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 Alan Bennett

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kenavo
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MessageSujet: Alan Bennett   Dim 11 Jan 2009 - 0:06



oui - ce ne pouvait être que cette photo  Wink


Alan Bennett est un acteur, un scénariste et un réalisateur britannique né le 9 mai 1934 à Leeds (Royaume-Uni)
source: Wikipedia


Il est une star en Grande-Bretagne, où ses pièces de théâtre, ses séries télévisées et ses romans remportent un succès jamais démenti depuis plus de vingt ans.
source: Editeur

Bibliographies

Citation :
Index: (cliquez sur les numéros de page pour y accéder directement)

Pièces de théâtre

· Espions et célibataires : un diptyque / traduit de l'anglais par Elisabeth Whitelaw. Paris : Bourgois, 1994, 137 p.
· Moulins à paroles : monologues / préface de et trad. de l'anglais Jean-Marie Besset. Arles : Actes sud, 1999, 95 Pages 1
Composé de :
  Une femme de lettres
  Une frite dans le sucre
  Un lit parmi les lentilles
  La chance de sa vie
  Une femme sans importance
  Un bi-choco sous le sofa
  Continuer comme avant
· Moulins à paroles (2), Actes Sud, 2009

Romans

· La Mise à nu des époux Ransome (The Clothes They Stood Up In, 2001) / trad. Pierre Ménard Pages 1, 4
· Jeux de paumes (The Laying on of Hands, 2000) / trad. Pierre Ménard
· Soins intensifs (Father ! Father ! Burning bright, 1999) / trad. Pierre Ménard
· La Reine des lectrices (The Uncommon Reader, 2007) / trad. Pierre Ménard   Pages   1, 2, 3, 4, 5, 6
· So shocking !

Récit

· La Dame à la camionnette (The Lady In The Van, 1999) / trad. Pierre Ménard

Citation :
mise à jour  à la page 6 le 01/10/2012

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kenavo
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MessageSujet: Re: Alan Bennett   Dim 11 Jan 2009 - 0:07



La Reine des lectrices

Citation :
Présentation de l'éditeur
Que se passerait-il outre-Manche si, par le plus grand des hasards, Sa Majesté la Reine se découvrait une passion pour la lecture ? Si, tout d'un coup, plus rien n'arrêtait son insatiable soif de livres, au point qu'elle en vienne à négliger ses engagements royaux ? C'est à cette drôle de fiction que nous invite Alan Bennett, le plus grinçant des comiques anglais. Henry James, les sœurs Brontë, le sulfureux Jean Genet et bien d'autres défilent sous l'œil implacable d'Elizabeth, cependant que le monde empesé et so british de Buckingham Palace s'inquiète : du valet de chambre au prince Philip, d'aucuns grincent des dents tandis que la royale passion littéraire met sens dessus dessous l'implacable protocole de la maison Windsor. C'est en maître de l'humour décalé qu'Alain Bennett a concocté cette joyeuse farce qui, par-delà la drôlerie, est aussi une belle réflexion sur le pouvoir subversif de la lecture.

Si je voulais me faire la vie facile, je vous mettrais rire et laugh comme commentaire pour ce livre...

mais bon.. il faut quand même être un peu plus sérieux.. il s'agit quand même d'un livre.. de littérature.. et en plus ce livre a comme sujet lire et littérature!

En quatrième couverture de ce livre j'ai la citation
(j'en ai eu le livre en allemand Wink )
Une déclaration d'amour pour la Queen et une pour la littérature - et qui aurait pensé que cela va bien ensemble?

Et bien, je peux vous dire - cela marche à merveille! Parce que j'ai pu constater après quelques autres lectures de cet auteur qu'il peut aussi bien écrire pas seulement des livres hilarants et drôles - mais pleins d'esprit et d'humour fin.. et surtout avec une bonne dose d'intelligence.
C'est tout à fait revigorant ce qu'il nous présente..

