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 Jonathan Swift

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eXPie
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MessageSujet: Re: Jonathan Swift   Lun 5 Jan 2009 - 19:09

Les curieux qui veulent jeter un oeil sur les Voyages sans voyager vers leurs fournisseurs de livres préférés peuvent lire le texte ici : http://www.gutenberg.org/files/17640/17640-8.txt

La traduction ne tient certainement pas compte des dernières avancées dans la connaissance swiftienne (en fait, je ne sais pas du tout à qui nous devons la traduction, j'ai des doutes).

Au passage, Laputa (dont Alberto Manguel parle bien sûr dans son excellent Dictionnaire des Lieux Imaginaires) a inspiré le titre original du film de Miyazaki "Tenkû no shiro Rapyuta". En anglais, ça a donné "Laputa: The Flying Island"... et en français : "Le Château dans le ciel". Tout simplement. Les distributeurs avaient pensé que "Laputa" sonnait très mal en français...
Désolé pour la digression cinéphilique.

Les yahoos sont à l'origine du nom du site. Et Swift lui-même a donné son nom au célèbre système (de transaction) financier.


Dernière édition par eXPie le Lun 5 Jan 2009 - 19:12, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Jonathan Swift   Lun 5 Jan 2009 - 19:10

eXPie a écrit:
Swift a également écrit Modeste proposition : Pour empêcher les enfants des pauvres d'être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public. C'est très scientifique, très logique. Swift propose (notamment) de manger les enfants. Ca a plein d'avantages.
C'est très drôle, mais pas du goût (ha ha) de tout le monde, j'en ai fait l'expérience.
C'est un petit texte que l'on peut trouver dans la collection Mille et une nuits.

On trouve le texte en anglais ici et en français . Il est parfois étudié au lycée (des extraits).
Dont les fameuses lignes
Citation :
I have been assured by a very knowing American of my acquaintance in London, that a young healthy child well nursed is at a year old a most delicious, nourishing, and wholesome food, whether stewed, roasted, baked, or boiled ...
Un Américain très avisé que j'ai connu à Londres m'a assuré qu'un jeune enfant en bonne santé et bien nourri constitue à l'âge d'un an un mets délicieux, nutritif et sain, qu'il soit cuit en daube, au pot, rôti à la broche ou au four, et j'ai tout lieu de croire qu'il s'accommode aussi bien en fricassée ou en ragoût.
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Babsie
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MessageSujet: Re: Jonathan Swift   Dim 20 Déc 2009 - 18:59

Comme je viens de terminer les Voyages, j’ai bien envie de livrer mes modestes impressions.

Avant de lire ce livre, je le connaissais de nom, et de réputation. L’ouvrage m’a donc surprise. Il y avait pour moi une aura de grotesque autour des aventures du héros que véhicule la mythologie populaire autour de cette œuvre. A la lecture, j’ai au contraire ressenti un profond malaise. A mes yeux, ce roman confine au roman d’horreur, si on fait fi de l’anachronisme que cela représenterait… Gulliver tombe de Charybde en Scylla bien souvent, et passe d’un peuple effrayant à un autre… Tout cela évidemment dans l’optique d’une critique des contemporains de l’auteur. Par ailleurs, beaucoup de constats sont applicables encore de nos jours, c’est là le cœur de l’horreur. Voir ce qu’il dit des juristes et du gouvernement.

Le premier extrait que cite Antisthène est également celui qui m’a le plus frappée d’exaltation.

Par contre, je vous avoue que sa dernière partie où Gulliver séjourne chez les chevaux raisonnables m’a grandement troublée. Je ne sais pas vraiment comme la lire, étant donné que le narrateur se montre enthousiaste devant l’harmonie de la société chevaline, mais que l’auteur impute à ces créatures des comportements peu sympathiques (le non-attachement aux individus…), à moins qu’il ne pousse à fond la logique stoïcienne du détachement des passions. .. Grand mystère.
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animal
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MessageSujet: Re: Jonathan Swift   Mar 20 Sep 2011 - 20:57

Les voyages de Gulliver est le genre de livre pour lequel on imagine que plusieurs versions/éditions sont possibles... des recommandations ?

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MessageSujet: Re: Jonathan Swift   Ven 7 Oct 2011 - 22:00

Avis de lecture en cours (ça peut servir plus tard).

