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 Anna Maria Ortese [Italie]

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bix229
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MessageSujet: Re: Anna Maria Ortese [Italie]   Mer 12 Oct 2011 - 20:29

Oui, on peut aussi le voir ainsi, mais aussi comme personnage autonome de la narration. Et elle a effectivemùent été très malheureuse, meme si certains auteurs sont tombés amoureux de son oeuvre, tels Bernard Siméone et Sciana, ses traducteurs.

Moi elle me fait penser aussi à un romancier encore plus étrange qu' AMO. John Cowper Powys qui, dans ses romans s'identifie à plusieurs personnages, masculin/féminin ou au delà...Hermaphrodite, méduse, plante...


Dernière édition par bix229 le Jeu 13 Oct 2011 - 0:18, édité 1 fois
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shanidar
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MessageSujet: Re: Anna Maria Ortese [Italie]   Mer 12 Oct 2011 - 23:37

Ce qui est troublant dans L'iguane c'est qu'on croit saisir la 'psychologie' des personnages, leurs peurs, leurs travers, leurs bontés et puis tout à coup on se retrouve perdu et les personnages nous montrent une autre facette de leur être (parfois même à l'antipode de ce qu'ils semblaient être). Il n'y a rien de figé dans la narration, au contraire elle est totalement fluctuante au gré des tours et détours de l'auteur. Et puis, il y a une sacrée audace à se permettre comme ça de basculer dans d'autres systèmes, d'autres milieux, d'autres aventures... Mais n'est-ce pas cela la littérature ?

je ne connais pas Cowper Powys mais après avoir fait un tour sur son fil, je le note en majuscule !!

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bix229
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MessageSujet: Re: Anna Maria Ortese [Italie]   Jeu 20 Oct 2011 - 18:49

Encore un mot sur AM Ortese et ses personnages et ses analogies troublantes avec las animaux :

Je ne sais ce qu' il est advenu d' Aurora Guerrera. Il y a des personnages dont on perd très vite toute trace, non parcequ' ils valent moins que d' autres, mais parceque leur place dans le monde est vraiment la dernière, pas plus grande ni plus considérable que celle ccupée par une souris ou un oiseau.

A y bien penser, Aurora était justement à mi chemin entre la souris et l' oiseau. Elle avait un je ne sais quoi de sordide et de pur, de torve et de net, elle était menue comme ces bestioles, avec une grace violente, un peu obscure.

Son pas était tantot glissement, tantot vol. Son regard toujours étincelant et sombre, fixé sur des choses lointaines ; parfois mais très rarement, il se radoucissait. De sa voix je ne savais rien jusqu' au jour dont je parle dans ce récit.
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darkanny
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MessageSujet: Re: Anna Maria Ortese [Italie]   Mar 25 Oct 2011 - 11:39

Je suis dans "Alonso et les visionnaires"
C'est une drôle d'histoire, avec des personnages comme désincarnés, c'est très froid
On sait peu de choses sur l'héroïne qui reçoit les confidences d'un vieil ami, lui même ami avec un homme dont le fils fut abattu, on ne sait pas pourquoi ni par qui, l'enquête n'a rien donné
Le seul être qui semble humain c'est .....un petit puma qui, à lui seul, explique bien des comportements
Pour l'instant je ne comprends pas tout, cette lecture n'est pas inintéressante, mais inhabituelle.
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bix229
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MessageSujet: Re: Anna Maria Ortese [Italie]   Mar 25 Oct 2011 - 15:40

darkanny a écrit:
Je suis dans "Alonso et les visionnaires"
C'est une drôle d'histoire, avec des personnages comme désincarnés, c'est très froid
On sait peu de choses sur l'héroïne qui reçoit les confidences d'un vieil ami, lui même ami avec un homme dont le fils fut abattu, on ne sait pas pourquoi ni par qui, l'enquête n'a rien donné
Le seul être qui semble humain c'est .....un petit puma qui, à lui seul, explique bien des comportements
Pour l'instant je ne comprends pas tout, cette lecture n'est pas inintéressante, mais inhabituelle.

