un de ces jours.
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GrandGousierGuerin
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MessageSujet: Re: Pierre Drieu La Rochelle   Dim 3 Mar 2013 - 18:22

La lecture de Gilles m'a laissé de très bons souvenirs mais le temps est passé depuis .... Il ne me reste concrètement qu'un sentiment doux amer mais néanmoins agréable.
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Agnès
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MessageSujet: Re: Pierre Drieu La Rochelle   Dim 12 Juil 2015 - 12:00

Je me permets de faire remonter ce fil assez ancien...

Pour ceux qui veulent découvrir Drieu, un recueil de nouvelles paru pour la première fois dans les années 60 :



Je recommande particulièrement "Journal d'un délicat" et "L'intermède romain"; il n'y est pas question de politique pour ceux qui seraient dérangés par les engagements idéologiques de l'auteur. Les défenseurs de la cause féminine pourraient être gênés par certaines de ses sorties : "Jeanne est entièrement livrée à moi, dépend entièrement de moi. Si je la quittais, sa vie entière serait à jamais déserte. Certes, ce serait un désert peuplé, car sa sensualité deviendra lubricité et évoquera les démons, faute de dieu.
Il n'y a aucune fatuité dans ce que je dis là : les femmes sont ainsi, elles se donnent d'autant mieux qu'il leur faut plus nous tenir. Jeanne prudemment, avec une grande peur d'être décelée, cherche par un jeu indirect de leviers à faire reposer sur mon cœur tout son poids."

Bref, du Drieu :apeur:

Pour encore mieux le connaître, son Journal 1939-1945 :



Un extrait : "Moi qui ai eu tant de femmes, qui aurais peut-être pu avoir toutes celles que j'aurais voulues (mais j'en ai voulu si peu, me détournant à la moindre difficulté, au moindre retard), celles que j'ai aimées, je ne l'ai fait que dans un délire de persécution.
Pendant le temps que je les aimais, je croyais qu'elles ne m'aimaient pas, qu'elles me trompaient, qu'elles n'exerçaient sur moi qu'un caprice infime et dérisoire. [...]
Quand je constatais que toutes ces suppositions étaient erronées, que j'étais admiré, préféré, adoré, je sentais un grand malaise, comme un homme gêné dans une fonction trop importante. Cela me désorientait d'être le pôle positif, d'être le maître, l'homme, le dispensateur. Je m'étonnais de tout donner. Je m'effarais comme un faux dieu qui aurait eu de l'honnêteté. Je passais la main derrière mon dos et je ne sentais aucun support, aucune justification. [...]
Au fond, non pas délire de persécution, mais sentiment de ma véritable infériorité.
Ou de l'infériorité de tout être devant la demande.
J'ai vécu frissonnant de doute dans l'ombre d'un autre homme que je n'ai jamais été."

Enfin, la dernière lettre à son frère, que je trouve très émouvante :
"Mon cher vieux Jean,

Je t'aimais profondément, tu le savais, en frère et en ami et je regrette de te faire une grande peine. Mais je suis obligé de faire ce que je vais faire, et tu le comprendras.

[...] Je me tue : cela n'est défendu par aucune loi supérieure, bien au contraire. Ma mort est un sacrifice librement consenti qui m'évitera certaines salissures, certaines faiblesses. Et surtout, je ne m'intéresse pas assez à la politique pour en encombrer (prison, etc.) mes derniers jours.

Cela m'ennuierait et me distrairait des suprêmes pensées dont je veux m'occuper seulement aux derniers moments.

Je ne crois ni à l'âme ni à Dieu, je crois à l'éternité d'un principe suprême et parfait dont ce monde n'est que la vaine apparence. Apparence ravissante et dont je me suis réjoui autant qu'aucun. J'ai joui des hommes, des femmes, des animaux, des plantes, surtout des arbres, de tout - et des maisons, cher architecte -, mais depuis quelques années encore bien mieux de l'essence qui est derrière tout. Cela m'a enivré merveilleusement et je ne me tiens pas de joie d'aller enfin à cela.

Je n'ai aucune contrainte en moi ni autour de moi : je suis saturé des apparences et j'aspire à l'essence et au-delà de l'essence à l'indicible.

Je saute sur l'occasion qui m'est offerte. La menace de mort depuis cinq ans a décuplé ma vie et m'a fait goûter et comprendre tout comme je n'aurais fait si je n'avais pas choisi la voie dangereuse, la voie de l'âpre audace.

