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 Michèle Desbordes

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coline
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MessageSujet: Michèle Desbordes   Mar 20 Mar 2007 - 17:24



LA DEMANDE.

Un délicat récit qui nous transporte en pleine Renaissance, dans une demeure des bords de Loire où un artiste âgé et une servante fatiguée par le labeur tiennent une sorte de dialogue muet et dense.

Lui est un maître italien du XVIe siècle. A la fois peintre et architecte, sculpteur, anatomiste et ingénieur. Il vient s'installer au bord de la Loire, à l'invitation du roi de France pour transformer les bords de Loire en jardins et splendeurs. Michèle Desbordes ne cite jamais le nom de Léonard de Vinci (Léonard est mort au Clos-Lucé, près d’Amboise, en 1519 et François Ier régnait depuis cinq ans), mais on ne peut s'empêcher pourtant de voir en lui le héros de La Demande, ce vieux peintre italien, exilé loin de son pays.

Ils étaient arrivés, lui et ses meilleurs élèves. Ils étaient cinq sur leurs chevaux, le plus jeune avait à peine vingt ans et des boucles jusqu'aux épaules. Le plus vieux n'avait pas d'âge, un vieillard peut-être, mais sa beauté attirait encore le regard. … et ils avaient fait un long voyage.

Dans le manoir mis à leur disposition, on leur donne une servante efficace et dévouée. Elle n'est plus très jeune. Elle n'est pas particulièrement belle. Elle est abîmée par les lourdes tâches qu'elle accomplit depuis des années. Et c’est à peine s'ils la voient en entrant.
Une paysanne, c'est ce qu'on leur avait dit…Elle était petite et frêle. Elle devait avoir quarante ans, quarante-cinq peut-être, elle-même l'ignorait.

La Demande est l'histoire de la relation étonnante et tendre entre cet artiste et cette femme. Une histoire tissée de silences.

Quand elle avait fini ses travaux, elle s'asseyait un moment près de la fenêtre, regardait au dehors ou bien regardait ses mains qu'elle croisait et décroisait dans le creux des jupes.
Lui la regardait elle prit l'habitude de son regard sur elle, elle se disait que le maître pouvait observer le serviteur comme il observait un arbre ou une couleur du ciel:
« Il la regardait comme on regarde ce que l’on découvre, sans faveur ni complaisance. Aux derniers jours du printemps elle dut prendre l’habitude du regard sur elle, se dire que le maître pouvait observer le serviteur comme il observait un arbre ou une couleur de ciel, un cadavre dans un fossé, parfois les choses les plus inattendues tranquillement et sans histoires devenaient si banales et ordinaires que si elles venaient à manquer la vie en était encore plus difficile, quand il se détournait elle le remarquait, puis l’air de rien se détournait à son tour. Il parlait des habitudes, de ce qui commençait et de ce qui finissait. »

« Il savait qu’elle s’appelait Tassine et qu’elle était native de la région, il n’aurait su lui donner d’âge, et encore moins dire si elle était jolie ou non, il la regardait attentivement avec l’air d’être ailleurs ; il la regardait sans la voir, c’est ce qu’elle finit par penser, et puis elle vit son visage s’animer, un vague sourire paraître sur ses lèvres. Un mouvement vers elle. De l’intérêt ou une simple courtoisie, elle n’aurait su dire. Alors elle lui sourit à son tour. Le vent se levait et un nuage passa devant le soleil, obscurcissant les falaises, le vert des grands ifs. D’un geste lent elle montra le jardin et la maison, puis le précéda dans le grand escalier. »

Elle, ce qu'elle pensait, elle n'avait pas besoin de le dire. Mais le temps passant, elle semblait chercher le regard, parfois jusqu'à le débusquer, un rien provocante , surtout malhabile.
Et l’ attention de l’artiste (comme d’ailleurs le récit), se resserre peu à peu autour de la figure discrète, toujours affairée de la servante.
Les couleurs et la texture de ses vêtements, ses gestes, son dos fatigué, son corps... tout est enregistré par l’œil de l’artiste.
Le peintre et la servante sont unit par le silence .

Tout près, il y a la Loire qui coule. Au cœur du silence et du temps qui passe lentement, inexorablement. Les paysages des bords de Loire sont superbement évoqués. La lumière de leurs ciels changeants.
Jusqu'à "La Demande" finale… inouïe!...

