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 Michèle Desbordes

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Marie
Zen littéraire


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MessageSujet: Re: Michèle Desbordes   Jeu 15 Mai 2008 - 20:33

Citation :
Marie, on aimerait connaitre ton avis ?
Pas encore lu... Embarassed

_________________
J'appelle bonheur tout espace de temps où la joie paraît immédiatement possible.
André Comte-Sponville
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monilet
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MessageSujet: Re: Michèle Desbordes   Jeu 15 Mai 2008 - 20:48

Je me souviens avoir quand même préféré La demande, et peut-être même' de beaucoup.
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coline
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MessageSujet: Re: Michèle Desbordes   Jeu 15 Mai 2008 - 20:51

monilet a écrit:
Je me souviens avoir quand même préféré La demande, et peut-être même' de beaucoup.

Pour moi c'est le contraire...
Tout m'avais plu dans La demande sauf...La demande...

Je suis en train d'écrire mon commentaire de La robe bleue mais j'ai toujours du mal lorsque j'ai trop aimé un livre...
Kenavo...Je suis heureuse qu'il t'ait plu aussi... content
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coline
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MessageSujet: Re: Michèle Desbordes   Ven 16 Mai 2008 - 10:51

La robe bleue

Dans un parc, une vieille femme est assise. Elle a sorti une chaise dehors et elle attend. Tous les jours elle attend, c’est à cela qu’elle occupe ses journées.
Nous sommes à l’asile de Montdevergues, près d’Avignon. Et cette femme est Camille Claudel. Elle attend le seul en lequel elle espère encore un peu, Paul, son frère, « son petit Paul », son complice de toujours. Trente ans elle va attendre Paul qui ne viendra que douze ou treize fois depuis ce jour de mars 1913 où sa famille l’a fait enfermer à Ville-Évrard : un « enlèvement », une « arrestation »….
En 1914 elle fut transférée à l’asile de Montdevergues, loin de Paris et de la guerre.

C’est une Camille dénuée de l’âme passionnée qu’on lui a connue. Elle est calme , totalement résignée…
Des années elle aura supplié qu’on la sorte de là et sa mère, qui ne vint jamais la voir, toujours s’y opposa malgré des avis médicaux qui indiquaient une amélioration de son état.
« Qu’on la sortît de là, parlant souvent de cette cruauté qu’elle avait, elle, leur mère, de ne pas lui donner asile à Villeneuve où elle promettait, si elle revenait, de ne pas déranger ni causer de soucis. »

Après avoir tant souffert et s’être tellement battue, Camille est lasse.
« Je me la figure là à attendre sans rien dire, et depuis si longtemps, comme si elle n’avait jamais connu ni révolte ni violence » .
Et c’est douleur que de la voir ainsi feuilleter sans fin , tout en attendant, ses carnets qu’elle a toujours sur elle, et où elle a mentionné tous les menus événements, les rares visites de son frère...

Paul est écrivain, diplomate. Il parcourt le monde et reste des années sans venir. Mais lorsqu’il vient, la tendresse de toujours les réunit à nouveau, de plus en plus silencieuse.
Michèle Desbordes évoque la grâce de ces moments d’intimité entre le frère et la sœur.
« Elle se tient là près de lui, dans le manteau, la robe qu’on entrevoit, sous doute la robe de laine, de flanelle rayée, qu’elle réserve aux jours de visites, et dans laquelle, avec le chapeau de paille et les mains dans le creux de l’étoffe, elle pose quelques années plus tôt pour la photographie qu’on sait, quand, de passage sur la Riviera, Jessie Lipscomb fait le détour pour la voir »

« Il restait à contempler le visage amaigri et fatigué, les lourdes paupières bistrées refermées sur des yeux dont, comme d’autres, il avait célébré la beauté, elle, Camille, dans sa vieille robe, son vieux manteau et ses chaussons de feutre vert qu’elle ne quittait plus. »

A Montdevergues, Camille, presque immobile sur sa chaise, se trouve loin d’une famille qui l’a pratiquement abandonnée, dans " son inordinaire solitude ». Et c’est déchirant…
Le temps n’en finit pas de passer, il semble interminable et pèse sur elle qui n’a rien oublié.
La langue de Michèle Desbordes ressasse, comme Camille doit le faire aux prises avec les souvenirs qui se mêlent...
Ceux de l’enfance…
Ceux de Camille belle, intelligente, aimante et aimée de Rodin, pris tous deux d’une passion si folle que Paul dira que « c’était se perdre qu’aimer ainsi. ».
Camille qui sculpte aussi merveilleusement ..mais comme une folle…
Et puis la rupture des amants dont elle ne se remettra jamais…Une rupture qui l’a précipitée dans la déchéance absolue puis peu à peu dans la folie.