J'espère que tu te portes bien, que tu reprendras bien ton métier, que tu n'auras pas d'ennuis à cause de moi, que tu développeras ta conscience et ta mesure comme tu faisais.

Je suis heureux de penser que tu auras ma bibliothèque, mes livres et que tu t'occuperas de mon œuvre.

[...] Cher vieux, j'aurais aimé vieillir près de toi, mais le sort en a décidé autrement.

Je t'embrasse du fond du cœur et du fond de l'être.

Ton frère Pierre"

Bonne lecture sunny
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ArturoBandini
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MessageSujet: Re: Pierre Drieu La Rochelle   Dim 12 Juil 2015 - 12:34

Merci pour ton commentaire, je ne connais pas cet auteur. En lisant la bio, je me dis qu'il est assez proche de Céline de ce point de vue, blessé et traumatisé par la Première GM, et collabo pour la Seconde.

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Sois le changement que tu veux voir dans le monde. Gandhi
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Agnès
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MessageSujet: Re: Pierre Drieu La Rochelle   Dim 12 Juil 2015 - 12:49

Globalement c'est bien vu; mais à la différence qu'il ne s'est pas carapaté, il a choisi de baisser le rideau sourire
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colimasson
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MessageSujet: Re: Pierre Drieu La Rochelle   Dim 12 Juil 2015 - 14:26

Merci pour la présentation du Journal. Je pense que ça pourrait m'intéresser de le découvrir sous cet aspect-là.

_________________

J’ai presque vingt ans ! Me voici à la fin de ma vie, et je n’ai rien accompli !
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Agnès
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MessageSujet: Re: Pierre Drieu La Rochelle   Dim 12 Juil 2015 - 14:38

Je t'en prie respect
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bix229
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MessageSujet: Re: Pierre Drieu La Rochelle   Dim 12 Juil 2015 - 16:28

Agnès a écrit:
Globalement c'est bien vu; mais à la différence qu'il ne s'est pas carapaté, il a choisi de baisser le rideau sourire
... Et que son ami Aragon ne s' est pas mieux conduit par la suite en approuvant la politique de Moscou
en sachant clairment ce qu' elle était,  criminelle et indéfendable.

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L' imagination est l' histoire vraie du monde.
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Agnès
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MessageSujet: Re: Pierre Drieu La Rochelle   Dim 12 Juil 2015 - 17:15

Merci, je n'osais pas le dire dentsblanches
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GrandGousierGuerin
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MessageSujet: Re: Pierre Drieu La Rochelle   Mar 28 Juil 2015 - 22:13

La comédie de Charleroi
Recueil de nouvelles du sulfureux ou peu fréquentable Drieu La Rochelle traitant de la Première Guerre Mondiale, avec un narrateur omniprésent qu’on identifie forcément à l’auteur.
Univers étrange. En effet, il est marquant de traiter de cette guerre sans vraiment relater un combat, une bataille, si ce n’est par une ellipse. Par contre, on tisse peu à peu un portrait du narrateur, avec ses angoisses dont la possibilité d’une mort imminente soulève le couvercle des aspirations juvéniles escamotées : rêves de gloire, d’honneur et d’amour. Si dans un premier temps, on est à la rencontre d’un jeune homme juste sorti de l’adolescence et de ses nécessités, un esprit empreint de désillusion, d’empathie envers l’autre semble installer au final un humaniste des temps modernes. Drieu revendique son origine et son conformisme petit-bourgeois, comme une identité ou une culture, pour mieux les mettre en défaut et en montrer les mesquineries et bassesses, tout particulièrement dans les nouvelles de la comédie de Charleroi et le chien de l’Ecriture. La fine frontière étanche entre lui et les autres est un thème récurrent de ces nouvelles : Drieu se sent toujours plus ou moins décalé ou inadapté aux situations qu’il narre. Ses relations nécessaires avec le gente féminine sont purement hygiéniques et leurs représentantes semblent le plus souvent peu dignes d’intérêt, pour ne pas dire stupides. Son sens de l’ordre et de la patrie sont par contre un élément majeur de ces nouvelles. Sur ce dernier point, Drieu la Rochelle ne fait pas l’apanage des idées dont il se fera le héraut par la suite. Non il se questionne surtout sur le rôle et la propension à commander et surtout la sienne qu’il juge rapidement devoir se limiter au niveau du simple bidasse.
Mais surtout il y a le style de Drieu qui a encore une fois fait mouche, bien des années après Gilles dont je ne garde plus qu’un agréable souvenir. Comme je n’ai plus l’ouvrage sous la main, vos invocations n’y feront rien : vous n’obtiendrez pas le moindre petit extrait

