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 Andrzej Stasiuk [Pologne]

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tom léo
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MessageSujet: Dukla   Jeu 12 Nov 2009 - 21:45

Dukla

Original : Dukla (polonais, 1997)

Dukla est une petite ville au sud de la Pologne à la limite des Carpates, proche de la frontière avec la Slovaquie. La place du marché concentre tout le vide du monde et le vent souffle directement de l'Alaska et de la Sibérie. Dukla, avec ses murs croulants, le château du duc von Brühl, ses deux églises baroques et sa synagogue incendiée, exerce un pouvoir magique sur le narrateur, qui y retourne toujours comme s'il y était forcé. Plus le narrateur essaie d'expliquer les raisons de cette fascination et plus il s'approche de "l'autre côté du temps et de la réalité". De manière subtile, Dukla amène le narrateur à s'interroger sur sa vie actuelle. Le monde, tel qu’il est décrit, apparaît comme une succession d’images qui, captées par la rétine, se gravent sur la pellicule sensible de la mémoire. Ces images sont comme des plaques photographiques : on peut les superposer, mais l’image qui en résultera n’aura gagné ni en netteté ni en profondeur de champs. Sa tentative de dépeindre l'esprit du lieu, d'arracher à la matière sa mémoire, fait de cette quête une aventure poétique à haut risque.
Dukla est considéré comme le meilleur roman de l'année 2000 en Pologne. Il est sans conteste le plus beau que l'auteur ait écrit jusqu'à présent. Dukla a été l'événement littéraire de la Foire du Livre de Francfort 2000 : aucun autre livre n'a fait l'objet de discussions aussi âpres et n’a été accueilli avec autant d'enthousiasme. (Présentation de l'éditeur)

QUELQUES REMARQUES :

Stasiuk annonce dès le début qu’ »il n’y aura dans ce roman ni action ni histoire » - et c’est ainsi ! Dans une grande partie de ce livre on trouve des approches de ce village de Dukla, faits en différentes saisons de l’année, en différents moments de la journée par divers angles et sous des lumières toujours changeantes. Et il le dit « la seule chose qui vaut la peine d’être décrite c’est la lumière sous toutes ses formes et son éternité ». Il y entremêle des fragments, des souvenirs d’un amour d’enfance, de ses grands-parents, de promenades, de la religiosité dans le village, d’un pèlerinage. Le tout raconté dans un langage très dense, poétique qui m’a fait peiner d’abord. Puis on y entre un peu, mais beaucoup de passages invite à les relire, à les remâcher intérieurement.
Dans un deuxième recueil de textes très courts on trouve des miniatures d’un ou deux passages sur des animaux et phénomènes de nature. Le tout très marqué par une grande proximité à la nature, mais aussi de la mort apparemment inhérente à tout.

Moi, j’y trouve les pensées et impressions d’un homme qui sent et vit fortement le passage de temps et se demande sur ce qui reste(ra). Peut-être il est l’homme moderne, marqué par la mort et qui a perdu une certaine confiance initiale tout en désirant, avec une certaine nostalgie, l’éternité et en restant très sensible aux impressions du monde? Dans une critique allemande je trouvais une citation de Stasiuk qui parlait de son livre comme "d’un approche d’une mystique athée…" Mais peut-être faudrait il presque éviter de mettre trop de définitions sur des textes pareils.

Cela me donne envie de poursuivre la découverte de cet auteur que j'ai vu ici la première fois! Merci!
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Arabella
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MessageSujet: Re: Andrzej Stasiuk [Pologne]   Jeu 12 Nov 2009 - 22:04

Pas encore lu celui-ci, mais je l'ai et ne vais sans doute pas tarder à le faire. De toute façon, je vais tout lire de lui. Je suis contente en tous les cas que tu aies apprecié. Comme tu lis en allemand, tu es un des seuls à pouvoir lire son premier livre, cela s'appelle Mury Hebronu en Polonais, c'est d'une noirceur extrême, c'est très violent, et très cru aussi, et c'est vraiment une lecture que je trouve très très marquante. Il n'a par la suite rien d'écrit de cette sorte, il a évolué, chacun des textes que j'ai lu étant différent des autres, mais ce premier livre a été un véritable choc, et pas seulement pour moi.
Alors si jamais tu avais l'occasion et l'envie de le lire, j'aimerais vraiment avoir tes impressions, parce que c'est vraiment un texte qui m'avait fait une immense impression, qui s'est confirmée à la relecture. Et comme l'allemand est la seule langue dans laquelle il a été traduit, peu de gens ont y l'occasion de le lire.

