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 Gabrielle Wittkop

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eXPie
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MessageSujet: Gabrielle Wittkop   Ven 13 Mar 2009 - 22:59

Gabrielle Wittkop

1920-2002

Gabrielle Wittkop, née Gabrielle Ménardeau, est un écrivain né à Nantes le 27 mai 1920 et décédé le 22 décembre 2002 à Francfort-sur-le-Main. Elle est l'auteur d'une littérature dérangeante, macabre, bien souvent au-delà de toute morale. Son style riche et remarquable, ainsi que ses centres d'intérêt, font d'elle la digne héritière du Marquis de Sade, de Villiers de L'Isle Adam, de Lautréamont, d'Edgar Allan Poe, mais aussi de Marcel Schwob.

Elle rencontre dans le Paris sous occupation nazie un déserteur allemand homosexuel du nom de Justus Wittkop, agé de vingt ans de plus qu'elle. Ils se marient à la fin de la guerre, union qu'elle qualifiera d'« alliance intellectuelle », elle-même affichant à diverses reprises son homosexualité affirmée.2 Le couple s'installe en Allemagne, à Bad Homburg, puis à Francfort, où Gabrielle vivra jusqu'à sa mort. Même si elle continue d'écrire en français, elle collabore à divers journaux allemands, dont entre autre le Frankfurter Allgemeine Zeitung. Soutenue et encouragée par son mari, historien et essayiste, elle développe son écriture en langue allemande, et publie plusieurs œuvres en allemand (notamment une biographie de ETA Hoffmann), qui ne sont à ce jour toujours pas traduites en français.2 Son mari se suicide en 1986, alors qu'il est atteint de la maladie de Parkinson. Gabrielle Wittkop affirmera « Je l'y ai encouragé. J'ai raconté ça dans Hemlock.2 » Atteinte d'un cancer du poumon1, elle choisit la mort à 82 ans, en se suicidant le 22 décembre 2002.
Sur la 4e de couverture des éditions posthumes : « J'ai voulu mourir comme j'ai vécu : en homme libre ».

(merci wikipedia).

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- Bo Carpelan, La Cour


Dernière édition par eXPie le Lun 17 Aoû 2009 - 20:32, édité 1 fois
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eXPie
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MessageSujet: Re: Gabrielle Wittkop   Ven 13 Mar 2009 - 22:59

Le nécrophile (1972)
Editions de la Musardine. 97 pages.

Le narrateur possède un magasin d'antiquités. C'est ainsi qu'il gagne sa vie. Il est solitaire… Ses goûts sont particuliers : il est nécrophile.
Vous êtes prévenus.

Le livre commence ainsi :
Citation:
12 octobre 19..

Les cils de cette petite fille jettent une ombre grise sur sa joue. Elle a le sourire ironique et rusé de ceux qui en savent long. Deux boucles défrisées encadrent son visage, descendent jusqu'aux festons de sa chemise relevée sous les aisselles et qui dévoile un ventre du même blanc bleuté qu'on voit à certaines porcelaines de Chine. […]
Mais il me faudra attendre encore quelques heures car, pour l'instant, tout le corps est encore un peu rigide, un peu crispé, jusqu'à ce que la chaleur de la chambre l'amolisse comme une cire." (page 15).


Le lendemain, le narrateur écrit :
Citation:
"[…] l'enfant a brusquement ouvert un œil, translucide comme celui d'une pieuvre et, dans un épouvantable borborygme, a rejeté sur moi le flot noir d'un mystérieux liquide. Ouverte dans un masque de Gorgone, sa bouche ne cessait de vomir ce jus dont l'odeur emplissait la chambre. Tout ceci a quelque peu gâté mon plaisir. Je suis accoutumé à de meilleures manières car les morts sont propres. Ils ont déjà rejeté leurs excréments en quittant le vie, comme on dépose un fardeau infamant. Aussi leur ventre résonne-t-il du son creux et dur des tambours. Leur odeur fine et puissante est celle du bombyx. Elle semble venir du cœur de la terre, de l'empire où les larves musquées cheminent entre les racines, où les lames de mica jettent leur lueur d'argent glacé, là où sourd le sang des futurs chrysanthèmes, parmi les tourbes pulvérulentes, les bourbes sulfureuses. L'odeur des morts est celle du retour au cosmos, celle de la sublime alchimie." (page 18 ).


On constate que le roman est remarquablement bien écrit.

C'est toujours avec une grande peine que le narrateur finit par se débarrasser de ses cadavres, lorsque vraiment, ce n'est plus possible. Un sac plastique, la Seine, et hop.

"On prétend toujours que ceux qui aiment les morts sont frappés d'anosmie." (page 22). Mais ce n'est pas le cas du narrateur. Pourtant, peut-être ne sent-il plus l'odeur de bombyx qui remplit le livre, ainsi que son appartement . Les femmes de ménages se sentent mal à l'aise.
Citation:
"Elles regardent les coins, d'un air de prudente suspicion. Elles m'observent sournoisement et, surtout, elles reniflent l'odeur de l'appartement, en remuant les yeux. Elles reniflent et reniflent, cherchant dans leur mémoire, ne trouvant rien qui vaille, reniflent encore, jusqu'à ce qu'une étrange inquiétude s'empare d'elle. Alors elles deviennent comme des bêtes traquées puis s'échappent." (page 23).


On lit ainsi plusieurs mois du journal de notre nécrophyle. Comment il se procure des cadavres - et ce qu'il faut bien appeler ses histoires d'amour. Sa répulsion pour les corps chauds. Comment il reconnaît les autres nécrophiles. Les catacombes de Naples.
Citation:
"Catacombes de San Gaudisio. Celles de Paris ne sont rien en comparaison, il faut venir à Naples pour voir une telle chose. […] Les crânes, souvent polis à la cire, coiffés de perruques, disposés sur de petits autels privés par des fidèles qui leur sont d'ailleurs totalement étrangers, font l'objet d'un très actif négoce de la part des gardiens. […] D'emblée, je fus enthousiasmé." (page 80).


C'est un roman qui n'a pas été écrit dans le but de choquer dans un but commercial, comme certains livres parus ces dernières années et qui peuvent paraître trop "calibrés".

Les extraits ont été choisis parmi les moins choquants et de très, très loin.
Le nécrophyle est un roman vraiment marquant - avec beaucoup de fascination/répulsion - et très cru.

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MessageSujet: Re: Gabrielle Wittkop   Ven 13 Mar 2009 - 23:09

eXPie a écrit:
Le nécrophile (1972)
Editions de la Musardine. 97 pages.

Le narrateur possède un magasin d'antiquités. C'est ainsi qu'il gagne sa vie. Il est solitaire… Ses goûts sont particuliers : il est nécrophile.
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kenavo
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MessageSujet: Re: Gabrielle Wittkop   Ven 13 Mar 2009 - 23:50

À oui.. voilà un des fils promis bonjour merci

en fait, Gabrielle Wittkop n'est pas tout à fait l'auteure que je lis - mais j'en ai eu un grand plaisir avec son Sérénissime assassinat.
Malheureusement assez court et à ce que je me rappelle du temps quand j'ai fait les recherches, ses autres livres ne me tentaient pas.. mais entre temps j'ai fait la connaissance de Yoko Ogawa.. donc, qui sait Wink

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MessageSujet: Re: Gabrielle Wittkop   Sam 14 Mar 2009 - 0:11

J'ai lu La Marchande d'enfants dont j'avais parlé sur le fil de Jean-Baptiste Del Amo.

Même écriture inspirée et sophistiquée pour un contenu absolument effrayant voire insoutenable. Comment on vend, abuse, souille, assassine des enfants dans un Paris du XVIIIe siècle.
L'écriture est tellement envoûtante que je suis allé jusqu'au bout mais à la fin j'étais dans un drôle d'état. Cette femme est le diable et en plus elle ressemble à ces narratrices ignobles dans Salo de Pasolini.
C'est un génie des lettres mais elle a un univers atroce.
Même attraction/répulsion qu'Expie. Pour lecteur très averti

kenavo a écrit:
mais entre temps j'ai fait la connaissance de Yoko Ogawa.. donc, qui sait Wink


Ogawa est angélique à côté de Gabrielle Wittkop. Et son écriture paraît fade à côté!
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kenavo
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MessageSujet: Re: Gabrielle Wittkop   Ven 15 Mai 2009 - 21:12

couverture et résumé de ce livre sont ici

"Les Rajahs blancs" : le sortilège Wittkop

Le Monde des Livres | 14.05.09 |
Benjamin Fau


Le roman historique est un genre étrange entre tous : fardé de réel jusqu'au raz des faux cils, il exsude la vérité par ses pores les plus inattendus –parfois parce qu'il échappe à son auteur et nous apprend plus sur la psyché de son époque que sur celle de ses personnages, d'autres fois parce qu'il est porté, comme fortuitement, par une écriture d'exception qui n'a besoin d'aucun effet de nature pour emporter l'adhésion.

Née à Nantes en 1920, élevée dans une libre-pensée qu'elle appliquera avec une tranquille et joyeuse assiduité jusqu'à sa disparition, en décembre2002, Gabrielle Wittkop nous a légué une œuvre parcimonieuse autant que précieuse, traversée par des thématiques fortes –amoralisme sadien, haine viscérale de l'assujettissement et de la culpabilité judéo-chrétienne, affirmation et démonstration d'une esthétique de la décadence des sociétés et de la décomposition des êtres– qui provoquent, c'est selon, fascination ou rejet. Les Rajahs blancs, publié une première fois en 1986 et réédité ces jours-ci par les éditions Verticales, paraît au premier abord bien atypique, pour ne pas dire anecdotique, dans une œuvre aussi polémique. Mais, s'avançant masqué de romanesque, d'histoire et d'aventures exotiques, il n'en est que plus vénéneux, et finalement indispensable.

A la tête d'un confortable héritage et témoignant précocement d'un désintérêt poli mais affirmé pour les mondanités londoniennes, le jeune James Brooke s'embarque fin 1838 pour les territoires aux contours politiques imprécis de Bornéo. L'année suivante, porté en partie par un enchaînement complexe d'événements qui lui échappent et en partie par un pragmatisme aigu –"[il] avait la haine du mensonge, mais il avait aussi deux âmes"–, il annexe la région de Sarawak, fondant du même coup la dynastie des Rajahs blancs qui présidera pendant plus d'un siècle aux destinées des riches terres du nord de l'île, tiraillées entre les jeux de pouvoir de la Couronne britannique et la menace des pirates malais.

Ses successeurs, Charles le bâtisseur au visage grêlé par la variole et à l'âme terrifiée par la perte et l'oubli, puis Vyner, jouisseur débonnaire et esthète aussi dépourvu de sens politique que de malignité, seront les jouets plus que les acteurs d'une destinée collective qui les dépasse. Autour d'eux gravitent femmes et courtisans, opposants et rebelles, autant de "solitudes plurielles" dominées par une nature exotique et hostile qui demeure finalement seule juge de paix.

Tout en guidant de main de maître son lecteur dans des circonvolutions politiques et aventureuses qui balayent un siècle de colonisation britannique –ce qui suffirait à faire des Rajahs blancs une saga historique et familiale hautement recommandable–, Wittkop déploie, ici comme toujours, une écriture admirable, tout en fulgurances prosaïques, en notations psychologiques bouleversantes d'élégance et de justesse.

Le réjouissant cynisme qui l'habite, dont on ne sait s'il tient plus de la désespérance civilisée ou de l'exultation vitale canalisée, transmet tant d'humanité à ses personnages qu'on est forcé de se prendre d'affection pour ces êtres qui s'acharnent à faire de leur vie un roman d'aventures, et ne s'aperçoivent que trop tard, face à la mort et à l'effondrement définitif de leurs rêves et de leurs utopies, qu'ils se condamnent ainsi à n'être que des personnages de fiction étrangers à eux-mêmes, emportés par les mécanismes complexes de l'histoire des sociétés humaines et l'absurdité joyeuse des destins individuels.


source

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MessageSujet: Re: Gabrielle Wittkop   Mer 19 Mai 2010 - 5:20

Je tombe sur ce fil le long de mes pérégrinations... ça a l'air horrible. Je ne sais pas trop mais je suis curieuse de lire.

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MessageSujet: Re: Gabrielle Wittkop   Mer 19 Mai 2010 - 6:31

Queenie a écrit:
Je tombe sur ce fil le long de mes pérégrinations... ça a l'air horrible. Je ne sais pas trop mais je suis curieuse de lire.

On tombe souvent sur des trucs bien en pérégrinant sur le forum, hein ?

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MessageSujet: Re: Gabrielle Wittkop   Mer 19 Mai 2010 - 8:09

Queenie a écrit:
Je tombe sur ce fil le long de mes pérégrinations... ça a l'air horrible. Je ne sais pas trop mais je suis curieuse de lire.


Horrible c'est le mot! Mais on a parfois envie de regarder entre les doigts!

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MessageSujet: Re: Gabrielle Wittkop   Lun 27 Déc 2010 - 20:23

Parution des Carnets d' Asie. Souvenirs revisités, Ed Verticales

Cette femme très intranquille voyagea beaucoup. Elle alla dans des endroits dangeureux qui
semblaient faits pour elle, tant elle aiait le risque. Utilisant tous les moyens de transport disponibles.
Avec le whisky et l' opium comme viatiques, elle s' interesse à des missionnaires bouffés par des cannibales et demande la recette ! Visite les bordels et les marchands de dents...
Et forcément elle croisa le tigre par trois fois et elle trouva ça fascinant.
On peut la croire sur parole, elle avait elle meme un oeil de tigre !
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MessageSujet: Re: Gabrielle Wittkop   Lun 3 Jan 2011 - 15:56

Je pensais qu'on en avait parlé ici avec Kenavo mais nos posts doivent se balader entre le fil "derniers livres achetés", "un bon début ça aide", et lectures en cours... Ces carnets d'Asie sont surprenants, remarquablement écrits, souvent misanthropes avec quelques échappées plus chaleureuses (comme l'épisode dans le train avec une transsexuelle, Shushma, ou surtout avec les animaux qui ont davantage son affection que les touristes qu'elle déteste). Ses descriptions de voyages sont très enrichissantes et loin des clichés exotiques habituels. Elle a un regard incisif, original. Je parcours ce livre par épisodes et c'est un régal qui donne envie de de voyager aussitôt. Une femme incroyable cette Gabrielle Wittkop!

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MessageSujet: Re: Gabrielle Wittkop   Lun 3 Jan 2011 - 19:05

Consensus général sur le Journal de Wittkop au Masque et la Plume... Encore que ce n' est pas forcément une référence le Masque...

Une parenthèse. Ils ont parlé aussi de la biographie de Mauriac. Il semblerait qu' il ait été "approché'
par Banier, Mauriac !
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MessageSujet: Re: Gabrielle Wittkop   Lun 3 Jan 2011 - 19:40

Marko a écrit:
Je pensais qu'on en avait parlé ici avec Kenavo mais nos posts doivent se balader entre le fil "derniers livres achetés", "un bon début ça aide", et lectures en cours... Ces carnets d'Asie sont surprenants, remarquablement écrits, souvent misanthropes avec quelques échappées plus chaleureuses (comme l'épisode dans le train avec une transsexuelle, Shushma, ou surtout avec les animaux qui ont davantage son affection que les touristes qu'elle déteste). Ses descriptions de voyages sont très enrichissantes et loin des clichés exotiques habituels. Elle a un regard incisif, original. Je parcours ce livre par épisodes et c'est un régal qui donne envie de de voyager aussitôt. Une femme incroyable cette Gabrielle Wittkop!

oui, on a parlé sur d'autres fils de ce livre Wink
mais je te rejoins sur tout ce que tu en dis, tout comme toi je lis ce livre par épisode et c'est un pur plaisir de voyager avec elle..

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