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 Jorn Riel [Danemark]

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Sophie
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MessageSujet: Re: Jorn Riel [Danemark]   Jorn Riel [Danemark] - Page 2 EmptyMar 8 Jan 2008 - 6:16

Le Bibliomane a écrit:
Nezumi a écrit:
Il y a quelques années, j'avais commencé La vierge froide et autres racontars, mais je ne l'avais pas fini car je n'arrivais pas à accrocher. Mais après avoir lu Le garçon et ta critique sur Arluk, je vais le repêcher dans mes étagères, enlever la poussière et je rajouter à ma LAL Very Happy .

Je tiens alors à te recommander chaudement "le jour avant le lendemain" qui est jusqu'ici ( je n'ai pas encore tout lu de l'oeuvre de Riel) le roman de cet auteur que je préfère.

Je l'ai, et effectivement, il n'est pas bien épais.
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MessageSujet: Re: Jorn Riel [Danemark]   Jorn Riel [Danemark] - Page 2 EmptyMar 8 Jan 2008 - 6:19

LA FETE DU PREMIER DE TOUT

C'est le 3ème et dernier tome d'une série qui s'appelle La maison de ms pères; ne le sachant pas, j'ai lu celui-ci donc j'ai quelques lacunes concernant les tenants et les aboutissants.

Donc dans ce troisième tome, Agojaraq, jeune Eskimo, revient sur ses terres natales après avoir passé une année en Angleterre. L'adaptation à la vie "civilisée" a visiblement été épique et Ago semble ravi de retrouver sa famille. Il rend visite à tous ses amis et proches sur la route du retour, car il n'y a pas de voiture là-bas: Ago marche, longtemps, dans le froid et la neige.
Peu de temps après son retour, un commerçant le charge d'une mission: se rendre au Nord du pays afin de développer son commerce; c'est le rêve d'Ago de voyager jusqu'au nord du nord, mais il ne souhaite pas y aller seul. On lui déniche un compatriote, ou plutôt une compatriote, en la personne d'Aka, jeune et jolie Eskimo.

Voilà pour le pitch, très résumé car il m'est forcément difficile d'entrer dans les détails alors que je ne fais connaissance avec les faits et les personnages qu'au dernier tome. Surtout que les personnages sont nombreux et éclectiques: des Eskimos, des Occidentaux qui se sont établis au pays du froid, un prêtre quelque peu original, une ex-prostituée soi-disant repentie...

Ce roman est très court, je dirais même, trop court. Je suis souvent restée sur ma faim, Jorn Riel ne creusant pas assez les faits (enfin, à mon humble avis), alors qu'il y aurait eu matière à écrire un roman passionnant et foisonnant, à la fois drôle et émouvant, rude comme le froid polaire et tendre comme les blousons en peau de phoque.
J'ai été, par exemple, particulièrement frustrée car on n'a qu'une esquisse du rêve du fameux prêtre: il veut construire des temples, oui mais pas n'importe quels temples (je n'en dis pas plus); or moi, j'aurais aimé savoir si ce projet aboutissait,et là, j'aurais ri j'en suis sûre. Car ce roman contient des passages amusants, car il leur en arrive des aventures bizarres à tous ces Eskimos et hommes Blancs du Grand Nord!

Malgré la frustration, j'ai passé un joli moment alors que moi, le grand froid, je n'aime pas particulièrement. Et j'ai eu un vrai attendrissement, proche du coup de coeur, pour un passage tout en naïveté mais bien plus profond qu'il n'y paraît: lorsqu'Ago explique à ses compatriotes que les personnes qu'il a rencontrées, Blanches, se considèrent supérieures aux Rouges qui elles-même se disent supérieures aux Jaunes...Une jolie explication de ce qu'est le racisme et un appel déguisé à l'égalité.
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MessageSujet: Re: Jorn Riel [Danemark]   Jorn Riel [Danemark] - Page 2 EmptyMar 8 Jan 2008 - 7:20

Les livres de Riel sont généralement trop courts ; mais c'est quand même presque un compliment, non ?
Par contre, si tu disais que ses livres sont trop longs, là, ce serait franchement un défaut.

Sophie, pour plus de chaleur chez Riel, il y a La Faille, cf post de Sousmarin...
C'est un des derniers Riel qui me restent à lire, il faut que je fasse durer le plaisir, il attend dans ma bibliothèque... Very Happy
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MessageSujet: Re: Jorn Riel [Danemark]   Jorn Riel [Danemark] - Page 2 EmptyMar 8 Jan 2008 - 22:05

J'ai découvert, le mois dernier cet auteur en lisant "La vierge froide et autres racontars" Une très belle lecture savoureuse.

