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 Hwang Sok-yong [Corée]

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Lafreizh
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MessageSujet: Re: Hwang Sok-yong [Corée]   Lun 27 Avr 2009 - 19:35

Hwang Sok-yong a les honneurs du "Monde" du 25 avril, en page trois! Voici le premier des deux articles de Philippe Pons, envoyé spécial de Séoul.

Un nobélisable mise sur Internet

"S'il est un pays au monde où le fossé d'incompréhension entre générations pourrait être plus important qu'ailleurs, c'est bien la Corée du Sud. En moins d'une génération, le pays a connu une expansion économique spectaculaire, qui l'a vu passer de l'extrême pauvreté, dans les années 1960, à la situation de membre de l'OCDE, et, depuis une vingtaine d'années, des dictatures militaires à la démocratie. Pourtant, avec son dernier roman, L'Etoile du berger, paru à l'été 2008, Hwang Sok-yong (66 ans) est en train de faire mentir cette idée reçue.
Hanag Sok-yong a traversé un demi-siècle de l'histoire de la Corée. Il a lutté pour la démocratie, il a été emprisonné pour ses idées. Ses romans (...) ont pour toile de fond les déchirements d'un pays divisé (La Route de Sampo, Monsieur Han), sa participation à la guerre du Vietnam aux côtés des Américains (L'Ombre des armes), la dissidence et la répression (Le Vieux Jardin). Toute une génération, qui a grandi à l'heure de la partition de la Corée peut se reconnaître en lui. Pourtant, les lecteurs de son dernier roman (non traduit) sont en majorité des jeunes de 20 à 30 ans.
Le livre infirme une autre idée reçue, qui veut que le Net tue l'écrit. Car Hwang Sok-yong a d'abord publié son texte en feuilleton sur son blog entre février et juillet 2008 : il a été lu et commenté par près de 2 millions de lecteurs. Publié sous la forme d'un livre à la fin de l'été, il s'est vendu à 500 000 exemplaires. Ce succès a incité d'autres écrivains de renom à faire de même.
La littérature en ligne n'est pas une singularité sud-coréenne. Mais en raison de la diffusion du Net dans la population, elle connaît un essor spectaculaire, avec des portails spécialisés dans la littérature. Ces romans ne sont le plus souvent qu'"une sorte de parodie désespérée de la réalité" s'inquiète le critique Kim Chie-su dans la Nouvelle revue française, dont les livraisons d'avril et de juin 2008 rassemblent des textes inédits d'écrivains contemporains.
La célébrité d'Hwang Sok-yong, dont le nom a circulé pour le prix Nobel de littérature, a assurément joué pour le succès de ce roman en ligne. Mais ce qui a sans doute séduit le jeune lectorat, c'est l'attitude du romancier. Hwang Sok-yong est allé vers eux, il leur a raconté sa vie lorsqu'il était adolescent. Une époque, au lendemain de la guerre de Corée (1950-1953), certes bien différente. Mais beaucoup se sont identifiés au parcours erratique, aux quêtes, à la rébellion, aux vagabondages, aux émois et aux bonheurs instantanés du lycéen en rupture de ban qu'a été Hwang Sok-yong.
"La société a changé, mais je ne pense pas qu'il y ait incompréhension entre les générations," dit-il. "Le livre que j'avais commencé à écrire était destiné à être publié de manière classique. J'y racontais mon adolescence, et en même temps, j'avais le sentiment que je ne connaissais pas ceux qui aujourd'hui ont l'âge que j'avais alors. Mon entreprise me semblait vaine ou simplement narcissique. J'ai failli arrêter. Puis j'ai décidé de communiquer avec ces jeunes en publiant mon roman en feuilleton sur le Net. Et au fur et à mesure que j'écrivais, je recevais des messages, des commentaires et des questions de lecteurs dont les deux tiers étaient ces jeunes."