Moi j’ai bien ri à m'imaginer la Reine d'Angleterre devenue lectrice passionnante qui a trouvé la combine de se laisser chauffer dans sa carrosse mais arrive à faire signe aux gens autour et de lire en même temps parce qu’elle ne peut plus se passer de ses livres.

Et nous voilà embarqué dans l’histoire la plus drôle, mais aussi la plus ‘extra’ que j’ai lu ces derniers temps..

Un très bon moment de lecture – et si on n’arrête pas de nous dire qu’il faut faire de l’exercice – surtout après les fêtes – commencez avec l’entrainement de vos muscles faciaux Very Happy



Je dois dire dans ce cas j’adore beaucoup plus la couverture de l’édition allemande Wink

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Queenie
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MessageSujet: Re: Alan Bennett   Dim 11 Jan 2009 - 8:16

J'ai noté, des fois qu'il y ai une méthode pour pouvoir lire en douce pendant mes heures de boulot!

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Madame B.
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MessageSujet: Re: Alan Bennett   Dim 11 Jan 2009 - 11:00

Queenie a écrit:
Citation :
J'ai noté, des fois qu'il y ai une méthode pour pouvoir lire en douce pendant mes heures de boulot!
Si la queen of england peut le faire notre queenie du forum peut y parvenir. conciliabule (tu nous donneras des trucs quand tu l'auras lu!).
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coline
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MessageSujet: Re: Alan Bennett   Dim 11 Jan 2009 - 12:24

Il fait très envie ce roman..."pour le travail des muscles faciaux"... content
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kathel
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MessageSujet: Re: Alan Bennett   Dim 11 Jan 2009 - 13:49

Et voilà ! Comment ne pas prendre note ? Surprised

Ma liste à lire est très très courte de toute façon...
Spoiler:
 
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coline
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MessageSujet: Re: Alan Bennett   Lun 12 Jan 2009 - 13:28

Moulin à Paroles (Talking Heads)

... J'ai joué du Alan Bennett!...Et ses textes sont irrésistibles.
S’il y a parfois difficulté à lire du théâtre, Moulins à Paroles se présente sous la forme de sept monologues qui peuvent constituer un régal de lecture.
C'est une galerie de personnages savoureux...Qui font rire mais "rire jaune" tout de même...Comme elles sont tristes ces existences ordinaires, voire ratées, et cette solitude des personnages ...

J'étais "Une femme de lettres"...Pas ce que vous pensez immédiatement...mais une femme qui écrivait sans arrêt des lettres pour dénoncer les autres... Miss Rudock trouve sa rédemption au moment où elle se retrouve pour cela en prison, enfin entourée et utile...
J'ai adoré incarner cette femme tout aussi détestable que touchante...L’écriture de Alan Bennett est empreinte de tendresse pour ses personnages.

Tous ces récits sont à la première personne, balançant entre le comique et le carrément pathétique. La détresse est là, sous-jacente. Ces monologues sont des petits bijoux.

“Ce sont des nouvelles réduites à l’essentiel, destinées à être lues à haute voix, car si j’ai un talent particulier, c’est mon oreille.”
(Alan Bennett)

D’abord conçus sous la forme d'émissions réalisées pour la BBC Television en 1988, "Les moulins à paroles " ont été mis en scène depuis janvier 1992, notamment au Comedy Théâtre à Londres (avec l’auteur dans le rôle de Graham dans « Une Frite dans le Sucre »).

Une frite dans le sucre : A cinquante ans passés, Graham est vieux garçon, avec des troubles psy et un esprit très étroit. Il vit encore avec sa mère. Sa vie va être bouleversée lorsque cette dernière, bien plus délurée que lui, retrouve un de ses anciens amants…

Un lit parmi les lentilles : c’est le récit de Suzanne, la femme alcoolique du pasteur, qui n’en peut plus des bigotes autour de son mari et s’envoie en l’air avec l’épicier indien, sur les sacs de lentilles, dans son arrière boutique.


