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 Juan Gabriel Vásquez [Colombie]

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Marie
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MessageSujet: Juan Gabriel Vásquez [Colombie]   Mer 21 Jan 2009 - 19:34


Juan Gabriel Vásquez est colombien, né à Bogota en 1973. Il a étudié la littérature latino-américaine à la Sorbonne, et vit depuis 1999 à Barcelone. Journaliste et écrivain, il est l'auteur d'un recueil de nouvelles et de trois romans. Il a également traduit en espagnol des oeuvres de E. M. Forster et de Victor Hugo.

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Marie
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MessageSujet: Re: Juan Gabriel Vásquez [Colombie]   Mer 21 Jan 2009 - 19:44



Les Dénonciateurs

traduit de l'espagnol ( Colombie) par Claude Bleton
Editions Actes Sud

En exergue:

Jamais tu ne laveras de ce que tu as fait là-bas; tu ne pourras assez parler pour cela.

Qui veut prendre la parole?
Qui veut incriminer le passé?
Qui veut garantir l'avenir?


Démosthène Sur la couronne

Roman à nombreux tiroirs, Les dénonciateurs se base sur un fait historique : en 1943, au moment de la rupture de la Colombie avec les puissances de l’Axe (Allemagne, Italie, Japon), des listes noires furent dressées et les Allemands résidant sur place furent sans distinction enfermés dans un camp, alors que beaucoup s’étaient justement réfugiés à Bogotá parce qu’ils fuyaient le régime d’Hitler.
Pas que les allemands, d’ailleurs, les italiens, les japonais, et pour des raisons diverses, mais le plus souvent, bien sûr, à la suite de dénonciations de braves citoyens.

Le narrateur du roman, Gabriel Santoro, est journaliste et écrivain, et, dans un de ses livres, il raconte l’histoire d’un Allemande, juive, Sara Guterman,amie de sa famille qui a fui l’Allemagne juste à temps. Le père de Gabriel est, lui, une sorte d’autorité morale en Colombie, intellectuel connu , et après lecture du livre de son fils, il en fait une critique féroce dans le journal dans lequel il est critique littéraire.

On découvrira plus tard pourquoi, bien sûr. C’était lui-même un délateur, il a dénoncé un de ses amis qui s’est finalement suicidé.

Ca, ce sont les faits. Après, il y a l’interprétation des faits, par différents personnages, qui racontent- dénoncent- à Gabriel chacun leur propre vision de l’histoire. Et une vérité chasse l’autre…Pour aboutir, bien sûr, à un portrait complexe d’un homme , le père, qui a porté sa faute toute sa vie . Faut-il pour autant encore le « dénoncer » après sa mort . Gagne-t-on beaucoup à se vouloir exécuteur public des œuvres de justice , alors qu’il s’agit de faits si anciens? Quelles sont les réelles motivations des « dénonciateurs » qui se succèdent? Et en particulier du fils?

Je l’avais utilisé : j’avais récupéré à mon profit, pour mes propres fins exhibitionnistes ou égocentriques, la chose la plus terrible qui lui était arrivée dans la vie .. Divulguer le malheur de mon père n’était qu’une trahison subtile et renouvelée .

C’est un beau roman,complexe, dans lequel l’intérêt réside dans la diversité du nombre des points de vue. Un acte , et ses conséquences, innombrables pour les générations suivantes. Et pas de happy end, certaines choses ne se rattrapent pas. Ne s'expliquent même pas..
Auteur à suivre!

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MessageSujet: Re: Juan Gabriel Vásquez [Colombie]   Mer 21 Jan 2009 - 20:17

Auteur à découvrir pour moi, ce genre de romans à tiroirs me plaît bien en général.

