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 Karl-Heinz Ott [Allemagne]

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bix229
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MessageSujet: Karl-Heinz Ott [Allemagne]   Mar 13 Jan 2009 - 18:43




Je ne sais pratiquement rien de Karl - Heinz Ott, sinon qu'il est né en Allemagne en 1957.

Qu'il est féru de philosophie, de littérature et de musique et que c'est sensible dans le livre que je viens de lire.

Son premier roman a obtenu le prix Holderlin.

Endlich Stille : Enfin le silence est son premier ouvrage traduit en français.
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bix229
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MessageSujet: Karl-Heinz Ott   Mar 13 Jan 2009 - 19:11

Enfin le silence : Karl - Heinz Ott. - Phébus, 2 008.

Je ne connaissais pas Karl-Heinz Ott avant d'avoir lu ce livre.

Et je dois dire que c' est un roman très intrigant, très cruel, très opaque
qui vous repousse autant qu' il vous attire.
Je n' oserai le conseiller à personne, car c' est un livre qui fait peu de concessions au lecteur.

Ecriture blanche, histoire étrange certes, mais irritante, nauséeuse. Personnages peu sympathiques, c'est peu dire...
Du moins en apparence... Mais vient le moment où l'on se demande :
Et si les apparences étaient trompeuses ?....
Et si vous vous posez la question, alors vous ne lacherez jamais plus ce livre...

Et si l'écriture blanche était là précisément pour accentuer le malaise
qui enveloppe le livre.
Pour mieux nous perdre. Pour mieux cacher la sauvagerie sous jacente,
mais toujours présente. Et la réversibilité des deux personnages principaux du roman....

Voilà un livre qui soulève constamment des questions et qui ne les résout
qu'en apparence.


L'histoire ?

Mais quelle histoire ? Dès le début, on devine la fin. Au moins là point de mystère. Sauf qu' à la fin, il ya encore un ultime questionnement. Un dernier renversement de situation...
L'histoire ?

Que faire lorsque un individu pénètre par effraction dans votre
existence et la pourrit absolument jour après jour ?
Voilà à peu près résumé cette incroyable machination. Dont les protagonistes
sont victimes... tout comme le lecteur.

Très fort ce Karl-Heinz Ott !

Ce livre est l' un des plus troublants que j' ai lus depuis longtemps et
j' y reviendrais. Avec quelques citations.

Je voudrais rajouter que si la fin a quelque chose de volontairement
attendu et prémédité, elle est d' une beauté, d' une intensité que j'aurais
peine à décrire.
Dans ces pages-là, il y a aussi quelques réflexions sur Shubert, un musicien que j'apprécie beaucoup, et qui sont d'une grande intensité poétique...


Dernière édition par bix229 le Jeu 15 Jan 2009 - 0:03, édité 5 fois
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tom léo
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MessageSujet: Re: Karl-Heinz Ott [Allemagne]   Mar 13 Jan 2009 - 19:18

Pardon, bix, j’avais préparé au même moment « mon » commentaire…

Karl-Heinz Ott

Karl Heinz Ott est né en 1957 sur les bords du Danube, à Ehingen près d'Ulm. Il visita un internat catholique. Philosophie, lettres allemandes et musicologie sont les trois axes de ses études. Il a été conseiller dramaturgique à Fribourg, puis à Bâle et Zurich. En 1998, il publie son premier roman, le très remarqué « Ins Offene » (à paraître), que couronnera le prix Hölderlin. « Endlich Stille » (Enfin le silence), son deuxième roman, a été salué en 2005 par la critique allemande et nominé pour plusieurs prix. Depuis Juin 2006 il est membre de l’académie des sciences et de la littérature de Mainz/Mayence.