Le style et la langue sont parfaits. Les phrases sont longues, ponctuées de virgules plus que de points, pour mieux faire éprouver l’étirement du temps.
Et Michèle Desbordes écrit sur le silence, avec des mots.
J’ai tout aimé de ce livre sauf…La Demande en elle-même…qui m’a un peu glacée… pale
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coline
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MessageSujet: Re: Michèle Desbordes   Mar 20 Mar 2007 - 17:32

Michèle Desbordes

Originaire d'un village de Sologne, Michèle Desbordes grandit à Orléans. À l'issue d'études littéraires en Sorbonne, elle devient conservateur de bibliothèques.
Elle exerce d'abord dans des universités parisiennes, puis en Guadeloupe. En 1994, elle est nommée directrice de la Bibliothèque de l'université d'Orléans.
Elle vivait à Beaugency en Sologne. Seule dans une maison au bord de la Loire.
" Je pourrais rester des heures à regarder un coucher de soleil ", disait-elle.
" J'ai grandi en Sologne, entourée de paysannes,. Ma grand-mère passait ses journées assise près de la fenêtre à contempler le paysage. "

Michèle Desbordes est décédée en janvier 2006 à Beaugency en Sologne.

Son oeuvre:

-L’Habituée, 1997
-La Demande, 1999
-La Robe bleue, 2004
-Un été de glycine, 2005
-L’Emprise, 2006

-Sombres dans la ville où elles se taisent, poèmes, paru sous le pseudonyme de Michèle Marie Denor

- Le Commandement, roman, 2000
- Le Lit de la mer, proses, 2001
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bix229
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MessageSujet: Michèle Desbordes   Ven 21 Déc 2007 - 18:47

Michèle Desbordes. - La robe bleue. - Verdier : 2OO4

Une femme est assise sur une chaise devant "l'asile de fous" de Mondevergues à Monfavet (Vaucluse). Elle attend la visite de son frère. On est au début du 2Oe siècle et la femme pourrait etre Camille Claudel,
attendant son frère Paul.
C'est ains que la voit en tout cas Michèle Desbordes...

Les années passent, toutes semblables, les visites de Paul à Camille se raréfient, et bientot Camille attendra seule la mort après 3O années d'internement forcé.
Elle vieillit seule et cesse alors d'écrire à sa famille et de demander qu'on la sorte de cet asile. Paul n'assistera pas aux obsèques de sa soeur...

Ce livre n'est pas une biographie. Les faits sont rares et Michèle Desbordes les a utilisés pour écrire une méditation poétique faite
d'admiration, de respect et d'émotion.

Ce qu'on peut dire pourtant, c'est que cette vie de femme et d'artiste
fut un gachis et une somme de douleurs insensées.
Au début, il y a eu les blessures familiales. Mais aussi le frère cadet, Paul,
avec qui elle fut très liée, et qui resta jusqu'au bout le seul etre sur qui elle compta. Et à mon avis, il ne fut pas toujours à la hauteur. Je n'aime pas ce personnage d'auteur de théatre et de diplomate, converti au catholicisme...

Pour revenir à Camille, il y eut aussi cette passion folle pour la sculpture, qui semble lui avoir rendu en partie l'attention qu'elle lui consacra.
Mais aussi la blessure de la rupture avec le sculpteur Rodin, à la mesure de l'amour patagé qu'ils vécurent pendant dix ans...
Elle ne s'en remit jamais...

Camille Claudel fut une grande artiste et c'est ce que chacun peut encore constater dans les vestiges de ce qu'elle n'a pas détruit ...

Paul Claudel écrivait d'elle jeune fille :

"Un front superbe surplombant des yeux magnifiques de ce rare bleu foncé, si rare à se rencontrer ailleurs que dans les romans."


Dernière édition par bix229 le Dim 29 Mar 2009 - 14:59, édité 1 fois
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coline
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MessageSujet: Re: Michèle Desbordes   Ven 21 Déc 2007 - 19:27

Je crois que nous devrions ouvrir un fil pour Camille Claudel...parce qu'elle le vaut bien!content

As-tu aimé lire La robe bleue?...
Je garde le souvenir agréable de ma lecture de La demande...
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bix229
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MessageSujet: michèle Desbordes   Ven 21 Déc 2007 - 19:36

J'ai beaucoup aimé La robe bleue, Coline, ça ne se sent pas ?

Quant à la pauvre Camille Claudel, il n'y a pas grand chose à dire, malheureusement, du moins sur sa vie. Par contre l'oeuvre, c'est autre chose. Il y a déjà à glaner sur Internet...
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monilet
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MessageSujet: Re: Michèle Desbordes   Sam 22 Déc 2007 - 10:09

J'avais, bien sûr, adoré "La Demande", plus que "la Robe bleue", si mes souvenirs sont bons.
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coline
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MessageSujet: Re: Michèle Desbordes   Sam 22 Déc 2007 - 13:16

bix229 a écrit:
J'ai beaucoup aimé La robe bleue, Coline, ça ne se sent pas ?


J'avais surtout ressenti que tu avais aimé Camille Claudel...content
Il me tente ce livre...Je le note...Wink
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coline
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MessageSujet: Re: Michèle Desbordes   Ven 11 Avr 2008 - 21:34

coline a écrit:
bix229 a écrit:
J'ai beaucoup aimé La robe bleue, Coline, ça ne se sent pas ?