Tu n' as peut etre pas commencé par le livre le plus accessible d' AM Ortese. Ce n' est pas non plus mon préféré. Je crois que pour saisir un auteur comme elle, il faut lire d'abord des livres comme les récits de De veille et de sommeil, La lune sur le mur, Le Murmure de Paris... En tout cas, bravo pour ta tentative !
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Anna Maria Ortese [Italie]   Dim 6 Nov 2011 - 11:06

Je viens de terminer "le murmure de Paris" merci Bix !

Un voyage à la fois déroutant et attachant, au moment où le plaisir de voir se terni de la peur d'en voir plus.
Où le réel et le rêve se fondent, puis s'évadent tels les nuages dans les ciels, ces ciels que même les gris on regrette.

Et dans chacune de ces villes le regard de la passante qu'est la narratrice, s'arrête avec intérêt sur des personnages
comme pour humaniser ces villes, ces lieux.

L'amour et la compréhension de la Nature ressort aussi dans ses mots.

Reste un goût de rêve perdu en refermant ce livre, une envie de solitude pour découvrir ces lieux et se les raconter.

La lettre de Nico Orengo rend encore plus attachante AMO, dans sa fragilité et malgré tout une volonté de s'accrocher :

" Et je dois croire en quelque chose"

extraits :

















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Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour soi est un esclave. » Friedrich Nietzsche
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Marko
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MessageSujet: Re: Anna Maria Ortese [Italie]   Ven 17 Fév 2012 - 18:53

Mistero Doloroso


Je n'avais pas lu de roman de Anna Maria Ortese depuis L'Iguane et les éditions Actes Sud viennent de publier ce texte posthume qui a été retrouvé dans sa dernière demeure. Ce n'est pas une ébauche ni une oeuvre inachevée mais bien un court roman ou une longue nouvelle de 90 pages qui semble annoncer des thèmes développés dans La douleur du Chardonneret.

J'ai été immédiatement emporté par cette prose superbe aux longues phrases, presque proustiennes, pleines d'humour et d'étrangeté. C'est une sorte de conte ou de fable à la limite du fantastique qui illustre le passage de l'enfance à l'adolescence à travers l'histoire d'une petite fille de condition modeste, dont la mère est couturière à Naples, et qui est à plusieurs reprises éblouie et envoûtée par le regard d'un jeune prince mélancolique et troublant rencontré par hasard. Ce prince est de son côté partagé entre deux femmes, toujours insatisfait, et son intérêt soudain pour cette adolescente apparaît comme un énigmatique mystère. On comprend peu à peu ce qu'elle représente pour lui et la désillusion vers laquelle elle se dirige inéluctablement.

Quelques thèmes proustiens encore sur les rapports entre classes sociales, l'illusion et l'insatisfaction amoureuse, mais avec une sorte de magie très particulière. Il y a vraiment un univers unique fait de sensations, de descriptions à la fois concises et complexes qui délimitent un lieu, un personnage, une atmosphère avec beaucoup d'intensité. C'est à la fois drôle et tragique et on a le sentiment d'avancer comme un somnambule ou dans un rêve éveillé. Il y a quelque chose d'ensorcelant difficile à décrire. L'écriture est vraiment formidable.

Il est évident que je vais la découvrir plus avant et notamment à travers La Douleur du Chardonneret.

Restée seule, la petite fille ne retrouvait pas sa lucidité habituelle. Elle avait l'impression d'être dans un lieu où elle était déjà venue, Dieu sait quand, et qui éveillait en elle des sentiments tristes. Mais, au fond de ces sentiments tristes, tel un rayon de soleil qui traverserait un bosquet sombre, un sentiment plus tendre et indicible la frappait, semblable aux rares et évanescents souvenirs de sa vie enfantine, à la grâce et à la sécurité que lui donnait son père, à certaines saisons dont elle commençait, à présent, à se souvenir du rythme: et toujours, à l'intérieur de ces impressions, s'insinuait une douleur très douce. Comme une personne qui ne se souviendrait plus de rien concernant elle-même et son passé, mais qui sentirait que, dans cette vie ou ce jour, il y a une splendeur aimée, et qui en jouirait; où était-elle et qui était-elle, cela n'avait plus rien de précis, sauf que quelque chose de lumineux, chaque jour, passait, encore et encore.

