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 Camilo José Cela [Espagne]

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MessageSujet: Camilo José Cela [Espagne]   Camilo José Cela [Espagne] EmptyMar 6 Jan 2009 - 23:06

Camilo José Cela
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(11/05/1916 – 17/01/2002)

Après des études de droit, Cela combattit du côté de Franco pendant la Guerre civile. Il fut blessé.
"Postérieurement il rejette la dictature de Franco et il maintient une attitude indépendante et provocatrice envers le régime." (wikipedia)
Il occupa différents emplois de bureau, notamment censeur, ce qui lui sera reproché. Il se marie en 1946.
Son premier roman, La famille de Pascal Duarte, paraît en 1942. Son goût pour l'horrible est déjà bien visible.

Plus tard, plusieurs de ses œuvres ne pourront pas sortir en Espagne, pour cause d'immoralité. Son attitude face au gouvernement franquiste est ambiguë.
La Ruche, qui paraît en 1951, comporte plus de trois cents personnages. Cristo versus Arizona (1988) raconte le duel à OK Corral en une seule phrase de plus de cent pages : son œuvre devient de plus en plus expérimentale.

1989 : il obtient le Prix Nobel de littérature
1995 : Prix Cervantes.

Il aimait bien choquer ; il a publié un dictionnaire de l'argot et des mots tabous.

(Compilation de wikipedia français et anglais).
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MessageSujet: Re: Camilo José Cela [Espagne]   Camilo José Cela [Espagne] EmptyMar 6 Jan 2009 - 23:08

La famille de Pascal Duarte. 145 pages. Traduit de l'espagnol par Jean Viet. Présentation par Albert Bensoussan.

Ce roman se veut les mémoires vraies d'un condamné à mort, Pascal Duarte, marqué par la fatalité, comme une mauvaise étoile qui le poursuit.
Tout d'abord, nous avons une "Note du transcripteur" qui explique dans quelles circonstances il est entré en possession des mémoires de Pascal Duarte.
"Le personnage, selon moi, et cela seul me porte à le faire connaître, est un modèle ; un modèle qu'il ne faut pas imiter, mais fuir, qui ne permet pas le doute, mais force à dire : « Tu vois ce qu'il fait ? Eh bien ! c'est le contraire de ce qu'il devrait. »" (pages 9-10).
Puis on trouve une lettre de Pascal Duarte qui accompagne l'original du texte.
Vient alors la dédicace des mémoires : "A la mémoire de l'insigne seigneur don Jésus Gonzalez de la Riva, compte de Torrmejia, qui, sur le point d'être frappé à mort par l'auteur de cet écrit, l'appelait Pascalillo et lui souriait." (page 16).

Citation :
"Moi, monsieur, je ne suis pas méchant et pourtant j'ai mes raisons pour cela. […]
Je suis né voilà bien des années – cinquante-cinq pour le moins – dans un village perdu de la province de Badajoz. Il était accroupi à quelque deux lieux d'Almendralejo, sur une route monotone et longue comme un jour sans pain, monotone et longue comme les jours – dont, pour votre bien, vous ne pouvez même imaginer la longueur ni la monotonie – d'un condamné à mort…" (page 17).
Comme pour le Quichotte, nous ne saurons pas exactement où se trouve le village…

La maison familiale, elle, est à l'écart du village.