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tom léo
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MessageSujet: Re: Andrzej Stasiuk [Pologne]   Jeu 12 Nov 2009 - 22:28

Oui, en allemand, ce livre s'appelle "Die Mauern von Hebron"! Merci, c'est "prénoté dans la tête". J'ai aussi le désir de lire plus de lui!

Certains lecteurs avaient dit qu'après la lecture de ce(s) premier(s) roman(s) ils s'attendaient pas à une prose lyrique si dense, une vue sur le monde si poètique, empreinte d'une certaine nostalgie. Mais - à mon avis - cela trompe comme jugement: car dans "Dukla" il y a une autre sorte de pessimisme plus subtile. Comme j'ai tenté de l'exprimer: j'avais l'impression d'un homme qui reste marqué par d'expériences de finitude et de mort.
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Arabella
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MessageSujet: Re: Andrzej Stasiuk [Pologne]   Ven 13 Nov 2009 - 6:49

Pour ce que j'ai lu de Stasiuk, c'est en effet nostalgique, en manque de quelque chose, le noir est toujours là aussi, ce n'est certe à aucun moment une vision optimiste, et il dépeint une réalité surtout pas enfolivée, parfois des vraies épaves. Mais dans les livres plus récents, il y a toujours une sorte de tendresse pour les personnages qu'il dépeint, aussi déshérités soient ils, un intérêt humain, justement pour ceux qu'on dépeint pas d'habitude parce que pas glamour pour deux sous. Et il n'y a pas vraiment ça dans son premier livre.

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Arabella
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MessageSujet: Re: Andrzej Stasiuk [Pologne]   Mer 30 Déc 2009 - 20:15

Je n'arrive pas trop à faire un commentaire de Dukla. Encore une fois, Stasiuk fait un livre qui ne ressemble pas à ses autres livres. Je n'arrive pas à comprendre comment il fait ça, avec le même univers à priori, faire un livre différent. Comme la lumière différente à chaque heure du jour. En effet, comme le dit Tom Léo, aucun récit, ou alors des bribes, comme cette jeune qui l'attirait pendant des vacances au début de l'adolescence. Mais il y a en fait juste des impressions, des sensations, en partant d'un lieu, d'une banalité, voire d'une laideur sans rien de particulier. Une petite ville, somnolente, dans laquelle il ne se passe rien ou presque. Et Stasiuk compose à partir de ce rien une prose par moment presque lyrique, pour parler de la banalité et laideur quotidienne. Du grand art. Même si je n'ai pas aimé autant que d'autres de ses livres, parce que c'est un peu gratuit. Je trouve que finalement il en rend mieux compte de cet univers dans Les contes de Galicie, parce qu'il y a des personnages, des bouts de vie, pas seulement un décor. Et Dukla c'est surtout cela, un décor. Même s'il est très réussi, Stasiuk peut faire plus. Enfin je trouve. Mais rien qu'un décor de Stasiuk, cela vaut bien plus que les oeuvres complètes d'autres auteurs. Mais cela n'engage que moi.

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kenavo
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MessageSujet: Re: Andrzej Stasiuk [Pologne]   Jeu 31 Déc 2009 - 13:06

Arabella a écrit:
Je n'arrive pas trop à faire un commentaire de Dukla. Encore une fois, Stasiuk fait un livre qui ne ressemble pas à ses autres livres. Je n'arrive pas à comprendre comment il fait ça, avec le même univers à priori, faire un livre différent. Comme la lumière différente à chaque heure du jour.
aime que c'est joli..
envie aussi de retrouver son univers Very Happy

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c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


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Arabella
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MessageSujet: Re: Andrzej Stasiuk [Pologne]   Sam 27 Fév 2010 - 21:15

Neuf



Dans un appartement dévasté, un homme s’apprête tant bien que mal à sortir. Le but de sa sortie sera d’essayer de trouver de l’argent pour rembourser une dette, et lui éviter d’être la victime de ceux qui ont dévasté son appartement. Il a trois jours pour le faire, et va commencer par essayer de retrouver des anciens amis qui pourraient l’aider. Sa route va croiser celle d’autres personnages en déperdition, dont la vie aussi se trouve en instance de faillite, dans une ville en chantier, inquiétante et aussi perdue que ses habitants.

