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 Leconte de Lisle

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HeronBlanc
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MessageSujet: Leconte de Lisle   Dim 1 Mar 2009 - 16:00



J'ouvre un sujet sur un Poète encore non-présent en tant que sujet du Forum, et que je ne connais pas moi-même. Seule une de ses citations, qui m'a éblouie par ailleurs, m'amène à me pencher sur lui :

Citation :
"Et toi, divine mort, où tout rentre et s'efface,
Accueille tes enfants dans ton ciel étoilé;
Affranchis-nous du temps, du nombre et de l'espace,
Et rends-nous le repos que la vie a troublé. "

Poèmes antiques (1852)

Sur Wikipédia:
Citation :
Charles Marie René Leconte de Lisle, né le 22 octobre 1818 à Saint-Paul dans l’Île Bourbon et mort le 17 juillet 1894 à Voisins, est un poète français.

Son œuvre est dominée par trois recueils de poésie, les Poèmes antiques (1852), les Poèmes barbares (1862) et les Poèmes tragiques (1884), ainsi que par ses traductions d’auteurs anciens.

Il est considéré comme le chef de file du mouvement parnassien, autant par l’autorité que lui a conférée son œuvre poétique propre que par des préfaces dans lesquelles il a exprimé un certain nombre de principes auxquels se sont ralliés les poètes d’une génération – entre la période romantique et le symbolisme – regroupés sous le vocable de parnassiens à partir de 1866.

Or, Wikipédia étant bien insatisfaisant car ne donnant pas spécialement l'envie de découvrir un tel, je m'adresse à vous afin d'avoir plus d'informations. Enfin, laquelle de ses œuvres me conseillerez-vous en premier ?
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SCOman
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MessageSujet: Re: Leconte de Lisle   Jeu 23 Aoû 2012 - 10:10

HeronBlanc a écrit:
Or, Wikipédia étant bien insatisfaisant car ne donnant pas spécialement l'envie de découvrir un tel, je m'adresse à vous afin d'avoir plus d'informations. Enfin, laquelle de ses œuvres me conseillerez-vous en premier ?

Personnellement je te conseillerais de lire en premier Poèmes barbares, recueil d'une grande beauté !

Voici ce que je peux t'en dire :

Charles-Marie Leconte de Lisle (1818-1894) est considéré comme le chef de file du Parnasse, ce mouvement qui s’érigea en réaction au romantisme, en proposant une grammaire poétique alliant la rigueur de la forme à la majesté des thèmes traités. Pour reprendre l’expression de la quatrième de couverture, Leconte de Lisle nous offre avec ses Poèmes barbares une « poésie taillée dans le marbre », retrouvant la geste et le souffle des épopées antiques. Son style d’écriture convoque par certains aspects d’autres poètes de son temps On retrouve par exemple dans Les paraboles de dom Guy la verve de La légende des siècles de Victor Hugo :

« Or, voici que j’ai vu le monde, comme un pré
Immense, qui grouillait sous ce soleil pourpré,
Plein d’hommes portant heaume et cotte d’acier, lance,
Masse d’armes et glaive, engins de violence
Avec loques d’orgueil, bannières et pennons
Où le Diable inscrivait leur lignée et leurs noms. »
(p. 338).

De même, les descriptions militaires sont frappées du même rythme que chez Heredia :

« Victorieux, vaincus, fantassins, cavaliers,
Les voici maintenant, blêmes, muets, farouches,
Les poings fermés, serrant les dents, et les yeux louches,
Dans la mort furieuse étendus par milliers.

(…)

Tous les cris se sont tus, les râles sont poussés.
Sur le sol bossué de tant de chair humaine,
Aux dernières lueurs du jour on voit à peine
Se tordre vaguement des corps entrelacés ;

Et là-bas, du milieu de ce massacre immense,
Dressant son cou roidi, percé de coups de feu,
Un cheval jette au vent un rauque et triste adieu
Que la nuit fait courir à travers le silence. »
(Le Soir d’une Bataille, p. 230)

Et la sensualité des ambiances orientales n’est pas sans rappeler la prose de Charles Baudelaire :

« Dans le verger royal où rougissent les mûres,
Sous le ciel clair qui brûle et n’a plus de couleur,
Leïlah, languissante et rose de chaleur,
Clôt ses yeux aux longs cils à l’ombre des ramures.