J'avais surtout ressenti que tu avais aimé Camille Claudel...content
Il me tente ce livre...Je le note...Wink

Exposition Camille Claudel au Musée Rodin...L'occasion de lire peut-être La robe bleue... content
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kenavo
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MessageSujet: Re: Michèle Desbordes   Sam 26 Avr 2008 - 15:10

coline a écrit:
Exposition Camille Claudel au Musée Rodin...L'occasion de lire peut-être La robe bleue... content
C'est tout à fait cela que j'ai voulu faire - mais je crois qu'il est vraiment grand temps que je parte en vacances - je viens de passer chez ma librairie - et je reçois les livres que j'avais commandé la semaine passée - et il y a bien un livre de Michèle Desbordes pour moi... Le lit de la mer??? Mais où est-ce que j'ai ma tête pour l'instant???
Donc - si je reviens sur ce fil, ce sera -peut-être- avec un aperçu sur ce livre.. mais certainement un peu plus tard pour La robe bleu parce que après la bonne expérience avec La demande je veux certainement me remettre dans un de ses livres Wink

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MessageSujet: Re: Michèle Desbordes   Sam 26 Avr 2008 - 19:33

kenavo a écrit:
coline a écrit:
Exposition Camille Claudel au Musée Rodin...L'occasion de lire peut-être La robe bleue... content
C'est tout à fait cela que j'ai voulu faire - mais je crois qu'il est vraiment grand temps que je parte en vacances - je viens de passer chez ma librairie - et je reçois les livres que j'avais commandé la semaine passée - et il y a bien un livre de Michèle Desbordes pour moi... Le lit de la mer??? Mais où est-ce que j'ai ma tête pour l'instant???
Donc - si je reviens sur ce fil, ce sera -peut-être- avec un aperçu sur ce livre.. mais certainement un peu plus tard pour La robe bleu parce que après la bonne expérience avec La demande je veux certainement me remettre dans un de ses livres Wink

La robe bleue...Je le commande demain...Wink
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MessageSujet: Re: Michèle Desbordes   Sam 26 Avr 2008 - 19:43

coline a écrit:
La robe bleue...Je le commande demain...Wink
Si on va faire cette rencontre à Dijon pour l'expo - condition sera alors - la lecture de ce livre avant la visite?? Wink

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MessageSujet: Re: Michèle Desbordes   Mer 14 Mai 2008 - 22:48

La robe bleue: des extraits avant mon commentaire.
Je rappelle que ce texte évoque Camille Claudel dans les dernières années de sa vie, à l'asile de Montdevergues (près d'Avignon) où elle passa trente années..Trente années à attendre les très rares visites de son frère Paul...


"La nuit elle entendait les chevaux

"C'était quand elle l'attendait, sans doute était-ce les jours où elle l'attendait, quand, ayant reçu la lettre qui annonçait sa venue et prenant l'une des chaises du corridor, elle allait s'installer dehors pour l'attendre, tirant la chaise sur l'herbe au bas du perron elle s'asseyait à l'ombre des chênes, et un peu de soleil passait entre les branches, jouant sur les graviers et le buis des massifs, les fleurs au pied de l'arbre. Il la trouvait là quand il arrivait, assise sur cette chaise devant le pavillon, immobile et les mains croisées dans le pli des jupes, ces robes grises ou brunes toujours les mêmes, avec ce chapeau qu'on lui voyait sur les photos, de la même indéfinissable couleur et que dans les premières années, leur mère, assurant qu'elle en aurait besoin, lui faisait parvenir, elle était là immobile et silencieuse, et guettant l'instant qu'il paraîtrait dans le haut du sentier, le petit chemin escarpé par où il monterait depuis la place plantée d'arbres où l'on garait les voitures, guettant ce moment tandis que déjà elle pensait à ce qu'elle lui dirait, à tout le temps qu'elle ne l'avait pas vu, des mois, des saisons entières, l'été ou le printemps d'avant, et bien davantage encore quand des années passaient sans qu'il fît le voyage. Et alors sortant de sa poche un carnet elle le feuilletait et cherchait les pages et les listes, énumérées les unes au-dessous des autres les dates et les saisons qu'elle avait pris l'habitude de noter, année après année ayant marqué là ce qu'il y avait à marquer de jours, d'événements ou de lettres qu'elle recevait ; même là-bas à Montdevergues où il se passait si peu de choses elle gardait cette habitude, demandant encore de quoi écrire, du papier pour les lettres et un carnet dans lequel parfois on la voyait prendre des notes, elle avait, disait-elle, besoin de carnets, et de marquer ce qu'il y avait à marquer du temps qui passait."



