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 Marta Hillers - Une femme à Berlin

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MessageSujet: Marta Hillers - Une femme à Berlin   Marta Hillers - Une femme à Berlin Icon_minitimeVen 1 Mai 2009 - 2:54

Une femme à Berlin.


Voici quelques extraits de ce livre, que je n'ai pas encore lu mais que j'ai regardé ce soir pour en extraire quelques passages. Un choc !

J'aurais aimé ouvrir un fil dans la rubrique "littérature non romanesque" , mais l'auteur est anonyme et je ne sais comment l'intituler ; j'ai donc pensé que cette rubrique était la plus appropriée en attendant l'avis des modos.

La préface de Hans Magnus Enzensberger est instructive. L'auteur n'est pas connu, mais il semble évident qu'il s'agit d'une jounaliste expérimentée ayant effectué des voyages à l'étranger. Elle écrivit son récit entre avril et juin 45 sur des cahiers d'écoliers, dans des abris anti-aériens qui protégeaient un tant soit peu des bombardements, des pillages et des viols de l'armée soviétique. Elle les recopia quelques mois plus tard sur "121 pages de papier gris, à texture grossière, tel qu'on en fabriquait durant les guerre" et les confia à un collègue journaliste.

Le livre fut publié pour la première fois en 1954 chez un éditeur américain, et seulement 5 ans plus tard en Allemagne.

" De toute évidence, le public allemand n'était pas préparé à accepter le récit de faits aussi dérangeants. L'un des rares critiques qui finirent tout de même par en faire état déplora ce qu'il appelait l'immoralité éhontée de l'auteur. Le public féminin allemand n'était pas supposé témoigner de la réalité des viols ; pas plus que les hommes allemands n'étaient censés apparaître comme des spectateurs impuissants devant les vainqueurs russes qui s'emparaient de leurs femmes comme d'un butin de guerre."
"La vision politique de l'auteur fut un facteur aggravant ; sans s'apitoyer sur elle-même, elle observe froidement le comportement de ses compatriotes avant et après la chute du régime, et inflige un cinglant camouflet à l'autocompassion et à l'amnésie de l'après-guerre. Il n'est donc pas étonnant que le livre n'ait rencontré que silence et hostilité."

Par la suite, l'auteur ne souhaita pas que le livre soit réhédité de son vivant. Il reparut en 2001 après avoir été éclipsé durant plus de quarante ans.

J'ai donc recopié le début du récit, suivi de quelques extraits choisis un peu au hasard dans le premier tiers du livre, mais qui me semblent assez représentatifs de ce que j'ai pu voir en feuilletant l'ouvrage. J'ajoute que certaines scènes ( que je n'ai pas recopiées ici) , relatant les violences subies par la narratrices et ses compagnes d'infortune, sont très difficiles à lire, bien que racontées de façon sobre, sans crudité excessive. Ca n'en est que plus fort.

J'espère que ces extraits vous donneront une idée de ce témoignage remarquable, et nécessaire. Je comprendrais que vous trouviez que j'ai cité de trop nombreux passages, mais je n'ai pas les mots pour dire à quel point ce texte me bouleverse. Et ces extraits ne concernent que les 135 premières pages du livre qui en compte près de 400.

Histoire d'un allemand de Sebastian Haffner fut pour moi un véritable choc,  magistral témoignage sur la montée de nazisme vécue de l'intérieur ;  Une femme à Berlin, bien que totalement différent dans la forme, me paraît être un livre aussi fort sur le vécu des femmes dans le Berlin dévasté envahi par les Russes. Chez ces deux auteurs je retrouve une grande force d'évocation,  mais aussi un recul, une analyse de la situation étonnants.

A lire lorsqu'on se sent prêt, mais à lire...


Une femme à Berlin.
Journal
20 avril - 22 juin 1945


Chronique commencée le jour où Berlin vit pour la première fois la guerre dans les yeux.

Vendredi 20 avril, 16 heures.

Oui, c'est bien la guerre qui déferle sur Berlin. Hier encore ce n'était qu'un grondement lointain, aujourd'hui c'est un roulement continu. On respire les détonations. L'oreille est assourdie, l'ouïe ne perçoit plus que le feu des gros calibres. Plus moyen de s'orienter. Nous vivons dans un cercle de canons d'armes braquées sur nous, et il se resserre d'heure en heure.
A intervalles, les longues pauses d'un silence devenu inhabituel. On remarque soudain le printemps. Des ruines noircies du quartier s'élèvent par bouffées les senteurs de lilas oubliés dans des jardins sans maîtres. Devant le cinéma, le moignon d'acacia mousse de verdure. Entre deux hurlements de sirènes, des hommes ont sans doute trouvé le temps de bêcher leur petit jardin familial, car autour des cabanons de la Berliner Strasse la terre est fraîchement retournée. Seuls les oiseaux se méfient de se mois d'avril ; les moineaux boudent notre gouttière.

(...)

Mercredi 25 avril 1945,l'après-midi

Je récapitule : vers 1 heure du matin, j'ai quitté la cave pour regagner le premier étage et m'étendre sur le divan, chez la veuve. Soudaine et violente chute de bombes, l'attaque aérienne se déchaîne. J'attends, je vogue dans un demi-sommeil, tout m'est égal. La vitre a volé en éclats, le vent s'engouffre avec des relents d'incendie . Sous ma couette, j'ai le sentiment imbécile d'être en sécurité, comme si la literie était en métal. Alors qu'en réalisé elle constitue un réel danger. Le docteur H. a raconté qu'un jour qu'il avait dû soigner une femme atteinte par des projectiles dans son lit, des particules de l'édredon avaient pénétré dans ses plaies et il était presque impossible de les en extraire. Mais il arrive un moment où l'on est mort de fatigue, et où cette fatigue l'emporte sur la peur. C'est sans doute pour cela que les soldats du front finissent aussi par s'endormir dans leur gadoue.