Les voyages de Gulliver

Lecture de la version disponible chez Folio avec préface du fils du traducteur (Maurice et Emile Pons). Préface qui présente un peu l'auteur, sa place dans la société et ses aspirations (plutôt critique, progressiste, et portant du côté de l'Irlande, avec des réserves ?). La préface insiste sur les référence de Swift à sa satire des milieux politiques et de leurs rivalités de personnes et jeux d'influences.

Première partie : voyage à Lilliput.

Lemuel Gulliver, chirurgien de Marine (de milieu relativement modeste qui s'est maintenu si ce n'est élevé) s'échoue sur une île peuplée de petite gens (quelques pouces) suite au naufrage de son navire. Tout est à l'échelle des habitants, Gulliver est de la taille d'un grand arbre, en gros. Cette société s'avère après le premier contact très policée et évoluée (avec quelques différences marquées vis à vis de l'Europe d'alors) et notre grand dadais s'acclimate assez facilement, dévorant seulement de quoi nourrir beaucoup de monde et donnant un coup de main de temps en temps. Notamment dans la guerre qui oppose les habitants de Lilliput à ceux de Blefuscu, l'île voisine. Une lointaine querelle sanguinaire les oppose a propos de.... la façon de manger/ouvrir les oeufs (gros bout ou petit bout ?).

C'est le journal de Gulliver que nous lisons, ces observations sur cette société, sans trop de détail pour ne pas ennuyer le lecteur, et une manière de ménager, de se soucier de sa personne. On aurait pu imaginer un instant que la différence de taille permette des abus mais il n'en est rien, Gulliver se range continuellement du côté des justes, toujours attentif. Pas tant de choses sur cette société différente, si ce n'est en fin de compte qu'on en retient rapidement les grands traits et surtout les apparences. C'est dans l'art de le dire que ça se passe. L'art de raconter des histoires qui en disent long sur l'art d'en dire d'autres et d'en faire.

Les personnages de la galerie sont plaisants, agréables (à quelques exceptions près) mais jamais complètement sympathiques, toujours quelque chose qui cloche. Le divertissement pince sans rire qui longe le précipice.

Lecture très facile, plus grinçante que les souvenirs d'enfance c'est sûr, surtout dans la personnalité de Gulliver, un poil arriviste, un poil faux-jeton.

A l'époque de la publication ça faisait grincer aussi ce genre d'histoires où certains pouvaient se reconnaitre au point que la publication fut faite sous pseudonyme.

Curieux de la suite...

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MessageSujet: Re: Jonathan Swift   Lun 10 Oct 2011 - 21:15

Deuxième partie : Voyage à Brobdingnag

Cette fois ci notre Gulliver se retrouve pensionnaire d'un peuple de géants et après avoir été montré en spectacle par un fermier il est rapidement adopté par la famille royale qui lui prête une oreille attentive et amicale.

Ce deuxième voyage est peut-être plus intéressant encore, plus drôle, plus satirique, un peu plus méchant. Le caractère de notre Gulliver n'est que peu ébranlé par sa petite taille si on passe sous silence quelques embarrassantes mésaventures. Il se fait fort de s'instruire et d'instruire ses hôtes. Ce peuple de géant est plus différent des européens que ne l'étaient les lilliputiens. Ils sont plus terre à terre ne se lancent pas de grandes spéculations et se battent peu. Gulliver en est choqué du dédain du Roi pour les querelles et manipulations qui ont court dans sa belle Angleterre. Voire les citations en début de fil si je me souviens bien.

On monte en puissance et la relativisation joue plus fort après Lilliput, différences d'échelles et de perceptions pour mieux conserver, toujours, les identités et tourner autour du jeu des points de vue et des perceptions... un peu plus amer quand cela dévoile aussi avec beaucoup de recul les aspects les plus simples : les apparences physiques, la peau. Plus amer quand s'affirme l'immuable de l'esprit, l'aveuglement. Le Gulliver héros à la bonne apparence est de plus en plus victime malgré lui de ces drôles de récits. Le constat politique est forcément lui aussi sombre.

Ce deuxième voyage est donc un impressionnant rebond sur le premier. Le récit toujours vif laissant entrevoir de plus en plus de perspectives, le simple jeu des échelles imprimant une tournure différente, plus perméable à l'esprit du lecteur. On effleure le jeu de massacre dans une parfaite bonne humeur, plus c'est édifiant plus ça l'est naturellement à l'envers.

Et plus ça va plus cette lecture est prenante.

