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 Delapraz Béatrice - L'oeil de Planque

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rivela
Zen littéraire
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MessageSujet: Delapraz Béatrice - L'oeil de Planque   Sam 14 Fév 2009 - 11:31

Voici une biographie de Jean Planque, homme de terrain de Beyeler (Fondation Beyeler). C'est l'histoire passionnante d'un amoureux de la peinture.
Qui aurait pu se douter qu’il gardait pour son seul plaisir, sans assurance ni alarme, des chefs d’œuvre qui couvraient entièrement les murs de son appartement : Dubuffet, Van Gogh, Cézanne, Renoir, Monet et tant d’autres ? Né pauvre au plus profond du terroir vaudois, il aimait la peinture mieux que la vie. Et pourtant rien, dans son éducation, ne l’avait amené à l’art. A 20 ans, il gagnait son pain en vendant aux paysans de la nourriture pour les porcs, mais il regardait les tableaux dans les vitrines des galeries. Qui aurait pu imaginer que ce voyageur de commerce timide et modeste allait devenir l’ami de très grands peintres et le conseiller d’une des plus célèbres galeries d’Europe.
bio.
http://www.artclair.com/oeil/archives/e-docs/00/00/BE/2F/document_article.php

extrait du livre.
Picasso a aimé les catalogues de Beyeler. Il les feuilletait, il les regardait. On ne les lui envoyait pas, on n’avait pas son adresse. On les lui fournissait.
On passait surtout par Prejger qui, à ce moment là, avait une fabrique de chaises métalliques à Cannes ou à Nice et qui s’intéressait beaucoup aux tableaux Il achetait les catalogues Beyeler et les montrait à Picasso, quand il lui portait de la ferraille.
Il y avait dans un catalogue de Beyeler, un tableau de Cézanne : c’était un portrait de Madame Cézanne, avec sa blouse rayée verticalement. Un tableau magnifique, qu’on avait acheté à Londres, en vente publique. Ce tableau venait de New York. On avait bien vu que le tableau avait souffert et qu’il n’était pas intact. Mais j’ai dit à Beyeler :
- On ne peut pas laisser passer un tableau pareil. Il faut l’acheter quand même.
Et on l’avait acheté.
Prejger a téléphoné à Bâle, Beyeler a dit :
-Oui.
- Picasso veut le voir, il faut l’expédier !
Alors Beyeler me l’a expédié à Paris, j’ai pris l’avion et j’ai été à Nice. Prejger est venu me chercher à l’aéroport et il m’a dit :
- Je veux mon 10% parce que le tableau, Picasso l’achète ! Il est vendu, il le veut !
Alors j’ai dit à Prejger :
Prejger, vous aurez votre 10% si Picasso achète le tableau. Ça, certainement Beyeler vous le donnera. Mais, si Picasso est Picasso, il n’achètera  pas le tableau !
- Mais il est vendu !
Si Picasso est Picasso, il n’achètera pas le tableau ! Parce qu’on souffrait devant le tableau. Moi je souffrais. C’était une toile cirée ! Le tableau était de Cézanne, il n’y avait pas de doute à avoir, mais le tableau était écrasé par un ré-entoilage néfaste, mal fait, d’ouvrier incompétent qui avait, en somme, effacé les traces de la peinture en les écrasant au fer. On n’avait pas la présence du peintre.
Je suis arrivé à «La Californie», la maison qu’habitait Picasso à Cannes. Une vieille demeure. C’était superbe. Il y avait un porche, une entrée avec un concierge, et puis au fond, la maison qui avait été bâtie par un prince russe. Alors c’était loufoque. C’était magnifique !
On est monté sur le perron et Picasso est arrivé. Il ne m’a même pas dit bonjour, il s’est saisi de mon paquet, moi j’ai voulu défaire ma ficelle, on s’est embrouillé nos doigts et on a fait un nœud. J’ai voulu
Couper la ficelle, j’avais un couteau dans ma poche, il était dans une telle hâte de voir le  tableau ! C’était  pour lui primordial : «Enfin !». J’ai compris le frénétique désir de l’amoureux qui veut avoir l’objet !
Et on a défait le paquet et son visage a changé. C’était comme si Je soleil était voilé : il est devenu sombre. Il m’a regardé, il m’a dit, durement :
- Qu’est-ce que vous avez fait avec ce tableau ? Alors je lui ai dit :
- Monsieur, nous n’avons, nous, rien fait, mais nous n’avons pas pu résister. On l’a quand même acheté !
Il m’a regardé avec des yeux très, très noirs et il m’a dit :
- Entrez !
Et je suis entré avec lui dans la maison. Il y avait Madame Ramié, il y avait Jacqueline, il y avait Prejger, il y avait Duncan qui était libre là-dedans et qui prenait des photographies. J’ai une photographie dédicacée où on nous voit, Picasso et moi, en train de contempler le Cézanne.
Et je suis resté jusqu’à cinq heures. Il me montrait à gauche à droite, il me traînait partout. Il m’a fait voir les deux petits Rousseau de sa collection, portrait de Rousseau et de sa femme, petites dimensions.
Autour d’une table ronde, il y avait un cénacle de gens qui étaient là, qui assistaient à la réception. Et pour finir je me suis assis sur une chaise qui n’avait pas de fond ! Une chaise ronde, vieille chaise ronde, et qui n’avait pas de fond ! Bricolée je me demande où. Ça ne l’avait pas dérangé.
A cinq heures, j’ai dit :
- Monsieur, je suis resté trop longtemps. Je vous demande pardon, pardonnez-moi.
Et il m’a dit à ce moment-là :
- Revenez quand vous voulez !
C’était mon approche : «Nous, on n’a pas pu résister, on l’a quand même acheté !» Cette phrase, Cette phrase, elle est authentique, c’était ma réponse à sa question : «Qu’est ce que vous avez fait à ce tableau ?» J’étais donc parfaitement d’accord avec lui, avec sa façon de voir.