"La vierge froide et autres racontars" est un recueil de nouvelles qui fleure bon le froid, la bise, les étendues glaciales blanches, la forêt perdue. C'est aussi le monde des hommes solitaires et frustes dans un environnement hostile: froid, été court, nuit polaire sombre à en rendre fou.
Jorn Riel explore la condition humaine perdue dans les conditions extrêmes de la Nature: la rusticité du quotidien, la chasse, la pêche, le bateau, le Vesle Mari, qui aborde le fjord deux fois par an...un rythme de vie que l'on ne peut imaginer si on ne l'a pas vécu.

Nous sommes au Groenland, "le pays vert" des Vickings devenu blanc et hostile, devenu une lointaine colonie danoise sur laquelle vivote une poignée d'hommes. "La femme devient en Arctique une entité lointaine et imaginaire, à laquelle on ne fait allusion qu'avec des tournures vagues et prudentes." c'est dire la solitude de ces hommes qui ont choisi la vie loin des leurs, de leurs semblables pour une vie de pionniers et de trappeurs. Riel nous conte les couples masculins au fil des saisons dans leurs cabanes, dans leurs secteurs de chasse. Certains viennent pour une saison, d'autres y restent toute leur vie.
Les histoires de Riel, ses racontars (parce que après tout, est-ce bien vrai tout cela?), s'imbriquent, se mêlent et s'éclairent pour dire le besoin d'amitié, de chaleur de l'âme humaine, pour dire combien est essentiel la moindre parcelle de civilisation pour l'équilibre général de ces hommes des bois, presque sauvages parfois. Ainsi "Une condition absolue" relate la guerre des lieux d'aisance entre deux compagnons qui en arrivent à échanger insultes et coups et à aller "au petit coin" armés...jusqu'au jour où la civilisation est rattrapée par la vindicte de Dame Nature et où les bonnes vieilles méthodes (on apprend ainsi l'existence d'une autre utilité des chiens de traîneau) s'avèrent être toujours les meilleures!
La présence d'un compagnon doit être harmonieuse et il arrive parfois qu'un homme venant du pays d'en-bas (vers le sud!) l'apprenne à ses dépends. C'est ce qui est narré dans "Le dressage d'un lieutenant", racontar où le Lieutenant Hansen vient vivre une campagne au Groenland et désire mettre en état d'alerte ces hommes des bois (qui, à ses yeux de lieutenant, auraient bien besoin d'une discipline de fer, non mais!) au cas où les Russes viendraient envahir les terres arctiques danoises! Et on voit Hansen mener ce petit monde à l'entraînement et à la baguette: il faut dire que c'est la belle saison et que c'est agréable d'être au grand air après la période sombre. Tout va bien jusqu'au jour où nos hommes des bois désirent reprendre leur liberté civile pour poser les pièges et vaquer à leurs occupations habituelles. Là les choses se compliquent et le pauvre Hansen va apprendre qu'il est dangereux de vouloir "mater" ces forces de la nature (car résister plusieurs années à la folie arctique de la période sombre est un gage d'opiniâtreté): se tortiller au bout d'une corde un jour et une nuit dans le froid remet certaines idées en place....ah! l'humour spécial des exilés du froid est grinçant.
Il arrive aussi que le compagnon est un homme bien étrange au talent d'artiste. Monsieur Joenson débarque à Kap Thompson et fait figure immédiatement d'original: un costume noir, une chemise noire et une cravate blanche avec aux pieds des chaussures tressées en pointe, accoutrement digne du carnaval sous ces latitudes peu clémentes! Malgré les multiples arguments dissuasifs de son futur compagnon Mads Madsen, Joenson décide de s'accrocher à son contrat et reste à la station pour un an.

Le lecteur se dit qu'il ne tiendra pas jusqu'au plus fort de la période sombre et s'imagine les affres dans lesquels Joenson a toutes les chances de sombrer. C'est sans compter sur les ressources de ce dernier: l'art du tatouage ou comment repartir riche d'une campagne au nord du Cercle Polaire! Joenson passe sa saison à tatouer les hommes des bois et amasse ainsi nombre de très belles peaux. L'art, comme on peut le voir, est loin d'être mal accueilli dans ces régions hostiles.
Le nord du Cercle Polaire est tout sauf une tranquille villégiature: la période sombre, les conditions climatiques extrêmes, la solitude exacerbent le caractère des hommes et altèrent leur jugement. La folie est souvent plus proche des hommes qu'ils ne le pensent. L'histoire du "Roi Oscar" en est la preuve poignante. Vieux-Niels et son compagnon, Halvor, achètent un cochon afin d'en faire leur repas de Noël. Or, Vieux-Niels s'attache tellement au petit cochon qu'il en délaisse la conversation avec Halvor: chaque soir il dorlote le cochon, prénommé Oscar, lui raconte des histoires, bref le considère comme un être humain. A tel point que Halvor en devient littéralement malade de jalousie! Bien entendu arrive ce qui devait arriver: une querelle dantesque entre les deux hommes. Mais lorsque l'alcool, le schnaps en l'occurrence, s'en mêle (et Dieu sait que l'alcool, au même titre que le sommeil, est un élément important pour supporter la période sombre!), la surprise peut être hallucinante pour les hommes et le capitaine du Vesle Mari lorsqu'il reviennent à Kap Thompson à la fin du printemps: pourquoi Halvor appelle-t-il "Vieux-Niels" son cochon?

