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 Maurice Druon

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Eve Lyne
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MessageSujet: Maurice Druon   Mer 15 Avr 2009 - 9:20

Maurice Druon


Vous trouverez ICI la liste impressionnante de ses récompenses, de ses différents mandats au sein de Conseils et d'Académies tant en France qu'à l'étranger.

La liste exhaustive de ses œuvres se trouve ICI.

Une biographie sommaire (source Evene).

Maurice Druon (1918-2009) publie différents articles dans des revues et journaux littéraires dès l'âge de dix-huit ans. Co-auteur avec son oncle J. Kessel du 'Chant des partisans', ce n'est qu'en 1946 qu'il se consacre à la littérature. Rendu célèbre par la série historique des 'Rois maudits', il reçoit le prix Goncourt pour 'Les Grandes familles' en 1948 et le prix Pierre de Monaco pour l'ensemble de son œuvre. Il est élu au trentième fauteuil de l'Académie française le 8 décembre 1966 et secrétaire perpétuel le 7 novembre 1985. Il démissionnera de cette fonction mais l'exercera à nouveau à titre honoraire à partir du 1er janvier 2000. En ce qui concerne sa carrière politique, Maurice Druon devient Ministre des Affaires culturelles en 1973-1974 et député de Paris de 1978 à 1981.


Dernière édition par Eve Lyne le Mer 15 Avr 2009 - 9:48, édité 1 fois
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Eve Lyne
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MessageSujet: Re: Maurice Druon   Mer 15 Avr 2009 - 9:35

LES ROIS MAUDITS.

Philippe IV Le Bel, petit-fils du roi Saint Louis, est celui par qui tout va commencer. Ses décisions et ses actes vont changer sa lignée mais aussi l'Histoire de la France. Luttes de pouvoir, sortilèges, magie noire, trahisons, meurtres, régicides, sexe, violence, argent et religion, vous trouverez tous ces thèmes dans cette saga historique (en sept tomes). Cette politique a été à l'origine de la guerre de cent ans.

Comment oublier les fabuleuses prestations de Jean Piat et Geneviève Casile dans la version télévisée de Claude Barma ? Cette réalisation n'a rien à voir avec celle de Josée Dayan, qui manque de panache.

conciliabule Lecture trop ancienne pour en faire un compte rendu détaillé, mais un moment très fort dans ma vie de lectrice.
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coline
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MessageSujet: Re: Maurice Druon   Mer 15 Avr 2009 - 10:29

Eve Lyne a écrit:
LES ROIS MAUDITS.

conciliabule Lecture trop ancienne pour en faire un compte rendu détaillé, mais un moment très fort dans ma vie de lectrice.

Les Rois maudits...J'avais regardé l'adaptation à la télé mais je n'ai jamais eu le courage de lire... honte
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Steven
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MessageSujet: Re: Maurice Druon   Ven 17 Avr 2009 - 19:40

J'avais lu "Les rois Maudits", et bien aimé les deux premiers tomes, beaucoup moins le dernier. Il me semblait avoir lu, je ne me rappelle plus où, que cet ouvrage était l'oeuvre d'un "collectif" dirigé par Druon, et pas seulement son oeuvre.
Il reste pour moi comme le co-auteur avec Joseph Kessel du chant des partisans :
Citation :
Ami entends-tu
Le vol noir des corbeaux
Sur nos plaines.
Ami entends-tu
Les cris sourds du pays
Qu’on enchaîne ...
Ohé partisans
Ouvriers et paysans
C’est l’alarme !
Ce soir l’ennemi
Connaîtra le prix du sang
Et des larmes ...

Montez de la mine,
Descendez des collines,
Camarades.
Sortez de la paille
Les fusils, la mitraille,
Les grenades.
Ohé ! les tueurs
A la balle et au couteau
Tuez vite !
Ohé ! saboteurs
Attention à ton fardeau ...
Dynamite ...

