Parfum de livres… parfum d’ailleurs

Littérature, forum littéraire : passion, imaginaire, partage et liberté. Ce forum livre l’émotion littéraire. Parlez d’écrivains, du plaisir livres, de littérature : romans, poèmes…ou d’arts…
 
Accueil*Portail*RechercherS'enregistrerMembresConnexion

Partagez | 
 

 Charles Lewinsky [Suisse]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Marie
Zen littéraire
avatar

Messages : 9564
Inscription le : 26/02/2007
Localisation : Moorea

MessageSujet: Charles Lewinsky [Suisse]   Dim 28 Déc 2008 - 1:19


Charles Lewinsky est né en 1946 à Zurich. Après des études de littérature allemande et de théâtre, il débute son apprentissage de metteur en scène avec Fritz Kortner. Tour à tour dramaturge, scénariste, parolier ou metteur en scène, il est l'auteur de très nombreux spectacles primés. Son roman Johannistag (à paraître chez Grasset) lui vaut le prix de la Fondation Schiller en 2000.

_________________
J'appelle bonheur tout espace de temps où la joie paraît immédiatement possible.
André Comte-Sponville
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Marie
Zen littéraire
avatar

Messages : 9564
Inscription le : 26/02/2007
Localisation : Moorea

MessageSujet: Re: Charles Lewinsky [Suisse]   Dim 28 Déc 2008 - 1:31

Melnitz
traduit de l'allemand par Léa Marcou
Editions Grasset



C’est une saga, l’histoire d’une famille juive en Suisse , les Meijer, entre 1871 et 1945. 1871, défaite française contre l’Allemagne et trois ans avant l’émancipation des Juifs suisses, qui vivaient avant cantonnés dans deux bourgades, dont celle d’Edingen comme le patriarche de cette longue histoire, Salomon Meijer, marchand de bestiaux, père de deux filles, dont l’une est adoptée.

Cette possibilité qui leur est donnée d’aller s’installer où ils le veulent, va conduire cette famille à diversifier leurs activités autant qu’ils le peuvent , car, bien sûr, et c’est un des grands aspects de ce roman que de nous le faire toucher du doigt en permanence à chaque époque, il persiste toujours l’antisémitisme ordinaire, celui des détails de la vie courante. C’est ainsi que le deuxième chapitre , qui se situe en 1893, relate l’année où est interdit l’abattage traditionnel juif . De même, acheter un terrain pour agrandir un magasin n’est pas accessible à quelqu' un de confession juive, et même la conversion au protestantisme d’un des fils ne changera pas la donne. En fait , en dépit de toutes leurs tentatives d’assimilation, leur identité leur revient toujours en pleine figure .

Et c’est là qu’intervient régulièrement le personnage central de ce roman, l’oncle Melnitz, celui qui revient toujours pour leur faire comprendre que rien n’a changé , le témoin de l’Histoire.

Son nom même renvoie à un épisode atroce ( un parmi..) de l’histoire des Juifs, en 1648( 5048 dans le calendrier juif) dans un pays qui ne s’appelait pas encore l’Ukraine, les massacres par Bogdan Chmjelniskie et sesCosaques de presque toute la communauté juive.
Ne survécurent que les femmes les plus belles, violées et portant des enfants de ces Cosaques, enfants qui reçurent le surnom de Chmjelniski,

Celui qui ne permet pas d'oublier constate : Dieu nous a punis de nos péchés, nous autres Juifs, en nous affligeant d'une bonne mémoire. Lorsque quelqu'un nous a fait quelque chose de par trop terrible, nous disons : ´Que son nom soit effacé.` Et nous nous en souvenons pour l'éternité.


C’est lui qui termine ce roman, en 1945, lourd des mémoires de tous les juifs disparus , dont une partie de la famille Meijer, ceux qui hélas n’avaient pas quitté l’Allemagne assez tôt, et qui continue à parler à ceux qui ont eu la chance de vivre en Suisse. Car même si Charles Lewinsky décrit bien la séduction exercée par les thèses nazies en Suisse dans les années 1930, la communauté juive en Suisse n’a pas été dévastée par la Shoah .


Il s’asseyait en face d’eux quand, au petit déjeuner ils lisaient leur journal et quand ce qu’ils y apprenaient les épouvantait et qu’ils disaient: «  Nous ne savions pas ». Et ils le disaient chaque jour d’une épouvante renouvelée.Quand ils ne lisaient pas jusqu’au bout et ne voulaient plus rien savoir, parce qu’ils ne supportaient pas de savoir, alors, d’un geste réconfortant, il leur tapotait la main et disait: «  Vous auriez dû me demander. Il vous suffisait de m’interroger. »

Bon roman historique, très documenté, qui se lit d'une traite.