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MessageSujet: Re: Juan Gabriel Vásquez [Colombie]   Ven 23 Jan 2009 - 21:37

Merci pour ce beau commentaire Marie, ce livre me tente bien. Je l'ajoute dans ma LAL.
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traversay
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MessageSujet: Re: Juan Gabriel Vásquez [Colombie]   Jeu 28 Jan 2010 - 0:42



Histoire secrète du Costaguana

Citation :
Londres, 1903. José Altamirano, colombien de naissance, fraîchement arrivé de la toute nouvelle république du Panamá fait la connaissance de Joseph Conrad, alors en pleine écriture d’un roman qui a pour cadre la Colombie. Mais les souvenirs de l’écrivain sont trop anciens et trop vagues pour qu’il puisse recréer le pays dont il a besoin. Il interroge alors le nouvel arrivant. De cette rencontre naîtra Nostromo, chef-d’œuvre de Conrad, tissu d’inepties et mensonges pour José Altamirano, qui se sent dépossédé de sa vie. Vingt ans après cette entrevue, José Altamirano se souvient de tout ce qu’il a confié à Conrad et nous raconte, à nous lecteurs, l’histoire secrète du Costaguana, c’est-à-dire la sienne et celle de la Colombie. Un récit plein de violence, de guerres, de persécutions, d’épidémies, dans lequelle s’entrecroisent aventuriers, politiciens corrompus et généraux cruels et où la tentative de creuser un canal océanique dans la jungle tropicale s’achève sur un échec politico-financier retentissant qui conduit à la sécession du Panama. Une histoire, aussi, entre un père fantasque, journaliste aveuglé par le Progrès, et son fils, que sa passion dévorante pour une Française ne parviendra pas à sauver des ravages de l’Histoire.

Après Les dénonciateurs, un premier roman prometteur, la lecture de Histoire secrète du Costaguana, nouvelle livraison de Juan Gabriel Vasquez, écrivain colombien de 36 ans, s'annonçait sous les meilleures auspices. Placée sous l'ombre tutélaire de Joseph Conrad, cette évocation de l'histoire colombienne au tournant du 20ème siècle ne pouvait être qu'échevelée et riche en rebondissements dans la plus pure tradition picaresque. Aux dires de la quatrième de couverture, c'est bien le cas, mais en réalité, si le roman galope à brides abattues, il n'en est pas moins fort confus et empêtré entre le destin d'un anti-héros (celui à qui Conrad a prétendument volé la mémoire pour écrire Nostromo) et la Grande Histoire, celle d'un pays schizophrène, la Colombie, qui finit par perdre sa province lointaine du Panama. Pour corser l'affaire, Vasquez conte avec force détails les déboires de Lesseps dans sa tentative de creuser le canal (de Panama) que les américains finiront par achever. Certes, le livre ne manque pas d'humour et de vivacité, mais il ressemble à une jungle où la chronologie est malmenée et où les personnages disparaissent aussi vite qu'ils sont entrés en scène, sans qu'on puisse s'y attacher. Devant la prose luxuriante de J.G Vasquez, que faire d'autre que déposer les armes ? Par lassitude, s'entend, pas pour saluer l'artiste. Pour plagier Salieri face à Mozart, on pourrait dire que ce roman a un gros défaut : il contient trop de mots.
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topocl
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MessageSujet: Re: Juan Gabriel Vásquez [Colombie]   Dim 8 Mai 2011 - 21:45

les dénonciateurs


C'est un livre très intéressant et qui pose beaucoup de questions. Le narrateur est un jeune journaliste qui publie un livre sur le passé d'une grande amie de son père, juive allemande qui a émigré en Colombie avant la guerre. Son père, une autorité morale à Bogotá, publie sur le livre un article critique farouchement hostile, puis père et fils ne se parlent plus pendant trois ans. Un beau jour, le père, qui réchappe in extremis d'une opération cardiaque, reprend contact avec son fils.Il veut démarrer une nouvelle vie, connaît une jeune femme kinésithérapeute.

« On m'a accordé une chance, et cette fois je veux être comme si je n'avais jamais publié cette critique, comme si je n'avais pas commis cette lâcheté que je nous ai infligée ».

Mais il finit par mourir tragiquement dans un accident de voiture. C'est à la suite de cela que peu à peu le fils apprend par petits morceaux grâce à divers témoignages la vérité sur son père. Si celui-ci a été si hostile à son livre, c'est qu'il craignait que ne soient dévoilées des faits remontant à l'époque de la guerre, où il avait dénoncé des amis allemands et ainsi motivé la déportation puis le suicide de l'un d’eux.