Les romans d'Hwang Sok-yong sont ancrés dans l'histoire contemporaine. Jusqu'à présent, ils avaient pour toile de fond l'époque de son engagement politique, qui commença très jeune, comme son travail d'écriture : il avait un peu plus de 20 ans. L'Etoile du berger est en revanche un roman d'apprentissage.
La toile de fond sociopolitique est estompée : le romancier se concentre sur les troubles intérieurs d'un homme, Jun, envoyé comme soldat au Vietnam, qui se souvient de son passé. Un retour sur soi qui sera aussi pour Jun l'occasion d'entrevoir ses fragilités et ses désillusions.
Le Vieux Jardin était un récit de l'âge adulte, de l'engagement, de la prison, de l'utopie, mais aussi de la mélancolie et du regret d'un bonheur perdu, sacrifié. L'Etoile du berger se situe en amont : peut-être est-ce pour cela qu'il parle autant à la jeune génération née dans l'abondance et la démocratie, ignorante des luttes de ses aînés. "Peut-être. Je n'y avais pas pensé en l'écrivant", dit Hwang Sok-yong. "Certes cette génération n'est pas engagée, mais elle n'est pas pour autant dépolitisée. Elle se détache - et on peut la comprendre -, de la politique telle que la pratiquent les partis, déphasés par rapport à la société. Elle est sombre derrière son insouciance. Elle a des élans, mais elle est inquiète sans être pour autant passive. Quand j'achevais mon roman, au cours de l'été 2008, des centaines de milliers de personnes, et notamment des adolescents manifestaient, portant des bougies à travers les grandes villes de Corée. La protestation contre l'importation du boeuf américain avait été le déclencheur d'un mouvement beaucoup plus vaste, qui sonnait comme un désaveu du gouvernement Lee Myung-bak. La jeune génération s'exprime à sa manière. Elle est plus individualiste en ce qu'elle croit moins au mouvement collectif, et elle se demande ce que la société fait pour elle. Je ne renie pas l'action collective, mais je pense que la liberté individuelle, les petites libertés de chacun, sont au moins aussi importantes. Sinon, on sombre dans le fascisme qui immole l'individu au nom du collectif."
Traduire mot à mot le titre du roman d'Hwang Sok-yong par L'Etoile du berger, faute de mieux, est approximatif et trompeur par sa connotation chrétienne. La référence à cette "étoile brillante" parle en fait au tréfonds du coeur des Coréens. C'est l'étoile que l'on voit au crépuscule. "Celle qui accompagne la quête d'un gîte du jeune vagabond que j'étais", dit le romancier. Elle appelle aussi l'image de ce moment où le chien attend son écuelle, où le mendiant vient quémander les restes du repas...
Le roman d'apprentissage est un genre peu développé en Corée. Hwang Sok-yong lui donne ses lettres de noblesse. Il soulève, comme il le dit, "le couvercle d'un pan " de sa vie, celui de l'adolescent rebelle vulnérable qu'il fut. Comme beaucoup. Coréens ou non. Hier comme aujourd'hui."
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kenavo
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MessageSujet: Re: Hwang Sok-yong [Corée]   Lun 27 Avr 2009 - 19:54