C'était un jeune homme maigre, de taille moyenne, sans aucun trait remarquable, à part la couleur sombre de son visage et la tristesse de ses yeux, attentifs et noirs; et cette obscurité de la peau se perdait dans le gris, et ce noir dans le blanc bleuté de l'iris. Sa voix était grave, polie et froide. Cirino souriait rarement et, par un esprit de contradiction lié à la crise qu'il vivait, il s'habillait de manière frivole.

Qui n'a pas vu une église de Naples pendant une neuvaine, qui, un soir de mai, n'a pas quitté les rues étroites plongées dans une odeur de pourriture et de fleurs pour entrer dans une église dont l'autel majeur est couvert de milliers de lys très blancs, de roses et de tubéreuses, ne sait pas ce que sont les rêves, la lumière, la douleur.

Et la toute fin:
Là, quelque chose se passe, pensait-il, là, dans l'eau étoilée des rêves, vivent les derniers royaumes, passent les derniers archanges.
Le reste n'est qu'un grand ennui.





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"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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bix229
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MessageSujet: Re: Anna Maria Ortese [Italie]   Sam 18 Fév 2012 - 18:13

Il a du paraitre récemment en français celui-là. En tout cas, je ne le connaissais pas et je le note. Merci, Marco !
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Marko
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MessageSujet: Re: Anna Maria Ortese [Italie]   Sam 18 Fév 2012 - 19:58

bix229 a écrit:
Il a du paraitre récemment en français celui-là. En tout cas, je ne le connaissais pas et je le note. Merci, Marco !
Oui il vient de sortir.

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MessageSujet: Re: Anna Maria Ortese [Italie]   Lun 1 Déc 2014 - 17:26

"Je cherche à refermer sur mes jambes, des deux mains, les pans de mon manteau qui
s' ouvre.
Le froid a la densité d' un corps. Une curieuse lumière comme  filtrée par un cristal dépoli
de forte épaisseur - une lumière qui se trouble de tons rosés et arbore des bleus très pales -
s' incurve , comme une voute assez haute, au dessus des maisons de la petite rue, au dessus de la ville, et pénètre calmement, avec ces roses resplendissants, là où d' habitude, solitude devenue bueé, chemine le brouillard : dans les couloirs, sur les balcons de pierre, sur les toits"


Anna Maria Ortese : Maison de poupée

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bix229
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MessageSujet: Re: Anna Maria Ortese [Italie]   Lun 19 Sep 2016 - 19:16



"A relire ainsi Anna Maria Ortese en cette période troublée, j'ai mesuré, davantage encore que la première fois, le risque auquel on s'expose à fréquenter ce genre d'écrivains, celui de voir écrit noir sur blanc ce qu'on pressentait pour l'avoir fugitivement aperçu sans bien l'identifier, retenu par quelques scories de timidité que l'avancée en âge se charge de dissoudre : pas de doute, la tâche consiste bien à se maintenir dans cette " étroitesse du rien " le temps qu'advienne un peu d'ordre, que le calme se fasse qui nous permettra d'entendre le chant des oiseaux et la plainte des enfants qui ne vivront pas, le temps de se saisir d'un filet de lumière, parfois, avant de lâcher prise. M. R."

Gallimard

Un livre qui m' interesse et sans doute les amateurs d' A.M. Ortese. Et de M. Riboulet.

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shanidar
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MessageSujet: Re: Anna Maria Ortese [Italie]   Lun 19 Sep 2016 - 19:38

Merci de nous remettre en mémoire le nom d'Ortese, bix... je serai presque partante pour une relecture de L'Iguane, tant ce livre étrange marque une sorte de blessure, dont je ne suis pas vraiment sûre de la cicatrisation...

Quant à Riboulet, il faut, il faut, il faut !!

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MessageSujet: Re: Anna Maria Ortese [Italie]   Lun 19 Sep 2016 - 20:11

L' Iguane est très original. Trop peut etre pour entrer dans l' univers extraordinaire d' Anna Maria Ortese.

Plutot commencer par Le Murmure de Paris, De veille et de sommeil, La lune sur le mur,  La douleur du chardonneret, La mer ne baigne pas Naples.

Quant à Riboulet, je garde le souvenir de L' Amant des morts, un livre intense, cru, et pourtant nécessaire sur les violences d' un père incestueux
sur son fils enfant.

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MessageSujet: Re: Anna Maria Ortese [Italie]   

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