Pascal aimait aller à la chasse avec sa chienne. A un croisement, elle avait l'habitude de l'attendre. Lui, Pascal, s'asseyait sur une pierre ronde et fumait.
Citation :
"La petite chienne s'asseyait en face de moi sur ses pattes de derrière et me regardait, la tête inclinée sur l'épaule, de ses petits yeux marron très éveillés ; je lui parlais et, comme pour entendre mieux, elle dressait un peu les oreilles ; si je me taisais, elle en profitait pour courir après les sauterelles ou simplement pour changer de posture. Il me fallait toujours en m'en allant, sans savoir pourquoi, tourner la tête vers la pierre, comme pour lui dire au revoir et, un jour, elle dut paraître si triste de mon départ qu'il me fallut revenir sur mes pas et m'asseoir de nouveau… La chienne revint se camper devant moi et me regarda ; je sais maintenant qu'elle avait le regard des confesseurs, scrutateur et froid, comme l'est, paraît-il, le regard des lynx. Un frisson parcourut tout mon corps ; on aurait dit qu'un courant voulait me sortir par les bras. Ma cigarette s'était éteinte ; le fusil à un coup se laissait caresser, lentement, entre mes jambes. La chienne me regardait toujours de ses yeux fixes, comme si elle ne m'avait jamais vu, comme si d'un moment à l'autre elle allait m'accuser ; son regard me brûlait le sang dans les veines et je voyais venir le moment où je devrais m'avouer vaincu ; il faisait chaud, une chaleur épouvantable, et mes yeux se fermaient, dominés par le regard, perçant comme un clou, de l'animal…
Je pris le fusil et tirai ; je rechargeai et tirai une seconde fois. La chienne avait un sang noir et visqueux, qui s'étendait peu à peu sur la terre." (pages 23-24)
Plus tard, on comprendra un peu mieux son comportement (il faudra repenser à ce passage, bien sûr).

"De mon enfance, je ne garde pas précisément de bons souvenirs." (page 25). Père violent, mère alcoolique.
Dit comme cela, on pourrait s'attendre au pire, littérairement parlant, mais il n'en est rien. C'est plus subtil, les relations entre les parents ne sont pas aussi schématiques.
Citation :
"Tout petit, à cet âge où la volonté de l'homme est la plus maniable, on m'envoya quelque temps à l'école ; la lutte pour la vie, disait mon père, était très rude et il fallait se préparer à l'aborder avec les seules armes capables de nous faire triompher, les armes de l'intelligence. Il me disait tout cela d'un trait, comme de mémoire, et sa voix me semblait alors se voiler et prendre des nuances que je ne lui connaissais pas…" (page 28 ).
Il n'y restera pas longtemps.
Citation :
"Quand je quittai l'école, j'avais douze ans ; mais n'allons pas si vite, car chaque chose doit venir en son temps et se lever tôt n'amène pas le jour." (page 29 ).
Pascal use souvent de proverbes.
Il a bientôt une petite sœur et un petit frère… mais il suffit pour l'histoire.

Parfois, ses mémoires s'interrompent. Pascal précise qu'il s'est écoulé du temps.
Citation :
"Ce nouvel endroit où l'on m'a conduit est meilleur ; par la fenêtre, on voit un petit jardin, entretenu et poli comme un salon ; au-delà, vers la montagne, s'étend la plaine, brune comme la peau des hommes, où passent, parfois, des files de mules qui vont au Portugal, des petits ânes qui vont vers les cabanes, des femmes et des enfants qui vont seulement jusqu'au puits…" (page 53).


Un livre court, très bien écrit, mais sans frime stylistique.
On pense bien sûr un peu à l'Etranger (paru la même année), de Camus, mais La Famille de Pascal Duarte est en vérité très différent. C'est faux qu'il ne ressent rien lorsqu'il tue, Pascal. Il regrette, mais il sait que les regrets ne servent à rien. Il est impulsif.

Un chef-d'œuvre.

Wikipedia précise : "C'est la deuxième œuvre littéraire espagnole la plus traduite au monde après Don Quichotte."
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Arabella
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MessageSujet: Re: Camilo José Cela [Espagne]   Camilo José Cela [Espagne] EmptyMar 6 Jan 2009 - 23:19

Comme toujours tu est très convaincant quand tu aimes un livre, difficile de ne pas avoir envie de le découvrir. Et de toute façon il faudra bien qu'un jour je lise Cela, alors pourquoi pas La famille de Pascal Duarte, en plus c'est court.

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MessageSujet: Re: Camilo José Cela [Espagne]   Camilo José Cela [Espagne] EmptyMar 6 Jan 2009 - 23:24

Arabella a écrit:
Comme toujours tu est très convaincant quand tu aimes un livre, difficile de ne pas avoir envie de le découvrir. Et de toute façon il faudra bien qu'un jour je lise Cela, alors pourquoi pas La famille de Pascal Duarte, en plus c'est court.
J'espère aussi être convaincant quand je n'aime pas un livre sourire

Tu as raison, c'est très vite lu (déjà pour moi, alors pour toi...)
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MessageSujet: Re: Camilo José Cela [Espagne]   Camilo José Cela [Espagne] EmptyMer 7 Jan 2009 - 0:20

eXPie a écrit:

J'espère aussi être convaincant quand je n'aime pas un livre sourire


Alors dans ces cas-là, en plus, tu es drôle... content
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Arabella
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MessageSujet: Re: Camilo José Cela [Espagne]   Camilo José Cela [Espagne] EmptyMer 7 Jan 2009 - 8:34

coline a écrit:
eXPie a écrit:

J'espère aussi être convaincant quand je n'aime pas un livre sourire


Alors dans ces cas-là, en plus, tu es drôle... content

Certes, mais faire rire au dépend d'un livre et donner envie d'en lire un sont deux exercices de nature différente, et je trouve que le deuxième en fin de compte est plus difficile.

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MessageSujet: Re: Camilo José Cela [Espagne]   Camilo José Cela [Espagne] EmptyMer 7 Jan 2009 - 9:06

Je l'ai lu en version originale, il y a longtemps !!!!!!!!!!!!
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MessageSujet: Re: Camilo José Cela [Espagne]   Camilo José Cela [Espagne] EmptyMer 7 Jan 2009 - 9:24

Allant en Espagne il y a quelques années, ce livre me fut conseillé par des Espagnols pour me préparer. Maintenant j'avais un peu oublié les détails, mais l'après-goût est bon...
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Camilo José Cela [Espagne]   Camilo José Cela [Espagne] EmptyMer 7 Jan 2009 - 15:09

Lire les commentaires permet aussi d'éviter certaines lectures.

très difficile pour moi le passage de la fin de la chienne, je crois que je m'abstiendrai de cette lecture.

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MessageSujet: Re: Camilo José Cela [Espagne]   Camilo José Cela [Espagne] EmptyMer 7 Jan 2009 - 16:31

Bédoulène a écrit:
Lire les commentaires permet aussi d'éviter certaines lectures.

très difficile pour moi le passage de la fin de la chienne, je crois que je m'abstiendrai de cette lecture.

Et ce n'est pas le pire (même si, évidemment, tout n'est pas dur comme ça).
J'ai mis ce passage parce qu'il est rudement bien écrit, qu'il est vers le début du livre, ça ne va donc pas gâcher une révélation ou autre, et que ça donne un peu l'ambiance d'autres passages...
Il aimait bien les trucs un peu excessifs...
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MessageSujet: Re: Camilo José Cela [Espagne]   Camilo José Cela [Espagne] EmptyJeu 9 Avr 2009 - 14:10

LA COLMENA. (LA RUCHE)

Je n’aime pas beaucoup le titre en Français. Une ruche, ça bourdonne, ça pétille d’activité, c’est organisé et surtout orienté vers une production. Bien sûr, la « colmena » c’est la même chose pour un Espagnol, mais pour moi, qui ai sans doute assimilé ce mot en même temps que le signifié « bilan de la vie à Madrid pendant les années 50 », c’est devenu autre chose.
Ce roman a été publié en Argentine en 1951, après avoir erré plusieurs années dans les bureaux des services de censure espagnols et être finalement refusé, même après certaines corrections et « purifications » effectuées par l’auteur. On peut considérer qu’il a été écrit entre 1945 et 1948, et que la narration se situe dans le Madrid de 1942, très exactement pendant trois jours de l’hiver 1942.

Quand on ferme un livre qui vous a plu, il reste un climat, une ambiance, des impressions, et c’est ce reliquat que je voudrais transmettre à des personnes qui n’auraient pas encore lu ce roman. (roman que je considère magistral, mais dont on ne sort pas indemne !)

Il y a en permanence plusieurs poids portés par les personnages :
le poids de la peur. N’oublions pas que Madrid a été une des dernières villes à tomber aux mains de Franco et que le siège a été long et cruel. À noter que la guerre civile n’est jamais mentionnée dans le livre, ce qui supprime d’emblée toute vision pamphlétaire.
Corollaire du premier, le poids de l’hypocrisie et du manque de solidarité : Le nanti (ou pseudo nanti) humilie et méprise le crève-la-faim et le crève-la-faim, quand il a quelques pièces en poche devient exécrable. D’ailleurs tout ce roman tourne autour de la quête perpétuelle de quelques pesètes, d’un petit emploi obtenu par recommandation, d’un plat chaud, d’un lit ou passer la nuit ! C’est encore un poids : le poids de la lutte pour survivre : tout est bon : aucune considération morale, aucun jugement, si ce n’est la conviction que ce que fait l’autre est répréhensible, mais que ce qu’on fait –si personne ne le sait- est justifié.
Derrière tout cela, et la Censure de l’époque le pressentait, il y a un diagnostic sévère et lucide de l’état de délabrement moral d’une population vivant sous un régime dictatorial : tout ce qui devrait être simple, spontané et naturel ne peut s’exprimer et devient délictueux…Amour, vie sexuelle, relations, tout est sujet à un code imposé.