C’est nous qui brisons
Les barreaux des prisons
Pour nos frères.
La haine à nos trousses
Et la faim qui nous pousse,
La misère.
Il y a des pays
Où les gens au creux des lits
Font des rêves.
Ici, nous vois-tu
Nous on marche et nous on tue
Nous on crève ...

Ici, chacun sait
Ce qu’il veut, ce qu’il fait
Quand il passe
Ami, si tu tombes,
Un ami sort de l’ombre
A ta place.
Demain du sang noir
Séchera au grand soleil
Sur les routes.
Chantez compagnons,
Dans la nuit, la liberté
Nous écoute ...

Ami, entends-tu
Les cris sourds du pays qu’on
Enchaîne !
Ami, entends-tu
Le vol noir des corbeaux sur nos plaines ...

_________________
La seule chose que je sais, c'est que je ne sais rien.


Dernière édition par Steven le Ven 17 Avr 2009 - 23:01, édité 1 fois
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Eve Lyne
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MessageSujet: Re: Maurice Druon   Ven 17 Avr 2009 - 19:56

C'est un chant que je trouve bien plus beau que La Marseillaise.

Merci de l'avoir rappelé Steven. Very Happy
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mimi
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MessageSujet: Maurice Druon   Sam 3 Avr 2010 - 10:56

Comment ne pas citer Maurice Druon qui, je le constate, passionne encore les jeunes. A croire que son écriture est intemporelle et étonnemement moderne. J'avais lu une grande partie des "Rois maudits", saga qui a été reprise par le petit écran.

En tout cas, une bien agréable façon de redécouvrir l'histoire et sans doute un très grand talent d'écrivain. Je ne connais pas l'homme qui, selon certains, aurait fait des erreurs de vieillesse, ni le reste de son oeuvre qui est abondante et variée. Il est aussi l'auteur (avec Kessel) du "chant des partisans".

http://www.lefigaro.fr/livres/2009/04/09/03005-20090409ARTFIG00653-maurice-druon-un-seigneur-des-lettres-.php
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Ezechielle
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MessageSujet: Re: Maurice Druon   Sam 3 Avr 2010 - 20:59

Non non et non, cet auteur n'est pas un historien et n'a rien à faire sur ce fil. Désolé de le dire comme ça, mais il ne faut pas confondre "livre d'Histoire" et "roman historique".
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animal
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MessageSujet: Re: Maurice Druon   Sam 3 Avr 2010 - 21:03

d'ailleurs il vient d'y avoir fusion de fils  clown

_________________
Je suis snob, j'ai lu un Mickey Spillane.
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mimi
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MessageSujet: Re: Maurice Druon   Dim 4 Avr 2010 - 1:14

Oula Ezechielle ! Bon, d'accord, ce n'était pas un historien. Il était un peu touche à tout. Trop pour un seul homme, peut-être. La saga a été écrite avec l'aide de Gilbert Sigaux (journaliste), José-André Laxcour et Edmonde Charles-Roux (écrivain). Certes, "Les Rois maudits" ne sont pas des essais historiques mais des romans historiques dans lesquels on apprend beaucoup et certainement autant que dans un livre d'histoire. Parce que l'histoire c'est quoi, dirait Sarko (excusez le tic de langage) ? N'oublions pas que l'on faisait ânoner aux écoliers Algériens des années 50 "nos ancêtres Les Gaulois" dans leurs salles de classe. Je ne pense pas que Druon ait fait ce genre d'almagame dans ses bouquins. Sans être une historienne, je pense que ses romans valent bien mieux que certains livres d'histoire, d'une part parce qu'ils véhiculent un savoir et des repères que je pense assez précis et d'autre part, parce qu'ils sont capables d'éveiller la curiosité et la passion de l'histoire. A ce titre, je les range dans la case "histoire". Voilà, c'est dit !
Maintenant, on peut s'amuser à relever les erreurs historiques de la Saga, si tu veux.
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Ezechielle
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MessageSujet: Re: Maurice Druon   Dim 4 Avr 2010 - 10:31