La Chance de sa vie : Leslie est persuadée qu'elle est sur le point de devenir une grande actrice. Mais on comprend plus vite qu’elle, à l’écouter, que le film pour lequel elle a été sollicitée est uniquement un vulgaire film porno.

Une femme sans importance : Peggy est toujours pleine de bonne humeur..Jusqu'à l'hôpital elle plaisante mais l’on sait qu’elle n’en sortira pas

Je vais être honnête, je ne me souviens plus (nous ne les avions pas travaillés) ce que racontent Un bi-choco sous le sofa et Continuer comme avant


...Si Bennett atteint à l’excellence avec ces Moulins à paroles, c’est que sa parfaite familiarité avec l’Angleterre (présente et passée) et son oreille comique se sont ici mises à l’unisson d’une recherche plus intime de quelque chose d’enfoui, de savoureux et de douloureux, du côté de cette province du nord, le Yorkshire où il a passé ses jeunes années. Dans la préface de l’édition originale, l’auteur détaille la plupart des repères
conscients des Moulins et les rattache à autant de lieux, personnes, événements, expressions de ses père et mère dans son enfance. Ayant traversé le miroir des eaux de cette première mémoire, il en est revenu pour nous proposer un univers désolé, étrangement attachant, peuplé et déserté tout ensemble, où les vies sont solitaires, immobiles et comiques -ô combien - dès qu’elles se mêlent de se commenter les unes les autres. “

Jean Marie Besset (Préface à l’édition de Moulins à paroles aux Editions Actes Sud-Papiers en Sept. 2002

NB: Au cinéma, Alan Bennett est le scénariste de A Private fonction (1985), de Prick up yours ears, réalisé par Stephen Frears et de La Folie du roi Georges


Dernière édition par coline le Lun 12 Jan 2009 - 14:29, édité 1 fois
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kenavo
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MessageSujet: Re: Alan Bennett   Lun 12 Jan 2009 - 13:56

Ah merci pour ce beau commentaire Coline.. c'est vrai, ce livre est adorable..

et en même temps je me suis rappelé d'une autre lecture de lui - aussi à cause de toi Wink - avec ton problème de rangement : le livre sur le cas des Ransome qui viennent à la maison et doivent réaliser qu'on leur a volé tout Wink




La Mise à nu des époux Ransome

Citation :
Editeur
Rentrant d'une soirée à l'opéra, les Ransome trouvent leur appartement dévalisé. De la fourrure de madame au rouleau de papier hygiénique, de l'argenterie au porte-savon, trente-deux ans de mariage se sont volatilisés. Même la moquette y est passée ! Mrs Ransome s'effondre. De son côté, monsieur, avoué respectable, affronte dignement l'adversité. Bien vite, pourtant, Rosemary et Maurice se rendent à l'évidence : avec le mobilier les convenances s'en sont allées. Et les surprises ne font que commencer.
Quintessence de l'humour anglais, ces mésaventures des époux Ransome sont tout à la fois loufoques et cruelles.
Une comédie brillante et déréglée.

Ce que Alan Bennett fait de cette situation de départ est vraiment trop bon.
Et pendant les premières pages je peux vous garantir que vous allez faire plus d'un tour pour voir si vous avez bien fermé à clé toutes les portes dans votre maison Wink
Mais comment ce couple va changer à cause de la situation neuve.. c'est très bien décrit - et tout comme Coline le dit - en principe ses livres font rire - mais très souvent d'un "rire jaune" Very Happy

À côté je trouve très intéressant le choix des différentes traduction:
Le livre a comme titre en anglais:
The Clothes They Stood Up in
ce qui est assez signifiant pour la situation - puisque le couple était à l'opéra et avec ses habits la bonne femme doit passer le jour suivant dans la petite épicerie du quartier Razz
Et en allemand on a mit le titre
Cosi fanTutte
l'opéra que le couple était voir ce soir fatidique

en tout cas, n'importe la langue dans laquelle vous lisez Alan Bennett - il est vraiment très bon Very Happy

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Epi
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MessageSujet: Re: Alan Bennett   Lun 12 Jan 2009 - 14:02