C’est le premier livre de Stasiuk que je lis qui est sensé être un roman, et je n’ai pas la sensation que ce soit un genre qui lui convienne. Le roman noir pas plus qu’un autre type de roman. Il n’y a pas de véritable progression dans l’action, la cavale de Paweł semble très vite perdre la moindre signification, les activités des autres personnages sont finalement aussi dépourvues de sens, et le moins que l’on puisse dire c’est que la fin n’en est pas vraiment une. Si le livre a de l’intérêt et qu’il capte par moments l’attention, c’est déjà par l’écriture (même si je ne sais pas ce qui en reste à la traduction), très brillante, peut être même un peu trop par moments, et surtout par la description de personnages, perdus, esquintés, à la dérive, tracés par petites touches. J’ai trouvé en revanche la description des malfrats très stéréotypée, pas très intéressante ni très vraisemblable.

En fait, au lieu d’essayer d’écrire un roman noir, Stasiuk aurait du faire ce qu’il sait si bien faire, une galerie de personnages, de lieux, d’ambiances, qui auraient peut être pu se croiser, entrecroiser leurs routes, leurs destins. Sans forcement de continuité, ni de fin parce qu’il n’y en a pas vraiment dans la vraie vie. Parce qu’au détour d’une page, d’une description, c’est ces aspects du livre qui m’ont retenus, touchés. Pas les poursuites, la violence, le tableau du monde de la pègre. Forcé et sonnant faux à mon sens. Comme si l’auteur voulait nous en mettre plein la vue, et qu’il manque son but en en faisant trop. Dans une interview, Stasiuk disait que pour lui la littérature est toujours à deux doigts du kitch, sans jamais franchir la limite. Je trouve que dans ce livre, par moments il franchit cette limite, même s’il y a des moments réussis.

Ce n’est certes pas le livre que je conseillerais pour un premier contact avec l’auteur.

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Marie
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MessageSujet: Re: Andrzej Stasiuk [Pologne]   Sam 6 Mar 2010 - 2:21

L'hiver

traduit du polonais par Maryla Laurent
Editions Noir sur Blanc

Illustrations Kamil Targosz



Citation :


Je voudrais toujours commencer mes récits ainsi, par les corps et les choses, parce que je manque de foi pour les ressusciter. A supposer que la résurrection des corps advienne, que feront ces corps sans le reste, sans tout ce qui constitue leur monde? Comment se retrouveront-ils dans l'espace, si tant est que celui-ci soit? Que feront-ils sans leur chien, leur maison, et sans les variations de temps? Cette angoisse me saisit chaque fois que je parviens à croire que quelqu'un me reconstituera un jour, qu'il me remettra sur pied, qu'il me donnera une tape dans le dos et me dira: " Allez, va!" Ne demanderai-je pas alors: " Aller où? Comment? A quelle fin?" Devant moi, n'y aura-t-il pas très certainement qu'un vide parfait inscrit dans l'éternité?
Cette angoisse veut que je sois obsédé par les choses et les évènements, les énumérations, les détails dénués de valeur. J'aime savoir le nom de chaque objet. Elle fait aussi qu'aux régions dans l'opulence, je préfère celles plus pauvres où les objets possèdent une vraie valeur, où, probablement, les gens les aiment ne serait ce qu'un peu parce qu'ils n'en possèdent pas d'autres...

Par une nuit silencieuse comme celle -ci, on entend vieillir le monde
..

Court extrait, pour la beauté de l'écriture, de la dernière nouvelle qui donne son titre au recueil, L'hiver. La neige tombe et enveloppe tout dans ce petit village polonais qui va s'immobiliser, presque comme autrefois:
Citation :

Toute piste à peine tracée disparait, toute nouvelle personne qui s'aventure au dehors semble être la première à sortir. La peur s'installe dans les coeurs parce que, au bout du compte, l'histoire de l'humanité est celle de notre victoire sur la solitude. Par la fenêtre, aussi longtemps que les congères n'atteignent pas la gouttière, on peut voir les progrès de l'enneigement. Il est aisé d'imaginer qu'autrefois, par un temps pareil, les gens comptaient les allumettes restantes, scrutaient les bouteilles dont le niveau baissait, les sacs dont la maigreur s'emparait, la réserve de bois sec dont la pile descendait. Un couloir tracé jusqu'à l'écurie, un autre jusqu'au puits et puis c'était tout. La fin du monde et le temps qui n'en finissait pas de s'écouler. Les corps s'exerçaient à attendre, changer de position, à penser lentement et à veiller à ce que tout durât aussi longtemps que faire se pouvait. Restaient les rêves, seule fiction authentique.