Attention! Je ne remets pas en cause les éléments historique de ses romans, loin de là! Un véritable roman historique se distingue par la sa recherche approfondie et la rigueur de son propos. Il n'est d'ailleurs pas rare que certains historiens lisent des romans historiques pour parfaire leur connaissance générale (parce qu'au fond, ce n'est pas un "travail" d'histoire au sens strict du terme) et ce type d'ouvrage à le grand avantage de mettre en scène (en "rapport") des éléments de vie courante parfois exposés dans des ouvrages "scientifique" d'une façon peu parlante...
Cependant, on ne peut définitivement pas considérer une roman historique comme un "livre d'Histoire", même pas comme "ouvrage de vulgarisation". En effet, peu de romans historiques, s'ils disent "vrai", donnent leurs sources, leur documentation, etc. De plus, pour les besoins du roman, certains passages sont romancés, certains personnages historiques sont "typés" alors que pour certains, nous savons peu de chose (sur leur caractère). Ces éléments incertains liés à l'absence relative de bibliographie amène parfois à des idées reçues, des croyances à propos de certains évènements/personnages puisqu'on ne peut jamais vérifier ce que dit l'auteur. Bref, pour un historien, un roman historique est à lire avec prudence car la distinctions entre le "vrai" et le "faux" n'est jamais claire. Voilà pourquoi je trouvais que Druon n'avait pas sa place dans la section "Histoire". Même si sur le moment, j'ai été un peu "impulsif" ( Laughing ) ça ne veut pas dire que je n'aime pas Druon (je ne l'ai jamais lu) ou que je rejette le genre "roman historique". Wink
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mimi
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MessageSujet: Re: Maurice Druon   Dim 4 Avr 2010 - 19:10

Tu ne l'as jamais lu Ezechielle. Je vais t'en poser quelques extraits pour te donner une idée plus précise de Druon et de sa saga.
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Arabella
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MessageSujet: Re: Maurice Druon   Dim 4 Avr 2010 - 19:19

Je suis d'accord avec Ezechielle pour ne ranger les romans historiques dans la catégorie Histoire. Parce que ce sont des romans à part entière, avec des qualités littéraires, et une vision du monde propre au romancier artiste. Et on attend vraiment des qualités très différentes d'un historien.

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mimi
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MessageSujet: Re: Maurice Druon   Dim 4 Avr 2010 - 22:02

Bon d'accord ou pas d'accord. Voici un petit extrait : "Les Rois maudits 4 - la loi des mâles". C'est parti !

