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 Olivier Rolin

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Aeriale
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MessageSujet: Olivier Rolin   Jeu 9 Avr 2009 - 18:44



Biographie
Citation :
Né le 17 mai 1947 à Boulogne-Billancourt

Après avoir passé son enfance au Sénégal, Olivier Rolin étudie au lycée Louis-Le-Grand à Paris. Il intègre l'école normale supérieure et obtient des diplômes en lettres et en philosophie.


Révolutionnaire, il a activement lutté pendant et après mai 68. Il dirigea la branche armée de la Gauche prolétarienne, une organisation maoïste qui suivait les préceptes du Petit livre rouge. Ultra-radicale, le groupe finit par se dissoudre en 1973.


Après quelques années de désoeuvrement, Rolin devient journaliste (à Libération et au Nouvel Observateur), éditeur et écrivain. Son premier roman, Phénomène futur est publié en 1983



Il ne cesse depuis de voyager (Sibérie, Soudan, Japon...) et de composer des récits où l'Histoire se mêle à des éléments de sa propre expérience, et qui ne sont cependant pas autobiographiques..

Un chasseur de Lions


le tableau, pas génial il faut avouer! chut


C'est un récit hybride, atypique, foisonnant, en gros l'histoire d'un tableau de Manet et de son modèle, point de départ d'une immersion dans cette fin de siècle révolutionnaire.
D'un côté il y a le récit de Pertuiset, ami de l'artiste , le fameux chasseur de lions, de l'autre Edouard Manet, le peintre. Aussi discret que l'autre est hableur, fanfaron, excessif et ridicule en un mot, et surtout jamais en reste d'aventures.
C'est surement ce qui intrigue son ami, lui si perdu loin de son atelier. Il a quelque chose de fascinant, une sorte de Don Quichotte qui aurait pactisé avec le diable, un roi sans royaume aux aventures forcément ubuesques.
Parti à la recherche d'or au fin fond de la Patagonie, sur la foi d'une courtisane qu'il aurait préalablement hypnotisée, notre homme est le prétexte d'anecdotes hilarantes. Surnommé "la terreur des palaces", il ne passe jamais inaperçu!

Citation :
Lorsqu’ils apprennent sa présence dans l’hôtel (et comment ne l’apprendraient-ils pas, au restaurant, où cravaté d’une serviette blanche, il inonde des meilleurs bordeaux des plats de gibier en sauce, au fumoir, où il carbonise des havanes, pérorant, verre de cognac en pogne, jactant, jabotant tel un énorme dindon), les gentlemen qui occupent les suites voisines s’affolent et demandent à déménager.


On voyage à travers l'espace, mais aussi dans le temps car tout au long de ce périple, Rolin invite le lecteur à partager quelques moments avec Manet, et pas que! On a droit à une belle galerie de portraits: Mallarmé, Berthe Morisot l'amante fantasmée, ainsi que Monet, Degas, Daudet (dont il se moque bien) Verlaine ou Baudelaire La liste est longue, et le voyage fascinant. C'est toujours excitant de côtoyer un petit bout d'intimité de ces grands, et il est même recommandé de tenir l'ordi pas loin histoire de visionner les tableaux décrits et de les resituer dans leur contexte.

Un livre très vivant donc, qui ouvre la voie à des tas de diversions, qui suscite l'intérêt forcément car il recadre tout un monde de lettres et d'art, un peu romancé mais bien réel, quotidien. Et là on jublile!

Par contre ces disgressions lorsqu'elles sont plus personnelles (et toujours citées en de très longues parenthèses) laissent plus perplexe et finissent parfois par plomber le récit. Olivier Rolin qui est à la recherche, comme ses personnages, du temps perdu, s'égare et nous confie ses errances, ses amours contrariés ou d'un soir, ses déceptions aussi:
Citation :
Vous avez vingt ans, vous êtes romantique, révoltés, ignorants, vous vous efforcez d'aimer les idoles de la Révolution mondiale
(il y a encore, à l'époque, quelque chose dans le monde qui porte ce nom, 'Révolution mondiale'), Marx ou Mao, certains poussent le zèle jusqu'à se convaincre qu'ils aiment Staline. Mais une inquiétude en vous, au fond de la part libre et rêveuse qui demeure en vous, resiste au culte des leaders, à la lâche admiration des vainqueurs. Vous êtes très ignorants, pourtant vous vous doutez que la Révolution est un geste dont la grandeur prométhéenne ne résiste pas à sa victoire, que la Revolution victorieuse voit le temps des bureaucrates et des policiers succéder à celui des héros, qu'il n'y a de belles Révolutions que dans les premiers moments incrédules, et puis après qu'elle a été assassinée