Son front ceint de rubis presse son bras charmant ;
L’ambre de son pied nu colore doucement
Le treillis emperlé de l’étroite babouche.

Elle rit et sommeille et songe au bien-aimé,
Telle qu’un fruit de pourpre, ardent et parfumé,
Qui rafraîchit le cœur en altérant la bouche »
(Le sommeil de Leïlah, p. 161).

Bref, ces Poèmes barbares ont le caractère enivrant des légendes archaïques. Ne serait-ce que par leur scansion envoûtante, ils offrent au lecteur un imaginaire rempli de violence, de dieux, de nature farouche et d’hommes déchirés. Tel l’aède d’antan ressuscité par Leconte de Lisle je me tais désormais, le temps d’un dernier extrait illustrant mon propos :

« Et le Barde se tut. Et, sur la hauteur noire,
L’Esprit du vent poussa comme un cri de victoire ;
Et la foule agitant les haches, les penn-baz
Et les glaives, ainsi qu’à l’heure des combats,
Ivre du souvenir et toute hérissée,
Salua les splendeurs de sa gloire passée.
Et les Dieux se levaient, tordant du fond des cieux
Leurs bras géants, avec des flammes dans les yeux,
De leurs cheveux épars balayant les nuages. »
(Le Massacre de Mona, p. 124).
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Helios
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MessageSujet: Re: Leconte de Lisle   Jeu 23 Aoû 2012 - 12:17

Merci, je viens de télécharger les trois poèmes.
Je connaissais juste cet auteur par ses traductions dont le style, d'époque, me plaît.
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Thierry Cabot
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MessageSujet: Re: Leconte de Lisle   Sam 12 Oct 2013 - 18:23

Merci beaucoup de remettre au goût du jour le poète Leconte de Lisle.

Chez cet auteur, Baudelaire admirait particulièrement "Le manchy"comme en témoigne cet extrait :
"Je veux parler des poèmes, où, sans préoccupation de la religion et des formes successives de la pensée humaine, le poète a décrit la beauté, telle qu’elle posait pour son œil original et individuel : les forces imposantes, écrasantes de la nature ; la majesté de l’animal dans sa course ou dans son repos ; la grâce de la femme dans les climats favorisés du soleil, enfin la divine sérénité du désert ou la redoutable magnificence de l’Océan. Là, Leconte de Lisle est un maître et un grand maître. Là, la poésie triomphante n’a plus d’autre but qu’elle-même. Les vrais amateurs savent que je veux parler de pièces telles que les Hurleurs, les Éléphants, le Sommeil du condor, etc., telles surtout que le Manchy, qui est un chef-d’œuvre hors ligne, une véritable évocation, où brillent, avec toutes leurs grâces mystérieuses, la beauté et la magie tropicales, dont aucune beauté méridionale, grecque, italienne ou espagnole, ne peut donner l’analogue."

Sous un nuage frais de claire mousseline,
Tous les dimanches au matin,
Tu venais à la ville en manchy de rotin,
Par les rampes de la colline.

La cloche de l'église alertement tintait
Le vent de mer berçait les cannes
Comme une grêle d'or, aux pointes des savanes,
Le feu du soleil crépitait...

Et tandis que ton pied, sorti de la babouche,
Pendait, rose, au bord du manchy,
A l'ombre des Bois-Noirs touffus et du Letchi
Aux fruits moins pourprés que ta bouche ;

Tandis qu'un papillon, les deux ailes en fleur,
Teinté d'azur et d'écarlate,
Se posait par instants sur ta peau délicate
En y laissant de sa couleur ;

On voyait, au travers du rideau de batiste,
Tes boucles dorer l'oreiller,
Et, sous leurs cils mi-clos, feignant de sommeiller,
Tes beaux yeux de sombre améthyste.