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MessageSujet: Re: Jonathan Swift   Lun 10 Oct 2011 - 21:25

animal a écrit:
Et plus ça va plus cette lecture est prenante.
Merci, Animal, ça fait longtemps que je me dis que je devrais le lire, ce bouquin... et je ne sais pas pourquoi, d'autres passent avant... scratch
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MessageSujet: Re: Jonathan Swift   Lun 10 Oct 2011 - 21:37

je pense qu'il a plus d'un atout pour te plaire. ange

je n'en suis qu'à une grosse moitié plus surréaliste au fur et à mesure, plus lâché, plus de souffle. La lecture est assez facile, si je ne me reporte pas aux pages de vocabulaires (je jèterai un œil après la lecture) je me reporte aux notes qui visent principalement à éclaircir les références historiques et personnelles de l'auteur, ou à donner du contexte pour les allusions et utilisations scientifiques. Il faudrait que j'aille jeter un œil à la VO aussi.

c'était envisagé cette relecture (au moins les deux premières parties je les connaissais), c'est Josipovici qui a accéléré mon mouvement, surtout la rencontre à la librairie pendant laquelle il a été question de Swift.

edit : et (évidemment) l'écriture et la manière de Josipovici qui font que je suis curieux du rapport du lecteur (lui) à l'auteur (Swift).

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MessageSujet: Re: Jonathan Swift   Mar 11 Oct 2011 - 18:30

Les Voyages de Gulliver est un de mes livres préférés (tout comme Robinson Crusoe) ! D'ailleurs ça fait bien longtemps que je ne l'ai pas relu Gulliver...

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MessageSujet: a   Mar 11 Oct 2011 - 19:47

Les Voyages de Gulliver, tout comme Robinson Crusoe, je les ai lus ado dans des collections pour la jeunesse. Comme Gargantua, L' Ile au trésor et d' autres classiques comme La Mare au diable, Sans famille, Croc blanc...

Les éditeurs abvaient raison. Les éditions étaient écourtées, mais l' aspect politique ou satirique échappent aux enfants. Et plus tard, on y revient justement pour cela.
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MessageSujet: Re: Jonathan Swift   Jeu 13 Oct 2011 - 22:34

Troisième partie : Lagado, Laputa, Glubbdubdrib, Luggnagg et Japon

Nouveau voyage, nouveau naufrage. Sur l'île de Lagado les maitres pensent à tort et à travers, spéculations, mathématiques, culte de l'excentricité, indifférence et asservissement de l'île de Laputa à laquelle l'île volante est liée par son champ magnétique. On retrouve donc la même mode et des maisons de travers et des idées farfelues pour tout améliorer et tout empirer.

Un voyage très politique et satirique encore, plus proche de l'Irlande de l'auteur sans doute dominée et étouffée. Complètement fou, encore plus irréel alors que les proportions sont justes dans ce voyage. C'est un enfer mental qui se dessine d'élucubration en élucubration dans lesquelles d'ailleurs Gulliver se sent plutôt à l'aise et exprime perpétuellement son avis. Un enfer surréaliste d'une projection future en dépit de tout, une folle liberté conditionnée. Impression renforcée par l'îlot de normalité d'une des fréquentations de Gulliver et mécanisée par la visite de l'Académie et sa succession grotesque de folies.

Plus loin Glubbdubdrib et Luggnag on pense beaucoup aussi mais on se rapproche des morts, notre Gulliver se rapproche de la mort. Cruel passage sur l'immortalité. La fuite en arrière vers la raison d'un passé tissé de mensonges et toujours insaisissable. Une partie du voyage qui exprime également un danger plus grand, Gulliver est moins maitre de ses relations, son savoir vivre et sa séduction comme en sourdine, il est plus maladroit qu'à l'accoutumée. Bizarre.

Le passage par le Japon fait comme un sas de décompression pour le lecteur mais forme aussi un lien géographique et d'univers avec le monde du lecteur et de Gulliver, l'Europe. Les lubies et le danger du voyage se retrouvent et coexistent dans ce court passage.

Intéressante partie, beaucoup plus composite que les précédentes, encore plus poussée dans ses singularités (à l'inverse des apparences), plus violente dans ses polarités et encore plus trouble dans ses motivations... sans se départir de la redoutable fluidité de ce récit de voyage qui bascule vers l'intérieur.