Je veux le lire lui !!! J'apprécie beaucoup l'humour anglais, il devrait me plaire Very Happy

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coline
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MessageSujet: Re: Alan Bennett   Lun 12 Jan 2009 - 14:32

Je n'aurais même pas pensé ouvrir un fil à cet auteur que je connaissais surtout comme auteur de théâtre...Heureusement que tu l'as fait Kenavo...Ce peut-être pour beaucoup d'entre nous une belle tentation de lectures... content
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kenavo
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MessageSujet: Re: Alan Bennett   Ven 20 Fév 2009 - 13:53

Alan Bennett : "La lecture est éminemment démocratique"

Le Monde des Livres | 19.02.09 |
Fabienne Dumontet


Le Nouvel An à peine fêté, des filaments de brouillard crémeux festonnent toujours le ciel londonien pour célébrer l'année toute fraîche, à quelques pas de Regent's Park. C'est un soir de janvier glacial à Londres, une fin de journée idéale pour se perdre derrière son écharpe et devant les façades d'un des quartiers cossus du nord-ouest de la capitale britannique, ce coin de Camden où l'écrivain Alan Bennett, quelque part, doit méditer sur son prochain bon mot ou sur une nouvelle farce au coin du feu et à la vapeur d'un bon thé.

Gagné, c'est presque cela, se dit-on, une fois toqué à la bonne porte, devant ce discret septuagénaire qui ouvre et s'efface courtoisement devant vous, mais s'amuse bientôt à semer ses remarques de galopin dans l'exquise affabilité de sa conversation. Quelques impertinences bien senties sur la droite conservatrice anglaise, quelques piques sur le décorum de la royauté, quelques critiques sur les auteurs britanniques contemporains, ses compatriotes, pour mieux louer en regard l'oeuvre très expérimentale d'un écrivain américain, le défunt David Foster Wallace : voilà tout ce qu'il faut de malice à l'humoriste Alan Bennett pour ne pas apparaître comme l'institution qu'il est en fait devenu outre-Manche, après presque un demi-siècle d'activité comme acteur, romancier et nouvelliste, dramaturge et scénariste. "Les gens autour de vous s'attendent à ce que vous deveniez plus conservateur avec le temps, reconnaît-il, mais j'espère que ce n'est pas mon cas. D'ailleurs, je suis toujours autant à gauche que dans ma jeunesse."

Jeunesse guère conventionnelle en effet, qui le voit se lancer, au début des années 1960, comme humoriste et acteur dans la revue satirique Beyond the Fringe, un succès dans toute l'Angleterre et jusqu'à Broadway. Un tel début, au sortir d'Oxford, après des études universitaires d'histoire médiévale, n'est pas banal. Ce ne l'est guère non plus d'avoir signé des scénarios pour Stephen Frears - dont celui du film Prick up Your Ears - tout en commettant des pièces historiques au National Theatre de Londres, comme La Folie du roi George, encore un succès, ou Espions et célibataires, où apparaît Anthony Blunt, l'espion soviétique infiltré au service de la reine.

Grands personnages ou petites gens, Alan Bennett s'y attache identiquement, comme le prouve l'une de ses plus belles créations théâtrales, Moulins à paroles, dont la traduction française du second tome est à paraître en mars (Actes Sud papiers). Sept tranches de vie monologuées par des personnages issus de la classe moyenne anglaise, sous l'angle de l'humour noir : comme celui de cette femme de pasteur provincial, Suzanne, que son mari se vante d'avoir guérie de son alcoolisme grâce à l'amour, "comme si l'amour était une variété d'antibiotiques à spectre large".

Cette classe moyenne, Alan Bennett la connaît bien, pour en être issu lui-même, dans la région du Yorkshire où il a passé son enfance aux côtés d'un père boucher qui "croyait passionnément que l'éducation était la réponse à tout". Scolarisé dans une école publique, avant de suivre de prestigieuses études, il a gardé un féroce attachement à l'idée d'un système éducatif public et gratuit : une utopie sur le sol anglais, il le sait.