« La vie que j'ai reçue en héritage - cette vie dans laquelle je ne suis plus le fils d'un orateur admirable, un professeur décoré, de l'homme qui souffre en silence avant de révéler publiquement sa souffrance, de la créature la plus méprisable de toutes : un être capable de trahir un ami et de vendre sa famille - a commencé un lundi, deux semaines après le Nouvel An (…) »

Vasquez raconte encore les réactions qui ont lieu chez lui et dans son entourage à la suite de la publication de cette histoire : il s'interroge sur le droit qu'il avait de révéler ce secret et sur les conséquences que cela implique.

« Dans mon livre, je m'étais dénudé, je m'étais exposé délibérément, j'avais refusé que les erreurs de mon père soient oubliées : dans une large mesure, j'avais assumé la responsabilité de ses erreurs. Car on hérite des fautes ; on hérite de la culpabilité ; on paye pour ce qu'ont fait nos ancêtres, tout le monde le sait. »

Ce livre réfléchit sur la culpabilité, sur le secret, sur la rédemption, sur le pardon. Toutes ces pistes sont très approfondies, d'une façon extrêmement complexe, extrêmement fine, chaque personnage adoptant son propre parcours pour affronter les aléas de la vie.

« C'est ce processus que je trouvais intéressant de mettre par écrit : les raisons pour lesquelles un homme qui s'est trompé dans sa jeunesse tente dans sa vieillesse de rattraper son erreur, et les conséquences que cette tentative peut avoir sur lui-même et sur ceux qui l'entourent : et surtout, par-dessus tout, les conséquences qu'elle a eues sur moi, son fils, la seule personne au monde susceptible d'hériter de ses fautes, mais aussi de sa rédemption. Et au fil de ce processus où je passais à l'écriture, je pensais que mon père cesserait d'être la fausse image qu'il avait lui-même affichée, qu'il réclamerait la place devant moi qu’occupent tous nos morts, en me laissant en héritage l'obligation de le découvrir, de l'interpréter, de chercher qui il avait été en réalité. Et à force d'y penser, le reste est venu avec la clarté d’un éclair. »

Il n'est pas inintéressant de lire ce livre après avoir lu Des gens très bien d'Alexandre Jardin qui lui aussi réfléchit sur la culpabilité du père (ou du grand-père), le secret qui l'entoure, le droit de savoir des descendants, et en tire des conclusions très différentes, beaucoup moins apaisées.
Bien que d'un style très agréable, ce livre n'est pas d'une lecture facile, il donne beaucoup à penser, il n'apporte pas de solution toute prête. Il nous apprend une part de l'histoire de la Colombie, et nous livre une grande leçon d'ouverture et de tolérance .



« Je ne suis pas sceptique de nature, mais je ne suis pas d'avantage ingénu, je sais très bien de quel tour de passe-passe la mémoire est capable quand ça l'arrange, et en même temps je sais que le passé n'est ni immobile ni figé, en dépit de l'illusion des documents : tant de photographies, de lettres et de films qui permettent d'envisager l'immuabilité de ce qui a été vu, écouté, plus. Non : rien de tout cela n'est définitif. Il suffit d’un fait insignifiant, d'un événement qui dans le grand paysage des événements nous semblerait inconsistant, pour que la lettre qui racontait des banalités détermine soudain nos vies, pour que l'homme innocent sur la photographie s'avère avoir toujours été notre pire ennemi.»
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MessageSujet: Re: Juan Gabriel Vásquez [Colombie]   Mar 2 Oct 2012 - 11:42

Le bruit des choses qui tombent.



Cela commence de façon extrêmement poétique, dans une belle langue et cela laisse présager le meilleur. Puis peu à peu mon intérêt s’est relâché et bien que ce livre cherche à parler d e choses très fortes (le secret, l’empreinte de l’histoire collective sur les vies intimes) je m’en suis peu à peu détachée, sans qu’il me déplaise vraiment pour autant.