Jorn Riel est un conteur extraordinaire et embarque son lecteur dans une suite grinçante, parfois grimaçante, d'histoires tellement réalistes qu'elles en paraissent incroyables. Le lecteur, médusé, halluciné, déambule au fil d'une galerie extraordinaire de personnages hauts en couleurs qui attirent, malgré leurs défauts, leur rusticité, sa sympathie. Il découvre un univers blanc, froid à l'extérieur, un monde où l'élément féminin appartient au domaine du fantasme (la méthode est radicale pour calmer les ardeurs masculine: une petite sortie vivifiante, nu, dans la tempête...il s'avère que cela calme durablement) mais qui une fois poussée la porte des cabanes devient un univers chaleureux, rigolard, joyeusement en laisser-aller où la bouteille d'alcool, la viande et le thé assurent la ténacité face à la période sombre qui mine l'âme à chaque rafale, à chaque bourrasque glaciale.

On rit, c'est vrai qu'on rit beaucoup...mais le rire se fige très vite en un rictus: les situations décrites sont rarement amusantes jusqu'au bout. Riel sait écrire, sans sombrer dans le pathos, sur la solitude, la nuit polaire et ses hurlements, l'isolement des hommes, la confrontation à soi-même, avec une plume digne des plus grands auteurs satiriques! Le rire sauverait-il de tout, même du pire?
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MessageSujet: Re: Jorn Riel [Danemark]   Jorn Riel [Danemark] - Page 2 EmptySam 16 Fév 2008 - 13:32

Je prolonge l'ambiance du club de lecture des bloggeuses Wink
"Un curé d'enfer"