Tu t'en venais ainsi, par les matins si doux,
De la montagne à la grand'messe,
Dans ta grâce naïve et ta rose jeunesse,
Au pas rythmé de tes Hindous.

Maintenant, dans le sable aride de nos grèves,
Sous les chiendents, au bruit des mers,
Tu reposes parmi les morts qui me sont chers,
Ô charme de mes premiers rêves !


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GrandGousierGuerin
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MessageSujet: Re: Leconte de Lisle   Sam 12 Oct 2013 - 18:39

@Thierry C : merci pour ce partage si sensuel !
et de me faire découvrir ce poète complètement inconnu de mes lectures dentsblanches 
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Helios
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MessageSujet: Re: Leconte de Lisle   Dim 13 Oct 2013 - 10:14


La Fontaine aux lianes.

Comme le flot des mers ondulant vers les plages,
Ô bois, vous déroulez, pleins d’arôme et de nids,
Dans l’air splendide et bleu, vos houles de feuillages ;
Vous êtes toujours vieux et toujours rajeunis.

Le temps a respecté, rois aux longues années,
Vos grands fronts couronnés de lianes d’argent ;
Nul pied ne foulera vos feuilles non fanées :
Vous verrez passer l’homme et le monde changeant.

Vous inclinez d’en haut, au penchant des ravines,
Vos rameaux lents et lourds qu’ont brûlés les éclairs ;
Qu’il est doux, le repos de vos ombres divines,
Aux soupirs de la brise, aux chansons des flots clairs !

Le soleil de midi fait palpiter vos sèves ;
Vous siégez, revêtus de sa pourpre, et sans voix ;
Mais la nuit, épanchant la rosée et les rêves,
Apaise et fait chanter les âmes et les bois.

Par delà les verdeurs des zones maternelles
Où vous poussez d’un jet vos troncs inébranlés,
Seules, plus près du ciel, les neiges éternelles
Couvrent de leurs plis blancs les pics immaculés.

Ô bois natals, j’errais sous vos larges ramures
L’aube aux flancs noirs des monts marchait d’un pied vermeil ;
La mer avec lenteur éveillait ses murmures,
Et de tout œil vivant fuyait le doux sommeil.

Au bord des nids, ouvrant ses ailes longtemps closes,
L’oiseau disait le jour avec un chant plus frais
Que la source agitant les verts buissons de roses,
Que le rire amoureux du vent dans les forêts.

Les abeilles sortaient des ruches naturelles
Et par essaims vibraient au soleil matinal ;
Et, livrant le trésor de leurs corolles frêles,
Chaque fleur répandait sa goutte de cristal.

Et le ciel descendait dans les claires rosées
Dont la montagne bleue au loin étincelait ;
Un mol encens fumait des plantes arrosées
Vers la sainte nature à qui mon cœur parlait.

Au fond des bois baignés d’une vapeur céleste,
Il était une eau vive où rien ne remuait ;
Quelques joncs verts, gardiens de la fontaine agreste,
S’y penchaient au hasard en un groupe muet.

Les larges nénuphars, les lianes errantes,
Blancs archipels, flottaient enlacés sur les eaux,
Et dans leurs profondeurs vives et transparentes
Brillait un autre ciel où nageaient les oiseaux.

Ô fraîcheur des forêts, sérénité première,
Ô vents qui caressiez les feuillages chanteurs,
Fontaine aux flots heureux où jouait la lumière,
Éden épanoui sur les vertes hauteurs !

Salut, ô douce paix, et vous, pures haleines,
Et vous qui descendiez du ciel et des rameaux,
Repos du cœur, oubli de la joie et des peines !
Salut ! ô sanctuaire interdit à nos maux !

Et, sous le dôme épais de la forêt profonde,
Aux réduits du lac bleu dans les bois épanché,
Dormait, enveloppé du suaire de l’onde,
Un mort, les yeux au ciel, sur le sable couché.

Il ne sommeillait pas, calme comme Ophélie,
Et souriant comme elle, et les bras sur le sein ;
Il était de ces morts que bientôt on oublie ;
Pâle et triste, il songeait au fond du clair bassin.

La tête au dur regard reposait sur la pierre ;
Aux replis de la joue où le sable brillait,
On eût dit que des pleurs tombaient de la paupière
Et que le cœur encor par instants tressaillait.

Sur les lèvres errait la sombre inquiétude.
Immobile, attentif, il semblait écouter
Si quelque pas humain, troublant la solitude,
De son suprême asile allait le rejeter.

Jeune homme, qui choisis pour ta couche azurée
La fontaine des bois aux flots silencieux,
Nul ne sait la liqueur qui te fut mesurée
Au calice éternel des esprits soucieux.

De quelles passions ta jeunesse assaillie
Vint-elle ici chercher le repos dans la mort ?
Ton âme à son départ ne fut pas recueillie,
Et la vie a laissé sur ton front un remord.

Pourquoi jusqu’au tombeau cette tristesse amère ?
Ce cœur s’est-il brisé pour avoir trop aimé ?
La blanche illusion, l’espérance éphémère
En s’envolant au ciel l’ont-elles vu fermé ?

Tu n’es pas né sans doute au bord des mers dorées,
Et tu n’as pas grandi sous les divins palmiers ;
Mais l’avare soleil des lointaines contrées
N’a pas mûri la fleur de tes songes premiers.

À l’heure où de ton sein la flamme fut ravie,
Ô jeune homme qui vins dormir en ces beaux lieux,
Une image divine et toujours poursuivie,
Un ciel mélancolique ont passé dans tes yeux.

Si ton âme ici-bas n’a point brisé sa chaîne,
Si la source au flot pur n’a point lavé tes pleurs,
Si tu ne peux partir pour l’étoile prochaine,
Reste, épuise la vie et tes chères douleurs !

Puis, ô pâle étranger, dans ta fosse bleuâtre,
Libre des maux soufferts et d’une ombre voilé,
Que la nature au moins ne te soit point marâtre !
Repose entre ses bras, paisible et consolé.

Tel je songeais. Les bois, sous leur ombre odorante,
Épanchant un concert que rien ne peut tarir,
Sans m’écouter, berçaient leur gloire indifférente,
Ignorant que l’on souffre et qu’on puisse en mourir.

La fontaine limpide, en sa splendeur native,
Réfléchissait toujours les cieux de flamme emplis,
Et sur ce triste front nulle haleine plaintive
De flots riants et purs ne vint rider les plis.

Sur les blancs nénuphars l’oiseau ployant ses ailes
Buvait de son bec rose en ce bassin charmant
Et, sans penser aux morts, tout couvert d’étincelles,
Volait sécher sa plume au tiède firmament.

La nature se rit des souffrances humaines ;
Ne contemplant jamais que sa propre grandeur,
Elle dispense à tous ses forces souveraines
Et garde pour sa part le calme et la splendeur.

coeur 
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Thierry Cabot
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MessageSujet: Re: Leconte de Lisle   Dim 13 Oct 2013 - 12:03

Merci Hélios.
Un poème de Leconte de Lisle, très parnassien celui-là, d'une ampleur étonnante.
A bientôt.

Thierry
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Thierry Cabot
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MessageSujet: Re: Leconte de Lisle   Lun 14 Oct 2013 - 9:10

Voilà "Le manchy" dans son intégralité. C'est quand même mieux.



Sous un nuage frais de claire mousseline,
Tous les dimanches au matin,
Tu venais à la ville en manchy de rotin,
Par les rampes de la colline.

La cloche de l'église alertement tintait
Le vent de mer berçait les cannes
Comme une grêle d'or, aux pointes des savanes,
Le feu du soleil crépitait.

Le bracelet aux poings, l'anneau sur la cheville,
Et le mouchoir jaune aux chignons,
Deux telingas portaient, assidus compagnons,
Ton lit aux nattes de Manille.

Ployant leur jarret maigre et nerveux, et chantant,
Souples dans leurs tuniques blanches,
Le bambou sur l'épaule et les mains sur les hanches,
Ils allaient le long de l'Étang.

Le long de la chaussée et des varangues basses
Où les vieux créoles fumaient,
Par les groupes joyeux des Noirs, ils s'animaient
Au bruit des bobres Madécasses.

Dans l'air léger flottait l'odeur des tamarins ;
Sur les houles illuminées,
Au large, les oiseaux, en d'immenses traînées,
Plongeaient dans les brouillards marins..

Et tandis que ton pied, sorti de la babouche,
Pendait, rose, au bord du manchy,
A l'ombre des Bois-Noirs touffus et du Letchi
Aux fruits moins pourprés que ta bouche ;

Tandis qu'un papillon, les deux ailes en fleur,
Teinté d'azur et d'écarlate,
Se posait par instants sur ta peau délicate
En y laissant de sa couleur ;

On voyait, au travers du rideau de batiste,
Tes boucles dorer l'oreiller,
Et, sous leurs cils mi-clos, feignant de sommeiller,
Tes beaux yeux de sombre améthyste.

Tu t'en venais ainsi, par les matins si doux,
De la montagne à la grand'messe,
Dans ta grâce naïve et ta rose jeunesse,
Au pas rythmé de tes Hindous.

Maintenant, dans le sable aride de nos grèves,
Sous les chiendents, au bruit des mers,
Tu reposes parmi les morts qui me sont chers,
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MessageSujet: Re: Leconte de Lisle   Lun 14 Oct 2013 - 9:25

@Thierry C & Helios : un bon café et un poème si évocateur : je démarre avec la banane ma journée swing
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MessageSujet: Re: Leconte de Lisle   Dim 8 Mai 2016 - 16:32

J'aime bien de temps à autre parcourir Les poèmes barbares.

Et comme je suis plutôt en période antique dans mes lectures, il faut que je me procure ses poèmes antiques. Il y a un vrai souffle chez ce poète. Il reste convenu dans la forme, mais pour qui aime le rythme de l'alexandrin, c'est un régal.

Qui plus est, il sait aussi être irrévérencieux par moments, comme dans son poème sur les ascètes.

Leconte de Lisle a écrit:
...
Au désert, au désert, les hommes et les femmes !
Etouffons dans nos coeurs les voluptés infâmes ;
Vers la gloire des cieux éternels déployons
L'extase aux ailes d'or sous la dent des lions.

Leconte de Lisle a écrit:
...
Vous disiez vrai : la vie est un mal éphémère,
Et la femme bien plus que la tombe est amère !


Un des poèmes que j'aime bien :

La tristesse du diable :

Silencieux, les poings aux dents, le dos ployé,
Enveloppé du noir manteau de ses deux ailes,
Sur un pic hérissé de neiges éternelles,
Une nuit, s'arrêta l'antique Foudroyé.

La terre prolongeait en bas, immense et sombre.
Les continents battus par la houle des mers ;
Au-dessus flamboyait le ciel plein d'univers ;
Mais Lui ne regardait que l'abîme de l'ombre.

Il était là, dardant ses yeux ensanglantés
Dans ce gouffre où la vie amasse ses tempêtes,
Où le fourmillement des hommes et des bêtes
Pullule sous le vol des siècles irrités.

Il entendait monter les hosannas serviles,
Le cri des égorgeurs, les Te Deum des rois,
L'appel désespéré des nations en croix
Et des justes râlant sur le fumier des villes.

Ce lugubre concert du mal universel,
Aussi vieux que le monde et que la race humaine,
Plus fort, plus acharné, plus ardent que sa haine,
Tourbillonnait autour du sinistre Immortel.

Il remonta d'un bond vers les temps insondables
Où sa gloire allumait le céleste matin,
Et, devant la stupide horreur de son destin,
Un grand frisson courut dans ses reins formidables.

Et se tordant les bras, et crispant ses orteils,
Lui, le premier rêveur, la plus vieille victime,
Il cria par delà l'immensité sublime
Où déferle en brûlant l'écume des soleils :

- Les monotones jours, comme une horrible pluie,
S'amassent, sans l'emplir, dans mon éternité ;
Force, orgueil, désespoir, tout n'est que vanité ;
Et la fureur me pèse, et le combat m'ennuie.

Presque autant que l'amour la haine m'a menti :
J'ai bu toute la mer des larmes infécondes.
Tombez, écrasez-moi, foudres, monceaux des mondes !
Dans le sommeil sacré que je sois englouti !

Et les lâches heureux, et les races damnées,
Par l'espace éclatant qui n'a ni fond ni bord,
Entendront une Voix disant : Satan est mort !
Et ce sera ta fin, Oeuvre des six Journées !

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MessageSujet: Re: Leconte de Lisle   Dim 8 Mai 2016 - 21:24

Un grand auteur mal connu malheureusement, alors qu'il mériterait d'être dans la Pleiade il n'y est pas, par contre Jaccottet lui y est alors que sa poésie est infâme.
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MessageSujet: Re: Leconte de Lisle   Dim 8 Mai 2016 - 23:45

c'est une fixation. ange

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MessageSujet: Re: Leconte de Lisle   Dim 8 Mai 2016 - 23:50

animal a écrit:
c'est une fixation. ange

J'ai pensé à ça en postant le message mais je te promet que c'est pas une fixation mais juste une réalité. J'aurais pu parler de Yves Bonnefoy aussi.
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animal
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MessageSujet: Re: Leconte de Lisle   Dim 8 Mai 2016 - 23:59

bah on a tous nos allergies, après des éclaircissements de temps en temps ça ne gâte rien.

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MessageSujet: Re: Leconte de Lisle   Lun 9 Mai 2016 - 0:09

animal a écrit:
bah on a tous nos allergies, après des éclaircissements de temps en temps ça ne gâte rien.

Tu as raison " Ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve".


Le charabia intégral que la bande de Bonnefoy s'acharne à faire reconnaître comme poésie enfin en papier bible dans des ouvrages hors de prix ! On voudrait bien savoir à combien d'exemplaires ça va se vendre (ceux réservés à la famille/amis/etc exceptés), et surtout qui aura le courage herculéen de lire réellement 1700 pages de ces pseudo-vers qui ressemblent à une traduction d'auteur bulgare.


Un poème choisi au hasard:

Dans les chambres des vergers
Ce sont des globes suspendus
Que la course du temps colore
Des lampes que le temps allume
Et dont la lumière est parfum
On respire sous chaque branche
Le fouet odorant de la hâte
Ce sont des perles parmi l’herbe
De nacre à mesure plus rose
Que les brumes sont moins lointaines
Des pendeloques plus pesantes
Que moins de linge elles ornent
Comme ils dorment longtemps
Sous les mille paupières vertes !
Et comme la chaleur
Par la hâte avivée
Leur fait le regard avide !

Je ne résiste pas au plaisir de reproduire ici, comme conclusion, quelques lignes d'un article récent:

"Chaque terme est pesé au trébuchet de la précision dans la musicalité. Ses non-dits sont gouvernés par le sens de la mesure, de l’équilibre, de l’harmonie -et la défiance pour la rime qui offusque la vérité. Des tableaux permettent de saisir son vertige face à l’indicible : ceux de Rothko ou de Morandi. On l’aura compris : ce n’est pas lui qui se grisera de grands mots."
Par exemple, quel est le sens de l'inversion "que moins de linge elles ornent" ? Pour une rime, ou un effet musical, ce serait déjà tordu, mais là... Pourquoi diable cet homme qui, dit-on, se méfie de la rime, s'amuse-t-il à reproduire justement dans ses textes les plus grotesques licences poétiques qu'on justifiait autrefois par la nécessité de rimer ?

Qu'on oublie la rime, qui était un pilier de la poésie française, soit. Mais pourquoi alors garder le jargon qui allait parfois avec ? C'est garder les plumes de l'oiseau alors qu'on lui a coupé les ailes.

Les plus retors des analystes y voient "la persistance d'un langage poétique, en dépit de l'abandon des structures classiques". Mais qui ne voit qu'en réalité, on jette le bébé en gardant l'eau du bain ?
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