Oeuvre:
Ins Offene (Roman), 1998
Endlich Gäste (Pièce en 13 Scènes) 2002
Endlich Stille/Enfin le silence (Roman), 2005
Heimatkunde Baden, 2007
Ob wir wollen oder nicht (Roman), 2008
Tumult und Grazie – Über Georg Friedrich Händel, 2008


Enfin le silence
Originale : Endlich Stille (allemand, traduction par: Françoise Kenk)

Présentation de l'éditeur :
Disserter sur le libre arbitre chez Spinoza est parfois plus aisé que d'apprendre à dire non. Un professeur de philosophie bâlois en fait l'amère expérience. Il suffit de rencontrer à la gare de Strasbourg un inconnu, l'Autre dans toute sa misérable splendeur, pour qu'il apprenne ce que signifie " être possédé ". L'Autre serait-il le Diable ? Il en a tout l'air : ivrogne invétéré, obsédé sexuel, bavard égotique, menteur délirant, il se révèle une sangsue mortifère. Il poursuit notre narrateur de son embarrassante amitié, s'installe chez lui sans ménagement, fait fuir ses proches, détruit sa réputation. Cet huis clos aussi étouffant que révoltant accule le calme professeur à envisager le pire. Enfin le silence est un thriller métaphysique d'une démoniaque intelligence, servi par une écriture envoûtante, à la fois classique et moderne.

Remarques :
C’est en recherche d’auteurs allemands nouveaux qu’un libraire m’a conseillé ce livre, et j’en fus agréablement surpris! Avec beaucoup de virtuosité, dans la langue d’abord, Ott raconte une situation qu’on a pu déjà rencontré dans notre propre vie, peut-être à un moindre degré : Quand est-ce qu’il est temps de dire clairement et sans ambigüité « Non » dans une situation, à une personne ? Quand est-ce que nous devenons des victimes de quelqu’un qui ne respecte pas notre intimité, qui ne connaît aucune discrétion ? Ou est-ce que dans ces situations-là on ne devient aussi des victimes de nos propres hésitations ?

Je peux comprendre que l’apparente impuissance du narrateur face à l’artifice de son „ami-ennemi“ peut énerver plus qu’un. J’ai lu ici et là des commentaires qui parlaient de l’attitude incompréhensible ou lamentable du héros. Soit. Mais Ott parvient à faire monter doucement justement cet énervement, jusqu’à ce qu’on en a marre. Cela fait l’effet d’une asphyxie, d’unétranglement! Et c’est alors drôlement bien raconté!

Comparant des sujets de son livre avec la biographie de l’auteur, on voit bien qu’il a puisé dans ses études, sa vie des inspirations, par exemple dans les passages qui apparaissent presque comme des petites excursions en musique ou philosophie (Spinoza).

Une belle découverte et un auteur que j’aimerais garder à l’œil !

Broché: 235 pages
Editeur : Editions Phébus (7 février 2008)
Collection : D'AILLEURS
Langue : Français
ISBN-10: 2752903030
ISBN-13: 978-2752903037
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Marko
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MessageSujet: Re: Karl-Heinz Ott [Allemagne]   Mar 13 Jan 2009 - 19:22

Bien intriguant tout ça... et si en plus il évoque Schubert avec intensité!
Qu'est ce que tu entends par écriture blanche? Je sais que ça vient de Roland Barthes mais je me représente mal ce que ça donne...

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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tom léo
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MessageSujet: Re: Karl-Heinz Ott [Allemagne]   Mar 13 Jan 2009 - 19:22

Je découvre seulement après coup ton commentaire, Bix! Splendide! Cela donne encie d'effacer le mien... Eh bien, je le laisse quand même!

Heureux de ta façon d'aborder ce livre!
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Arabella
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MessageSujet: Re: Karl-Heinz Ott [Allemagne]   Mar 13 Jan 2009 - 19:28

Cela a l'air très tentant, c'est noté.