"Un curé d'enfer et autres racontars" rassemble une nouvelle série de récits de la vie quotidienne des chasseurs-trappeurs danois du Groenland. On retrouve avec plaisir les personnages extraordinaires de "La vierge froide et autres racontars", toujours servis par la plume jubilatoire de Jorn Riel.
Le quotidien, dans le lointain Groenland, apporte son lot d'évènements, voire de non-évènements, plus délicieux les uns que les autres. Les histoires, ou racontars (ils ont parfois des accents de légendes) évoquent l'isolement des "colons", leur solitude mais aussi et surtout leur liberté. Riel, aborde également, les débats suscités par le Groenland dans la mère patrie: doit-on ou non soutenir encore l'existence de la Compagnie? La présence danoise au Groenland a-t-elle encore un sens économique, politique? Interrogations qui sont loin d'être les préoccupations de ces hommes particuliers qui ont choisi la vie "sauvage" sans contraintes imposées par la société et qui ne pensent absolument pas à regagner les terres de la "civilisation"!
La vie s'écoule, tranquille, au rythme des passages du bateau d'Olsen, à la limite de la monotonie. Mais la monotonie, malgré le monochrome blanc du long hiver, est rarement de mise: des imprévus arrivent et suscitent nombre d'interrogations auxquelles une solution est toujours trouvée.
En effet, comment agir au mieux quand un compagnon décède brutalement et que le bateau d'Olsen, Le Vesle Mari, vient juste de partir et qu'il ne reviendra pas avant le printemps jeter l'ancre dans la baie? Nos chasseurs-trappeurs ne sont jamais à court d'idée et Bjorken saura bien emballer le pauvre Lause afin de le remettre, dans toute son intégrité, aux siens. Mais certaines idées, paraissant lumineuses, peuvent avoir d'étranges conséquences, à l'image de ces dominos qui entraînent la chute des uns et des autres....et Lause aura un ultime voyage bien mouvementé!
Au Groenland, la solitude hivernale n'est plus à décrire. Les hommes n'ont souvent que leur compagnon pour interlocuteur mais aussi, de temps à autre, un animal avec lequel ils tissent des liens et inventent une langue connue d'eux seuls. Jorn Riel, avec une verve sautillante, relate deux amitiés: celle de Fjordur et sa chienne Miss Dietrich (chef d'attelage) dont l'appendice caudal suscite l'admiration de tous. En effet, Miss Dietrich communique caudalement avec Fjordur lors des sorties en traîneau mais aussi lors des moments paisibles dans la cabane. Miss Dietrich est aussi fière que son maître de posséder un tel trésor. Seulement, un jour, tout bascule.....mais Miss Dietrich se révèlera une chienne pleine de ressource! Le Grand Nord ne connaît pas uniquement des phoques, les renards polaires, les ours et les chiens. La Vesle Mari débarque, un beau matin, un drôle de loustic: Don Svendsen, "conquistador à l'espagnol approximatif"! C'est la forêt équatoriale qui débarque sur la banquise, la salsa au milieu des icebergs et un étrange mouvement dans le sac à dos! De ses pérégrinations exotiques, Don Svendsen a rapporté un compagnon, ou plus exactement une compagne surprenante: senorita Magdalena, un boa! Autant dire qu'un conseil se tient immédiatement afin de statuer sur la présence de Svendsen et son boa royal. Un modus vivendi s'établit et Svendsen dit aussi "El dedo del diablo" égaie la compagnie avec ses histoires amoureuses où senorita Magdalena joue un rôle actif et déterminant (elle a le dernier mot de l'histoire) qui en fait frissonner plus d'un, ses aventures picaresques dans la forêt vierge. Magdalena aime le contact et la chaleur et se love dans le lit de son maître. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, après tout c'est la belle saison encore et comme Svendsen pense trouver de l'or dans une des rivières proches, il délaisse la chasse et la pose des pièges. Mais, l'hiver arrive, les réserves s'épuisent peu à peu.....et nos joyeux drilles de chasseurs ne sont pas au bout de leurs surprises!
Dame Nature n'a jamais réparti, de manière égale, ses atouts aux uns ou aux autres: elle a produit des minces, des gros, des forts, des faibles, des sûrs d'eux et des angoissés, des grands et des petits. Les hommes petits ont souvent beaucoup de choses à prouver aux autres mais avant tout à eux-mêmes. Pedersen, petit, maigre, agité et se posant sans cesse en victime, débarque au Groenland pour devenir le compagnon de Lodvig. Ce dernier n'est guère emballé par cette curieuse compagnie, lui qui vit seul depuis si longtemps. D'emblée, Lodvig ressent l'état d'esprit négatif de Pedersen et estime que le vertigo ne tardera pas à faire son office. Le vertigo? "Il se trouve que les problèmes, chez les hommes qui viennent au Groenland, débouchent souvent sur ce qu'on désigne généralement par le nom de vertigo. dans le nord-est du Groenland, cela s'appelle le vertigo polaire ou dingue noire, et dans le sud et l'ouest du Groenland, le qaqamut. Le vertigo polaire pousse lentement, et se construit selon le même schéma dans tous les cas connus. Les problèmes enflent et grossissent et étouffent à la fin leur victime au point qu'elle craque dans la grande crise libératrice du vertigo." Ce dernier a des variantes: maladie du sommeil, folie au sens littéral du terme, marche solitaire ou encore une tendance à avoir de "tenaces fantasmes féminins". Notre Pedersen est dans le dernier cas! Notre Lodvig va se révéler être un véritable pro de la psychanalyse et le lecteur se délecte de cette nouvelle humoristique qui cache, sous l'aspect drôlatique de la situation, une certaine misère humaine, celle qui amène un être humain à se déprécier sans cesse et à en vouloir à la terre entière. Pedersen, grâce à Lodvig, vivra, dans une série de péripéties, une salutaire thérapie. La vie particulière dans le Grand Nord est loin d'être un long fleuve tranquille! J'avoue avoir une tendresse particulière pour cette nouvelle qui respire l'optimisme grâce à la solidarité et l'amour, vrai, de son prochain....amour qui fait défaut, on le sait d'emblée, au "curé d'enfer" qui phagocytera le quotidien de ces chasseurs-trappeurs. En effet, le Groenland est l'endroit idéal pour se débarasser de personnes encombrantes par leurs convictions bornées et pompeuses. C'est ce qui arrive à l'épiscopat danois qui, afin de se donner une bouffée d'oxygène, envoie en mission évangélique un étrange pasteur, le missionnaire Polleson! Quel personnage d'anthologie ce Polleson! Au début, il amuse nos débonnaires chasseurs qui l'accueillent gentiment. Ils rient en écoutant ses élucubrations au sujet de leurs démons cachés (forcément, isolés comme ils le sont, leurs pensées ne peuvent être que sales et démoniaques!), ils le regardent, goguenards, se recueillir et porter la bonne parole bibliques, mais commencent à se méfier quand Polleson part en croisade contre l'eau de vie! Aussi, quand plusieurs attentats sont perpétrés contre les alambics des chasseurs, la révolte gronde et les rebelles se lèvent. N'est pas prophète qui veut dans ce bas monde et la sainteté se mérite!
Jorn Riel ne cesse de le narrer dans ses récits, le Groenland est un lieu de solitude, même si on partage sa cabane avec un compagnon. La blancheur hivernale glacée, la longue nuit hurlante, le réveil printanier sont sources d'inspiration....Riel en est la meilleure preuve! Le lecteur ne peut d'ailleurs s'empêcher de voir Riel dans Anton, le héros de la nouvelle "Une épopée littéraire"! L'inspiration est un moment fragile qu'il faut préserver au mieux. Anton va devoir se débattre avec bien des perturbations matérielles et un compagnon, Herbert, bien ronchon pour mener à bien son oeuvre littéraire. Il lui faut du papier mais aussi un crayon. Or, le crayon est une denrée rare au Groenland! Une relative tranquilité et une intimité lui sont, aussi, nécessaires. Bref, un tas de petites choses qui font que la vie dans la cabane n'est pas de tout repos, d'autant que les corbeaux ont la mauvaise idée de s'en mêler. Un jour, malencontreusement, le recul du fusil provoque un incident: Anton avale son unique crayon! Le voilà bien ennuyé pour poursuivre son oeuvre....au Groenland, nos chasseurs trouvent invariablement une solution, souvent exotique et incroyable mais toujours efficace.
Je termine par "La puce", racontar drôlatique au possible qui relate les tribulations hallucinantes d'une puce! Riel s'amuse littéralement à mener son lecteur en bateau....de navire en navire, d'océan en océan! Comme quoi, les rencontres humaines peuvent profiter à une créature insignifiante comme la puce. Cette dernière, héroïne d'une fable surréaliste, en naviguant de pulls en poitrines velues, vit des aventures palpitantes et exceptionnelles....pour une pauvre puce!

