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 Ron Barkaï [Israël]

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Le Bibliomane
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MessageSujet: Ron Barkaï [Israël]   Dim 25 Mar 2007 - 12:40



Né en 1943 à Jérusalem, Ron Barkaï vit à Tel-Aviv. Historien spécialiste du Moyen-Age espagnol, il enseigne à l’université de Tel-Aviv. Il est l’auteur de six essais sur les relations entre les communautés juive, musulmane et chrétienne au Moyen Âge en Espagne, publiés en Israël et traduits dans plusieurs langues (dont "Chrétiens, musulmans et juifs dans l’Espagne médiévale, de la convergence à l’expulsion", publié aux éditions du Cerf en 1994).
"Comme un film égyptien" est son premier roman.
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Le Bibliomane
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MessageSujet: Re: Ron Barkaï [Israël]   Dim 25 Mar 2007 - 12:45



"Comme un film égyptien"

Comme un film, se déroule sous nos yeux la vie de Yossef Alfondari, juif séfarade égyptien bourré de préjugés sur les arabes, les communistes, les askhénazes, les chiens et les chats, et tous ceux qui, de près ou de loin, n'entrent pas dans le moule de ses convictions.

En un long monologue, il relate sa vie, son enfance au Caire, où pour échapper à la tyrannie de son père, il s'enfuit, d'abord à Alexandrie puis, quand est fondé l'état d'Israël, vers Jerusalem et enfin Tel-aviv.

Yossef Alfondari est un homme peu sympathique, il déteste sa femme et méprise ses enfants qu'il n'hésite pas à martyriser quand il ressent le besoin d'asseoir sur eux son autorité. Aigri, marqué à vie par son enfance misérable, Yossef reproduira envers sa famille la cruauté dont il a eu à souffrir de la part de son père.

Joueur invétéré, il dilapide sans remords l'argent du ménage en sacrifiant à sa passion du poker. Sioniste convaincu, il méprise et voue aux gémonies les arabes et tous ceux qui tentent de prendre leur défense.

Mais, et ce n'est pas la seule des contradictions qui habitent ce personnage, il voue une fervente admiration à la musique arabe et à ses grands interprètes que furent Oum Kalsoum, Fairouz, Abdelhalim Hafez et Farid El Atrash.

D'un naturel irascible, cet homme n'éprouve de plaisir qu'autour d'une table de poker, en compagnie de ses amis joueurs, où dans la dégustation matinale d'une tasse de café accompagnée d'une cigarette et en écoutant sur son tourne-disque une chanson d'Oum Kalsoum.

« Celui qui s'y entend vraiment en petits plaisirs quotidiens sait qu'on ne peut pleinement apprécier ces heures matinales sans musique. D'ailleurs chez moi, la musique compte parmi les ingrédients indispensables qui assurent un rythme soutenu à la circulation sanguine et une bonne préparation aux contraintes de la longue journée à venir. Dès l'instant où je sors du lit et jusqu'à ce que je quitte l'appartement, la platine de mon tourne-disque ne chôme pas. Ce qui est loin d'être aussi simple qu'on croit, car à chaque heure, à chaque moment d'une matinée, convient une musique particulière et il serait hors de question de se tromper. Après avoir posé mon finjan rempli d'eau sur le feu, je sors un disque d'Oum Kalsoum de sa pochette, l'essuie avec un foulard puis abaisse délicatement l'aiguille. Elle, la princesse du Nil, est la seule, l'unique capable d'envelopper le café d'une nuance à la fois triste et sucrée. Quand elle chante Feine al-ouyoun ( « Où sont les yeux. »), l'émotion me pince de l'intérieur et je sens les larmes monter, moi que rien d'autre ne fait pleurer... »

Car cet homme au coeur sec, brutal et intolérant, auteur d'un crime inavouable et resté impuni, nous décrit les petits moments de sa vie avec une justesse de ton et une sensualité débordante.
Il nous entraîne dans un tourbillon de saveurs, d 'odeurs, de sensations et de musique qui nous transportent et nous immergent dans cet univers moyen-oriental où se croisent, s'affrontent et s'influencent cultures, idéologies politiques et dogmes religieux.