_________________
La meilleure façon de résister à la tentation c'est d'y céder. (Oscar Wilde)
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bix229
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MessageSujet: Karl-Heinz Ott   Mar 13 Jan 2009 - 19:37

Ecriture blanche, c' est pour moi une écriture relativement neutre.
En l'occurence elle concide avec la personnalité du narrateur qui, comme
je l' ai écrit, n' est pas spécialement sympathique, attachant...
Un homme sans qualité spéciale en quelque sorte...

Bien entendu, c'est volontaire, maitrisé.
Et lorsque l' auteur dans les dernières pages nous parle de Shubert, alors on sait que c' est un maitre dans l' art de dissimuler, puisqu' il a meme fait semblant de n'avoir pas de style !


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Cachemire
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MessageSujet: Re: Karl-Heinz Ott [Allemagne]   Mar 13 Jan 2009 - 19:40

Comme c'est drôle, j'ai acheté "Endlich Stille" il y a un mois (j'avais lu une critique de die Zeit très élogieuse) et il est dans les 2 ou 3 prochains livres de ma PAL. Vous me donnez envie de le commencer très vite pour me faire mon opinion. Merci de vos commentaires en tout cas.
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bix229
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MessageSujet: Karl-Heinz Ott   Mer 14 Jan 2009 - 22:51

Enfermés dans leur huis clos, le parasite et le parasité...

Le temps passe et le parasité dépérit, désespère, mais ... n'agit pas :

Ce que je supportais le moins, c' était de m' etre transformé en un étranger à moi-meme, terré dans son lit jusqu'à midi et contraint jour après jour d' entendre dans un demi-sommeil ce cliquetis d' assiettes et de tasses, ce bruit d' ouverture et de fermeture du réfrigérateur, ce sifflement de la bouilloire, ce déplacement de chaises, ces pas, ces raclements de gorge et cette toux, ce froissement de pages de journal tournées avec autorité, ce claquement sec du briquet à l' allumage, dont
un hote subi était la cause.
Il m' arrivait de frissonner au réveil bien que la chaleur s' accumulat dans la chambre, et il me semblait que les objets eux-memes commençaient à
me mépriser, l' armoire, les murs, les chaises, les livres, tandis que la période avant l' irruption de Friedrich dans ma vie m'apparaissait de plus en plus comme une existence préservée de tout malheur.

Karl-Heinz Ott - Enfin le silence. P. 15O


Et la tension monte...


Dernière édition par bix229 le Sam 17 Jan 2009 - 0:25, édité 1 fois
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bix229
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MessageSujet: Karl-Heinz Ott   Sam 17 Jan 2009 - 0:17

Son amie Marie, apres une période d' absence se manifeste enfin :

" Mais dis quelque chose " ! insista Marie à voix basse.
Dans le silence chargé d' électricité, on entendait juste le bruit que je faisais en déglutissant.

Je regrettai de l' avoir rappelée dès réception de son message, sans avoir réfléchi auparavant à qiuoi ménerait cette conversation.
Si je lui racontais ce qui s' était passé depuis son départ, elle ne pourrait que hocher la tete, se railler de moi et et me conseiller - comme toute

personne raisonnable - de jeter sans attendre mon intrus à la porte.
Je savais tout cela, je n'avais besoin de personne pour me le dire.
Qu'une histoire puisse vous dépasser complètement et, d'une manière inconcevable, suivre un cours indépendant de votre volonté, ce n' était

pas chose à raconter à quelqu'un qui dès le début aurait eu réponse à tout.

'" Tu es au bout du rouleau ", dit Marie, sans que j' ai dit quoi que ce soit, il m' échappa alors un "non" dont la détermination m' étonna moi-meme, mais auquel Marie ne preta aucune attention.
Sans me dire au revoir, Marie décida : "Je suis dans cinq minutes chez toi ", et elle raccrocha.
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bix229
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MessageSujet: Karl-Heinz Ott   Dim 18 Jan 2009 - 19:05

La fin est proche, Friedrich parle :

Subitement, comme s 'il reprenait le fil de son monologue de Strasbourg,
Friedrich déclara que chez Shubert, il exite, comme nulle part ailleurs en musique, les plus surprenants changements de lumière, un chatoiement
constant et inattendu dont la Fantaisie du voyageur est l' exemple meme.