Mais sur cette question quasi paternelle pour lui de la puissance de l'éducation, il a enrôlé un porte-drapeau inattendu. Dans son dernier roman, La Reine des lectrices, Elizabeth d'Angleterre succombe à un vice inédit et en apparence innocent : la lecture.

La reine lit d'abord en mondaine écervelée, ayant croisé au fil des galas presque tout le gotha des écrivains contemporains sans les lire et s'y mettant par curiosité, comme pour refaire la tournée de ces illustres sujets. Puis, progressivement, son appétit s'éveille, la dévore, et le roman de Bennett devient savoureux : elle se met à écrire elle-même, néglige ses obligations de reine, tourmente son entourage de ses lectures, questionne un Nicolas Sarkozy éberlué sur la vie croustillante de Jean Genet, à la table d'un dîner officiel. On verrait bien cette Elizabeth d'Angleterre copiner avec Emma Bovary ou Don Quichotte, au vu du ramdam qu'elle introduit dans l'univers policé de Buckingham Palace.

Dans ce personnage royal, d'ailleurs, l'oeil de l'humoriste a surtout perçu le potentiel comique de situation : "La reine évolue dans un environnement si formel que toute légère déviation ou comportement anormal prend une importance extraordinaire." Alan Bennett en a profité pour y glisser ses propres mémoires de lecteur, "même si ce personnage de la reine est bien mieux éduqué que moi : elle s'oblige à finir les livres de Henry James, elle !". Mais aussi pour porter un regard sur la dimension humaniste et sociale de la lecture, quasi politique : "Partager la lecture est quelque chose d'éminemment démocratique, chose que la reine est censée avoir pratiqué toute sa vie. Mais elle ignore, en réalité, comment sont les gens, quoiqu'elle en rencontre bien plus que n'importe qui, et de tous milieux. Les livres l'ouvrent aux sentiments, à la gêne, par exemple, vis-à-vis de ses domestiques."

LIVRAISONS DE VIANDE

Sur la longueur, le livre perd un peu de sa verve comique en tirant sur ce principe de départ que la lecture "s'exerce comme un muscle", qui ouvre progressivement la reine à une nouvelle sensibilité. Mais cette question d'arrière-fond sur l'élitisme et le partage d'un bien commun lui redonne de la puissance. Le jeu de mots du titre anglais le dit d'ailleurs bien : "The Uncommon Reader", ce peut être à la fois un lecteur excentrique et issu de la noblesse, différent des gens du commun.

Pour un homme qui a lui-même décliné l'anoblissement et le titre de "Sir" parce que "ce costume (de chevalier) ne (lui) allait pas", et qui a hébergé dans son jardin quinze ans durant la camionnette d'une vieille clocharde excentrique du quartier persuadée d'être le prochain premier ministre de Grande-Bretagne, Alan Bennett a donc une vision des valeurs, de la légitimité et des apparences qui mérite réflexion. Y compris sur sa carrière littéraire : dans la préface à l'édition anglaise d'Espions et célibataires, il raconte que, parce que l'une des clientes de son père se maria par la suite à T.S. Eliot, il a "longtemps pensé que (son) seul rapport avec la littérature avait été d'avoir fait des livraisons de viande à la future femme de T.S. Eliot". Et quand sa mère, rencontrant un jour dans la rue le mari de son ancienne cliente, apprendra que cet élégant monsieur a eu le prix Nobel, Alan l'entendra dire : "Ça ne m'étonne guère, son manteau était vraiment très beau."