On ne sait pas trop où il veut en venir, quel est le lien de tout ça. Est-ce juste le souvenir de ces séjours dans les traces de l'artiste, juste une association d'idée gtatuite comme il nous en arrive, ou cherche t'il à établir un parallèle? (avec les illusions perdues, les aventures déçues, et les combattants qui baissent les armes?) C'est un peu confus en tout cas et ca n'a pas été pour moi la partie la plus réussie.

Mais malgré quelques coupures de rythme j'ai pris pas mal de plaisir, au final, à suivre Pertuiset, Manet et Rolin dans ce retour au passé. Et puis c'est souvent drôle, voire loufoque, l'auteur parvient même à caser Tintin et le capitaine Haddock... Mais, qu'on ne s'y trompe pas, c'est tout de même une oeuvre très (trop?) riche en références littéraires.

Une phrase à retenir:
Citation :
Le lion que tu chassais, la Terre de Feu que tu explorais, le trésor que tu cherchais, c’était, comme toujours, le temps perdu

Et un livre à tenter...Basketball
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coline
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MessageSujet: Re: Olivier Rolin   Jeu 9 Avr 2009 - 19:43

aériale a écrit:

Un livre très vivant donc, qui ouvre la voie à des tas de diversions, qui suscite l'intéret forcément car il recadre tout un monde de lettres et d'art, un peu romancé mais bien réel, quotidien. Et là on jublile!

[...]

Mais malgré quelques coupures de rythme j'ai pris pas mal de plaisir, au final, à suivre Pertuiset, Manet et Rolin dans ce retour au passé. Et puis c'est souvent drôle, voire loufoque, l'auteur parvient même à caser Tintin et le capitaine Haddock... Mais, qu'on ne s'y trompe pas, c'est tout de même une oeuvre très (trop?) riche en références littéraires.

[...]Et un livre à tenter...Basketball

Tu soulignes tout de même pas mal de ses atouts...
Il a l'air riche et plutôt plaisant à lire... content
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Eve Lyne
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MessageSujet: Re: Olivier Rolin   Jeu 9 Avr 2009 - 19:48

Manet, Monet, Degas, Berthe Morisot, Baudelaire... rien que ces noms me font rajouter tout de suite ce roman sur ma liste. joie

Merci pour ton compte rendu aussi tentant Aériale. Une sélection des Prix Inter à regarder de plus près on dirait. Wink
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Aeriale
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MessageSujet: Re: Olivier Rolin   Jeu 9 Avr 2009 - 19:51

Oui, Evelyne..J'y suis allée à reculons mais très vite on est pris, et c'est une bonne surprise!

coline a écrit:
Tu soulignes tout de même pas mal de ses atouts...
Il a l'air riche et plutôt plaisant à lire... content
Il a des côtés passionnants, c'est certain.
Dommage que la lecture en soit parfois pénible lorsque Rolin s'égare dans des considérations trop personnelles, ou des souvenirs qui n'ont que peu ,ou pas, de liens avec le récit ...On finit par perdre le fil!

J'ai peiné vers les trois quarts du récit...Ca me paraissait interminable cette épopée parsemée de réflexions plus ou moins appropriées; Et puis le dernier quart emballe le reste et on quitte le livre plutôt réjoui, oui! Very Happy
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topocl
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MessageSujet: Re: Olivier Rolin   Mer 2 Oct 2013 - 11:31

Tigre en papier



Il y a 20 ans, Martin a fait les 400 coups avec une bande de copains. Ils se sont tous éparpillés dans la nature au fil des aléas de la vie, et ce soir, à l'occasion d'une soirée de retrouvailles de leur groupe, il fait la connaissance de Marie, une jeune fille de 24 ans, la fille orpheline de son « ami éternel » de l'époque, Treize. Elle veut connaître son père. Il prend un plaisir mélancolique, à la fois amer et tendre, à jeter un oeil sur sa jeunesse. La vie a passé, qu’est il devenu ?
Citation :