ça fait un peu peur mais il se passe quelque chose c'est sûr. c'est un constat noir teinté d'une insistance vivante mais coupable qui est le lien auquel on reste accroché et qui permet cette brève excursion au milieu de nous-mêmes.

c'est à la fois sombre et très motivé et vivant. Et porté par une écriture aussi classique que réfléchie qui va pousser en déséquilibre l'attention de la lecture. le petit quelque chose qui pique au vif.

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MessageSujet: Re: Jonathan Swift   Jeu 13 Oct 2011 - 22:45

animal a écrit:
Troisième partie : Lagado, Laputa, Glubbdubdrib, Luggnagg et Japon

Nouveau voyage, nouveau naufrage. Sur l'île de Lagado les maitres pensent à tort et à travers, spéculations, mathématiques, culte de l'excentricité, indifférence et asservissement de l'île de Laputa à laquelle l'île volante est liée par son champ magnétique. On retrouve donc la même mode et des maisons de travers et des idées farfelues pour tout améliorer et tout empirer.
Ah, le fameux Laputa de Miyazaki qui vient de là !

animal a écrit:
c'est à la fois sombre et très motivé et vivant. Et porté par une écriture aussi classique que réfléchie qui va pousser en déséquilibre l'attention de la lecture. le petit quelque chose qui pique au vif.
Il faut vraiment que je le lise...
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MessageSujet: Re: Jonathan Swift   Mar 18 Oct 2011 - 22:07

Quatrième partie : Voyage au pays des Houyhnhnms

Cette fois Gulliver part capitaine mais il y a mutinerie et il se retrouve déposé sur une petite île de l'hémisphère sud. Il y rencontre d'abord d'affreuses caricatures d'humains les yahoos puis de magnifiques chevaux doués de raison les houyhnhnms. Houyhnhnms qui parlent et vivent un peu comme des humains.

Gulliver se retrouve donc à vivre chez un de ces houyhnhnms qu'il appelle son maître et auprès duquel il apprend en quelque sorte la raison. Raison opposée à la bassesse et à la bestialité des yahoos, qui sont sales, griffus, méchants, etc.

Tout cela serait bel et beau si on n'en était pas arrivé si loin dans les péripéties désenchantées de Gulliver. Celui-ci est en pratique un yahoo domestique en mieux, il est ouvertement inférieur et cela lui convient cette fois parfaitement. Les sublimes chevaux se révèlent sages mais inégalitaires au possible et comme dépourvus pas seulement de passions mais de la moindre affection, tout se résumant, sans fin, à un pragmatisme "pour le meilleur".

L'ultime voyage, le voyage au contraste le plus fort, celui qui donne un miroir à l'apparence en montrant la vision du dégoût à mots à peine couverts. Le voyage le plus proche d'une situation normale ou le sujet (Gulliver) a cédé, se rend à quelque chose qui se doit forcément d'être supérieur. Ce dernier épisode achève donc le retour à une situation on ne peut plus concrète et proche et c'est aussi le pire, le plus grinçant le plus déstabilisant. Les causes sont ce miroir physique et la moindre présence de supercheries, de masques devant la morale, morale qui est le principal sujet de ces voyages.


Au final la lecture est un grand voyage, vers l'intérieur avec toute une belle maitrise des modes de la littérature de voyages et de l'exotisme avec des manières de mille et une nuits et quelques emprunts et influences par dessus. Le résultat est très riche, très cohérent... et un peu effrayant, très pessimiste, heureusement grinçant. Une lecture active, bien loin de la punition, édifiante tout de même et qui s'avère vertigineuse dans son rapport de la forme au contenu. Quelque chose d'une mécanique mutante dans la cohérence mouvante triste ou enjouée, blessante ou blessée qui se distingue souvent difficilement dans les mouvements de l'ensemble sous la peau de l'histoire simple et dépaysante. L'art et la manière de dire explicitement autre chose autrement au delà de la simple image utilisée. C'est un peu fou toute cette histoire. Brrrrrrrr...

L'édition Folio propose quelques compléments simples et assez intéressant pour meubler les plus grosses lacunes du lecteur en histoire et pour se faire une idée au moins sur les références employées par l'auteur.