Trois nouvelles portent les noms d'habitants de ce village , la quatrième évoque un voyage Paris - London - New-York,mais il s'agit encore une fois d'objets, des vêtements d'occasion, qui viennent de loin, d'ailleurs..
Le sentiment dominant est la nostalgie d'un certain passé, ou plutôt peut être la peur d'un avenir annoncé dans lequel on ne tiendra plus à grand chose.
Andrzej Stasiuk est en tout cas très doué pour faire ressentir beaucoup d'émotions en très peu de mots, allez, encore quelques phrases:

Citation :
Le manteau est accroché à son cintre, mais personne ne le regarde. Il attend son heure qui finalement arrivera, comme est arrivée celle de la machine à vapeur, du lait en poudre ou des images pieuses accessibles à tous. Le temps vient toujours à nous. Son faible filet pénètre déjà dans la vallée tel le memento d'une lointaine inondation qui aurait déjà emporté les villes et les pays là-bas, au delà de l'horizon visible. paris-London- NewYork, boutons en plastique dorés et paillettes ternies au col,broderies de cow-boys sur le devant, fils usés au bord des manches. Le temps, dans sa version la moins bonne, envoyé chez nous en châtiment.Un temps second hand, usagé, un temps où les hommes de quarante ans se lèvent le matin pour prendre la route sans s'être rasés, pour voir arriver et passer une journée qui ne laisse derrière elle aucune trace autre que le paquet de cigarettes vide. Leurs chaussures en synthétique sont usées, ils sont libres et ils meurent du coeur avant la fin du programme. Puis, entre cinq et six heures du matin, leurs âmes voyagent dans les autocars matinaux. Personne ne les remarque. Les vivants regardent par la fenêtre et espèrent des changements, comme s'ils ne comprenaient pas que ceux-ci circulent déjà en eux pareils à leur sang- le cours du temps est irréversible.

Je trouve cela très beau..

Un autre avis
ici

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MessageSujet: Re: Andrzej Stasiuk [Pologne]   Sam 6 Mar 2010 - 2:45

Citation :
Moi, j’y trouve les pensées et impressions d’un homme qui sent et vit fortement le passage de temps et se demande sur ce qui reste(ra). Peut-être il est l’homme moderne, marqué par la mort et qui a perdu une certaine confiance initiale tout en désirant, avec une certaine nostalgie, l’éternité et en restant très sensible aux impressions du monde? Dans une critique allemande je trouvais une citation de Stasiuk qui parlait de son livre comme "d’un approche d’une mystique athée…"
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La réflexion sur le temps, l'inéluctable,et la disparition, est dans toutes les nouvelles de L'hiver. Disparition de l'humain, mais aussi et peut être surtout, des choses dont s'entoure lhumain ( de plus en plus..)J'y ai vu plus une réflexion sur la transmission, l'héritage, peut être est-ce là qu'est sa plus grande nostalgie, dans le désormais non passage d'une génération à l'autre d'objets, cela accentue plus encore l'angoisse de la mort?
Citation :

..tous ces outils qui ont servi jusqu'à leur dernier souffle, leur dernier tour, retournent désormais au royaume sauvage du minéral puisque le monde ne se termine pas par une explosion mais par un effritement de rouille.
Et l'éclat métallique de la lune suinte du cosmos comme si elle était aussi une machine élégante et simple qui bénirait ses frères terriens et, au passage, les reliques des objets pétrifiés à jamais , enlisés dans les couches alluviales du temps. Et nul ne sait si les choses qui ont vécu et sont mortes seront sauvées, si quelqu'un les ressuscitera et les remontera, si un mécanicien escathologique les bidouillera avec un tournevis céleste et leur insufflera une nouvelle réserve ,éternelle cette fois, de chevaux mécaniques ou de kilowatts. Ou si leur infinitude aura la forme païenne du retour aux sources et donc à la décomposition en formes premières.

Vous me conseillez quoi, pour la suite, j'aime beaucoup ! Et merci, Arabella, je ne regrette pas d'avoir continué dans les auteurs de février, le temps, après tout.. Cool

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MessageSujet: Re: Andrzej Stasiuk [Pologne]   Sam 6 Mar 2010 - 8:58

Les trois qui sont traduits et que je trouve les plus réussis, ce sont Les contes de Galicie, je pense que c'est un peu le même univers que celui que tu as lu, mais en plus construit, les petites histoires individuelles se rejoignent à un moment pour donner une sorte de récit, très touchant. Et il y a aussi Sur la route de Babadag, là c'est des voyages, des sortes de voyages, aussi intérieurs qu'extèrieur , et Fado, que je pensais être la suite mais en fait dans lequel il parle plus de lui.