"A Lyon, les cardinaux étaient toujours enfermés. Ils avaient cru lasser le régent ; leur réclusion durait depuis un mois. Les sept cents hommes d'armes du comte de Forez continuaient de monter la garde autour de l'église et du couvent des Frères Prêcheurs ; et si, pour respecter les formes, le comte Savelli, maréchal du conclave, conservait les clefs sur lui en permanence, ces clefs ne servaient pas à grand-chose, puisqu'elles ne s'appliquaient qu'à des portes murées.
Les cardinaux, jour après jour, transgressaient la constitution de Grégoire et cela d'une conscience d'autant plus légère qu'on avait, envers eux, usé de la contrainte et de la violence. Ils ne manquaient pas de le dire, jour après jour, au comte de Forez, lorsque celui-ci montrait sa tête casquée par l'étroit orifice qui servait à passer les vivres. A quoi, jour après jour, le comte de Forez répondait qu'il était tenu de faire respecter la loi du conclave. Ce dialogue de sourds pouvait se poursuivre longtemps.
Les cardinaux ne logeaient plus ensemble, comme le prescrivait la constitution ; car bien que la nef des Jacobins fût vaste, y vivre à près de cent personnes sur simples jonchées de paille, était devenu bien vite insupportable. Et d'abord par la pestilence qui se dégageait, dans la chaleur de l'été.
"Ce n'est pas parce que Notre-Seigneur est né dans une étable que son vicaire doit nécessairement être élu dans une porcherie", disait un cardinal italien.
Les prélats avaient donc débordé sur le couvent qui communiquait avec l'église et s'inscrivait dans la même enceinte. Repoussant les moines, ils s'étaient arrangés tant bien que mal à trois par cellule ou par chambre de l'hôtellerie, laquelle se trouvait évidemment fermée aux voyageurs. Chapelains et damoiseaux occupaient les réfectoires.
Le régime alimentaire décroissant n'était pas davantage observé ; l'eût-il été, on n'aurait plus eu bientôt qu'une assemblée de squelettes. Les cardinaux se faisaient donc envoyer quelques gâteries de l'extérieur, qu'on prétendait destinées à l'abbé et aux moines. On appliquait beaucoup d'habileté et de constance à violer le secret des délibérations ; des lettres chaque jour, entraient au conclave ou en sortaient, glissées dans le pain ou entre les plats vide. L'heure des repas, de la sorte, devenait l'heure du courrier, et de la correspondance qui prétendait régler le sort de la Chrétienté était fort tachée de graisse.
De tous ces manquements, le comte de Forez instruisait le régent, lequel semblait s'en féliciter. "Plus ils auront commis de fautes et d'inobservances, déclarait Philippe de Poitiers, et mieux nous serons en mesure de sévir quand nous en prendrons décision. Pour les missives, laissez-les s'acheminer, en les ouvrant au passage aussi souvent que vous le pourrez, afin de m'en révéler le contenu.
Ainsi fut-on averti de quatre candidatures qui échouèrent presque aussitôt que posées ; celle d'abord d'Arnaud Nouvel, ancien abbé de Fontfroide, dont le comte de Poitiers fit savoir clairement par Jean de Forez "qu'il ne trouvait pas ce cardinal assez ami du royaume de France" ; puis les candidature de Guillaume de Mandagout, d'Arnaud de Pélagrue et de Bérenger Frédor l'aîné. Gascons et provençaux se faisaient mutuellement échec. On apprit aussi que le redoutable Caëtani commençait à écoeurer une partie des Italiens, et jusqu'à son propre cousin Stefonaschi, par la bassesse de ses intrigues et l'outrance démente de ses calomnies.
N'avait-il pas suggéré, d'un ton de plaisanterie - mais on savait ce que de tels propos valaient dans sa bouche ! - d'évoquer le diable et de s'en remettre à lui pour désigner le pape, puisque Dieu semblait renoncer à faire connaître son choix ?
A quoi Duèze, de sa voix chuchotante, avait répondu :
"Ce ne serait pas la première fois, Monseigneur Francesco, que Satan siégerait parmi nous".
Si Caëtani demandait une chandelle, on chuchotait aussitôt qu'il en voulait fondre la cire pour procéder à un envoûtement.
Les cardinaux, jusqu'à leur internement inattendu, s'étaient opposés les uns aux autres pour des motifs de doctrine, de prestige ou d'intérêt. Mais, à présent, d'avoir vécu ensemble tout un mois dans un espace mesuré, ils se haïssaient pour des raisons personnelles, presque des raisons physiques. Certains se négligeaient, ne se rasaient ni ne se lavaient plus, et se laissaient aller à toutes les libertés de nature. Ce n'était plus par promesses d'argent ou de bénéfices que tel candidat cherchait à se gagner des voix, mais en partageant ses rations avec les gloutons, acte formellement prohibé. Alors, les dénonciations couraient d'oreille à oreille :