Dans une salle de billard obscure de Bogota, Y, le narrateur, fait connaissance d’un homme à la fois dépenaillé et fascinant. Il apprend qu’il sort de 20 ans de prison, éprouve cependant une étrange confiance, imagine qu’il pourrai devenir son ami et alors qu’au bout de quelques semaines, Ricardo est descendu en pleine rue sous ses yeux , Y ramasse une balle perdue. S’ensuivent plusieurs années de dérive psychologique Ni l’amour de sa compagne Aura, ni la naissance d’une petite fille, qui déclenche pourtant un réel émerveillement chez lui ne suffisent à tirer Y d’un questionnement existentiel, d’une torpeur, d’une impuissance qui envahissent tout son champ psychique. Seule la recherche de la vérité sur Ricardo pourra peut-être l’aider et il découvre, ce dont il se doutait, que le passé caché de son « ami » s’apparente aux narcotrafiquants, aux violences, aux attentats, à l’insécurité qui ont laissé une trace indélébile sur sa jeunesse et celle d e tous les Colombiens de sa génération.

Très belle idée de roman, mais pour une certain déception au bout du compte, dans un récit assez factuel, dont l’émotion se retire peu à peu, où les surprises sont au final assez rares. On n’apprend pas grand chose (à part le fait que Escobar le plus grand narcotrafiquant du pays avait créé un zoo magique où les visiteurs se bousculaient, mais qui était interdit par leurs parents à de nombreux enfants du fait-même de son propriétaire, anecdote qui revient comem un fil rouge dan le livre). Malgré de belles scènes sur le bonheur révélé par la naissance d’un enfant, il m’a manqué soit un peu de poésie, soit un peu plus de punch. Je en me suis pas ennuyée, mais je n’ai pas été transportée.

Cependant ce roman est très chaleureusement accueilli, alors qu’il ne correspond pas à un phénomène de mode, que l’auteur n’est pas particulièrement tendance, donc je me dis que j’ai pu passer à coté de quelque chose et que d’autres avis parfumés m’intéresseraient
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shanidar
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MessageSujet: Re: Juan Gabriel Vásquez [Colombie]   Mar 2 Oct 2012 - 12:39

merci pour ce commentaire, topocl. Les dénonciateurs m'avait plus ou moins laissé le même sentiment d'inachevé ou de manque. Comme il s'agissait d'un premier roman j'ai gardé un oeil sur l'auteur mais ce que tu en dis me laisse penser que Vasquez n'a pas réussi à se surpasser ou au moins à offrir un roman plus consistant... tant pis.

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MessageSujet: Re: Juan Gabriel Vásquez [Colombie]   Sam 27 Oct 2012 - 16:13

topocl a écrit:
Le bruit des choses qui tombent.



Cela commence de façon extrêmement poétique, dans une belle langue et cela laisse présager le meilleur. Puis peu à peu mon intérêt s’est relâché et bien que ce livre cherche à parler d e choses très fortes (le secret, l’empreinte de l’histoire collective sur les vies intimes) je m’en suis peu à peu détachée, sans qu’il me déplaise vraiment pour autant.

Dans une salle de billard obscure de Bogota, Y, le narrateur, fait connaissance d’un homme à la fois dépenaillé et fascinant. Il apprend qu’il sort de 20 ans de prison, éprouve cependant une étrange confiance, imagine qu’il pourrai devenir son ami et alors qu’au bout de quelques semaines, Ricardo est descendu en pleine rue sous ses yeux , Y ramasse une balle perdue. S’ensuivent plusieurs années de dérive psychologique Ni l’amour de sa compagne Aura, ni la naissance d’une petite fille, qui déclenche pourtant un réel émerveillement chez lui ne suffisent à tirer Y d’un questionnement existentiel, d’une torpeur, d’une impuissance qui envahissent tout son champ psychique. Seule la recherche de la vérité sur Ricardo pourra peut-être l’aider et il découvre, ce dont il se doutait, que le passé caché de son « ami » s’apparente aux narcotrafiquants, aux violences, aux attentats, à l’insécurité qui ont laissé une trace indélébile sur sa jeunesse et celle d e tous les Colombiens de sa génération.

Très belle idée de roman, mais pour une certain déception au bout du compte, dans un récit assez factuel, dont l’émotion se retire peu à peu, où les surprises sont au final assez rares. On n’apprend pas grand chose (à part le fait que Escobar le plus grand narcotrafiquant du pays avait créé un zoo magique où les visiteurs se bousculaient, mais qui était interdit par leurs parents à de nombreux enfants du fait-même de son propriétaire, anecdote qui revient comem un fil rouge dan le livre). Malgré de belles scènes sur le bonheur révélé par la naissance d’un enfant, il m’a manqué soit un peu de poésie, soit un peu plus de punch. Je en me suis pas ennuyée, mais je n’ai pas été transportée.