Quant au style, c’est assez révolutionnaire : caméra cinématographique se promenant dans un périmètre réduit de Madrid, 160 personnages se retrouvant ou se côtoyant, au gré de l’auteur dans un café ou sur un trottoir, langage populaire, voire vulgaire…

Et puis, deux éléments sur lesquels je n’ai trouvé aucune source de référence : il y a un crime non élucidé au milieu du roman, dont on ne reparlera jamais : il est vrai que c’est la mère d’un homosexuel, et que l’affaire se devait d’être étouffée ; et puis la fin du roman où le personnage le plus récurrent est en butte à des poursuites policières pour une affaire dont il ne sait rien et dont nous, lecteurs, ne savons rien non plus. Un monde à la Kafka.

Reste à savoir ce que peut apporter la lecture de la « Colmena » (oui, je préfère !!!) à un lecteur du XXIº siècle. Un témoignage, bien sûr ; mais aussi certains échos qui permettent de mieux comprendre l’Espagne actuelle : ces constantes références, teintées de respect, à l’argent ou à la naissance…cette peur de passer pour nécessiteux, cette hantise des brocantes !!!!
Enfin, là je pourrai m’étendre, mais on sortirait de la littérature !
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MessageSujet: Re: Camilo José Cela [Espagne]   Camilo José Cela [Espagne] EmptyJeu 9 Avr 2009 - 17:52

Dom a écrit:
Reste à savoir ce que peut apporter la lecture de la « Colmena » (oui, je préfère !!!) à un lecteur du XXIº siècle. Un témoignage, bien sûr ; mais aussi certains échos qui permettent de mieux comprendre l’Espagne actuelle : ces constantes références, teintées de respect, à l’argent ou à la naissance…cette peur de passer pour nécessiteux, cette hantise des brocantes !!!!
Enfin, là je pourrai m’étendre, mais on sortirait de la littérature !
À mon goût tu peux encore plus t'étendre - même en dehors de la littérature.. Wink
tout cela me donne envie (déjà avec la présentation d'eXPie) - je ne peux dire ce que je trouve dans tous ses livres de l'Espagne avant/pendant/après la guerre - mais cela m'attire, je le sais.. et donc, je vais commander ce livre, surtout que j'ai vu qu'il est sorti dans la jolie collection l'Imaginaire de Gallimard

merci en tout cas pour ce commentaire Very Happy

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MessageSujet: Re: Camilo José Cela [Espagne]   Camilo José Cela [Espagne] EmptyJeu 9 Avr 2009 - 18:08

Je ne sais connais pas cet auteur mais après ce commentaire très fouillé j'ai très envie de lire ce livre.

merci Dom

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MessageSujet: Re: Camilo José Cela [Espagne]   Camilo José Cela [Espagne] EmptyDim 24 Mai 2009 - 20:45

La famille de Pascal Duarte



Le livre a déjà été fort bien résumé par eXPie, il s'agit de mémoires d'un condamné à mort, qui a du temps en prison en attendant son exécution. Donc il se rappelle sa vie, et bien sûr les raisons qui l'ont amené là où il se trouve. Enfance très dure, les malheurs qui s'accumulent, aucun espoir finalement d'arriver à une vie satisfaisante. Et une étrange attirance pour la violence et pour le fait de tuer, comme l'épisode la chienne le montre.