Encore une fois, Riel réussit à faire rire en racontant aussi bien des évènements légers ("La puce" entre autre) que d'autres beaucoup plus graves et sombres.
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MessageSujet: Re: Jorn Riel [Danemark]   Jorn Riel [Danemark] - Page 2 EmptyLun 19 Mai 2008 - 22:17

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La circulaire et autres racontars

Merveilleux petit recueil de racontars qui nous plonge dans le fabuleux Groenland.
Neuf histoires rafraîchissantes que j'ai dégusté avec plaisir.
Je ne sais pas si c'est de l'humour typiquement nordique mais j'aime bien ce style !

La circulaire
C'est le premier racontar qui expose la situation: suite à une décision politique, les chasseurs groenlandais vont devoir quitter leur territoire et embarquer sur la Vesle Mari en partance pour le Danemark.
Pour tous ces hommes, amoureux de ces paysages,de ce froid, de cette liberté ..., un retour à la vie ordinaire n'est pas envisageable.
Chaque racontar évoque un personnage et nous conte la manière dont celui-ci va gérer son départ.

Bien que, détestant les chasseurs, je me suis prise d'affection pour ces hommes si attachants, si spontanés et prêts à tout pour rester en Artique.

Au fil des anecdotes, on découvre :
Mads Madsen, malade, il préfère se donner la mort au Groenland plutôt que mourir à Copenhague.
Ainsi il demande de l'aide auprès de ses amis afin de trouver une solution pour mourir dignement:
Ce soir-là, les deux amis discutèrent des différentes méthodes envisageables pour en finir, et Mads Madsen avoua que, par principe, il était hostile à l'idée de se tirer une balle dans la tête.
"D'abord, ça me semble terriblement ordinaire. En plus, ça ressemblerait méchamment au suicide de charles III Christophersen, avec sa roulette russe à la con, dit-il. D'accord, il s'est flingué sous l'empire de la passion du jeu, et parce que c'était une tradition dans sa famille, mais quand même. C'est indigne."
"Ouais, et c'est putain de bordel, renchérit William. Beaucoup trop pénible pour ceux qui ramassent les débris, Mads Madsen. Si je peux m'éviter un ménage de printemps, franchement j'préfère."
"Et j'aimerais bien être présentable en tant que cadavre, dit Mads Madsen. comme tu sais, j'ai toujours été soigné et propre sur moi, et j'aimerais bien que ça continue quand je serai clamsé. T'as des idées, toi, William ?"
"Et ben, je pourrais te tordre le cou, proposa William le noir, mais ce serait sûrement très dur, vu que tel que je te connais, tu pourrais pas t'empêcher de te débattre. Mis en tout cas, t'aurais ta belle allure tout à fait ordinaire après, une fois que j'aurais remis ta tête dans le bon sens."
Mads Madsen pesa le pour et le contre ...


Puis à propos des témoins:

"Le mieux c'est qu'un proche bien sûr, dit William, et je pense que plus proche que moi, y a pas. D'un autre côté, il serait normal qu'Anton assiste à ton envol, vu que c'est lui qui va rédiger ton oraison funèbre. Et en ce qui concerne Herbert, il serait tout à fait raisonnable de le laisser assister, lui aussi. C'est un homme sensible aux malheurs des autres. Et comme c'est lui qui va ensuite faire le tour des stations pour lire l'oraison funèbre, la vision de ton envol le mettra dans les meilleurs dispositions."

Quand enfin arrive le moment crucial :

Mais William est tétanisé. Une crainte horrifiée s'était emparée de son corps, du bout des doigts jusqu'aux orteils. Il murmura, d'une voix rauque:
"Tu vas rire, Mads Madsen, mais j'peux pas."
"Mais putain, tu veux quand même pas que je saute de moi-même ! siffla Mads Madsen par-dessus l'épaule. Ce serait comme qui dirait du suicide.
Pousse, allez, vas-y, et finissons-en."