Les changements instantanés de mode, poursuivit-il, vous mettent dans
un état de flottement, de sorte qu' on se sent comme libéré, et il devient
difficile de se passer de cette musique centrée moins sur le développement de thèmes quelconques que sur cette surprise du changement, c' est ce qui fait qu' on a rarement l' impression d' un lieu au
suivant, d' un début à un climax pour aboutir à une fin, mais de glisser dans des espaces qui font oublier le temps.

Au fond, dit-il, chez Schubert, il n' y a pratiquement pas d' oeuvre qui
parvienne à une conclusion, chacune pourrait au contraire, continuer
indéfiniment comme elle a commencé, parfois, chez ce compositeur,
on sent la détresse de ne pas trouver de fin, si bien qu' on a l' impression
que c' est pur arbitraire et non nécéssité organique si l' oeuvre s' interrompt à un endroit quelconque.

Karl-Heinz OTT - Enfin le silence. P. 221

Naturellement ce passage n'intervient pas gratuitement à ce moment-là.
Mais je n' en dis pas plus...
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Marie
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MessageSujet: Re: Karl-Heinz Ott [Allemagne]   Mer 8 Juil 2009 - 2:31

Enfin le silence
traduit de l'allemand par Françoise Kenk
Editions Phébus

Enfin, le silence. Au dessus de moi, rien que des busards. En descendant la pente, bruits d’éboulis. Comme si les pierres voulaient le suivre.

Un bon début..
Soit un spécialiste de Spinoza, hanté par une phrase: «  omnis determinatio est negatio », ce qui signifie que tout ce que nous désirons ou comprenons dépend d’un monde d’exclusions et de rejets, que cela nous plaise ou non, qu’on préfère dire « oui » plutôt que « non », que cela se fasse à grand bruit ou en silence, avec aplomb ou en cachette, intentionnellement ou non..

Un homme qui ne sait pas dire un mot très simple, "non"

Ce soir-là, il s’étendit en long et en large sur les raisons pour lesquelles cela ne pouvait plus durer, non, plus continuer ainsi, et je suppose que cette négation répétée me frappa plus qu’à l’ordinaire, parce que le matin avant le départ, j’avais acheté à Amsterdam un livre intitulé" Seize manières de dire non", bien que je comprenne à peine le hollandais, et ces quelques bribes probablement de travers. Dans la mesure où je saisis le sens de la quatrième de couverture, ce guide traduit du japonais s’adresse surtout aux responsables économiques et aux diplomates, mais aussi à tous ceux qui veulent évoluer plus courtoisement dans la vie en faisant disparaître » non » de leurs propos et de leur pensée. Une marionnettiste ,qui avait été invitée à faire une tournée au Japon, m’a raconté un jour que son spectacle intitulé "Nulle part ce n’est tout à fait différent" avait été annoncé comme "Partout c’est la même chose", et que, lorsqu’elle avait protesté contre ce contre-sens et réclamé une traduction exacte, on lui avait confirmé de toutes parts qu’il fallait en japonais une périphrase compliquée pour rendre une telle négation, d’autant que, mine de rien, il s’agissait d’une double négation, et que, de toute façon, comme l’avait proposé un directeur de théâtre local, le mieux était de promouvoir le spectacle sous le titre "Partout, c’est le pays de cocagne". Je me souvenais de cela ce soir-là et je m’interrogeais sur la possibilité de signifier « non » sans le dire et de tourner suffisamment autour du mot pour que ce à quoi on veut en venir finisse par devenir clair.

Ce passage du début pour donner une idée du style, et du personnage ..