La vieille femme entend toujours le pas des chevaux qui l’obsède, ces chevaux venus la chercher pour l’emmener à l’asile :
« Elle entendait encore et encore, et revoyait ce matin-là de mars. ».

« Et alors ce n’était pas le sommeil mais les chevaux qui revenaient et qu’elle entendait toujours […] ainsi que les crissements des roues sur les pavés des quais. »


Camille sait qu’elle s’achemine vers la fin tout…
A partir de 1936, Paul ne viendra plus la voir. La laissant définitivement seule, pour ses sept dernières années. Alors Michèle Desbordes imagine sa dernière visite…
Ce jour-là il l’aurait emmenée, à bord de sa Packard, revoir une dernière fois la mer qu’elle aimait tant. Elle se serait fait confectionner la robe bleue qui explique le titre de l’ouvrage.
Cette robe « ce serait une autre, et qu’il ne lui aurait jamais vue, bleue comme ses yeux, bleue comme la mer où ils sont ce jour-là, une robe longue et bleue, et si longue si bleue, si légère dans le vent, qu’elle lui paraît d’un autre temps, une robe comme autrefois lui semble-t-il, et d’un coton, d’une toile qui dit le radieux du jour d’été, le bonheur, la joie qui l’accompagnent, une étoffe qui se lève dans le vent, légère bat les chevilles, et parfois d’un grand mouvement vole autour d’elle ».

Camille est morte le 19 octobre 1943 à Montdevergues, à près de 80 ans.


Dernière édition par coline le Ven 16 Mai 2008 - 10:55, édité 1 fois
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coline
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MessageSujet: Re: Michèle Desbordes   Ven 16 Mai 2008 - 10:53

La robe bleue

Ce livre est absolument poignant car il dresse un portrait bouleversant de Camille Claudel. A l’opposé de ce que l’on sait d’elle, tellement volontaire et passionnée jusqu’à l’excès.
C’est écrit avec une grande sensibilité et l’écriture même est une prouesse.
Traduisant l’enfermement, le chaos mental et l’attente, les phrases sont extrêmement longues (une page parfois)…C’est lent, c’est lancinant et ça ressasse à l’infini…Et pourtant c’est une mélodie légère, fluide, comme une valse. Michèle Desbordes a écrit son livre sous une image de La fameuse Valse de Camille Claudel.

L’ouvrage se divise en deux parties très inégales :
-la première, la plus longue, La nuit elle entendait les chevaux.
- la seconde, les quinze dernières pages, porte le titre de La Robe bleue.
« De ce jour-là probablement il y aurait cette photographie où ils avancent l’un près de l’autre. Où dans le vent de la mer on les voit tous deux marcher en silence, dans cette belle, longue, robe d’été et lui dans le costume de lin clair avec la canne et le chapeau qu’il tient à la main, on voit la chemise blanche dont il a retiré le col et défait les premiers boutons, les petites lunettes rondes et cerclées de sombre, de l’écaille sans doute. Ils sont là sur cette photographie, où l’on ne voit pas que la robe est bleue, pas plus qu’on ne voit qu’est bleue la mer ou ce regard profond qu’elle a encore, avec lequel, fière et craintive, elle regarde l’objectif. La lumière dans le ciel est plus sourde, doucement elle s’éteint, elle nimbe les visages d’une paix, d’une douceur rares, l’après-midi sans doute touche à sa fin. »

Ce jour-là est le 5 août 1936, Camille a 71 ans, Paul en a 68 . On sait que Paul Claudel ce jour-là rendit visite à Camille. On sait qu’il s’y rendit depuis son château de Brangues dans sa Packard noire.
Il n’y eut pas de photo.
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kenavo
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MessageSujet: Re: Michèle Desbordes   Ven 16 Mai 2008 - 14:09

coline a écrit:
Kenavo...Je suis heureuse qu'il t'ait plu aussi... content
oui.. et je l'ai beaucoup plus aimé que La demande Wink

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MessageSujet: Re: Michèle Desbordes   Dim 29 Mar 2009 - 11:15

La Robe Bleue

Comme vous j'ai aimé ce très beau livre, à l'écriture sensible, fine - la langue y est vraiment belle, très poétique. Je n'ai pas été touchée émotionnellement - comme vous - par le texte, je me suis sentie mise à distance par le narrateur.
Il y a toujours une sorte de distance parce qu'elle souligne souvent qu'elle imagine que cela a pu ou du être ainsi. Elle se place très loin d'eux, comme si elle les imaginait (Camille et Paul) physiquement très loins d'elle. Comment vous dire...je trouve la vie de Camille Claudel poignante en elle-même, mais pas le récit qu'en a fait Michèle Desbordes, bien qu'il soit très beau.