Merci pour le rappel Lafreizh Wink
J'ai toujours son livre Le vieux jardin à la maison.. et la lecture est 'en cours'.. malheureusement je n'ai pas le calme pour l'instant de terminer un tel pavé - mais cela avance Very Happy

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c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


Sénèque
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Lafreizh
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MessageSujet: Re: Hwang Sok-yong [Corée]   Mer 29 Avr 2009 - 19:12

kenavo a écrit:
J'ai toujours son livre Le vieux jardin à la maison.. et la lecture est 'en cours'.. malheureusement je n'ai pas le calme pour l'instant de terminer un tel pavé - mais cela avance Very Happy

C'est vrai qu'il faut un peu de calme pour le lire, mais on est vite emporté. Tous mes encouragements, Kenavo ! bravo

Voici le 2ème et dernier article que Philippe Pons consacre à Hwang Sok-yong dans "Le Monde" du 25 avril :

Le grand dessein d'Hwang Sok-yong : la paix avec la Corée du Nord

Dans son dernier roman, Hwang Sok-yong se dégage toujours plus de la "littérature de la division" qui a marqué sa génération. Il n'en renonce pas pour autant à la grande aspiration des Coréens : la réunification du pays, coupé en deux depuis 1953. Il croit aux relations que tissent les individus, au dialogue, aussi difficile soit-il, plus qu'aux manoeuvres politiques. C'était pour amorcer un tel dialogue qu'il se rendit à Pyongyang, capitale de la Corée du Nord, en août 1990, afin de participer au premier festival littéraire transnational, violant ainsi la loi sud-coréenne sur la sécurité nationale. Il dut alors vivre en exil, à Berlin et à New-York avant de revenir à Séoul en 1993. Condamné à 7 ans de prison pour ce voyage interdit, il ne sera libéré qu'en 1998, avec l'arrivée au pouvoir du président Kim Dae-jung.
Aujourd'hui, Hwang Sok-yong travaille à un grand dessein : mettre sur pied un train de la paix, qui irait de Paris à Séoul en passant par Oulan-Bator et Pyongyang à l'occasion du soixantième anniversaire du déclenchement de la guerre de Corée (juin 1950). Il a associé à son entreprise le grand romancier nord-coréen Hong Sok-jung - couronné en 2004, en Corée du Sud, par le prestigieux prix littéraire Manhae -, et deux Prix Nobel de littérature : le Français Jean-Marie Le Clézio et le Turc Orhan Pamuk.
"Ce train qui traverserait le continent de l'Europe à l'Extrême-Orient serait à la fois le symbole de la fin de la guerre froide et du rapprochement entre les deux Corées après plus d'un demi-siècle d'hostilité", explique le romancier. "Il serait aussi l'occasion de jeter les bases d'une union altaïque réunissant l'Asie centrale, la Mongolie et la péninsule coréenne."
Le projet, qui a été transmis aux gouvernements concernés, sera financé uniquement avec des fonds privés, poursuit Hwang Sok-yong. "Au-delà de la Corée elle-même, la tension dans la péninsule est un facteur de déstabilisation de toute la région. Historiquement, l'Asie orientale n'a jamais été en paix tant que la péninsule a été le jouet des puissances étrangères."
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tom léo
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MessageSujet: Re: Hwang Sok-yong [Corée]   Lun 19 Oct 2009 - 13:20

Entre-temps j`ai lu donc deux livres de Hwang Sok-Yong et j`ai bien aime. On a parle ici deja de "Monsieur Han", entre autre:

eXPie a écrit:
Pas mal, Monsieur Han. Mais après l'introduction qui parle de passages de ce livre qui constituent des sommets de la prose coréenne, j'ai eu une légère déception.
Je n'ai pas senti, dans la traduction (mais est-ce traduisible ?) un tel niveau dans l'histoire de la littérature, des passages aussi inoubliables qu'il l'était précisé.

Passant quelques semaines en Coree, je me demande souvent sur les possibilites de comprendre la LECTURE des autres, surtout du peuple dont emane un texte. Sans vouloir trop dire de ce texte precis, il me semble que le passage en question de ce livre est bien l`adieu pour ainsi dire definitif entre membres d`une famille a la suite des mouvements de populations durant la guerre de Coree.

Est-ce qu`en Europe on est assez conscient que cette division continue a marquer des familles jusqu`a aujourd`hui? Qu`on empeche qu`une femme voit son mari, des enfants leurs parents? Si de temps en temps des reunions sont prevues maintenant dans un cadre tres stricte et limite, des fois alors 55 ans apres les evenements, on assiste a des scenes dechirantes... CECI EST ACTUEL pour beaucoup de Coreens, donc un texte evoquant les origines de la rupture est fortement marquant ici.


Puis j`ai lu donc: L`invité

L’invité, c’est d’abord Ryo Yosop, un pasteur coréen exilé aux Etas-Unis, amené à passer quelques jours en Corée du Nord pour y retrouver des membres de sa famille. Mais l’invité, c’est aussi un fléau terrible, importé en Corée par l’Occident : aussi bien la variole… que les idéologies, porteuses de destruction et de mort.

Dans une forme littéraire audacieuse, inspirée d’un rite chaman destiné à consoler les âmes des défunts, Hwang Sok-yong revisite la période cruciale qui a précédé le déclenchement de la guerre de Corée. Les voix des vivants et des morts, victimes ou bourreaux, s’entremêlent – plaidant pour une réconciliation à travers le temps. Un récit halluciné, au caractère magique.
(copie chez Amazon.fr)

La partie la plus prenante est sans doute la visite du pasteur en Coree du Nord et des retours en arriere vers ce qui s`est passe bien AVANT la guerre de Coree (1950-53) dans le Nord. L`auteur elabore ce que nous voulons souvent ignorer: C`etait bien une guerre fratricide en commencant au coeur meme des donnees de la Coree du Nord et de son passe d`avant l`occupation sovietique. Meme si les troupes etrangeres se sont au courant de la guerre de Coree engagees, il y avaient deja des tensions dans le Nord entre anciens riches proprietaires (majoritairement chretiens) et ouvriers simples, aussi ravis de trouver dans l`ideologie marxiste un trampolin pour prendre revanche sur leur maitres d`autrefois etc.