"Le camerlingue a encore mangé trois plats de son parti..."
Si les estomacs, par ces compensations, parvenaient à peu près à se satisfaire, il n'en allait pas de même d'autres appétits ; la chasteté, à laquelle certains cardinaux avaient peu l'habitude de se soumettre, commençait d'aigrir furieusement le caractère de quelques-uns. Une plaisanterie circulait parmi les Provençaux :
"Si d'Auch est prêt à tout pour faire bonne chère, à Collone il n'est chair que ne soit bonne affaire."
Car les deux Solonna, l'oncle et le neveu, deux seigneurs athlétiques et mieux bâtis pour porter la cuirasse que la soutane, traquaient les damoiseaux dans les couloirs du couvent en leur promettant une bonne absolution.
On ne cessait de se jeter à la tête de vieux griefs : "Si vous n'aviez pas canonisé Celestin... si vous n'aviez pas renié Boniface... si vous n'aviez pas consenti à partir de Rome... si vous n'aviez pas condamné les Templiers..."
On s'accusait mutuellement de faiblesse dans la défense de l'Eglise, d'ambition et de vénalité. A entendre ce que les cardinaux disaient les uns des autres, on eût cru qu'aucun d'eux ne méritait même un vicariat de campagne.
Seul Mgr Duèze semblait insensible à l'inconfort, aux intrigues et à la médidance. Depuis deux ans, il avait tant embrouillé les choses entre ses collègues qu'il n'avait plus besoin de se mêler de rien, et pouvait laisser ses perverses machines tourner toutes seules. Frugal par nature et par habitude, la maigreur de la pitance ne le gênait nullement. Il avait choisi de partager sa cellule avec deux cardinaux normands ralliés aux Provençaux, Nicolas de Fréauville, ancien confesseur de Philippe le Bel et Michel du Bec, qui trop faibles pour constituer un parti, ne figuraient point parmi les "papables". On ne les redoutait pas, et leur installation en compagnie de Duèze ne pouvait pas prendre l'aspect d'une conjuration. D'ailleurs Duèze voyait peu ses deux compagnons. A heure fixe, il se promenait dans le cloître du couvent, généralement appuyé au bras de Guccio, qui ne cessait de lui recommander :
"Monseigneur, ne marchez point si vite ! Voyez, j'ai peine à vous suivre, avec cette jambe roide que je garde de ma chute, à Marseille. Vous savez bien que vos chances, si je crois ce que j'entends, seront plus fortes à mesure qu'on vous croira plus faible.
- C'est vrai, c'est vrai", répondait le cardinal qui s'efforçait alors de courber le col, de fléchir le genou, et de discipliner ses soixante-douze ans.
Le reste du temps, il lisait ou écrivait. Il avait pu se procurer ce qui lui était le plus nécessaire au monde : des livres, de la chandelle et du papier. Venait-on l'avertir d'une réunion dans le choeur de l'église ? Il feignait de quitter à regret sa stalle et là, écoutant ses collègues s'injurier ou se larder de perfidies, il se contentait de souffler d'une voix à peine audible :
"Je prie, mes frères ; je prie pour que Dieu nous inspire le choix du plus digne."
Ceux qui le connaissaient de longue date le jugeaient bien changé. Il semblait fort s'adonner aux macérations, et offrait à chacun l'exemple de la bienveillance et de la charité. Quand on lui en faisait la remarque, il répondait simplement, accompagnant son murmure d'un geste désabusé :
"L'approche de la mort... Il est grand temps de me préparer..."


Voilà ! Je n'ose pas vous dire le nombre d'années que je n'avais pas relu un bout de chapitre des Rois Maudits.


Dernière édition par mimi le Dim 4 Avr 2010 - 23:06, édité 1 fois
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Epi
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MessageSujet: Re: Maurice Druon   Dim 4 Avr 2010 - 22:04

Cela fait des lustres que Les rois maudits sont dans ma PAL, ce serait bien que je m'y mette un de ces jours.

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Arabella
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MessageSujet: Re: Maurice Druon   Lun 5 Avr 2010 - 8:14

Cela fait tellement longtemps que je j'aurais du mal à en parler. J'ai du le lire vers l'âge de 14 ans et à l'époque j'avais beaucoup aimé.

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Maurice Druon
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