Soit un soit-disant musicien rencontré par hasard et qui va peu à peu envahir son espace vital. Qui s’accroche, telle une sangsue à cet homme donc, qui ne veut ni ne peut dire non clairement, mais cherche constamment, il faut le lui reconnaître , d'autres échappatoires. Mais rien ne marche, et cet homme est envahi peu à peu par une impression de fatalité. Le lecteur aussi.

Cela donne un roman très intelligemment écrit sur le libre arbitre. Enfin, c’est-ce que j’y ai vu . Comment ce pauvre narrateur, éternel dominé, peut-il - et va-t'il- trouver la possibilité de se libérer d’un tel poids, d’une telle possession?

Toujours grâce à son maître à penser:

 Cette liberté, soulignait-il sans relâche, consiste dans l'aptitude à étudier d'un regard froid nos désirs et nos peurs, nos fantasmes et nos images intérieures, pour éprouver que nous n'en sommes pas maîtres, que ce sont eux, au contraire qui nous meuvent et qui nous troublent, seule la perception impassible de ce grouillement de la pensée et de l'âme garantissant la possibilité d'un commerce avec ces émotions qui se manifestent en nous, au lieu de quoi nous serions seulement à leur merci. Quant à la croyance qu'à cause de cela nous serions maîtres de nous-mêmes, Spinoza en sourit comme d'un doux rêve. 

Et toujours Spinoza:


Celui qui verrait clairement qu’il pourrait jouir d’une vie, autrement dit d’une essence, plus parfaite et meilleure en perpétrant des crimes qu’en suivant la vertu, serait stupide s’il ne les commettait pas.

CQFD. On le sait depuis le début, ce n'est pas un secret!

Mais est-ce si simple..

Mais le moins facile pour moi, ce serait de me remplacer par quelque q’un qui ne connaîtrait ni Marie, ni Grandstetter, ni Hiroshi, qui n’aurait pas, depuis des années, tourné et retourné chaque phrase de Spinoza , ne l’aurait pas éclairé avec ses étudiants sous tous ses aspects, qui, dès la première lecture, n’aurait pas ressenti cette pensée de l’ici-bas, autant dépourvue d’espoir que de crainte, comme libératrice parce qu’elle ouvre un horizon qui n’en cache pas d’autre et qu’elle rend la question du sens superflu puisque la vie, et rien d’autre, est elle-même le sens.

Et c’est là que je rejoins Bix,
Citation :
Voilà un livre qui soulève constamment des questions et qui ne les résout
qu'en apparence.
Rien n’est résolu, bien sûr.

Quant à
Citation :
la réversibilité des deux personnages principaux du roman.
.. on se demande, finalement, si ils ne font pas qu’un…à chacun sa propre interprétation, et c'est sans doute ce qui fait que c'est un roman brillant.

_________________
J'appelle bonheur tout espace de temps où la joie paraît immédiatement possible.
André Comte-Sponville
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bix229
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MessageSujet: Re: Karl-Heinz Ott [Allemagne]   Ven 10 Juil 2009 - 19:34

Merci, Marie !

Comme vous l' avez deviné, Marie vous conseille ce livre !
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eXPie
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MessageSujet: Re: Karl-Heinz Ott [Allemagne]   Dim 19 Juil 2009 - 21:41

Enfin le silence (Enlich Stille, 2005). 236 pages. Phébus. Traduit de l'allemand par Françoise Kenk.

Le narrateur, professeur de philosophie spécialiste de Spinoza, fait un voyage aux Pays-Bas. A Amsterdam, il achète "un livre intitulé Zestien manieren het neen te vermijden : Seize manières d'éviter de dire non, bien que je comprenne à peine le hollandais, et ces quelques bribes probablement de travers."(page 7). Un guide traduit du japonais, en plus. Ca commence bien.