Et moi maintenant le prochain ce sera L'hiver....

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MessageSujet: Re: Andrzej Stasiuk [Pologne]   Ven 19 Mar 2010 - 22:29

Marie a écrit:
Citation :
Moi, j’y trouve les pensées et impressions d’un homme qui sent et vit fortement le passage de temps et se demande sur ce qui reste(ra). Peut-être il est l’homme moderne, marqué par la mort et qui a perdu une certaine confiance initiale tout en désirant, avec une certaine nostalgie, l’éternité et en restant très sensible aux impressions du monde? Dans une critique allemande je trouvais une citation de Stasiuk qui parlait de son livre comme "d’un approche d’une mystique athée…"
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La réflexion sur le temps, l'inéluctable,et la disparition, est dans toutes les nouvelles de L'hiver. Disparition de l'humain, mais aussi et peut être surtout, des choses dont s'entoure lhumain ( de plus en plus..)J'y ai vu plus une réflexion sur la transmission, l'héritage, peut être est-ce là qu'est sa plus grande nostalgie, dans le désormais non passage d'une génération à l'autre d'objets, cela accentue plus encore l'angoisse de la mort?

Et donc j'ai lu avec beaucoup d'attention et une pointe de tristesse dans mon coeur "L'hiver", recommandé par Maire à si juste titre. On se demande si on va encore longtemps s'attacher à tel point à certains objets, personnes? Tout est loin, dans un coin de l'Europe comme coupé des centres où tout va vite. Néanmoins, sachant que l'auteur y vit et raconte de son pays, on se demande avec quelle nostalgie et désir d'éternité, pur me répéter, il est attaché à cette terre et ces gens simples.

Son écriture me rappelait vaguement un autre copain des Editions Noir sur Blanc, Mariusz Wilk. A sa façon il décrit un monde très proche, dans un style très similaire?!

C'est à lire et à relire. D'une grande poèsie...
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MessageSujet: Re: Andrzej Stasiuk [Pologne]   Dim 4 Juil 2010 - 21:00

Dukla

Le message de Tom Leo présente assez bien l'ouvrage pour que je n'en rajoute pas. Ce qui est un peu surprenant au départ et explicité ensuite, l'absence de trame narrative, se densifie ensuite et la cohérence du sujet est de plus en plus palpable. J'ai craint un moment de m'échapper car surpris et parfois gêné par la familiarité du langage qui apparait un peu en décalage et en fait non plus, ça gagne en sens aussi finalement. En revenant à la lecture, à ces parcelles on rentre dans ce monde, pas immobile, entre lumière, espace et temps, temps mélangé pour en faire apparaitre une dimension différente de celle de la narration habituelle d'ailleurs, un temps du souvenir, de la mémoire et aussi un temps plus vaste, celui qui dépasse l'homme.

Excellente découverte avec un rythme particulier, typé, qui ralentit et qui capte le lecteur, une de ces atmosphères de lecture "monde"... et de très très beaux passages. Ambitieux dans la construction et probablement dans l'écriture, la construction se sent mais je n'ai pas eu de réticence à suivre cette démarche sensé, cette façon de rendre compte.

Avec des éléments qui ne sont pas là et pas tous les mêmes ça rappelle des sensations d'intensité (vaste ?) à la Tarkovski (non non ce n'est pas un piège du tout... ).

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MessageSujet: Re: Andrzej Stasiuk [Pologne]   Dim 4 Juil 2010 - 21:24

Tarkovski...Diantre.. intense reflexion

Contente en tout les cas que le positif soit plus important que le négatif.

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MessageSujet: Re: Andrzej Stasiuk [Pologne]   Dim 4 Juil 2010 - 21:36

je serai vraiment trop fatigué ?

dans le rythme, le retour, l'extrême présence du lieu ? (mais sans l'omniprésence de maison).

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MessageSujet: Re: Andrzej Stasiuk [Pologne]   Dim 4 Juil 2010 - 21:42

Je connais très mal Tarkovski, cela doit expliquer ma difficulté à faire le lien. Quelques séances de visionnage seraient sans doute nécessaires. Un des trucs que je devrais faire depuis des années...

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Andrzej Stasiuk [Pologne]
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