"Il parlera du passé, des années de Villeneuve. Le reste, il n’en dira rien, il ne voudra plus rien dire de ce qui la concernait, ni qu’avec la mère la retirant de cet atelier des quais, il la mettait chez les fous, et quatre ans plus tard elle y était encore, et alors elle leur écrivait à propos des journées très longues et de l’ennui dont elle souffrait, et aussi du froid qu’il y avait l’hiver dans ce pays, jusque dans sa chambre disait-elle où elle attrapait l’onglée et ne pouvait pas même tenir la plume, tandis que mois après mois elle demandait qu’on la sortît de là et parlait de cette cruauté qu’elle avait, elle leur mère, de ne pas lui donner asile à Villeneuve où elle promettait, si elle revenait, de ne pas déranger ni causer de soucis, ni même de bouger tellement à présent elle avait souffert ; elle avait tellement souffert, disait-elle, qu’elle ne pourrait s’en remettre, elle se tiendrait tranquille et se contenterait de peu, une mansarde, un bout de cuisine suffiraient."


"Et déjà il me semble bien qu'elle parlait de la fin des choses. C'est-à-dire que là-bas, dans le temps, déjà elle se souvenait, très tôt soupçonnant ce qui, des bonheurs ou de simples instants de trêve, allait disparaître pour ne plus revenir ; à tout le moins ce qui des rêves qu'ils avaient, chacun d'eux, non seulement réclamerait son tribut, mais ne saurait, en raison d'invisibles, impitoyables lois, se déployer haut et clair, et si évidemment que le reste ne pourrait qu'en dépendre, jamais elle ne s'apaiserait de rien.
Alors ce matin de mars, elle devait savoir qu'il arriverait. Qu'il fût ou non matin de mars, et grands et lourds chevaux qui venaient la prendre et l'emporter loin de chez elle. Et ça devait faire un bout de temps qu'elle le savait, un bout de temps que le doute, le soupçon faisaient leur besogne, tout le dit, et l'attente et la peur dont elle parle, cette habitude qu'elle prit de ne plus sortir de l'atelier, ou plus tard de s'y enfermer, et si tout se mêlait encore des gaietés et des tristesses, ces soudaines, insoupçonnables mélancolies qu'elle savait d'un mouvement ou d'un rire si bien cacher, il y avait là depuis longtemps, pareille à une menace, l'idée que rien d'heureux ou de grand ne pourrait durer; qu'un jour viendrait où, comme à l'issue d'un combat, il faudrait baisser les armes et se rendre, d'une de ces redditions sans retour ni pardon, et alors pour elle tout serait fini. Tout serait fini, et ils auraient chacun d'eux, elle et lui, à en dire, c'est pourquoi jamais ils n'en parleraient. Ni dans ces jours-là, ni plus tard.
Ce matin tiède et gris de printemps, un de ces matins comme il y en a parfois lorsque le vent tombe, avec dans l'air une sorte de trêve, d'insupportable douceur - et sans doute, se dit-on, allait-il pleuvoir ou peut-être déjà, à petites gouttes rares, silencieuses, la pluie sans qu'on s'en aperçût avait-elle commencé - oui ce matin-là quand, debout derrière ses volets fermés, guettant les bruits et les voix dans la rue comme on guette ce qui arrive et ne peut qu'arriver, elle entendait les chevaux s'arrêter devant l'atelier. Elle entendait les chevaux, le crissement dur des roues sur le pavé, et bientôt les hommes qui descendant de voiture et parlant à voix basse regardaient de son côté, l'apercevaient debout derrière les persiennes, et alors d'un geste du menton l'un d'eux la désignait, désignait la forme pâle, immobile, à demi cachée et tremblante derrière la claire-voie."


Dernière édition par coline le Mer 14 Mai 2008 - 22:57, édité 1 fois
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coline
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MessageSujet: Re: Michèle Desbordes   Mer 14 Mai 2008 - 22:56

La robe bleue

Je sors bouleversée de cette lecture ...Les dernières pages m'ont arraché des larmes...C'est poignant, profond, magnifique!...
J'y reviens avec un commentaire plus élaboré...Je prends un peu de temps...
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MessageSujet: Re: Michèle Desbordes   Jeu 15 Mai 2008 - 19:25

coline a écrit:
La robe bleue

Je sors bouleversée de cette lecture ...Les dernières pages m'ont arraché des larmes...C'est poignant, profond, magnifique!...
J'y reviens avec un commentaire plus élaboré...Je prends un peu de temps...
J'ai aussi terminé ce livre hier soir.. et tout comme toi, je suis bouleversée.. que des années perdues.. du gâchis.. terrible..
mais quelle belle écriture pour nous montrer tout cela Wink

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MessageSujet: Michele Desbordes   Jeu 15 Mai 2008 - 20:29

Marie, on aimerait connaitre ton avis ?
colibri
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