_________________
J'appelle bonheur tout espace de temps où la joie paraît immédiatement possible.
André Comte-Sponville
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
kenavo
Zen Littéraire
avatar

Messages : 63291
Inscription le : 08/11/2007

MessageSujet: Re: Charles Lewinsky [Suisse]   Dim 28 Déc 2008 - 13:36

Merci pour ce fil.. que de bons souvenirs concernant cette lecture.. un livre dont j'étais au début un peu sceptique à cause du nombre de pages - mais comme tu dis, se lit d'une traite tellement c'est fascinant..
Je me retrouvais comme lors de la découverte des Buddenbrooks de Thomas Mann dans le temps - plongé dans une saga de famille qu'on ne veut plus délaisser..
Contente que tu as aimé
Un livre qui pourrait plaire à Arabella, Bibliomane, Chatperlipopette, .... Very Happy

_________________
La vie, ce n'est pas d'attendre que l'orage passe,
c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


Sénèque
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Marie
Zen littéraire
avatar

Messages : 9564
Inscription le : 26/02/2007
Localisation : Moorea

MessageSujet: Re: Charles Lewinsky [Suisse]   Dim 28 Déc 2008 - 19:57

Citation :
Un livre qui pourrait plaire à Arabella, Bibliomane, Chatperlipopette,
Oui!! D'ailleurs, si quelqu'un souhaite le lire, pas de problème!

_________________
J'appelle bonheur tout espace de temps où la joie paraît immédiatement possible.
André Comte-Sponville
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
kenavo
Zen Littéraire
avatar

Messages : 63291
Inscription le : 08/11/2007

MessageSujet: Melnitz   Ven 26 Juin 2009 - 22:52

Je ne voulais pas trop comparer Melnitz avec le style de Thomas Mann - mais avec le genre de lecture.. du moment qu'on ouvre cette 'épopée' - on n'a plus envie de quitter, tellement c'est passionnant.. un vrai 'tourne page' - mais dans le meilleur sens du mot
pour l'instant je ne connais personne qui n'a pas aimé - et je l'ai recommandé maintes fois

_________________
La vie, ce n'est pas d'attendre que l'orage passe,
c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


Sénèque
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Maline
Zen littéraire
avatar

Messages : 5239
Inscription le : 01/10/2009
Localisation : Entre la Spree et la Romandie

MessageSujet: Re: Charles Lewinsky [Suisse]   Lun 20 Mai 2013 - 22:21



Retour indésirable
Traduit de l'allemand (Suisse) par Léa Marcou
Titre allemand : Gerron

Dans ce roman Charles Lewinsky raconte l’histoire de l’acteur et metteur en scène Kurt Gerron, qui en 1944 a été déporté à Theresienstadt où il a reçu l’ordre par les nazis de tourner un film de propagande sur la vie ‘heureuse’ dans le camp de concentration, « Le Fuehrer donne une ville aux Juifs ».

Bertolt Brecht pensait que Kurt Gerron était un mauvais comédien, un histrion. Pourtant en 1928 il l’a laissé jouer lors de la première de L'Opéra de quat'sous. Il y chante la complainte de Mackie qui le rend célèbre, une star dans le Berlin des années 1920.

Kurt Gerron est né à Berlin en 1897 comme fils unique d’un marchand de draps. De son véritable nom Kurt Gerson, il fait son service militaire pendant la Première Guerre mondiale et est renvoyé avec une grave blessure de guerre. Son père, grand patriote prussien, aurait préféré un fils mort à l’enfant définitivement réformé qui reprend ses études de médecine.


Finalement, Kurt Gerson devient Gerron et acteur au cinéma, au cabaret et au théâtre. Le public berlinois des années 20 et 30 est à ses pieds, il joue avec Marlene Dietrich dans L’Ange bleu, et n’hésite pas de devenir réalisateur. On le reconnaît dans la rue, il vit bourgeoisement, à l’abri de sa popularité. Que pendant ces années-là justement quelques fanatiques nationales-socialistes attisent des haines anti-juives ne le concerne pas. Voilà des opinions à ne pas prendre au sérieux, un peu de bon sens, svp.

Au centre du roman de Charles Lewinsky ne se situe pas la question pourquoi Kurt Gerron a été aveuglé au point de ne pas quitter l’Allemagne à temps, alors qu’Hollywood le réclamait depuis des années. Pourquoi des allures de star lui font perdre des semaines précieuses et finalement la vie ? Le grand dilemme de Kurt Gerron vient après être déporté avec sa femme Olga et que le commandant du camp de concentration lui ordonne de tourner un film sur Theresienstadt. Il soupèse ses chances de survivre sans tourner le film, sans perdre la face devant ses codétenus.