Cependant ce roman est très chaleureusement accueilli, alors qu’il ne correspond pas à un phénomène de mode, que l’auteur n’est pas particulièrement tendance, donc je me dis que j’ai pu passer à coté de quelque chose et que d’autres avis parfumés m’intéresseraient

En cette rentrée littéraire, trois auteurs latino-américains, de la même génération, se penchent sur le passé récent de leurs pays respectifs, tumultueux et violent, qu'ils n'ont connu qu'enfant ou adolescent : le chilien Alejando Zambra (né en 1975), l'argentin Patricio Pron (1975) et le colombien Juan Gabriel Vasquez (1973). Trois romans qui ont en commun d'être à la fois une quête, existentielle, et une enquête, sur des événements qui symbolisent le legs sanglant d'une époque. Aucun n'affronte directement les faits qui, reconstitués, n'ont qu'une valeur symbolique pour compléter les failles de toute une génération dont l'héritage est trop lourd. Des trois romans évoqués, celui de J.G Vasquez est le plus touchant et le plus convaincant. Parce qu'il réussit le mieux la jonction entre deux périodes avec son personnage principal qui a souffert dans sa chair la barbarie d'un pays livré aux narco-traficants. Inutile de dire que cet homme ne s'est jamais remis de l'attentat qu'il a subi même s'il n'était pas directement visé. Tout l'art de l'écrivain colombien, qui signe ici son meilleur livre, est d'entrer dans l'intime, de plonger au plus profond dans la psychologie de ce trentenaire déboussolé, sur le point de gâcher sa vie, qui n'a de cesse de comprendre ce qui lui est arrivé. Le style fluide et évocateur de l'auteur fait merveille et raconte avec une sérénité inquiète l'histoire de son pays. Il y a de très belles pages sur Bogota, cette incroyable ville haut perchée, sur son âme, ses habitants et leur fatalisme. Le bruit des choses est bourré de détails qui font sens sans que jamais le romancier n'ait besoin de crier son désarroi ou son indignation. C'est un livre écrit mezza voce, qui a d'autant plus le pouvoir d'émouvoir.



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MessageSujet: Re: Juan Gabriel Vásquez [Colombie]   Dim 18 Nov 2012 - 18:11

-Le bruit des choses qui tombent-

traversay a écrit:
Le bruit des choses est bourré de détails qui font sens sans que jamais le romancier n'ait besoin de crier son désarroi ou son indignation. C'est un livre écrit mezza voce, qui a d'autant plus le pouvoir d'émouvoir
Je ne saurais mieux dire que traversay ce que ce beau livre m'a suscitée. Une émotion diffuse qui, sans faire de vagues, s'est peu à peu insinuée en moi sans que j'en prenne réellement conscience. Séduite d'entrée par l'écriture souple et lumineuse de Juan Gabriel Vasquez je me suis glissée avec aisance dans les pensées d'Antonio, j'ai suivi son parcours jusqu'à l'attentat, sa tentative d'une vie épanouie avec la rencontre d'Aura et la naissance de leur fille, puis l'enquête qu'il décide de mener suite à l'écoute de la cassette.

J'ai lu tout ça sans réels débordements, de façon relativement sereine à l'image d'une prose contrastant avec la violence du sujet. Et puis vers la fin, quelque chose s'est passé, ce charme insidieux a fini par rayonner, et toute la beauté de ce texte m'est apparue. Toute la douleur non dite, le cri étouffé de cet homme meurtri dans sa chair dans un pays gangréné par la corruption et qui peine à trouver son salut. Le bruit des choses qui tombent ne fait pas d'éclat, se ressent plus qu'il ne se décrit, mais peut résonner longtemps comme l'histoire qu'elle raconte. Un roman pudique et très évocateur, j'ai beaucoup aimé sourire

Citation :
Un bruit entrecoupé ou quelque chose qui y ressemble s’élève, puis j’entends un bruit que je n’ai jamais su identifier ; il n’est pas humain, il est plus qu’humain. C’est le bruit des vies qui s’éteignent, mais aussi celui d’objets qui se brisent. Le bruit des choses qui tombent, un bruit ininterrompu et par là même éternel, un bruit sans fin qui continue de retentir dans ma tête depuis ce soir-là et ne semble pas vouloir en partir
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MessageSujet: Re: Juan Gabriel Vásquez [Colombie]   Dim 18 Nov 2012 - 19:30

Je n'avais pas encore noté mais vos commentaires très élogieux finissent de me convaincre car d'habitude j'évite les auteurs sud américains.