Ce recueil comprend cinq nouvelles :
La comédie de Charleroi
La plus longue de ses nouvelles. Le narrateur est le secrétaire particulier de Madame Prantzen, riche bourgeoise qui a perdu son fils unique dans des combats à Charleroi. Le narrateur était plus une connaissance de régiment qu’un camarade et a vécu les événements qui ont conduit à la perte du fils. Dans cette nouvelle, deux récit se chevauchent : le pèlerinage bigoto-patriotique de cette bourgeoise qui se rend en Belgique habillée en infirmière et engoncée dans ses médailles, qui ne sait pas aimer et ne se vit et se voit que par son rang, sa fortune, ses relations brillantes surtout si elles sont ministérielles et qui jouit presque de pouvoir jouer les pietas éplorées grâce à son fils qui a eu la courtoisie de bien vouloir devenir un héros de guerre. Les carolorégiens bien qu’en pointillés ne sont pas oubliés. Le second récit nous transmet les souvenirs fulgurants qui transpercent le narrateur à mesure qu’il se déplace sur les lieux de la bataille. A mon avis, la nouvelle la plus réussie !

Le chien de l’Ecriture
Un fils de bourgeois, initialement dans le corps prestigieux des dragons, se retrouve affecté dans l’infanterie où il crève de trouille d’aller à l’assaut et demande inlassablement son affectation dans l’aviation. Très belle chute qui donne tout son sens à la nouvelle.

Le voyage des Dardannelles
Le narrateur demande à être affecté sur le front turc. Cela sera essentiellement l’occasion de nous proposer une description de certains de ses camarades peu recommandables, de donner un tableau en gris sale de Marseille ainsi que de la vie de camp avant l’embarquement.

Le déserteur
Après-guerre, le narrateur se trouve en Amérique latine et échange des propos avec un déserteur de la première heure. Petite étude philosophique sur le droit de déserter.

La fin d’une guerre
En cette fin de conflit, le narrateur se retrouve interprète auprès des armées américaines. C’est l’heure des bilans et surtout de partir et de passer à autre chose …
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Agnès
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MessageSujet: Re: Pierre Drieu La Rochelle   Mer 29 Juil 2015 - 5:40

Merci pour ce commentaire qui rejoint assez mes impressions content

Un extrait du "Chien de l'Ecriture" :

Citation :
Il y a quelques années, comme je revenais d'un long séjour aux États-Unis, je vis dans une rue de Paris l'annonce d'un film sur Verdun. On en donnait la primeur à l'Opéra, dans une soirée de gala. Je ne vais pas souvent à l'Opéra et encore moins souvent à des soirées de gala, et je me méfiais de la sincérité de ce "tableau d'histoire". Pourtant, une espèce d'inquiétude avait remué en moi et je regrettais de repartir si tôt de Paris, avant que le film passât dans un cinéma. Mais je reçus pour cette soirée une invitation qui me venait d'un ancien camarade, devenu gros bonnet dans le commerce des visions. Je me décidai à en profiter.

[...] Assis dans mon fauteuil, je fermai les yeux et j'attendis.

Puis l'ombre noya cette foule déplaisante et je rouvris les yeux. Je revis ces lieux où j'avais tant souffert et où la souffrance m'avait fait connaître certaines extrémités de moi-même.

[...] Le silence, derrière moi, fut interrompu par un bref chuchotement, quelque chose de nerveux, d'irrépressible qui éveilla d'un seul coup mon attention. Mais le silence se refit et je revins à ma rêverie.

Le chuchotement revint. C'était très près et très loin, une voix d'homme, et un léger murmure de femme y répondait. En dépit de l'effacement de l'accent et de la brièveté du souffle, j'étais tout de suite informé sur celui qui était derrière moi. J'étais sûr qu'à l'entracte, en me retournant, je verrais quelqu'un de différent de la plupart de ceux que j'avais entrevus au moment de m'asseoir. Ce n'était pas un bourgeois gourmé, c'était ce qu'on appelle un homme du monde, affectant toujours et partout un peu de dédain. Cette légère complaisance dans l'inflexion, cette affectation de négligence qui tenait les mots du bout des dents, m'en assuraient.