Mais il y a aussi:
Lodvig et sa dernière chasse...
William-le-noir qu'une maternité de 11 mois ne surprend pas ...
Olav ibn Abdullah frederiksen qui souhaite convertir à l'Islam le peuple groenlandais ...
Petit Pedersen qui avait oublié ses souliers de jonc dans la cabane au Vent ...
Herbert qui vendra des livres au mètre linéaire ...
Siverts et son mémorable voyage en avion...
Anton, le poète, qui s'essaya à la vie civilisée:
"ça n'ira pas, Herbert."
" Quoi donc?" demanda Herbert.
"Mon départ"
"Je vois." Herbert vida le contenu de la casserole dans sa propre assiette.
"Pendant un mois j'ai été propret, plis au pantalon;, vêtements comme il faut et tout et tout, continua Anton, ça me donne envie de gerber, Herbert."
"Je vois"

"Je reste ici."[/i]

Bref, une véritable découverte pour moi, ce Jorn Riel. joie
A consommer sans modération !!! bravo
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MessageSujet: Re: Jorn Riel [Danemark]   Jorn Riel [Danemark] - Page 2 EmptyMar 20 Mai 2008 - 21:05

Je ne peux qu'applaudir des deux mains et des deux pieds (quand on aome, on est prêt à tout!!!! sourire ) enthousiaste
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MessageSujet: Re: Jorn Riel [Danemark]   Jorn Riel [Danemark] - Page 2 EmptyMar 20 Mai 2008 - 22:35

La Circulaire, c'est terrible, c'est quasiment la fin, on voit presque tous les personnages finir (car les recueils se suivent, n'est-ce pas)...
Ceux que l'on avait vu, dans les précédents racontars, vivre des aventures fantastiques, affronter des touristes, organiser des duels verbaux... Là, tout a l'air de se finir, c'est pour ça que même si je l'ai trouvé bien, La Circulaire, j'étais prêt à protester.

Bon, il date de 1994... or en 1996 est sorti Forliset og andre skrøner.
Il y a peut-être de l'espoir, mais là, ce sera le dernier, je crois.
pale
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MessageSujet: Re: Jorn Riel [Danemark]   Jorn Riel [Danemark] - Page 2 EmptyMer 21 Mai 2008 - 7:55

Bon, je vais prendre mon temps pour lire ses autres racontars histoire de faire durer le plaisir Wink
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MessageSujet: Re: Jorn Riel [Danemark]   Jorn Riel [Danemark] - Page 2 EmptyMer 21 Mai 2008 - 8:40

eXPie a écrit:
La Circulaire, c'est terrible, c'est quasiment la fin, on voit presque tous les personnages finir (car les recueils se suivent, n'est-ce pas)...
Ceux que l'on avait vu, dans les précédents racontars, vivre des aventures fantastiques, affronter des touristes, organiser des duels verbaux... Là, tout a l'air de se finir, c'est pour ça que même si je l'ai trouvé bien, La Circulaire, j'étais prêt à protester.

Bon, il date de 1994... or en 1996 est sorti Forliset og andre skrøner.
Il y a peut-être de l'espoir, mais là, ce sera le dernier, je crois.
pale

Je ne savais pas tout cela parce que c'était mon premier racontar ...
Je vais donc faire un petit retour en arrière avec les autres livres !
En tout cas, je n'ai pas eu le sentiment que c'était vraiment une fin encouragement parce que .... (je ne peux pas le dire sinon je dévoile le contenu conciliabule )

Allez courage, je suis certaine qu'il y aura encore d'autres racontars ! sourire
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MessageSujet: Re: Jorn Riel [Danemark]   Jorn Riel [Danemark] - Page 2 EmptyJeu 22 Mai 2008 - 13:07

Tu perds beaucoup si tu ne les lis pas dans l'ordre. Tu comprends quand même les histoires, mais sans avoir en tête des choses telles que la découverte de la Passion de Fjordur, ce genre de choses, des détails marrants te passent au-dessus de la tête, et c'est dommage.

Ne serait-ce que l'arrivée du "sans-fil", ça a fait l'objet d'un racontar bien sympathique...