Ce n'est d'ailleurs pas une critique, on a pas besoin d'être 'touché' par un texte pour qu'on le trouve beau. Bien sûr, c'est mieux si on peut allier les deux.

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coline
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MessageSujet: Re: Michèle Desbordes   Dim 29 Mar 2009 - 13:55

Ton regard est un peu différent sur ce livre mais non moins intéressé que ceux qui en ont déjà parlé... content
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shanidar
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MessageSujet: Re: Michèle Desbordes   Ven 28 Oct 2016 - 17:38

La Demande

Un beau roman, triste, fatigué, usé comme le sont les deux protagonistes principaux : un vieil homme arrivant d'Italie où il fut peintre, architecte, dessinateur et dont on devine facilement l'identité sans qu'elle ne soit jamais dévoilée et sa servante, femme obscure, dont la présence va lentement envahir le quotidien du maître.

La relation qui se noue entre les deux personnages est faite essentiellement de silence et de petites attentions de l'un à l'autre, une paire de bottes offertes, un verre de vin clairet préparé spécialement. Ces petites choses qui créent les véritables liens, l'attachement. Et c'est de cet échange ténu que Michèle Desbordes nous fait le récit, narration d'une grande finesse, attentive aux détails, à la légèreté des approches, à la profondeur des regards et à cette étrange, étonnante intimité qui s'instaure entre la femme du peuple, montée du fleuve vers le manoir et le maître.

A travers un récit d'une dangereuse douceur, Michèle Desbordes effeuille les thèmes de la création, de l'originalité dans un monde où les artistes répondent essentiellement à des commandes et ne créent jamais (ou presque) librement et c''est à se demander qui des deux est le plus libre, de la servante ou du savant. A ce demander aussi ce qu'il restera des œuvres du maître dont les fresques s'épuisent, les couleurs fuient, le salpêtre efface, tout comme les repas sont mangés, les sols salis, les vêtements ravaudés.

Sont également abordés les thèmes de la verticalité, ce qui tient l'homme dressé malgré les fatigues (châteaux à bâtir, murs à construire, falaises à observer) et la longévité (ce lien horizontal qui se retrouve dans le dessin des arches, le passage d'un pont, l'écoulement du fleuve). Les deux personnages sont sujets aux mêmes attirances et au même désarroi. Désarroi face à la vieillesse qui étreint l'un et l'autre, face à la fatigue, à la nécessité de chaque jour se lever et faire son œuvre. On trouvera alors de belles pages sur la passivité des soirées au coin du feu et les activités journalières (dessins pour l'un et pour l'autre soins ménagers). On lira avec plaisir les lignes concernant une nature à la fois douce et sauvage, chaude d'été et froide d'hiver, invitant au voyage ou à la réclusion et puis on s'arrêtera longtemps sur la description de ce couple improbable, tendre, silencieux, s'unissant d'un regard, le vieil homme retrouvant dans les jupes de la femme les anciennes futaines de sa mère, la femme découvrant dans les dessins du maître un monde inexploré, respectable et dangereux, obscur et fascinant.

Un livre d'une force gracile à peine exprimée, dite dans une langue à la scansion chantante, au bord de la suffocation, emplie d'une tristesse douce, attentive à l'autre, l'autre, le différent et l'ultime.

Il la regardait, oubliait les carnets, sans même la regarder notait les gestes, les mouvements, quand il regagnait sa chambre il se souvenait d'elle qui bougeait près de lui hâtive et silencieuse dans le bruit sourd des étoffes, à la regarder dans ses robes de toile grise aller et venir autour de lui, faire sans même y penser les gestes de tous les jours, attendre calmement et sans cesser de travailler la mort qui venait, il se demandait si quelque chose d'autre avait encore de l'importance.

Une bien jolie rencontre.

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pia
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MessageSujet: Re: Michèle Desbordes   Dim 30 Oct 2016 - 7:17

Je note. Merci Shanidar.

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