C`est un chapitre que j`ignorais. Il est beau quel chemin sera propose par l`auteur pour sortir des cercles vicieux des haines non-pacifiees...
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traversay
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MessageSujet: Re: Hwang Sok-yong [Corée]   Jeu 11 Fév 2010 - 11:59



Shim Chong, fille vendue

Citation :
Nous sommes à la fin du XIXe siècle. En ces temps de disette et de corruption, la traite des enfants est un commerce qui alimente un immense trafic mafieux dans toute l’Asie du sud-est. Shim Chong n’échappe pas à la règle : vendue adolescente, elle va connaître tous les aléas d’un négoce sexuel florissant, des rives du fleuve Jaune aux ports de Shanghai, Taiwan ou Singapour, de la prostitution la plus sordide à la haute courtisanerie des geishas.

Le vent de l'histoire, le souffle de l'aventure. Shim Chong, fille vendue est l'occasion pour Hwang Sok-yong de réaliser une magnifique fresque, en cinémascope, qui, à travers le prisme de la prostitution, compose une étonnant voyage à la fin du XIXe siècle entre Singapour, Shanghaï, les îles Ryu Kyu, Formose ... sur les traces d'une héroïne au destin singulier.

Des bouges aux palais, de putain de bas étage à geisha sophistiquée, l'itinéraire de Chong fait écho aux événements qui bouleversent l'Extrême-Orient : guerre de l'opium, expansionnisme japonais, percée de l'occident ...

Hwang est un écrivain total, son style, mesuré dans la tragédie et ample dans les descriptions, est universel. Certains ont comparé son roman, engagé et épique (assez érotique, aussi, à l'occasion), aux oeuvres de Zola ou de Dos Passos.

Au-delà des références, ce qui frappe avant tout, c'est la parfaite maîtrise du romancier, sa façon subtile d'évoquer la condition féminine sans pathos et son talent de conteur qui s'épanouit au fil d'un livre qu'on a du mal à lâcher.


Extrait :
Citation :
Telle fut leur cérémonie de noces, vite expédiée au-dessus d’un bol d’eau puisée dans le Yangzi. Les deux jeunes gens s’inclinèrent profondément l’un devant l’autre. Ils firent trois révérences, puis s’assirent en silence. Chong posa sur la table une broche en argent représentant un couple de canards mandarins, montée sur des nœuds de fils de soie rouges, bleus et jaunes.
Cela vient de ma mère, c’est elle qui a confectionné les nœuds, pour mon mariage. C’est mon cadeau, c’est pour vous. Dongyu regarda attentivement le bijou. Puis d’une de ses poches il tira une petite tortue de jade avec un minuscule trou dans la tête.
— C’est un ornement qui était suspendu à l’éventail de mon père. L’éventail a disparu, il était complètement usé. Mais j’ai gardé ceci, je l’ai toujours avec moi depuis ma petite enfance. Ils échangèrent ces trésors, gages de leur amour, et les rangèrent précieusement. Chong écarta la petite table et se déshabilla. La lune était maintenant au milieu du ciel, on entendait la musique au loin. Elle s’étendit, nue, de tout son long. Dongyu se dévêtit à son tour. Il s’allongea près d’elle. Puis tous deux se tournèrent sur le côté pour se faire face. D’une main tremblante, Dongyu se mit à caresser le corps de Chong. Elle posa sa tête sur le bras libre de son compagnon. Et puis, le pipa de Dongyu se fit entendre, les cordes se mirent à sonner comme des gouttes d’eau qu’on projetterait, le rythme allait s’accélérant. Le frêle violon de Chong lui répondait, fragile et ténu. Les voix des deux instruments s’unissaient, se perdaient et de nouveau se retrouvaient. Le bateau tanguait légèrement, l’eau clapotait sous leurs corps enlacés.
Quand Dongyu pénétra la jeune fille, le violon se mit à pleurer dans les notes aiguës. Le pipa accéléra le rythme, haletant, multipliant les notes comme une averse soudaine. L’embarcation tanguait de plus en plus, le visage blanc de la lune disparaissait et reparaissait dans les interstices du store.
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MessageSujet: Re: Hwang Sok-yong [Corée]   Jeu 17 Nov 2011 - 21:58

Shim Chong, fille vendue

J'ai beaucoup aimé ce roman...Hwang Sok-yong, à travers un itinéraire romanesque, donne à voir plusieurs réalités de l'Asie de la seconde moitié du XIXème siècle. Un univers complexe et violemment contrasté, marqué par la présence occidentale qui s'affirme et bouleverse peu à peu un paysage social.
Shim Chong est une héroïne cherchant à s'emparer de sa propre existence : elle y parvient, en tirant sa force de la souffrance reliée à un passé subi. La narration dévoile ses actes avec une certaine distance, ce qui lui offre une ambiguité et une ampleur de caractère alors que son parcours pouvait d'abord apparaître linéaire. Hwang Sok-young évoque une permanente réappropriation de soi, d'une beauté discrète et troublante.
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MessageSujet: Re: Hwang Sok-yong [Corée]   Mar 31 Jan 2012 - 11:33