Avec pour toile de fond, l'histoire tourmentée de la naissance de l'état d'Israël, « Comme un film égyptien » est un ouvrage captivant et foisonnant où même les personnages secondaires mériteraient d'être le sujet d'un roman à part entière. La prose de Ron Barkaï, envoûtante et riche de sensations, nous entraîne dans un récit tissé de drames, d'humour et de sensualité.
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MessageSujet: Comme un film égyptien   Sam 21 Avr 2007 - 11:12

Grâce au prix des Lecteurs du télégramme, le bibliomane et moi avons des lectures communes, presque simultanées!
Je vous livre mes ressentis de lecture.

Dès les premières lignes, les senteurs du Caire et sa magie assaillent le lecteur....surtout s'il a lu la trilogie de Naguib Mahfouz (« Impasse des deux palais », « Le palais des désirs » et « Le jardin du passé »)!
Mais ce qui est surprenant c'est le parti pris de l'auteur: le héros, Yossef Alfondari, est tout sauf sympathique. Il est absolument odieux et un monstre d'égoïsme. Il n'est que paradoxe et de ce fait le lecteur éprouve d'énormes difficultés à le cerner: Yossef vit sans cesse décalé et est un être de contradictions. Il est juif et hait les arabes mais est féru de musique arabe et ne jure que par Le Caire.
Ron Barkaï entraîne son lecteur dans l'Egypte des années 20, nous fait vivre la création et la construction de l'état d'Israël. Il lui fait vivre ces premières années cruciales d'un Isarël sans concessions, les antagonismes entre les sionistes et les communistes pro-arabes.
Yossef, son héros détestable, est un juif sépharade méprisant les juifs ashkénazes qu'il considère comme détenteurs de privilèges. C'est un vrai fléau pour sa famille: il méprise son épouse, ses enfants, ses soeurs et sa mère....sans compter son frère mort pour Israël. Il n'aime que le pocker et la musique arabe, respecte plus ses amis que son entourage familial. Au fil des chapitres, le dégoût inspiré par ce personnage est tel que j'ai eu une furieuse envie de le gifler. Cependant, paradoxe encore, je me surprenais à éprouver un début de compassion à son égard: Yossef n'a pas eu la vie facile. Battu par son père, il s'enfuit du Caire pour rejoindre Alexandrie, où il vit dans la misère, avant d'émigrer vers le nouvel état d'Israël. Néanmoins, l'agacement puis l'antipathie reprennent vite le dessus: comment peut-on être aussi abject envers ses proches, avec ses enfants (il les torture!), comment peut-on être aussi inculte, frustre, « affreux, bête et méchant »?

Les anti héros sont rares et dérangeants car le lecteur n'a pas du tout envie de s'y identifier une seule seconde, mais permettent de prendre conscience des contradictions et des paradoxes de l'être humain et du monde. Si Yossef Alfondari avait été un personnage positif ou trop lisse, Ron Barkaï aurait-il pu narrer les doutes, les heurts de ce jeune état juif? Car Yossef est un peu un morceau d'histoire israëlienne: attirance et répulsion, amour et haine, envers le peuple cousin.
Les contradictions d'hier sont encore celles d'aujourd'hui: Barkaï les raconte avec la truculence des couleurs du Moyen Orient et la chaleur de la musique arabe.
Un premier roman déroutant où le héros fait l'unanimité contre lui, où il aura une fin à la mesure de sa vie....Yossef serait-il une métaphore de ce Moyen Orient déchiré? Peut-être, peut-être pas, mais il en a quelques images.

Si nous arrivons à gérer notre emploi du temps, nous devrions rencontrer cet auteur le 23 Mai prochain, à Brest (librairie Dialogue).
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