C'est ça, « à présent » : cheveux gris, l’air d’un bourgeois, et l’envie qui a passé ?
Là déjà , c’est magique, ils déambulent dans Paris à la recherche de la DS de Martin, dénommée Remember, puis roulent sans fin, sans but, sur le périphérique parisien jusqu'à l'aube qui se lève. Les 2 visages se regardent et s'affrontent, reflètent la lumière des enseignes qui hantent l’obscurité, décor omniprésent de la nuit parisienne.
Martin raconte,  parle, parle, parle. Et c’est l’histoire, moitié pensant, moitié parlant, de cet homme désabusé : sa mélancolie, ses remords, ces regrets . Ce que cela suppose de digressions, de souvenirs refoulés qui émergent, d'humour alternativement mélancolique et ravageur. Les souvenirs affluent, s’entremêlent, en ramènent d’autres à la surface.

Citation :
Le texte du passé dans ma mémoire est complètement déformé, chiffonné.
Citation :
Tu ne sais pas raconter les histoires, tu mélanges tout. C'est le contraire fillette, réponds-tu : l'imbroglio fait partie de l'histoire.
Et cette introspection dans les arcanes du passé, qui hésite entre l'humilité et l'égocentrisme gigantesque (il s'agit bien d'un homme qui parle de lui-même pendant toute une nuit) prend une valeur toute particulière puisque, justement, dans ce passé, Martin avait épousé la Cause, vivait pour la Cause, et ses enthousiasmes juvéniles s'ancraient dans des convictions dont il saisit aujourd'hui le caractère totalement vain et rigide, s'exprimait par des actions violentes, souvent ratées, dont la vie lui a fait comprendre qu'elles loupaient en fait leur cible, qu'elles ramenaient des croyances généreuses(?) à de petits comportements narcissiques.

Citation :
Je ne sais pas comment te faire comprendre ça, on n’était pas tellement des « moi », des «je», à l'époque. Ça tenait à notre jeunesse, mais surtout à l'époque. L'individu semblait négligeable, et même méprisable.
Olivier Rolin reconnaît ses erreurs, il n'en renie pas pour autant ses idées, il reste un homme à la marge, pris entre ses renoncements et une croyance viscérale que notre société a dérivé, qu'elle est invivable, même s'il faut bien y vivre. Un homme qui se croyait un tigre, et quia appris qu’il était aussi fragile et inconsistant qu’une feuille de papier.

Détaché de ses anciens héros, fidèle au  spectre de ses amis morts ou éparpillés, il mène une existence dont on sait peu de choses, des noms, des lieux qui trahissent le vide laissé par les espoirs de jeunesse déçus,  une existence écartelée avec une élégance désabusée entre fidélité et  désespoir. Il jette un regard parfois admiratif, parfois honteux, parfois moqueur sur ces jeunes gens et leurs certitudes, leurs audaces, leur fragilité.

Citation :
…nous étions à la fois très durs et très infantiles, prêts à tuer sans doute et à nous faire tuer sûrement, et en même temps tremblants devant le sexe, et terrifiés aussi par l'autorité d'un chef qui n'était jamais qu'un étudiant un peu plus savant que nous, un peu plus âgé aussi, de 2 ou 3 ans peut-être …
Citation :
Vous ne saviez pas encore combien les hommes sont tous tramés de nuit, couturés d'effroi, la littérature aurait pu vous l'apprendre mais vous aviez rejeté la littérature, vous ne croyiez que dans la « vie », et la « vie », la « pratique », éclairées par la Théorie, par les analyses et les instructions de Gédéon, étaient d’une simplicité effrayante. Vous étiez intransigeants et terriblement ignorants -et il n'aurait pas fait bon vous le dire .

Cette lecture d’une profondeur touchante, où chaque phrase happe le lecteur, le ramène à sa propre histoire, à ses propres failles, à ses propres errances. Olivier Rolin, à travers Martin, est un fabuleux
conteur, un portraitiste saisissant . Il parle d'une époque révolue, devenue un peu ridicule, mais où un espoir existait peut-être encore.