Je délirais ! Les tableaux m’ont toujours fasciné ! Ah ! En avoir ! En ajouter un autre ! Ce n’était pas ceux que j’avais, c’était «celui qui me manquait». Je n’ai jamais su me défaire d’un tableau pour faire de l’argent. Je n’ai jamais pu me séparer, même pour un nouveau tableau, plus «désirable».
Je me demande bien quel est le rôle de l’Art, de mon amour des tableaux, dans mon comportement envers la vie. Refus de la vie d’un côté. Je crois en la représentation de ce qui exalte, de ce qui entraîne en dehors de soi. Les tableaux m’aident à vivre dans la joie. De l’autre côté, certainement, il y a un transfert. Transfert de ce que je n’ai été un homme dans sa plénitude physique et sexuelle. J’ai fait l’amour avec les tableaux faute de le faire pleinement avec un être où l’union eût été pleine.
J’ai acheté des tableaux deux cent mille francs, trois cent mille francs français. Suzanne, ça ne l’étonnait nullement, c’était courant. J’étais toujours en retard, j’avais toujours des dettes. Car tous mes tableaux, il a bien fallu que je les paie. Il v a eu quelques cadeaux, mais ce n’est pas énorme, comparativement. Dubuffet m’en a donnés. Michel Monet m’a donné les deux Claude Monet que j’ai. Picasso m’a fait trois dessins. C’est sûr, il y en a beaucoup dans ce lot qui m’ont été donnés, mais la plupart, je les ai achetés. Ce qui est dédicacé à Suzanne, c’est moi qui l’ai donné à Suzanne et qui ai voulu que Picasso le lui dédicace, mais je l’ai payé !
Une fois, j’avais acheté chez un privé quelques tableaux, on s’était très vite entendus et j’allais partir quand il me dit :
Oh ! Vous êtes gentil, vous traitez avec célérité, j’aime bien traiter avec vous. Je vais vous faire un petit cadeau.
I Et i comme cela, encadré, et il me dit :
- C’est Tobey. Je l’ai rapporté d’Amérique, vous pouvez le garder pour vous. C’est un petit cadeau que je veux vous faire.

Si quelqu'un veut lire le livre dites le moi, je l'envoie.
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animal
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MessageSujet: Re: Delapraz Béatrice - L'oeil de Planque   Sam 14 Fév 2009 - 12:02

c'est une autobio ou ?

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rivela
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MessageSujet: Re: Delapraz Béatrice - L'oeil de Planque   Sam 14 Fév 2009 - 12:12

En fait c'est sa nièce journaliste qui c'est entretenu avec lui les dernières années de sa vie, et qui à noter toutes ses anecdotes pour en faire une bio.
C'est pour ça que dans le vocabulaire du livre il y a le je.
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animal
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MessageSujet: Re: Delapraz Béatrice - L'oeil de Planque   Sam 14 Fév 2009 - 12:24

ok, merci ! ... et merci pour l'extrait bonjour

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kenavo
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MessageSujet: Re: Delapraz Béatrice - L'oeil de Planque   Dim 29 Aoû 2010 - 11:17