L’aveuglement politique est un trait particulier du caractère humain – universel et pas propre à une époque donnée - ; comment ne pas y succomber. Charles Lewinsky sait comment faire lire un roman historique, même si Retour indésirable est un livre moins spectaculaire que son roman Melnitz, et avec quelques longueurs, il est unique dans sa crédibilité psychologique. La honte n’a jamais été le propre des coupables, la honte n’a assailli que les victimes.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
topocl
Abeille bibliophile
avatar

Messages : 11706
Inscription le : 12/02/2011

MessageSujet: Re: Charles Lewinsky [Suisse]   Mar 4 Juin 2013 - 18:52

Un village sans histoire



Le narrateur allemand s’est installé, seul, à Courtillon, petit village français réputé sans histoires, suite à un amour brisé dont il nous livre par effraction quelques souvenirs mélancoliques.

Nous avons continué notre chemin, pas main dans la main, tu n'as jamais apprécié, juste côte à côte, sans nous toucher, mais lorsque tu tournes la tête tes cheveux se répandent sur mon épaule

Il écrit son livre comme une espèce de lettre mélancolique, pleine d'un humour à la fois tendre et acerbe, pour décrire le quotidien qui l'entoure à la femme aimée.

À défaut de recevoir une réponse à mes lettres, je veux au moins pouvoir me figurer quelques t’amusent

Il s’avère que la mémoire du village contient suffisamment de culpabilité et de rancunes pour que celles-ci explosent et modifient la donne le temps d'une saison. La description de ce village en apparence tranquille, peuplé de personnages typés, tous assez impayables, est vraiment agréable pour le lecteur-observateur.

Mais Geneviève est une femme qui a les pieds sur terre, pour qui les sentiments ressemblent à ces peuples exotiques dont on regarde volontiers les photos, visages tatoués, un os fiché en travers du nez, lorsqu'on feuillette les magazines au supermarché avant d'acheter en fin de compte, comme chaque mois, la revue des ouvrages d'aiguilles. Les sentiments sont, pour elle, des étrangers un peu bizarres, tout à fait fascinants, mais non des gens qu'on inviterait chez soi, ils risqueraient d'arriver tout nus et alors on ne saurait où poser son regard.


Les habitants se surveillent, les commérages vont bon train, « On est à Courtillon ». Les passions déchainent des événements pour le moins dérangeants. La correspondance entre ce qui se passe ici, et ce qui s'est passé auparavant dans la vie du narrateur, dont on ne connaîtra que les grandes lignes, dans une pudeur qui attise et satisfait tout à la fois la curiosité, donne aux péripéties une ironie particulière. Il y a quelques longueurs, un procédé qui consiste à toujours repousser l'histoire à raconter, et une fin un peu discutable, mais globalement c'est une prose riche, des moments drôles et touchants qui alternent, et l'on ne regrette pas du tout sa lecture.

Citation :
C'est sans doute ce que l'on appelle devenir adulte : perdre la faculté de se convaincre que tout va s'arranger pour le mieux, tôt ou tard, d'une façon ou d'une autre.

Citation :
Le juge m’expliqua pourquoi il était sans importance que Valentine ait dit la vérité ou pas. « La vérité est une notion philosophique et la philosophie s'accorde avec la vie réelle comme une cravate chic à un cou sale. »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://topocleries.wordpress.com/
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Charles Lewinsky [Suisse]   Ven 8 Nov 2013 - 16:10

Maline a déjà très bien commenté le roman Retour indésirable.  Je n'ajouterai donc que quelques lignes.

Il nous reste très peu d’éléments biographiques de la vie de Kurt Gerron mais Charles Lewinsky a réussi à combler les lacunes avec intelligence, humanisme et empathie. Sans jamais condamner le choix du réalisateur, à savoir tourner un film de propagande nazie, l’auteur reste tout au long du récit au plus près de cet homme rêveur et artiste qui a joué malgré lui son plus mauvais rôle, à savoir celui d’une des dernières victimes de la Shoah.

Vous pensiez avoir tout lu sur la vie des camps et le nazisme ? Et bien lisez « Retour indésirable » pour vous rendre compte qu’il reste encore tellement de choses à en dire. Autant que le nombre de victimes de l'extermination  par l'Allemagne nazie.

Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Charles Lewinsky [Suisse]   

Revenir en haut Aller en bas
 
Charles Lewinsky [Suisse]
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» La Flotte Suisse sur le Lac Léman
» Demande à Charles CHEVALIER - AD Rouen - x Anvéville & Cliponville
» l'armée suisse
» Charles Théophile FERET
» NYX en Suisse

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Parfum de livres… parfum d’ailleurs :: Le cœur du forum : Commentons nos lectures en toute liberté… :: Littérature belge et suisse (par auteur ou fils spécifiques)-
Sauter vers: