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 Pierre Boulez

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coline
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MessageSujet: Re: Pierre Boulez   Pierre Boulez - Page 7 EmptySam 29 Mai 2010 - 23:33

Marko a écrit:
En direct du concert! C'est fabuleux cheers

Il est fou (de Boulez!) ce Marko!... Pierre Boulez - Page 7 Icon_biggrin
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Marko
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MessageSujet: Re: Pierre Boulez   Pierre Boulez - Page 7 EmptyDim 30 Mai 2010 - 0:48

2e soirée d'autant plus intense qu'elle s'est terminée sur une véritable passation de pouvoir entre Boulez et Dalbavie qui sont apparus unis et dans une même communion de pensée. Boulez a en effet présenté la composition "spatialisée" de Dalbavie Concertate Il Suono (qui date déjà d'une dizaine d'années environ) comme l'avenir de la musique du XXIe siècle ("Et maintenant?"). Et c'est un message à la fois émouvant et rassurant puisque sa musique, comme celle des 2 jeunes compositeurs qui le précédaient, se révèle séduisante, enivrante et d'une grande complexité qui n'empêche jamais la beauté et l'émotion. Il semblerait que les compositeurs recherchent à présent (à la suite de précurseurs comme Stockhausen) de nouvelles façons de percevoir les sons, de les combiner dans l'espace, de nous envelopper et d'atteindre une sorte de 3e dimension qui nous immerge encore plus avant dans l'expérience de textures musicales inédites. Je suis impatient de découvrir ce qui va en résulter dans les années à venir.

Pour revenir sur cette soirée:

On démarre avec une très belle pièce de Luciano Berio: la 4e des Quatre dédicaces: "Encore"



Un composition d'Elliot Carter plus austère et étonnamment (ironiquement?) dédiée à sa femme Helen pour leurs noces d'or: Anniversary pour orchestre. Je n'ai pas trouvé l'extrait correspondant mais j'ajoute le 1er mouvement de son concerto pour Hautbois:



Autre pièce difficile et qui atteint les limites de ce que je peux comprendre ou même ressentir et apprécier: Tema de Franco Donatoni dont j'apprécie par ailleurs d'autres compositions.



Klavierstück V de Karlheinz Stockhausen pour piano seul. Très virtuose et intéressant sur le plan rythmique mais qui donnera certainement à Expie l'impression de livrer les notes au hasard de façon aléatoire.



Un moment très réjouissant et qui a soulevé l'enthousiasme: cette composition très rythmée et "mécanique" de Ligeti: Le 3e mouvement du Kammerkonzert qui sollicite toutes les potentialités rythmiques des instruments (pulsations répétitives du clavecin et du piano, cordes des instruments à corde pincées, martelées violemment...). Un vrai spectacle qu'il faut regarder autant qu'écouter:



Le 2e mouvement du génial Stele de György Kurtag pour grand orchestre. Un lamento qui a été dirigé par les plus grands chefs comme Abbado et Boulez évidemment.



Enfin le concert s'est terminé par 2 créations de très haut niveau par de jeunes compositeurs. Distances de Jean-Baptiste Robin (né en 1976) qui utilise toutes les possibilités d'un orchestre de chambre accompagné par des percussions orientales. Voir la vidéo de Pleyel pour l'entendre.

Pierre Boulez - Page 7 M110

Virga d'Helen Grime (née en 1981) a déjà été créé à l'étranger à Londres. Courte composition de 5 minutes d'une très grande densité rythmique et harmonique. Elle est considérée comme une des valeurs sûres de la génération montante.

Pierre Boulez - Page 7 2908cw10

Enfin on a assisté à un grand moment avec une version "semi-spatialisée" du Concertate il Suono de Dalbavie de part la configuration de la salle Pleyel qui ne permettait pas de placer certains instruments derrière le public mais seulement sur les côtés. C'est une expérience sonore hallucinante qui ne peut se vivre pleinement qu'en direct et qui procure des sensations incroyables de déplacements et de modulations des nappes musicales en créant des interférences, des échos, des mouvements ondulatoires ou pendulaires. Un classique déjà qui a été joué un peu partout dans le monde. Grande complicité entre Boulez et Dalbavie qui impressionne à chacune de ses créations. On peut être rassuré. Quand Boulez disparaîtra Dalbavie et quelques autres seront bien là pour prendre le relais et poursuivre le chemin vers l'avenir de la musique où électronique, spatialisation et spectralisme coexisteront pour inventer de nouvelles expériences sonores encore à peine ébauchées...

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MessageSujet: Re: Pierre Boulez   Pierre Boulez - Page 7 EmptyDim 30 Mai 2010 - 10:49

Le journal "Le Monde" semble avoir été agacé par tout ce temps perdu à changer la disposition de l'orchestre à vue pour les différentes formations. Il ironise sur ce désir de Boulez d'adapter les salles du XXIe siècle à la spatialisation qui leur semble apparemment un gadget sans grand intérêt... Aucun des jeunes compositeurs présentés n'a grâce à ses yeux. Et l'oeuvre de Dalbavie est présentée comme une composition "cosmétique" et "creuse". J'aimerais être aussi sûr de moi pour me permettre un tel jugement. Sévère et subjectif forcément mais je redoute un peu de snobisme et de règlement de comptes dans ce parti pris radical. Il y aura toujours des querelles de clochers et c'est bien dommage. Et s'il a raison sur le fond, je préfère rester un néophyte comblé.

Citation :
A l'entracte de l'interminable second concert de l'hommage rendu par l'Orchestre de Paris et l'Ensemble intercontemporain, les 27 et 28 mai, Salle Pleyel, à Pierre Boulez pour son 85e anniversaire, on s'est surpris à grommeler : "Quel cauchemar..." Au cours d'un second entracte (qui faisait suite à d'autres longues interruptions dues aux changements de plateau incessants), on a entendu le compositeur et chef français, interrogé publiquement par Jean-Pierre Derrien, de France Musique, dire lui aussi que ce concert était "un cauchemar". On ne pensait pas trouver un tel allié - mais force est de dire que, si le diagnostic est le même, les symptômes relevés ne le sont pas.

Un peu inélégamment, Boulez a profité de ce programme inhabituel, constitué d'extraits de ses oeuvres fétiches du XXe siècle, pour fustiger l'inadaptation des salles de concert actuelles et redire combien la construction d'un grand auditorium, porte de Pantin, prévue pour 2012, était indispensable au développement de la musique de demain. Afin de pouvoir enchaîner plus rapidement des pièces d'effectifs différents (on passait parfois du grand orchestre au quatuor), il a réclamé un "plateau tournant".

Il a regretté que la Salle Pleyel soit impraticable aux effectifs "spatialisés" de la composition Concertate il suono (2000), de Marc-André Dalbavie (né en 1961), l'un de ses "chouchous" notoires. Pierre Boulez a beau assurer que la place du chef d'orchestre est la moins bonne acoustiquement (sic !) pour contrôler la mise en place et les équilibres sonores d'un tel dispositif, qui répartit des groupes aux quatre coins de la salle, il croit dur comme fer à la spatialisation et voudrait faire admettre que c'est l'avenir musical auquel nul ne saurait échapper. Oublie-t-il que Saint-Marc de Venise a déjà répondu à de telles exigences musicales ? A moins que les compositeurs du XVIe et du XVIIe siècle aient eu le pragmatisme d'écrire en fonction du lieu plutôt que d'attendre qu'on leur construise l'espace rêvé...

Malgré tout le respect qu'on porte à Dalbavie, on se dit que construire une salle symphonique qui rompe avec des modèles qui fonctionnent depuis des siècles au bénéfice d'une oeuvre aussi cosmétique et creuse (mais habilement tricotée) que Concertate il suono tiendrait de l'absurde et du scandale. Répons, le chef-d'oeuvre "spatialisé" de Boulez, serait-il le bijou qui justifie sans conteste un tel écrin ? Mais Répons se joue rarement et peut, en raison de l'amplification prescrite, l'être parfaitement dans des espaces non destinés à la musique (c'est ce qui se fait en général).

Quel grand musicien tiendrait aujourd'hui la "spatialisation" comme une vertu cardinale de la musique de l'avenir et oserait affirmer que cette dimension oblige à repenser totalement le plan des salles de musique classique ? On ne connaît que Boulez pour tenir avec autant d'opiniâtreté ce discours.

"Un certain parcours", titre de l'hommage, promettait sur le papier. A l'épreuve du concert, on déchantait. Si les enchaînements du premier programme n'ont pas posé de problème, ceux du second étaient insupportables en raison des déménagements incessants du plateau. De surcroît, l'ordre de cette "suite" d'extraits aurait gagné à enchaîner la toccata rythmique qu'est Tema (1981) de Franco Donatoni (1927-2000) à la Notation II (1980) de Boulez pour que la chose ait du sens et éclaire leur commune frénésie rythmique. Mais c'était impossible : la première convoque douze musiciens, la seconde un énorme orchestre. D'ailleurs, on ne sait pourquoi, Stockhausen, Ligeti et Kurtag les séparaient.

Après avoir sillonné les chemins de son XXe siècle (qui, il va sans dire, ne comprend, pour la partie la plus récente, ni musique consonante, ni minimaliste, ni spectrale - ne parlons pas du jazz, qu'il déteste), Pierre Boulez a créé deux oeuvres de jeunes compositeurs peu connus, Jean-Baptiste Robin (né en 1976) et Helen Grime (née en 1981). C'est courageux. Mais ces pièces étaient conventionnellement ancrées dans une sinistre esthétique d'avant-garde "fin de siècle".

Dans un hommage biographique et musical piquant, donné à la fin du premier concert (mais qui n'a guère fait sourire Boulez, le visage aussi fermé que pendant le concert), les musiciens de l'Orchestre de Paris ont eu l'audace de traiter l'octogénaire de "papy". Mais si l'ancien jeune loup de la modernité musicale est un "papy", c'est, à n'en point douter, un papy qui fait de la résistance.

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MessageSujet: Re: Pierre Boulez   Pierre Boulez - Page 7 EmptyDim 30 Mai 2010 - 11:07

Autre article plus intéressant où Boulez explique les choix de son programme:

A 85 ans, le chef compositeur Pierre Boulez est invité à retracer son «parcours» par l’Orchestre de Paris, avec lequel il a donné 90 concerts depuis 1976. Eric Picard, violoncelliste solo de l’orchestre, a proposé un autoportrait en deux soirs et trois volets : le premier, Brève Anthologie, consiste en extraits d’œuvres de compositeurs ayant compté pour Boulez et qu’il a dirigées (Schœnberg, Debussy, Bartok, Varèse, Webern, Stravinski…) ; le deuxième, une Autre Génération, explore la musique de ses contemporains (Ligeti, Stockhausen, Berio…) ; Et maintenant ? conclut sur deux créations de jeunes compositeurs sous la baguette de Boulez. Ce bilan d’un siècle, auquel participe l’Ensemble intercontemporain, est aussi celui d’un révolutionnaire fidèle à ses convictions théoriques d’hier, capable de surprendre.

Au programme du concert, des Canyons aux étoiles de Messiaen. Vous avez changé d’avis sur cette œuvre ?
Non, je l’ai d’ailleurs peu dirigée. Après Chronochromie, les points d’inspiration de Messiaen sont toujours les mêmes : grégorien, description de la nature et bruit des oiseaux. Seule varie la façon de les utiliser. Sa musique en fa dièse majeur, je ne la dirige pas ; tout comme sa Turangalîla-Symphonie. Je préfère ses œuvres condensées comme les Poèmes pour Mi à l’orchestration plus inventive et souple. On y trouve, transformés mais apparents, des caractères debussystes, car Messiaen était alors sous son influence. Son langage modal à cette époque était travaillé et contrôlé.

Pourquoi avoir choisi les Cinq mouvements pour quatuor à cordes, op. 5 de Webern, et non pas une pièce pour orchestre ?
Parce que c’est une des merveilles du genre quatuor à cordes, du point de vue de la maîtrise de la forme, de l’exploitation des possibilités sonores, des modes d’attaque, des registres, des dynamiques. Le rythme est souple et inventif. Le premier mouvement est de forme sonate, tandis que les autres sont «de caractère», c’est-à-dire qu’ils semblent improvisés.

Autre surprise, Octandre de Varèse pour ensemble à vents…
Qu’il écrive pour très grand orchestre ou pour huit instruments, Varèse écrit toujours massif, mais sa musique n’en est pas moins calculée et raffinée, d’une énergie exemplaire ; elle me fait de plus en plus penser au Fernand Léger des années 20.

Vos fans vous voient debussyste, vos détracteurs ravélien ; vous dirigez les deux…
L’orchestration des œuvres de Ravel est directement transcrite des premières versions pour piano, au point qu’on ne sait plus quelle version a donné naissance à l’autre. Quand Debussy orchestre, il apporte des choses qui ne sont pas dans l’esquisse, multiplie motifs, figures, plans d’écoute, sur la même harmonie, et s’apparente plus à Cézanne. Tous deux sur le même niveau, ils diffèrent dans la conception de l’orchestration.

Vous donnez Anniversary de Donatoni, qu’est-ce qui vous séduit dans sa musique ? (coquille! Anniversary est d'Elliot Carter)
Il est resté dans l’ombre de Berio, mais avait beaucoup de qualités. C’était un monomaniaque, épuisant son matériau comme on extrait le suc d’une plante.

Que représentent Ligeti, dont vous donnez un extrait du Kammerkonzert, et Kurtag, dont vous donnez Stèle pour orchestre ?
Ligeti et Kurtag sont deux Hongrois à la marge, positivement, au sens où ils ont gardé une individualité même après leur arrivée en occident. Bartok avant eux, proche de la culture germanique, avait aussi gardé une distance. Je me rappelle lors de ma première partition de Kurtag, en 1976, avoir senti d’emblée son originalité. Une poétique flottante, moins sujette à automatismes que celle des compositeurs de sa génération.

Qui est Helen Grime, dont vous allez créer la pièce ?
Je l’ai découverte quand j’ai été juré d’une séance de déchiffrage du London Symphony Orchestra, qui donne régulièrement leur chance à de jeunes compositeurs d’être joués. La musique de cette Anglaise m’a séduit par son originalité dans le traitement de l’orchestre et sa capacité à réaliser ses idées avec soin. Son langage est chromatique, avec des sautes de style, des formes mélodiques qui ont leur individualité. Pour un essai, pas mal.

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MessageSujet: Re: Pierre Boulez   Pierre Boulez - Page 7 EmptyDim 30 Mai 2010 - 11:47

J'ai adoré le premier concert, dans lequel Boulez a vraiment donné une leçon de direction d'orchestre exceptionnelle, le programme a été choisi avec une intelligence qui force l'admiration. Etrangement, à la seule lecture de ton compte rendu pourtant enthousiaste, je me suis dit que j'ai bien fait de m'abstenir d'aller au second.

Boulez a dit quelque chose lors de la première soirée, pas pour la première fois d'ailleurs, mais là cela m'a particulièrement frappé. En résumé, il ne s'intéresse qu'aux musiciens qui ont influé sur l'histoire de la musique, sans lesquels son évolution n'aurait pas été ce qu'elle a été. Et d'une certaine façon les autres sont nuls et non avenus. On voit bien ce que cela suppose, pour prendre un cas extrême, Mozart, qui n'a pas été novateur, est sans intérêt. C'est d'une certaine façon faire l'impasse du contenu de l'oeuvre de ce qu'il provoque chez l'auditeur, pour privilégier le concept de la forme musicale, l'idée au détriment du ressenti, de l'émotion. Je sais que l'on a déjà eu 100 fois cette discussion et que personne ne changera d'avis, mais là pour moi c'est une conception de l'art qui me sera toujours étrangère. L'art doit avoir langage autre que les mots, doit justement transcender le langage, et la nécessité de construire un discours rationnel avant de pourvoir accéder à l'oeuvre, qui en elle-même n'est rien en quelque sorte, me paraît l'antithèse de l'art.

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MessageSujet: Re: Pierre Boulez   Pierre Boulez - Page 7 EmptyDim 30 Mai 2010 - 17:27

Arabella a écrit:
En résumé, il ne s'intéresse qu'aux musiciens qui ont influé sur l'histoire de la musique, sans lesquels son évolution n'aurait pas été ce qu'elle a été. Et d'une certaine façon les autres sont nuls et non avenus. On voit bien ce que cela suppose, pour prendre un cas extrême, Mozart, qui n'a pas été novateur, est sans intérêt.

Je ne suis pas tout à fait d'accord avec toi sur ce point. Dans les faits il s'est intéressé à des musiciens qui n'entrent pas dans ces critères, comme Mozart d'ailleurs (qu'il a dirigé) mais aussi récemment Janacek ou Takemitsu. Il a des compositeurs de prédilection mais il ne dit pas systématiquement que les autres sont nuls ou sans intérêt. Il a d'ailleurs cité l'exemple d' Hindemith qu'il a qualifié d'"honnête" musicien mais qui lui semble ne pas avoir apporté autant que Stravinsky ou Schoenberg. Je pense que ce qu'il veut dire c'est que la musique doit évoluer dans ses fondements et ses formes et qu'il est à la recherche de ces nouvelles formes, de ces révolutionnaires, de ceux qui ont fait avancer la musique vers la modernité. On sait qu'il ne comprend pas l'engouement pour la musique baroque et le retour à l'utilisation d'instruments anciens. Il ne veut pas perdre de temps avec ce qui lui parait ne pas aller dans le sens de sa quête. Il ne cherche pas à en dégoûter les autres mais il les laisse de côté. Il n'aime pas le minimalisme, il ne s'intéresse pas à John Adams qui est une alternative radicalement opposée à sa musique, et même si j'aime John Adams je comprends que Boulez ne cherche pas à le connaître mieux. Ensuite il a des jugements un peu péremptoires et discutables, il est un peu obsessionnel et psychorigide, mais surtout il a une soif de perfection et d'évolution. C'est un peu comme si en littérature on n'avait pas envie de perdre son temps avec des oeuvres faciles ou distrayante, même bien écrites. Il préférerait certainement les expérimentateurs. Ce n'est pas un jouisseur (quoi que...) mais plutôt un perfectionniste. Il a un idéal et je pense que dans quelques années, quand il aura disparu, on se rendra compte qu'il a tracé un sillon important, qu'il a ouvert des portes, et que même s'il n'est pas le seul musicien important aujourd'hui il aura porté haut sa passion pour la musique en donnant des concerts d'un niveau exceptionnel. Il ne pouvait pas s'intéresser à tout et il a fait des choix. Et en ce qui concerne sa propre musique, plus j'entends ses Notations pour orchestre plus je trouve qu'il y a un malentendu avec lui. Sa musique est extraordinairement belle et magique, loin de la sécheresse supposée.

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MessageSujet: Re: Pierre Boulez   Pierre Boulez - Page 7 EmptyDim 30 Mai 2010 - 19:59

C'est justement la façon dont il a parlé d'Hindemith qui m'a terriblement gênée, je l'ai trouvé condescendant voire méprisant. Il a sa vision de la musique, et il en parfaitement le droit, mais d'autres ont une vision complètement différente, et pas tort pour autant. Son incompréhension du succès du baroque est sans doute très significatif de sa façon de fonctionner. Ce que l'on considère comme le comble du moderne aujourd'hui ne le sera plus dans un siècle, et ne perdra pas son intérêt pour autant, à condition que le musicien ait su eu mettre autre chose qu'une forme novatrice par rapport à l'époque où elle a été écrite, un fond intemporel en quelque sorte.

Mais effectivement Boulez a incontestablement le mérite d'être toujours resté fidèle à ses idées et cohérent avec lui-même.

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MessageSujet: Re: Pierre Boulez   Pierre Boulez - Page 7 EmptyDim 30 Mai 2010 - 20:15

Arabella a écrit:
Ce que l'on considère comme le comble du moderne aujourd'hui ne le sera plus dans un siècle, et ne perdra pas son intérêt pour autant, à condition que le musicien ait su eu mettre autre chose qu'une forme novatrice par rapport à l'époque où elle a été écrite, un fond intemporel en quelque sorte.

Tu as raison. Et d'ailleurs c'est pour cette raison que j'aime tant de musiques différentes et de toutes les époques. Boulez en fait partie également et je l'admire malgré son sectarisme et son manque d'humilité. Je suppose que bien d'autres grands compositeurs ne devaient pas être non plus des gens faciles et tendres pour les autres (je pense à Beethoven, Debussy...). Quand on a un tel niveau d'exigence et de passion pour un art peut-être est-on un peu radical. Heureusement il y a des gens comme John Adams qui sont bien plus généreux et ouverts. Mais sont-ils aussi géniaux? Peu importe probablement. Le plaisir doit primer!

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MessageSujet: Re: Pierre Boulez   Pierre Boulez - Page 7 EmptyDim 30 Mai 2010 - 20:25

En effet, on peut être un génie et un type odieux en même temps et j'ai même la sensation que c'est plus la règle que l'exception. Et je crains que l'homme Boulez ne fasse tort au jugement que l'on porte sur l'artiste, il est tellement suffisant et arrogant parfois qu'il est difficile de l'oublier en évaluant son travail artistique. C'est pour ça que je préfère ne pas connaître les artistes, la plupart du temps cela fausse la relation que l'on a avec l'oeuvre.

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MessageSujet: Re: Pierre Boulez   Pierre Boulez - Page 7 EmptyLun 18 Oct 2010 - 10:07

un moment historique s'annonce..

Pierre Boulez - Page 7 Dscn5520


et Marko a bien noté la date? Wink

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MessageSujet: Re: Pierre Boulez   Pierre Boulez - Page 7 EmptyLun 18 Oct 2010 - 11:09

kenavo a écrit:
un moment historique s'annonce..

Pierre Boulez - Page 7 Dscn5520


et Marko a bien noté la date? Wink

Oh que oui! Mais ce ne sera malheureusement pas pour le Luxembourg car je ne serai pas disponible ce week-end là. Mais je crois que ce programme sera repris à Paris... Je vais chercher!

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MessageSujet: Re: Pierre Boulez   Pierre Boulez - Page 7 EmptyLun 18 Oct 2010 - 11:13

Marko a écrit:
Mais je crois que ce programme sera repris à Paris... Je vais chercher!
je te souhaite bonne chance.. en tout cas, c'est probable.. parce que rare sont les événements qui ne prennent place qu'ici Wink

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MessageSujet: Re: Pierre Boulez   Pierre Boulez - Page 7 EmptyLun 18 Oct 2010 - 18:06

Oui, sans te vexer Kenavo, c'est un évènement pour le Luxembourg, mais Boulez tourne pas mal ailleurs, et Marko aura d'autres occasions de le voir. Wink

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MessageSujet: Re: Pierre Boulez   Pierre Boulez - Page 7 EmptyMar 2 Nov 2010 - 9:12

pour asticoter Marko :

annonce et annulation d'un "concert programmé à l'Odéon, le 19 novembre 2010, Histoire du soldat de Stravinski [et Ramuz !]"

source tongue

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MessageSujet: Re: Pierre Boulez   Pierre Boulez - Page 7 EmptyMar 2 Nov 2010 - 14:25

animal a écrit:
pour asticoter Marko :

annonce et annulation d'un "concert programmé à l'Odéon, le 19 novembre 2010, Histoire du soldat de Stravinski [et Ramuz !]"

source tongue

Zut! Boulez en mauvaise santé? pale J'espère que ça n'est que passager...

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"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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