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MessageSujet: Re: Juan Gabriel Vásquez [Colombie]   Ven 22 Fév 2013 - 22:00

Le bruit des choses qui tombent


Voici un livre qui ne m’a pas laissée indifférente… Le parcours d’un homme, sa vie ; son chemin et sans cesse, cette question: « Qu’en aurait-il été s’il n’avait pas fait « cette » rencontre ? »

Mais comme l’écrit l’auteur lui-même:
Citation :

« Il n’y a pas de manie plus funeste ni de caprice plus dangereux que de spéculer sur les chemins qu’on n’a pas empruntés. »

Deux destins soigneusement reliés l’un à l’autre ; en filigrane, la Colombie, son histoire et surtout le trafic de drogue. Les choix des hommes, choix qui entrainent leur famille, leurs descendants, sans qu’ils en soient forcément conscients et s’ils le réalisent, c’est souvent trop tard….

L’écriture est belle, racée, profonde, soignée, les phrases parfois très longues sans qu’on ressente une impression de lourdeur. On passe d’une période à une autre, découvrant en même temps que la vie du personnage principal, qui se raconte, certains événements de la Colombie.
Ce n’est pas un cours d’histoire car l’œuvre est habilement « orchestrée » avec une cadence particulière que j’ai du mal à définir.

En effet, on chemine au rythme des pensées d’Antonio Yammara et c’est un homme qui n’est pas simple… Peut-être au départ, avant la rencontre, était-il un être humain « ordinaire » avec des interrogations, des remises en question, des requêtes, mais tout cela dans un « dosage » correct…… Mais il y a eu la rencontre….
J’ai l’impression qu’à partir de ce moment-là, son esprit est « pris en otage ».
Il ne peut plus raisonner de façon linéaire en suivant la vie et ce qu’elle nous offre (ou ce qu’on en fait). Il est obnubilé par le destin de celui qui a croisé sa route, tourmenté par les questions qui restent sans réponses. Cela tourne à l’obsession, il veut comprendre, il veut savoir, quitte à se perdre en route….

Mais en se perdant, ne perdra-t-il pas autre chose ? Son identité officielle? Ce qu’il est ? Pour devenir une ombre qui ne sait plus aimer, qui ne sait plus vivre ?
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MessageSujet: Re: Juan Gabriel Vásquez [Colombie]   Sam 14 Fév 2015 - 14:56

Les réputations



Arrivé à la soixantaine et à la consécration, Javier Mallarino, célèbre caricaturiste colombien autant haï qu' adulé, voit surgir une jeune femme qui le fait se retourner sur son passé, et s'interroger sur son propre rôle et sa responsabilité,  l'honnêteté de son engagement. Remonte à la surface cet à quoi bon qui l'a perpétuellement nargué tout au long de sa carrière .

Javier Mallarino est un homme droit dans ses bottes, sûr de lui et de sa mission, capable de construire ou détruire une réputation d'un trait de plume :

Les grands caricaturistes n'attendent d'applaudissements de personne, ils ne dessinent pas pour cela : ils dessinent pour déranger, incommoder, être insulté. On m'a insulté, menacé, on m'a déclaré persona non grata, on m'a interdit l'entrée de certains restaurants, on m'a excommunié. J'ai toujours réagi de la même manière, ma seule réponse aux plaintes et aux agressions a été la suivante : les caricatures peuvent forcer la réalité, pas l'inventer. Elles peuvent déformer, jamais mentir.

N'a t-il pas traité par le mépris les menaces de mort qui lui étaient adressées, n'a-t-il pas sacrifié son couple, et sa fille, pour poursuivre avec détermination son combat ?
Seulement :

les certitudes acquises à un moment donné du passé pouvaient avec le temps cesser d'être des certitudes : un événement survenait, un fait fortuit ou volontaire, et, brusquement, son évidence était invalidée, les choses avérées cessaient d'être vraies, les choses vues n'avaient jamais été vues et celles qui étaient survenues n'avaient jamais eu lieu .