Sur le chemin du retour chez lui, à Bâle, il décide de s'arrêter à Strasbourg.
Citation :
"Mais, ensuite, j'avais rencontré cet homme à la sortie de la gare de Strasbourg, plus exactement, nous avions marché côte à côte sur le quai, monté et descendu les escaliers, traversé le hall d'entrée côté à côte, comme si nous étions ensemble, puis, arrivés au porche devant la grande place nue, sans un arbre, nous posâmes nos bagages au même instant, comme sur une indication chorégraphique, et chacun regarda droit devant soi comme pour tirer ses plans, c'est là qu'il me demanda « Vous aussi, vous cherchez un hôtel ? » Maintenant, quatre mois après, il va me falloir vivre avec l'idée que cette rencontre s'est avérée plus importante que toutes celles de ma vie antérieure et qu'il me sera moins facile que pour tout autre d'effacer cet homme de ma mémoire." (pages 9-10).

Cet homme, un certain Friedrich, se révèle être un pot de colle, tendance Boudu sauvé des eaux - le film de Renoir - intellectuel. Pianiste (ou se prétendant tel), il peut être charmant et discourir sur de nombreux sujets, avec une prédilection pour la musique, et surtout Schubert.
Citation :
"Il pouvait discourir inopinément sur la vie sexuelle, les sites de nidification, les itinéraires de vol et le comportement à la chasse des éperviers, aigles, chouettes et autres geais, sans qu'on le lui ait demandé ni que personne ait prononcé le moindre mot en rapport avec ce sujet.". Il peut parler de même "des types d'avions, de la culture inca et des périodes de rut chez l'ours, sans qu'apparaisse clairement ce qui l'intéressait dans des domaines aussi éloignés." (page 122)
C'est un beau parleur, un charmeur - quand il le veut bien.

Notre professeur de philo est incapable de lui dire non. Il a toujours été mou, il cherche à éviter les tensions, sauf avec sa compagne Marie - qui d'ailleurs l'a quitté :
Citation :
"Elle m'avait toujours méprisé pour ma manière feutrée de dire non, me reprochant d'éviter les désagréments par des subterfuges au lieu d'adopter une attitude claire." (page 61).

Après une nuit terrible qui fait parfois un peu penser à After Hours (le film de Scorsese), notre narrateur parvient à prendre la fuite. Est-ce la fin pour autant ?

Citation :
"Rien, me persuadais-je, absolument rien ne m'empêcherait à l'avenir de me lever et de m'en aller si une situation semblable s'ébauchait seulement." (page 55-56).
Il refoule cette histoire, se persuade que la chiffe molle, ce n'était pas vraiment lui.

Depuis que Marie l'a quitté, il s'est encore plus replié sur lui-même et le petit train-train de sa vie. Il a perdu l'enthousiasme de la jeunesse :
Citation :
"J'ai presque le coeur lourd en repensant à ces débats auxquels le professeur de latin conviait autrefois les élèves en dehors des cours. Je faisais alors partie des plus jeunes, je ne prenais jamais la parole et je ne comprenais pas grand-chose au idées qui circulaient dans la salle, mais j'étais profondément impressionné par la manière dont on parlait ici du temps et de l'éternité, de l'être et de l'apparence, du destin, de la liberté, de la connaissance , de l'esprit et de l'âme. [...] A cette époque, je m'imaginais plus tard méditant des nuits entières à une table sous le halo de la lampe, retiré tel un moine dans la mansarde, tentant de percer les mystères de choses dernières. Mais depuis que cet état faire mon quotidien, ces questions ont perdu de leur acuité, elles se sont transformées en un jeu où de multiples réponses se contredisent à volonté." (pages 101-102).

Il a conscience d'être une bonne pâte, et d'être considéré par les autres comme tel.
Citation :
"Mais quand la colère me prend, je me mets à craindre moi-même de ne pas me contenter de casser des verres et des chaises." (page 103).