Je n'ai vraiment pas été séduite par ce livre, que j'ai trouvé artificiel au possible. Le sentiment de fatalité qui devrait être présent ne m'a pas paru frappant, on ne comprend pas vraiment ce qui pousse Pascal à tous ces meurtres, sauf peut être le premier, mais le plus chargé symboliquement, celui de la mère, arrive là tout d'un coup sans que l'on sache vraiment pourquoi, alors qu'il devrait être le noeud du roman. Et toute cette enfance misérable ne m'a jamais parue convaincante, ils sont très pauvres et à certains moments ils ont de l'argent, par exemple pour le voyage de noces de Pascal, c'est inconhérent.

Je crois que je ne suis pas entrée dans l'univers de Camilo José Cela, j'ai trouvé un côté très racolleur à ce livre, la misère avec des détails très sordides, comme les oreilles du petit frère mangées par un cochon, le personnage ne m'a pas vraiment intéressé, on ne sait finalement pas ce qu'il pense Pascal de tout ce qui lui arrive,et les incohérences du récit, surtout vers la fin où on ne comprend pas vraiment ce qui s'est passé m'ont lassé. Je me suis sentie manipulée par l'auteur, qui nous laisse penser qu'il va nous raconter un certain type d'histoire et qui finalement ne tient pas ses promesses.

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MessageSujet: Re: Camilo José Cela [Espagne]   Camilo José Cela [Espagne] EmptyLun 22 Aoû 2016 - 22:26

La famille de Pascual Duarte .

Je me fais sérieusement violence pour écrire quelques mots sur cette lecture .Non que je considère qu'il soit à mettre au désherbage de tous les médiathèques , bien au contraire ...Il y a un tel accent de vérité au delà d'une forme outrancière qui caractérise ce mouvement littéraire qualifié de tremendismo et qui correspond à une volonté d'exagérer démesurément une narration pour mieux en faire ressortir la noirceur ,que ce court récit bouscule le lecteur qui se doit de revoir ses positions , définir d'autres limites peut-être, pour pouvoir  accepter l'inacceptable !

C'est à travers le récit d'un assassin qui consacra son temps( qui aurait pu être celui d'une forme de rédemption avant de passer à l'échafaud ou au moins une confession ) à faire une brève rétrospective de son passage sur terre .

Avec ses mots à lui , empreints d'un héritage culturel désespérément pauvre , auquel il emprunte des formules toutes faites sous forme de proverbes qui résonnent désespérément creux , mais qui le stigmatise autant qu'ils lui donnent l'illusion d'être bien né dans une ignorance pathétique  .

Avec une absence totale de regret, en apparence,  pour tous ses crimes commis sous l'effet d'une force indomptable ,qui le pousse à faire couler le sang comme si cela allait le soulager de cette lourdeur atavique qui le condamne à reproduire les schémas familiaux , comme si se laisser à ses pulsions meurtrières allait le délivrer du regard haineux de sa mère , comme si la douleur transgénérationnelle inscrite dans son âme et sa chair allait enfin s'effacer et lui ouvrir un destin limpide comme l'eau claire , lumineux et cristallin , purifié enfin .

Alors oui , dans ce parti pris de choquer le lecteur jusqu'à l'insoutenable Camilo José Cela ne fait pas dans la dentelle et on se situe très vite dans une zone "borderline " pas facilement surmontable ! Un enfant handicapé mental laissé en pâture dans la cour de la maison , se vautrant dans ses excréments et se faisant ratiboiser les oreilles par un cochon de passage  ....par exemple ....Il fallait oser !

Et pourtant loin de décrédibiliser l'ensemble de l'oeuvre, cette surenchère d'horreurs racontée dans une fausse placidité (il s'agirait plutôt d'une forme d'atonie , d'engourdissement émotionnel )  ne fait que mettre en lumière la plus grande horreur de cette étude de moeurs : un homme marqué par la douleur de vivre son absence de douleur .... tellement marqué par un déterminisme social voire même génétique qu'il lui est impossible de pouvoir sentir sa douleur d'être le monstre qu'il est devenu en actes.
Bon naturellement on ne peut s'empêcher de penser à Zola , Faulkner et autres écrivains du genre mais il faut reconnaître à Camilo José Cela une approche toute personnelle , pas forcément confortable pour le lecteur qui n'a d'autre alternative que de revivre ce chemin de vie tragique en s'identifiant au narrateur : un assassin . Car c'est là que tout commence .....et que l'on peut crier ô chef d'oeuvre . Enfin c'est ma lecture .

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