Béatrice Delapraz, L'oeil de Planque, Confidences d'un collectionneur

Citation :
C'est sa nièce Béatrice Delapraz qui, peu avant sa mort en 1998 à l'âge de 88 ans, en avait recueilli les souvenirs sur une dizaine de cassettes. Le livre qu'elle en a tiré se lit comme un roman.
Le destin est chose singulière. Comment se fait-il qu'un garçon né à Ferreyres, dans un milieu des plus modestes et sans lien aucun avec la chose artistique, se mette à peindre dans sa chambrette, puis à dévorer des yeux la peinture des autres dans les vitrines des galeries (avant d'oser y entrer), et enfin à acheter (fort modestement d'abord) des tableaux pour lui? Jusqu'à ce qu'un jour, il devienne «l'oeil» du marchand bâlois Beyeler, l'ami de quelques-uns des plus grands peintres de ce siècle, un collectionneur de haut vol et un peintre inconnu qui n'a jamais voulu exposer ni vendre la moindre de ses oeuvres!Entre-temps, sorti de l'Ecole de commerce, il avait gagné sa vie comme représentant dans l'agroalimentaire. Et à la fin de la guerre, il avait mis au point, avec un ami chimiste, un concentré révolutionnaire pour nourrir les cochons. Les bénéfices de cette invention lui permettent alors de changer de vie: il part en Provence sur les traces de Cézanne, et en Toscane sur celles de Michel-Ange, suit des cours à l'Académie de la Grande Chaumière à Paris, collabore quelques mois avec la Galerie Tanner de Zurich, et en 1954 entame sa formidable cordée avec Beyeler.«Une image pour bourgeois»L'oeil de Planque est (presque) infaillible: «Si un tableau est joli, si on peut en parler sous une forme descriptive et jolie, le tableau ne vaut rien. C'est une image. Une image pour bourgeois. C'est un joli décor, c'est tout», expliquait-il à sa nièce. Beyeler se fiait complètement à lui «et les prix montaient, montaient, montaient... C'était facile, tout grimpait». Avec ses origines paysannes et protestantes, Planque avait avec l'argent des rapports ambigus. Faire du commerce avec des tableaux lui faisait un peu honte, alors au moins que ces tableaux soient vraiment bons et «durables»! Et sa lucidité ne le quittait jamais: «Je ne crois pas que Beyeler ni moi n'avons été des découvreurs de talents. Nous avons commercé. Ni lui ni moi n'avons pris le temps d'étudier l'art d'aujourd'hui.»Devant ses propres tableaux, cette clairvoyance est sans appel: «Il y a des choses qui ne sont pas mal dans ce que je fais, estime-t-il, mais je n'ai jamais eu une personnalité.» Il soupire que, pour son malheur, il est Vaudois, et qu'il est «revenu vivre au pays du conformisme». Ses pinceaux restent désespérément timides: «Je me retiens, je me contrôle», enrage-t-il. Il n'en peint pas moins tous les jours. Mais à l'exception de ses proches, personne jusqu'ici n'en avait rien vu.Sorties de tous les coins et recoins cachés de son appartement, ses oeuvres se comptent par milliers, dont un peu plus de cent sont aujourd'hui propriété de la fondation qui porte son nom.
Françoise Jaunin

Dans le monde de l'art le nom de Beyerle est connu. Mais qui sait le nom de son "oeil"?
Quel vie extraordinaire, quel destin. Merci à Rivela de m'avoir fait découvrir ce livre et cet homme à part et fascinant!

Si on veut découvrir, Rivela vient de me donner l'info:
sa collection est exposée en ce moment en Alsace

Collection Planque


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rivela
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MessageSujet: Re: Delapraz Béatrice - L'oeil de Planque   Lun 30 Aoû 2010 - 14:59

Sa vie c'est quelque chose à lire tellement c'est extraordinaire son destin
N'hésitez à demander à Kenavo de vous prêtez ce livre elle le fera volontier sourire
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kenavo
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MessageSujet: Re: Delapraz Béatrice - L'oeil de Planque   Lun 30 Aoû 2010 - 17:31

rivela a écrit:
N'hésitez à demander à Kenavo de vous prêtez ce livre elle le fera volontier sourire
ah oui, très volontiers Very Happy

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rivela
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MessageSujet: Re: Delapraz Béatrice - L'oeil de Planque   Sam 18 Sep 2010 - 11:37

Citation :
La Communauté du Pays d’Aix vient de signer avec la Fondation Jean et Suzanne Planque de Lausanne une convention de dépôt pour quinze ans des oeuvres réunies par son fondateur afin qu’elles puissent être conservées et présentées de manière permanente au public au Musée Granet d’Aix-en-Provence.
L’attrait du collectionneur pour Cézanne, “père de l’art moderne”, l’articulation naturelle de la collection avec le fonds XXe siècle du musée, le fait qu’Aix-en-Provence soit la ville de Cézanne et que Jean Planque y ait séjourné plusieurs années, et enfin le dynamisme du musée Granet, musée de France et premier musée associé de la Réunion de Musées Nationaux, ont été les atouts importants qui ont permis de conclure cet accord », résume Maryse Joissains Masini, président de la Communauté du Pays d’Aix, député-maire d’Aix-en-Provence qui se réjouit de cet « apport inestimable » pour le musée.
En 2013, dans le cadre des manifestations de Marseille Provence, Capitale Européenne de la Culture, l’essentiel de la collection sera présenté de façon permanente dans les locaux rénovés de la Chapelle des Pénitents Blancs à Aix-en-Provence, conclut le communiqué.
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