En fait de paletot et de costume, Alan Bennett nous invite, en partant, à caresser celui qui pend au revers de sa porte d'entrée : "C'est le tailleur de Proust qui l'a fait, vous savez..."



source: ICI

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Hellois
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MessageSujet: Re: Alan Bennett   Ven 20 Fév 2009 - 17:43

kenavo a écrit:
La Mise à nu des époux Ransome


À côté je trouve très intéressant le choix des différentes traduction:
Le livre a comme titre en anglais:
The Clothes They Stood Up in
ce qui est assez signifiant pour la situation - puisque le couple était à l'opéra et avec ses habits la bonne femme doit passer le jour suivant dans la petite épicerie du quartier Razz
Et en allemand on a mit le titre
Cosi fanTutte
l'opéra que le couple était voir ce soir fatidique

en tout cas, n'importe la langue dans laquelle vous lisez Alan Bennett - il est vraiment très bon Very Happy

En italien ce livre a été traduit comme Nudi e crudi, (Nus et crus), qui est un lieu commun pour décrire quelqu'un qui n'a plus rien, quelqu'un à qui on a tout volé. (ce qui est bien le cas sourire )
J'aime bien ce livre, très court mais sympa... très british. Avec une évolution de l'histoire un peu inattendue..
Je vous le conseille content
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LaurenceV
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MessageSujet: Re: Alan Bennett   Mer 25 Fév 2009 - 0:47

La Reine des lectrices est un court roman réjouissant et drôle.
Alan Bennett invente à Son Altesse Royale la Reine d’Angleterre une passion pour la lecture née lors d’une rencontre inattendue avec le bibliobus qui s’arrête au château afin d’offrir la possibilité au personnel de lire. Elle y entre et se sent dans l’obligation de choisir un livre. Mais elle y rencontre également un commis de cuisine passionné de lecture (principalement d’écrivains homosexuels) qui deviendra son conseiller en livres, son tabellion particulier. Et cette nouvelle passion pour la lecture est la source de bien des complots, des dérèglements, des mésaventures… Cette passion remet en question le statut, la conduite, l’emploi du temps de la Reine. Mais bientôt, la Reine, femme d’action, aura d’autres ambitions.

Tout cela est présenté avec beaucoup d’humour et de subtilité par l’auteur. On rit des situations cocasses, des commentaires de la Reine et de l’attitude de ses interlocuteurs. On se réjouit de ses découvertes et des manigances de son entourage. C’est un bon livre qui fait passer un très bon moment. Qui se lit peut-être un peu trop vite parce qu’on aimerait partager davantage les lectures de cette illustre lectrice.
Citation :

Un passe-temps ? dit la reine. Les livres sont tout sauf un passe-temps. Ils sont là pour vous parler d’autres vies, d’autres mondes. Loin de vouloir passer le temps, sir Kevin, j’aimerais au contraire en avoir davantage à ma disposition. Si j’avais envie de passer le temps, j’irais en Nouvelle-Zélande. (p. 44-45)

Cet attrait pour la lecture, songeait-elle, tenait au caractère altier et presque indifférent de la littérature. Les livres ne se souciaient pas de leurs lecteurs, ni même de savoir s’ils étaient lus. Tout le monde était égal devant eux, y compris elle. La littérature est une communauté, les lettres sont une république. (…) Les livres ne varient pas. Tous les lecteurs sont égaux. (p. 47)
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MessageSujet: Re: Alan Bennett   Mer 25 Fév 2009 - 9:56

Cela fait un moment que ce livre me fait de l'oeil, et vous finissez de me convaincre, je le lis dès que je mets la main dessus.

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kenavo
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MessageSujet: Re: Alan Bennett   Mer 25 Fév 2009 - 12:01

LaurenceV a écrit:
Tout cela est présenté avec beaucoup d’humour et de subtilité par l’auteur. On rit des situations cocasses, des commentaires de la Reine et de l’attitude de ses interlocuteurs. On se réjouit de ses découvertes et des manigances de son entourage. C’est un bon livre qui fait passer un très bon moment. Qui se lit peut-être un peu trop vite parce qu’on aimerait partager davantage les lectures de cette illustre lectrice.
Very Happy Merci pour ton commentaire..
il faut bien des livres qui nous donnent des moments pareils..

Domreader a écrit:
Cela fait un moment que ce livre me fait de l'oeil, et vous finissez de me convaincre, je le lis dès que je mets la main dessus.
mais oui, vas-y Wink

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