Lecture de M. Han hier soir (presque finie).
J'ai été emportée par ce qui semble être un style simple et fluide, mais suffisamment subtil pour nous tenir en haleine, sans tomber dans le pathos, et il y aurait de quoi vu le sujet.
Il y a comme une émotion retenue, une pudeur de la douleur qui me parle au coeur.
L'auteur sait rendre les scènes déchirantes avec une mesure qui bouleverse pourtant puisque l'histoire individuelle, dans ce livre, reflète la blessure saignante d'un pays saccagé, qui est devenu presque une prostituée de l'invasion mondiale (au bas mot, depuis le début du 20è).
J'étais estomaquée en regardant récemment l'intronisation du pantin du Nord, au milieu des militaires cacochymes et absolutistes. Glacée aussi.
J'éprouve beaucoup de peine pour les Coréens.


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MessageSujet: Re: Hwang Sok-yong [Corée]   Mar 31 Jan 2012 - 22:56

tina a écrit:
Lecture de M. Han hier soir (presque finie).
J'ai été emportée par ce qui semble être un style simple et fluide, mais suffisamment subtil pour nous tenir en haleine, sans tomber dans le pathos, et il y aurait de quoi vu le sujet.
Il y a comme une émotion retenue, une pudeur de la douleur qui me parle au coeur.
J'en attendais trop, je crois. Il me semble que, dans l'intro, il était dit que tel passage était l'un des plus beaux de la littérature coréenne, et arrivé à ce passage, eh bien... je ne lui ai rien trouvé de particulier (par rapport au reste du livre).
Ce qui doit vouloir dire une chose (qui n'est pas une révélation en soi, bien sûr) : quel que soit le talent du traducteur, le lecteur doit énormément perdre.
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MessageSujet: Re: Hwang Sok-yong [Corée]   Mer 1 Fév 2012 - 14:41

Je me demande aussi si on ne perd pas une certaine atmosphère, disons une "couleur locale".
En revanche, sur le fond historique et la nature humaine (toujours suspicieuse et jalouse), il a tout résumé.
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MessageSujet: Re: Hwang Sok-yong [Corée]   Mer 1 Fév 2012 - 19:23

tina a écrit:
Je me demande aussi si on ne perd pas une certaine atmosphère, disons une "couleur locale".
En revanche, sur le fond historique et la nature humaine (toujours suspicieuse et jalouse), il a tout résumé.
Oui, c'est bien possible.
J'ai l'impression que plus les langues et la culture sont différentes, plus on perd... Mais on ne peut rien y faire, à part apprendre le Coréen ! Very Happy
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MessageSujet: Re: Hwang Sok-yong [Corée]   Mer 4 Sep 2013 - 11:23



Princesse Bari
Citation :
Princesse Bari conte l’histoire d’une jeune fille, frêle et courageuse, qui fuit la Corée du Nord à la fin des années 1990, se réfugie un moment en Chine avant de traverser l’océan à fond de cale d’un cargo et de débarquer dans un Londres clandestin où se côtoient toutes les langues et religions
Selon une légende populaire coréenne, la princesse Bari, jeune fille abandonnée, entreprend un long voyage à l’extrémité du monde pour trouver l’eau de vie permettant aux âmes mortes de retrouver la paix. Le roman de Hwang Sok-yong n'est pas une adaptation moderne de cette légende mais il y revient souvent, lors des visions ou rêves de son héroïne, hantée par les défunts trop nombreux qui l'ont laissée seule dans une existence errante et troublée. Princesse Bari raconte la dureté extrême d'une vie, de la famine en Corée du Nord au Londres de l'exil (sa famille a totalement disparu), en passant par la Chine. Un roman "mondialisé" qui serait tragique et sans espoir si Hwang n'y avait pas ajouté une dimension magique avec le don de voyance que possède son personnage principal, chamane à ses heures et guérisseuse des âmes. L'auteur coréen est un humaniste, effrayé par la violence du monde, qui veut croire encore à la solidarité et à la capacité de chacun de forcer son destin. Mais Dieu que la route est longue et escarpée pour arriver un jour à une forme de sérénité. Un livre éprouvant et parfois déconcertant, entre douceur et horreur, écrit d'une plume vive et délicate.
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MessageSujet: Re: Hwang Sok-yong [Corée]   Dim 10 Nov 2013 - 21:01