Il n'empêche qu'il devient une grosse larve.
Citation :
"Mais les choses avaient suivi leur propre cours, comme guidées par une main étrangère, obéissant en quelque sorte à une loi qui ne se souciait nullement de mon assentiment. Pourtant, je m'attribuais toute la faute, je me mortifiais comme nullité servile, et au milieu de ces autoaccusations continuelles, l'unique apaisement me venait de l'idée que, si l'on n'était pas dans ma peau, on ne pouvait juger de ce qui, dans cette histoire, était la cause et l'effet, même si, au nom du bon sens, on se sentait obligé - ce qui se conçoit aisément - de me traiter de débile incompréhensible, inexcusable, inadapté à la vie. Cette vision des choses laisse toutefois à désirer, ne serait-ce que parce que, après une série d'humiliations, j'ai toujours su me venger secrètement de faire face aux déconvenues." (pages 167-168).
Comme on le voit, c'est vraiment petit. Tu m'as embêté, je te fais un croche-pieds par derrière. Voilà un homme qui sait prendre ses responsabilités.
Le narrateur peut être très énervant à force de se lamenter de ne pas savoir dire non - "demain, je dis non", pour plagier une publicité - , mais c'est en même temps assez drôle (mais pathétique) de voir Friedrich dépasser les bornes les unes après les autres et menacer de détruire totalement la vie de notre philosophe.

Que veut dire le livre (s'il veut dire quelque chose, bien sûr) ? Qu'à force de nier le libre arbitre, de s'en reporter à la fatalité, on n'a que ce qu'on mérite si l'on se laisse marcher sur les pieds par ceux qui prennent les choses en mains ? Qu'à force de théoriser à tout va et de parvenir à des "réponses [qui] se contredisent à volonté", on finit par ne plus savoir que faire ?

En fait, le narrateur a une grande peur : celle de paraître impoli vis-à-vis de Friedrich. Il se préoccupe de façon démesurée de ce que le fâcheux peut penser de lui. Et encore, qu' à l'apparence de ce qu'il peut penser, puisqu'ils jouent à un jeu de dupes. Et à cause de cela, de ce qu'un inconnu peut apparemment penser de lui, il met en péril sa réputation, sa carrière.
Autre élément étrange : Friedrich aime bien toucher le narrateur. Il l'attire à lui, lui met la main sur l'épaule, etc. Est-ce une façon de s'assurer un ascendant ? Y a-t-il autre chose ?
Ou bien tout ceci n'est-il qu'une pochade, sur le thème : que se passerait-il si un spécialiste de Spinoza abdiquait son libre arbitre ?

Un roman intéressant, souvent amusant, à condition de ne pas trop s'attacher au narrateur (mais de toute façon, on a souvent envie de le baffer, pour son bien), qui passe de mauvais moments...

Mais, euh... à aucun moment je n'ai eu l'impression que les deux personnages pouvaient n'en former qu'un. On n'a certes que le point de vue du prof de philosophe, mais d'autres le voient, non ? De plus, le téléphone avait sonné en plein de nuit, Marie était témoin... Enfin, je ne sais pas, mais pourquoi penser que les deux ne font qu'un ?
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bix229
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MessageSujet: Re: Karl-Heinz Ott [Allemagne]   Lun 20 Juil 2009 - 0:07

Comme je le dis souvent à propos de la lecture d 'un livre, on n' a pas lu tout à fait le meme... ExPie..
Et c' est très bien ainsi.
Moi, j' ai vu une vaste manipulation qui s' opère sur le lecteur au fil des pages.
Très habile en meme temps, carrémént perverse...
On voit les deux protagonistes évoluer de telle façon qu' on ne sait plus très bien qui est qui.
Qui imagine quoi.
Et les interrogations se multiplient au fil des pages. C' est un livre qui reste ouvert aux interprétations à cause de tout cela.
Mais si le style n' était pas là pour soutenir la trame de ce livre, on le laisserait tomber rapidement, tandis que là, non.
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MessageSujet: Re: Karl-Heinz Ott [Allemagne]   

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Karl-Heinz Ott [Allemagne]
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