Vous savez quoi? Je vais surement en lire un autre...
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Igor
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MessageSujet: Re: Olivier Rolin   Mer 2 Oct 2013 - 11:57

topocl a écrit:



Vous savez quoi? Je vais surement en lire un autre...
Et moi envoyer Mme I. m'en acheter un exemplaire...

_________________
Tranquille comme mon chien qui dort.
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Olivier Rolin   Mer 2 Oct 2013 - 20:50

quel commentaire Topocl ! merci, tu as accru mon envie de lecture.

Encore un Rolin à connaître.

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Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour soi est un esclave. » Friedrich Nietzsche
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topocl
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MessageSujet: Re: Olivier Rolin   Dim 6 Oct 2013 - 20:34

Port-Soudan
Prix Femina 1994



Deux amis, deux jeunes hommes en colère. Deux doubles de l'auteur, devenus l'un écrivain, l'autre aventurier (« un vague côté Rimbaud mâtiné de Conrad. ») , comme il sied à de jeunes gens qui, revenus de leurs faux espoirs de jeunesse mènent une vie de quête « dans le royaume de l’incurable inquiétude ». Un quart de siècle plus tard, la mort de l’un, A., ramène celui qui a choisi l'Afrique dans un Paris qu’il a si longtemps fui, et qui est devenu une « énorme machine molle affairée à l'extinction de la pensée ». Hantant les  lieux que son ami à fréquentés, écoutant des témoins de sa déliquescence, il reconstruit cette vie marquée, comme la sienne,  par « l'inassouvissement et l’intranquillité ». Leurs parcours sont ceux de deux frères, qui se sont perdus, mais que la vie a pareillement écorchés, chacun sombrant dans son propre  naufrage.

Citation :
Je comprenais que ce qu'on détestait dans l'orgueil, c'était qu'il affirmât la singularité, voire l'élection, de celui qui le revendiquait, et n’éludât point les risques et les devoirs auxquels il engageait - au lieu que la vanité, sa forme contemporaine et dégénérée, n'obligeait à rien qu'à une surenchère de fanfaronnades.

Ce livre est d'une poésie tragique, d'une beauté déchirante. J’ai été emportée par la prose complexe et brillante d’Olivier Rolin, qui parle de ces hommes sans concessions, orphelins de leurs idées de jeunesse, perdus dans un monde qui les horrifie, écartelés par des amours - entre passion et désespoir - qui n'arrivent pas à les sauver.

Une histoire, une fois de plus, d'illusions perdues

Citation :
Marchant au hasard des rues, observant vaguement les gens et surtout, le soir, désoeuvré, regardant machinalement ce qui était devenu le grand paysage à la fois universel et intime, la grande bâche chatoyante des images étendues partout et repliées dans chaque recoin, égalisant et masquant tout, je comprenais peu à peu, mais de façon indubitable, que tout cela était fini, qu’il n'était plus question d'histoire, ni de morale, ni même sérieusement, à vrai dire de politique : que ces vieilleries nous dataient plus sûrement que nos cheveux grisonnants.

Citation :
Il me semblait parfois que les hommes étaient comme de grandes statues creuses à l'intérieur obscur desquelles grondaient un bruit furieux, disloqué par la multiplication désordonnée des échos : et écrire eût été alors tenter d'orchestrer cette pure rumeur du chaos. Nous abritions, sous la majesté muette du ciel, ces retentissements de citernes, ces mugissements d'océan dans des grottes, de bêtes égorgées dans des caves. Cela  avait à voir avec la démence et la mort, ou bien si l'on veut avec la raison et la vie considérées comme la lutte confuse et perdue d'avance que nous menions contre ces pouvoirs du néant, le retard qu'ils apportaient à venir nous faire taire. Écrire eut été composer de la musique entre le tohu-bohu et le silence éternel.
.
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MessageSujet: Re: Olivier Rolin   Dim 6 Oct 2013 - 21:19

(et tu as déjà lu La conspiration de Paul Nizan ?)

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MessageSujet: Re: Olivier Rolin   Lun 7 Oct 2013 - 7:23

Oui , tu n'étais pas né!! et oui, je songeais à le relire!
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MessageSujet: Re: Olivier Rolin   Lun 7 Oct 2013 - 7:30

ça pourrait être une bonne idée. mdr2 

parce que présenté comme ça Port-Soudan ça aurait l'air intéressant...