Il faut comencer par l'excellent La Vierge Froide, il me semble (voir post de Chatperlipopette un peu plus haut).
L'arrivé de Nansen...
Et, Ah !... la Vierge Froide... Quelle femme ! Very Happy
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MessageSujet: Re: Jorn Riel [Danemark]   Jorn Riel [Danemark] - Page 2 EmptyJeu 22 Mai 2008 - 20:19

Promis je vais faire les choses dans l'ordre .
C'est vrai que tout le long du livre il y a des notes qui renvoient aux livres précédents. Il est vrai aussi que cela n'empêche pas de comprendre mais peut-être suis-je passée à côté de certaines choses ,
En tout cas, j'ai adoré son humour et j'ai hâte de découvrir la Vierge Froide !!!!! dentsblanches
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MessageSujet: Re: Jorn Riel [Danemark]   Jorn Riel [Danemark] - Page 2 EmptySam 24 Mai 2008 - 11:49

"La vierge froide" est un grand moment!!!!
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MessageSujet: Re: Jorn Riel [Danemark]   Jorn Riel [Danemark] - Page 2 EmptyLun 16 Juin 2008 - 14:11

"Heq - Le chant pour celui qui désire vivre"

Il y a plus de vingt mille ans, des peuplades de chasseurs originaires de Sibérie qui suivaient vers l'est le gibier, franchirent un pont de terre émergée suite à une baisse du niveau des océans. Ce pont de terre – aujourd'hui connu comme étant le détroit de Béring – permit à ces chasseurs d'investir un nouveau et immense territoire de chasse : le continent américain.
Quelques milliers d'années plus tard, ces peuplades auront essaimé de l'extrême-Nord jusqu'aux confins de la Patagonie, formant une mosaïque de peuples et de civilisations d'une extraordinaire diversité ayant réussi à s'adapter aussi bien aux grands froids polaires qu'aux touffeurs des forêts équatoriales.
C'est dans les régions polaires de l'Alaska et du grand Nord canadien que se déroule le roman de Jørn Riel, aux alentours de 500 av. J.C.

Alors que dans une autre partie du monde les romains chassent du pouvoir le dernier roi étrusque Tarquin le Superbe et fondent la République romaine et qu'en Ionie les villes grecques se révoltent contre l'empire Perse de Darius 1er, les peuples de l'Arctique, descendants de ces chasseurs qui franchirent le détroit de Béring, vivent toujours à l'âge du Néolithique.

Pourtant, ici comme ailleurs, les passions humaines sont semblables : on convoite les biens de son prochain, on se jalouse, on assassine, on se venge. Ici bien sûr, ce n'est pas la guerre de Troie : on règle les différends à coups de harpon et la guerre ne met en scène tout au plus que quelques dizaines d'intervenants.
Mais on retrouve dans ces confins glacés les mêmes préoccupations que celles qui animeront l'ensemble de l'humanité, toutes époques confondues, à savoir les conflits de territoires, la lutte pour la possession de richesses (ici, la nourriture et les femmes), et surtout cette irrépressible envie d'aller toujours plus loin, voir si le monde est meilleur au bout de la route, si le gibier y est plus abondant, si les habitants ne s'avéreront pas hostiles, si le climat y sera plus clément, éléments qui permettront au groupe de survivre et surtout de se multiplier.

Le récit de Jørn Riel débute sur les rivages de ce détroit de Béring, tête de pont de la dissémination des groupes humains sur l'ensemble du continent américain. Ici vit le grand chaman et chasseur Heq, au camp de Nunavik. Les membres de la communauté vivent dans une certaine opulence, le gibier est abondant et les chasseurs sont adroits. Shanuq, la fille de Heq, n'a jamais connu la faim, et la richesse du clan attire bien des convoitises. Ce seront les « Itqillits » ( les indiens) qui donneront l'assaut. Heq sera tué en défendant sa famille et Shanuq sera enlevée par les indiens Kutchin qui l'emmèneront vers le Sud où elle deviendra l'une des femmes du chef Shapokee. De cette union naîtra un fils. Shapokee l'appellera Haeto, « Celui qui mène » mais pour Shanuq il sera Heq, comme son grand-père.
L'histoire souvent se répète et Shanuq sera de nouveau enlevée, cette fois par des indiens Cree. Elle leur échappera et après un terrible périple dans les solitudes glacées avec son enfant en bas-âge, elle trouvera refuge dans la communauté inuit de Nunaqtyak. Elle s'y trouvera un pourvoyeur (un mari) avec qui elle enfantera le demi-frère de Heq : Tyakutyik, ainsi que sa demi-soeur Pukiq.
Shanuq verra grandir ses enfants au cours des années. Heq, comme son grand-père, deviendra un habile chasseur et Tyakutyik, l'homme-femme, l'homme à la double nature, deviendra le pourvoyeur de Tewee-Soo, une Itqillit enlevée de sa tribu par les indiens Kutchin et recueillie par Heq.
Ainsi Shanuq verra-t-elle sa famille s'agrandir et ses enfants lui donner des petits-enfants. Mais le destin du groupe sera encore une fois de prendre la route vers d'autres cieux en quête de gibier. La migration de Heq, de Shanuq, de Tyakutyik les mènera vers un autre territoire jusqu'alors inconnu : le Groënland.