Cette confrontation avec son passé vient changer la donne, le doute s'installe : ne s'est-il pas trop un peu trop facilement accommodé du pouvoir dénonciateur qu'il s'était arrogé ? Sa soi disant incorruptibilité  n'était-elle  pas en fait de l'arrogance, une simple façon de jouir abusivement d'un pouvoir abusivement capté ? Les concessions ne sont-elles pas aussi importantes que l'intransigeance ?

Dans ce récit d'une simplicité déconcertante, d'une remise en question de toute une vie sur 24 heures, on retrouve les questionnements que Vasquez avait déjà dans Les dénonciateurs : comment le temps et la mémoire jouent pour démasquer nos défaillances, laisser s'infiltrer la culpabilité  et le questionnement.

L'actualité récente apporte un éclairage particulier sur cet ouvrage, écrit en 2013. Mais c'est un livre passionnant indépendamment de ce contexte, un livre las face aux  certitudes, qui interroge l'humain, plein de dureté et de douceur mêlées. Juan Gabriel Vasquez  a une belle écriture, qui porte un personnage magnifique, un homme qui s'est cru gagnant contre tous. Au moment où tous s'inclinent enfin devant lui, il s'interroge.
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Juan Gabriel Vásquez [Colombie]   Sam 14 Fév 2015 - 21:32

ce livre me parait intéressant et comme tu le mentionnes il prend du poids dans le contexte récent.

je ne connais pas encore cet auteur, je note donc de m'intéresser à lui, merci pour ton commentaire.

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MessageSujet: Re: Juan Gabriel Vásquez [Colombie]   Dim 7 Juin 2015 - 10:16


Histoire secrète du Costaguana




Pour écrire Nostromo, histoire qui décrit les remous politiques du Costaguana, petit état fictif d'Amérique centrale, Conrad s’est basé sur la connaissance superficielle qu'il y a acquise lors d'un bref passage en 1876, ainsi que sur de nombreuses lectures.
Juan Gabriel Vasquez, qui y lit la transposition de l'histoire colombienne, imagine qu'il s'est inspiré du récit que lui en fit le héros de son roman, José Altamirano, de la construction du Canal de Panama à la sécession du Panama. Seulement la « vérité » de Conrad n'est pas la vérité de José Altamirano - qui n’est pas non plus la vérité historique objective, mais l'image de celle-ci, vécue par un antihéros amoureux vaguement transparent .

Citation :
(Oui, chers historiens scandalisés : la vie des autres, même des personnages les plus éminents de la politique colombienne, dépend elle aussi de la version que j'en donne. Dans ce récit, c'est ma version qui compte. Pour vous, chers lecteurs, ce sera la seule. J'exagère, je déforme, je mens et je calomnie à outrance ? Vous n'avez pas moyen de le savoir.)

Trois axes donc, essentiellement,
Une relation historique avec en toile de fond les coups de force militaires, les dictatures alternantes, les guerres civiles qui opposent au fil des années conservateurs et libéraux, factions opposées mais inséparables de cette nation « schizophrénique »  ; et en plat de résistance l’imposture magistrale de la construction du Canal de Panama, ouvrant la porte à la sécession de l'Etat, et à l’immixtion des Etats-Unis d'Amérique.
Un roman malin mêlant intimement réalité et fiction, où l'auteur, s’adressant directement à son lecteur, commentant son procédé d'écriture, se référant à d'autres écrivains, interroge sur les droits et devoirs de l'écrivain, le sens de l’adaptation romanesque.
Un hommage à Joseph Conrad, le Grand Romancier, dont on suit les épisodes de vie qui répondent à ceux d'Altamirano

Cela donne un ouvrage foisonnant, plein d'enseignements quoique ludique, souvent brillant, mais parfois aussi confus et qu'on lit donc avec un intérêt qui s’estompe par moment. Comme si d'en vouloir trop faire, Vasquez s'était interdit l'approfondissement.
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Juan Gabriel Vásquez [Colombie]
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