Mais il y avait autre chose dans ces brusques exclamations assourdies qui se répétaient et que ponctuait légèrement une rumeur féminine. Il y avait une curiosité angoissée, déchaînée, difficilement contenue, un intérêt épouvanté et pourtant insatiable. Une certitude psychologique s'installa promptement et définitivement dans mon imagination : cet homme avait eu peur. Comme il avait eu peur.

Comme j'avais eu peur, moi aussi. Comme nous avions eu peur. Quelle peur énorme, gigantesque s'était accroupie et tordue sur ces faibles collines. Quelle immense femelle, possédée d'un aveu cynique, obscène, hystérique, délirant s'était formée, au revers de Thiaumont, au creux de Fleury, de toutes nos peurs d'hommes accroupis, prosternés, vautrés, incrustés dans la terre gelée, fermentant dans nos sueurs, nos fanges, nos saignements. Comme cette femelle avait gémi et hurlé !

Je retrouvais dans ce frémissement verbal, derrière moi, qui, à chaque nouvelle vision, reprenait, inextinguible, inconscient, indécent, - et qui finit par provoquer çà et là des "Chut !" gênés et effrayés, qui, d'ailleurs, n'en vinrent jamais tout à fait à bout, - l'écho de ce terrible et éternel tremblement des entrailles qui avait possédé deux armées en proie à une chimie de fin du monde.


Dernière édition par Agnès le Mer 29 Juil 2015 - 6:02, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Pierre Drieu La Rochelle   Mer 29 Juil 2015 - 5:43

Et un de "La comédie de Charleroi" :

Citation :
Je me rappelle deux ans plus tard, en face de moi, ce grand diable d'officier allemand debout dans la tourmente, à Verdun, Fritz von X..., qui était debout, et appelait, et m'appelait. Et je ne lui répondais pas, je le canardais de loin.
Dans cette guerre, on s'appelait, on ne se répondait pas. J'ai senti cela, au bout d'un siècle de course. On a senti cela. Je ne faisias plus que gesticulailler, criailler.
Je n'avançais plus guère. Je trébuchais, je tombais.
Ils trébuchaient, ils tombaient.
Je sentais cela. Je sentais l'Homme mourir en moi.
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MessageSujet: Re: Pierre Drieu La Rochelle   Mer 29 Juil 2015 - 8:03

Un autre de Gilles, sur la même période de sa vie :

Citation :
Moins elle avait de but et plus sa vie prenait de sens. Il retrouvait cet état de grâce qu'il avait connu dans les tranchées. Une fois, dans les bras de Pauline, il se rappela ce matin en première ligne, au mois de mars, sous Reims, où il avait vu surgir entre les misérables trophées du parapet la primevère la plus naïve et la plus triomphale du monde. Parmi trois brins d'herbe, entre des détritus et des débris sardoniques, elle tintinnabulait faiblement comme une petite fille qui s'en va chantonnant se jeter dans les pattes du satyre, appelant par son ignorance provocante les plus atroces déchirements. Alors il avait eu le sentiment que cette infime palpitation était l'image de son âme. Révélation, en ce lieu éprouvant, de la vérité que chaque être est d'une particularité irremplaçable, et, pétale dans la touffe, est assuré par la délicate perfection de son dessin, de son importance infinie au regard du créateur. Lui qui avait été au cours de ses études profondément imprégné de panthéisme, il avait pourtant choisi ces mots d'un autre vocabulaire : au regard du créateur. Il avait souri, mais n'avait pas alors remarqué que seule pouvait s'imposer à lui cette métaphysique d'artiste pour donner forme à son cri intime. A cet instant ponctué d'un coup de canon, il avait l'intuition d'un univers où les mots "particulier, unique, irremplaçable" pouvaient seuls signifier le frémissement de la vérité. Tous les jours précédents, il s'était roulé au contraire dans le tumulte énormément ivre et infatué d'un cosmos jouissant à pleins boyaux d'être, au moins apparemment, sans queue ni tête et de confondre ferraille, âmes, gaz, terre et ciel. [...]
A la primevère il avait dit : "Je t'appelle Eulalie, chaque chose demande un nom particulier. Et toute ma vie je témoignerai qu'Eulalie a vécu."
Ensuite il s'était occupé de la distribution des grenades. Son lyrisme avait blêmi.

Drieu a été blessé trois fois assez sérieusement durant la Première Guerre mondiale (où il n'a pas été planqué comme l'a prétendu Sartre); il en a gardé une légère infirmité permanente au bras.
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