C'est cette traversée du continent américain d'Ouest en Est, du détroit de Béring vers le Groënland, que nous conte Jørn Riel dans cette épopée arctique, le récit de la colonisation d'immenses territoires hostiles par quelques groupes humains adaptés aux conditions de vie extrêmes qui sévissent sous ces latitudes. Et c'est bien d'une épopée dont il s'agit, avec ses guerres, ses meurtres, ses vengeances, ses luttes contre une nature sauvage et impitoyable. Nous suivrons ainsi Heq le chasseur, à la poursuite de sa vision de l'ours noir, animal fabuleux aperçu lors d'une transe chamanique et qui scellera son destin après que le groupe ait enfin atteint les vastes étendues glacées du Groënland, havre de paix et terre riche en gibier de toutes sortes.
C'est à cet endroit même que, plus de mille ans plus tard, un autre chasseur, Arluk, fera la rencontre d'une peuplade inconnue, des hommes aux cheveux jaunes et à la figure couverte de poils, naviguant dans de grands bateaux : les scandinaves.
Mais cela, c'est une autre histoire...
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MessageSujet: Re: Jorn Riel [Danemark]   Jorn Riel [Danemark] - Page 2 EmptyJeu 10 Juil 2008 - 12:04

Heq, le chant pour celui qui désire vivre


De Jorn Riel je ne connaissais que ses fameux et hilarants racontars. C'est avec une grande curiosité que je me suis plongée dans ce roman croisé au détour d'un rayon de bibliothèque.
"Heq" nous emmène aux temps d'avant l'Histoire, aux temps immémoriaux des premiers hommes. Il nous embarque également dans le Grand Nord américain, après que le détroit de Bering ait été traversé par des tribus nomades.
L'Humanité s'est essaimée sur les cinq continents, partie à la conquête de terres et de nourriture. Riel nous conte l'histoire de Heq, un Inuit, et de sa famille, l'histoire de leur voyage vers la frontière du monde, là où naissent les vents terribles de l'hiver, là où résident les esprits....quelques milliers d'années après l'arrivée des premiers hommes sur le continent américain.
Heq est le fruit de l'union d'une Inuit, Shanuq (sa mère) et d'un Indien des plaines (les Hommes-Chiens), Shapokee (son père), chef suprême et sorcier-guérisseur de sa tribu, union forcée puisque sa mère avait été capturée par la tribu paternelle. Elle lui donna le nom de Heq, nom de son grand-père au savoir immense. Tout comme sa mère, Heq est curieux de nature et aime aller à la découverte de ce qu'il ne connaît pas. Le lecteur le suit dans son initiation, dans ses parties de chasse ou de pêche. Le lecteur est en symbiose avec les familles Inuits et découvre leurs rites, leurs coutumes, leur approche de la vie familiale, du plaisir charnel, leur acceptation de la différence (le frère d'Heq, Tyakutyik, est à la fois homme et femme, une originalité qui est loin d'être rejetée par le groupe).
"Heq, le chant pour celui qui désire vivre" est un splendide roman ethnographique dans lequel la fascination et l'amour pour le Grand Nord et ses peuples, faunes et flores, éprouvés par Riel sont un hymne permanent à la beauté et à la tolérance. En effet, ces peuples de l'extrême, ont été sans cesse repoussés vers le Nord par d'autres peuplades plus agressives, plus conquérantes qu'eux. Pourtant, les coutumes et croyances des Indiens et des Inuits sont loin d'être étrangères les unes aux autres.
De l'Alaska au Groenland, en passant par Béring, le lecteur parcourt les espaces immaculés traversés par les élans et les ours, sources de vie et gages d'abondance, les estuaires glacés où dansent cétacés, poissons et phoques. Le désert blanc, riche et d'une beauté à couper le souffle, se déploie sous la plume de conteur extraordinaire qu'est Riel, s'avance au son des griffes des chiens de traîneau, vaisseaux d'un désert de glace et de froid.
Riel, avec "Heq", entame une trilogie Inuit ("Arluk" puis "Soré" continue et achève l'aventure commencée par "Heq"), courant sur mille ans, qui débute au début de l'an 1000 de notre ère. Une trilogie, voyage dans le temps et dans l'espace, voyage au coeur d'une civilisation d'une richesse culturelle et spirituelle trop longtemps occultée. L'Occident "civilisé" (???) a oublié le rapport sans détour avec la nature: la scène d'accouchement au beau milieu d'un environnement hostile montre combien le fait d'être accroupie facilitait autrement mieux le travail de la parturiente que la position allongée... le meilleur vernis civilisé n'est pas toujours celui qu'on croit!
Jorn Riel écrit un merveilleux chant redonnant la place qui lui revient au peuple inuit.
"Heq" est un roman touchant, poignant, au rythme des chasses, des courses en traîneaux, des hivernages dans les igloos où le talent de narrateur est hautement prisé lors des veillées. Le décor qui pourrait être monotone et qui n'est qu'une immense variation des blancs, bleus et verts au coeur d'une symphonie venteuse. Un roman comme je les aime, qui emporte l'esprit, le temps de la lecture (et un peu plus), hors du temps et de l'espace, une respiration, presqu'une méditation, qui apporte un autre regard sur les choses et les êtres.
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