La route de Sampo

Il s'agit d'un petit recueil de quatre nouvelles relativement courtes. Au-delà des personnages, il semble que l'histoire du pays soit la matière principal des récits. Dans le premier texte (Herbes folles), ce sont les moments de guerre entre le Nord et le Sud dans les années cinquante. Dans le deuxième (Oeil-de-biche) c'est la guerre du Vietnam et la participation des Coréens. Enfin dans les deux derniers textes (Les ambitions d'un champion de ssireum et La route de Sampo) ce sont les transformations rapides du pays, son industrialisation, tous les changements culturels induits. Et à chaque fois des personnages perdus, déboussolés, tentent de s'adapter, tant bien que mal. Nous les suivons dans le quotidien, dans les marges. Les récits sont très réalistes, insistent sur les petits détails, sur le vécu de petites gens pris dans le réseau de quelque chose qui les dépasse.

Pas inintéressant, pas non plus terriblement marquant, la dernière nouvelle étant à mon sens la plus forte. Il y a un ton, mais quelque chose qui ne se déploie pas complètement, peut être faudrait-il mieux connaître le contexte, là j'ai eu l'impression de regarder une petite scène derrière une vitre, sans vraiment rentrer dedans, même si à quelques moments j'y ai trouvé de l'intérêt. Je crois que la prochaine fois je vais essayer un roman, pour juger sur une durée plus importante, peut être que les personnages s'y révèlent mieux.

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MessageSujet: Re: Hwang Sok-yong [Corée]   Mer 11 Déc 2013 - 21:03

pia a écrit:
Je viens de finir Shim Chong, fille vendue de Hwang Sok-yong et je vais commencer Les murailles de terre de Maryse Condé Ségou.

J'aurais bien voulu en savoir plus sur le livre de Hwang Sok-yong.  dentsblanches

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MessageSujet: Re: Hwang Sok-yong [Corée]   Mer 11 Déc 2013 - 21:19

Arabella a écrit:
J'aurais bien voulu en savoir plus sur ce livre de Hwang Sok-yong

Je l'ai lu il y a deux ans. Voici ce dont je me souviens, je ne sais si Pia sera de mon avis.
C'est très intéressant culturellement et historiquement, l'écriture est sobre, mais limpide (très asiatique, en somme. Wink ).
L'héroïne traverse toutes ces épreuves sans s'appesantir, sans exposer ses états d'âme ; on admire la capacité de rebond du personnage et l'absence de pathos inutile, mais j'aurais aimé qu'il ait plus de corps. Je suis toujours restée spectatrice, et ne me suis jamais vraiment investie dans ce roman.
Une lecture que j'ai appréciée, néanmoins, mais j'ai des regrets par rapport à ce qu'elle aurait pu être…

Edit : Je suis allée voir sur le fil de l'auteur, et traversay comme Avadoro n'ont pas mes réserves ; eux ont été conquis. J'ai un autre livre de l'auteur dans ma PAL, je verrai s'il me fait le même effet.


Dernière édition par Armor-Argoat le Mer 11 Déc 2013 - 21:27, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Hwang Sok-yong [Corée]   Mer 11 Déc 2013 - 21:23

J’ai bien aimé que le livre soit tiré d’une légende Coréenne. Il est très bien documenté historiquement. Tu suis cette jeune fille vendue qui vit des choses terribles, mais qui garde toujours son optimisme et sa force de décision. Des qu’elle le peut elle ne suit que le chemin qu’elle a décidé de prendre. Et elle arrive toujours à trouver un peu de bonheur dans tout ce qu’elle vit. En plus de sa force elle est sympathique et se fait des amitiés facilement.  Le sujet n’est pas original, il y a eut d’autres livres qui en parlent. Mais il y a une douceur qui fait que le sujet devient moins difficile à supporter. Peut-être parce que le livre est tire de la légende…C’est possible.

Tiens d’ailleurs, tu disais que les pâtés de chiens existaient !  affraid  :apeur:   je sais maintenant où on peut les  trouver.  Dans Ubu !

_________________
Celui qui veut imiter la démarche de l'autre ne fait que perdre la sienne. Proverbe Persan


Dernière édition par pia le Mer 11 Déc 2013 - 21:37, édité 2 fois
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