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MessageSujet: Re: Jonathan Swift   Jeu 20 Oct 2011 - 23:27

Il y a quelque chose qui turlupine avec cette quatrième partie quand même. L'ensemble sent le texte qui n'a pas été écrit en deux jours et on devine ou on ne se trouble pas si on pense à des fluctuations d'humeur au fil des pages (à l'écrire on pourrait dire aussi que cette animation est une autre des qualités du livre) or cette quatrième partie est la seule à sembler pouvoir "contenir les autres", et elle est la dernière, comme un mauvais tour temporel, pas que temporel.

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MessageSujet: Re: Jonathan Swift   Mar 5 Jan 2016 - 23:33


Illustration des Voyages de Gulliver. Gravure anonyme.

- Voyages de Gulliver (parus en 1726). Traduit et annoté par Jacques Pons d'après l'édition d'Emile Pons. Préface de Maurice Pons (fils d'Emile). Folio. 468 pages.
"Pour qui lirait les Voyages en y cherchant seulement des récits d'aventures, la déception serait grande. En comparaison de Foe, de Cook, de Stevenson, Swift est dans ce genre un bien piètre auteur. On peut même dire qu'il n'entend rien aux voyages, il ne sait en traduire ni le bruit de vent, ni le goût de sel, ni l'odeur de poudre." (préface, page 10)

Après deux pages écrites par l'Editeur au lecteur", destinées à ajouter de la crédibilité, commencent les Voyages, composés de quatre parties, chacun narrant une aventure différente.
La première partie est la plus connue du public français : c'est le Voyage à Lilliput.
Swift ne traîne pas. Gulliver se présente : il étudie la médecine et devient chirurgien à bord de navires. Il a une femme et des enfants. Nous sommes en 1699, et nous avons à peine lu trois pages depuis le début du livre que Gulliver fait naufrage, perd de vue ses compagnons qui ont certainement péri, parvient sur une île et s'écroule. Le voici qui se réveille, après un long sommeil réparateur :
Citation :
"J'essayai alors de me lever, mais ne pus faire le moindre mouvement ; comme j'étais couché sur le dos, je m'aperçus que mes bras et mes jambes étaient solidement fixés au sol de chaque côté, et que mes cheveux, qui étaient longs et épais, étaient attachés au sol de la même façon. Je sentis de même tout autour de mon corps de nombreuses et fines ligatures m'enserrant depuis les aisselles jusqu'aux cuisses. [...] Au bout d'un instant, je sentis remuer quelque chose de vivant sur ma jambe gauche, puis cette chose avançant doucement sur ma poitrine arriva presque jusqu'à mon menton ; infléchissant alors mon regard aussi bas que je pus, je découvris que c'était une créature humaine, haute tout au plus de six pouces, tenant d'une main un arc et de l'autre une flèche et portant un carquoi sur le dos." (page 36-37).

Sacrée surprise, mais bien sûr pas pour le lecteur contemporain qui connaît bien cet épisode.
"Rien n'a pu desservir davantage le chef-d'oeuvre que sont les Voyages que ces éditions dites populaires ou enfantines, qui pour les réduire au squelette des anecdotes, n'ont jamais réussi qu'à fausser le jugement du grand public et à ennuyer les enfants." (préface, page 19).

La suite, par contre, on la connaît moins. Gulliver va se familiariser avec la société lilliputienne, et expliquer aux Lilliputiens comment fonctionne notre belle société (et plus particulièrement l'Angleterre du XVIII° siècle).
Citation :
"Bien que nous ayons toujours à la bouche ce principe que récompense et châtiment sont les deux piliers de l'Etat, je ne l'ai jamais vu mis en application ailleurs qu'à Lilliput. Là-bas quiconque peut établir de façon probante qu'il a strictement observé les lois de son pays depuis soixante-treize lunes, a droit à certains privilèges selon sa naissance et sa condition, ainsi qu'à des récompenses en argent, payées sur une caisse spéciale et également variables. [...] Et quand je leur dis que chez nous les lois s'appliquaient à grand renfort de châtiments, mais qu'on ne parlait même pas de récompenses, ils s'étonnèrent de cette prodigieuse faute politique." (page 84).

Chaque peuple trouve certaines qualités ou certains défauts insupportables :
Citation :
"L'ingratitude est chez eux un crime capital [...]. Leur raisonnement est le suivant : celui qui fait du mal à son bienfaiteur, comment restera-t-il sans en faire à tout le reste des hommes, de qui il n'a pas reçu de bienfaits ? Il ne convient donc pas de le laisser vivre." (page 86).
Ça paraît logique... On va peut-être proposer de changer la constitution...


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