(hé, oui je ne suis qu'un petit panda intermédiaire !)

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MessageSujet: Re: Olivier Rolin   Lun 7 Oct 2013 - 7:34

Emballé, c'est pesé!
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MessageSujet: Re: Olivier Rolin   Lun 7 Oct 2013 - 8:03

Déjà, lire ça en parallèle avec le Vercors (les armes de la nuit). c'est très intéressant. Dans Tigre en papier (qui est jamais qu'une autre version de ce retour écartelé sur soi-même), il se positionne clairement comme fils de résistant et héritier des résistants, pour lesquels il a une admiration sans borne, et dont il se sent comme une pâle imitation.
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MessageSujet: Re: Olivier Rolin   Lun 21 Oct 2013 - 14:04

J'ai essayé hier Suite à l'hôtel Crystal.



Cela commence assez curieusement sur le rabat de la couverture, où la petite note biographique habituelle de l'auteur laisse entendre qu'il est mort en 2009 à Bakou. Je rappelle que le livre que j’ai entre  les mains remonte à 2004, donc c’est plausible. Seulement , il a été imprimé en 2004...Donc, surprise de la lectrice, qui se précipite sur Wikipédia et se rend compte que non seulement il n'est pas mort mais en plus il a continué à écrire… Bizarre.

Ensuite le livre commence par une soi-disant note de l'éditeur qui raconte que 6 mois après la mort d’ Olivier Rolin, les textes qu’on va lire ont  été découverts dans une valise récupérée aux objets trouvés, et explique le travail d’édition qui a constitué au déchiffrage et la mise en condition de cette  œuvre (inachevée ? en gestation ?) de ces notes. Là, ça devient plutôt sympa et on se dit que ça peut être bien.

Et puis le livre lui-même consiste en l’assemblage de 43 chapitres, chacun décrivant une chambre d'hôtel où Olivier Rolin a séjourné. On sait tout : dimensions de la pièce,  taille, forme et position des fenêtres, couleur (souvent pisseuse) des murs, des coussins, du dessus-de lit,  marque du téléviseur,  tableaux sur les murs, nombre de verres mis à disposition de l'hôte…

Et cela s’enchevêtre à chaque fois avec un petit récit (tout petit) lié au séjour de Rolin dans la ville en question (rencontre avec une prostituée, activités proches de l'espionnage, et même, assassinat d'un type qui le suivait sur un pont dont il a cru que c'était un espion…)

Donc un humour certain en filigrane, et l'univers Rolin est bien là, le sens du détail, le vaste monde, les déambulations, les pays impossibles, les paumés de la vie… mais je dois le reconnaître c’est d’un ennui prodigieux. Je suis prête à beaucoup pour les auteurs que j'aime, mais, quand même il y a des limites.

Stop ou encore ? Stop sur celui-là et, quand même, d'ici quelque temps, encore un Olivier Rolin !
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MessageSujet: Re: Olivier Rolin   Dim 22 Déc 2013 - 21:41

Méroé


Citation :
Dire qu'on a aimé un livre plus que tous les autres, c'est de la foutaise. Parce que, c'est pareil, il n'y a pas UN livre, mais une puissance orageuse des lettres qui vous plante de temps en temps son éclair dans la couenne, et c’est tel ou tel livre, mais tout ce qu'on peut dire après c’est que ça vous a collé une foutue décharge, qu’il y a là une force qui vous la coupe, qui vous dépasse infiniment. Et qui à cette propriété bizarre, comme l'amour, etc., de vous désintégrer mais aussi, contradictoirement, de vous concentrer, quelques très courts instants, en un point d’ intelligence et de sensibilité absolues que vous n'atteindriez jamais sans cela. That’s all.





Ce livre est une sublime histoire d’amour.
Le narrateur porte en lui Alfa, une jeune femme lumineuse qui partagea sa vie quelques mois il y a de cela des années. À l'instar du Marlowe de Au cœur des ténèbres, spectateur de sa propre déraison , il a fui son désespoir au Soudan, « un mélange de terreur et d’anarchie débonnaire ». Il discoure des heures durant d'amour, de mort et de littérature auprès de deux interlocuteurs aussi taciturnes l'un que l'autre, Harald l'échassier et Harold de planteur hollandais.

Citation :
Cette éternelle mélancolie du « trop tard », vous comprenez ? L’humanité, il m'a toujours semblé que c'était ça, cet écart : ça pourrait presque marcher, et puis non, ça foire. Cette magnifique, cette énigmatique puissance de l'échec, voilà ce qui différencie les hommes, l'esprit, de tout le reste - les grands mouvements des roches, des bêtes, des masses d'eau ou d'air. C’est cette puissance négative, ce malheur si vous voulez, qui fait qu'il y a de l'art.

Il n'en demeure pas moins obsédé par le souvenir et le corps d’Alfa., ressassant obsessionnellement les éblouissants moments de bonheur et de sensualité passionnée dont il tente de retrouver la trace auprès de femmes qui passent, artisan de sa propre désillusion.. Là où il croit faire renaître en lui un semblant de vie, il s’enferme un peu plus dans la faille de la séparation.. Il tombe sous le charme d’ un archéologue mystérieux et tourmenté, s'enthousiasme pour des recherches dérisoires (ou indispensables ?) qui ont pour base le temps, l’échec et la culpabilité.

Citation :
Lui qui a toujours été intéressé par l'écriture comme par une forteresse inexpugnable, qui croyait, comme ceux qui ne font que se promener sous ses murailles, que c'était une place assurée et prospère, il s'aperçoit qu'elle est le lieu où toute certitude se déchire, où le doute creuse un puits vertigineux.



C'est un texte magnifique et foisonnant, prodigieusement intelligent de bout en bout, je crois qu'il n'y a pas une page où je n'ai pas vibré. Les paysages dans leur magnificence, la fascination pour la dignité des Soudanais, les épaves de bateaux et d’occidentaux qui se délitent dans Khartoum, la guerre civile qui rôde, sont les remparts qu’il institue entre la réalité et lui, tentant de colmater ses brèches dans une immobilité pétrifiée, par une autodérision désabusée. Dans une prose poétique et farouche Olivier Rolin, érudit passionné nous donne au passage une leçon d'histoire et de géographie sur le Soudan, qui ne m'intéressait pas le moins du monde il y a 3 jours et m’est devenu une source d'émerveillement.

Citation :
Les deux Nils s'y rejoignent pour former le fleuve des rois et des dieux morts : le Bleu, venu en trombe des hauteurs rimbaldiennes et pastorales d'Abyssinie, et le Blanc, qui s'épanche lentement depuis les montagnes des grands lacs de l'équateur. On les nomme ainsi bien qu'ils aient l'un et l'autre (mais pas toujours en même temps) la même couleur virant du thé au lait à la violette en passant par le bronze, selon l'humeur du ciel et des crues.Le Soudan est, bien plus véridiquement et mystérieusement que l'Égypte, le pays du fleuve fabuleux.

Le narrateur fuit son propre anéantissement en ce pays où d’anciennes civilisations mortes le hantent, .Au pays des chrétiens du Soudan , où il cherche en vain sa propre résurrection, les protagonistes historiques ont des allures de héros mythique, et un parallèle s’impose peu à peu entre le narrateur et Gordon, cet militaire anglais misanthrope avec qui il partage le goût de la défaite et de l’exil.

Citation :
J'ai toujours aimé les frontières, ces lignes abstraites où tout est possible, la connaissance et la guerre, qui est malgré tout une forme de connaissance.

Tout en obsessions, en correspondances qui se répondent et s’enrichissent mutuellement au fil de la lecture, Rolin raconte majestueusement sa fantasmagorie absurde. Et, famille oblige, il nous traine avec délectation de lieux dévastés en hôtel miteux (« l’hôtel des Solitaires »…), d’épaves échouées en chiens errants, pour conclure, ce qui n’est pas pour me déplaire :

Citation :
Alors, au fond, tout cela m'est incroyablement égal.

Roman d'aventure intérieure pour le narrateur, à la recherche de l’ultime désillusion, roman d'aventure chatoyante pour les hommes qui ont fait l'histoire du Soudan, Méroé est une réflexion désespérée sur le sens du temps qui passe, l'oubli qui ne se fait pas, l’échec de la fuite et la perte.
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