(...)

Un quart d'heure plus tard, quelqu'un a remarqué que les radiateurs fuyaient. Nous nous sommes tous précipités à l'étage. Enfin non, pas vraiment tous. La femme du postier, par exemple, a exhibé un certificat médical et crié que son mari était cardiaque, et ne pouvait donc nous accompagner. Le Schimdt des rideaux a aussitôt pressé sur son cœur sa grosse patte de vieillard, tachetée de jaune. D'autres aussi hésitaient, jusqu'à ce que Mlle Behn se mette à hurler comme il se doit sur un chef de meute _" Bande d'idiots, vous braillez vos âneries et en haut vos baraques vont bientôt être emportées par les eaux ", puis elle est partie à l'assaut, sans se soucier de savoir qui la suivait. Je me suis précipitée à sa suite avec une quinzaine d'autres créatures.

(...)

La veuve s'assied près de moi sur le bord du lit, elle est en train d'ôter ses souliers quand... vacarme, fracas.
Pauvre porte de derrière, pitoyable fortification ! Ca tape, ça cogne, les chaises valsent sur les dalles. On entend des pas qui se précipitent, des hommes qui se bousculent, des voix rudes et grossières. Nous nous regardons. Une fissure dans le mur qui sépare la cuisine de la salle à manger laisse entrevoir une lueur vacillante. Maintenant, les pas sont dans le vestibule. Quelqu'un est en train d'enfoncer la porte de notre chambre.
Un, deux, trois, quatre types. Tous lourdement armés, mitraillettes à la hanche. Ils nous jettent un rapide coup d'oeil, à nous, les deux femmes, sans dire un mot. L'un d'eux traverse aussitôt la pièce jusqu'à l'armoire, ouvre les deux tiroirs, y farfouille, les referme brutalement, dit quelque chose d'un ton méprisant et sort à pas lourds. On l'entend fureter dans la pièce voisine qu'occupait jadis le sous-locataire de la veuve, avant de devoir rejoindre le Volkssturm. Les trois autres restent là sans rien faire, chuchotent entre eux, m'examinent à la dérobée. La veuve s'est rechaussée en toute hâte, elle marmonne qu'elle va monter chercher de l'aide dans les autres appartements. Là voilà partie. Aucun homme ne la retient.
Que faire ? D'un coup je me sens follement ridicule dans ma chemise de nuit rose bonbon avec ses petits rubans, assise là sur mon lit, devant ces trois gaillards étrangers.

(...)

Une image étrange me vient à l'esprit, une sorte de rêve éveillé que j'ai eu très tôt ce matin quand j'essayais en vain de m'endormir après le départ de Petka. C'est comme si j'étais étendue sur mon lit et qu'en même temps je me voyais couchée là, tandis qu'un être lumineux et blanc sortait de mon corps : une sorte d'ange, mais sans ailes, qui montait droit comme une flèche. En écrivant je ressens encore ce sentiment d'envol, d'ascension. Il s'agit bien sûr d'un rêve, d'un rêve de fuite. Mon moi abandonne ce pauvre corps souillé, profané. Il s'en éloigne et s'élève vers de hautes sphères. Il ne faut pas que mon moi soit affecté. Je veux me débarrasser de tout ça. Serais-je en train de perdre la tête ? Non, car en ces instants là je la sens froide, et mes mains sont fermes et calmes.

(...)

J'en suis venue à me demander si le fait de connaître un peu le russe était un bonheur ou un malheur. D'un côté, cela me confère une certaine assurance qui fait défaut aux autres. Ce qu'ils perçoivent comme des sons animaux, des cris inhumains résonne à mes oreilles comme du langage humain _ la langue mélodieuse, richement structurée d'un Pouchkine ou d'un Tolstoï". Ce qui ne m'empêche pas d'avoir peur, très peur, toujours peur ( un peu moins depuis qu'Anatol est là ) ; mais quand je m'adresse à eux, c'est d'être humain à être humain, et je sui capable de distinguer ceux qui sont mauvais de ceux qui sont supportables, je sépare le bon grain de l'ivraie, je sais me forger une image de chacun. Pour la première fois aussi, je prends conscience de ma qualité de témoin. Il y a sans doute peu de gens dans cette ville qui puissent s'entretenir avec eux ; qui ont vu leurs bouleaux, leurs villages, leurs paysans et leurs sandales de raphia, leurs bâtisses qui ont poussé comme des champigons et dont ils sont si fiers _ eux qui aujourd'hui ne sont pas plus reluisants que moi, malgré leurs bottes de soldats. En revanche, les autres, ceux qui ne comprennent pas leur langue, ont la tâche plus facile. L'envahisseur leur demeure étranger, ils peuvent creuser un fossé plus profond entre eux et lui, et se convaincre que ce ne sont pas des hommes comme nous ; peut-être sont-ils encore à un stade d'évolution inférieur parce que le peuple est plus jeune et plus proche de ses origines que nous. Les Teutons ont dû se omporter de la même manière quand ils ont envahi Rome et se sont emparés des Romaines vaincues, de ces femmes au parfum subtil, à la chevelure savamment coiffée, aux pieds et aux mains soignés. La situation du vaincu, c'est toujours le paprika sur la viande...

(...)

Retour à lundi, 30 avril 1945.

Lever du jour, mêlé de gris et de rose. Le froid souffle par les fenêtres béantes, goût de fumée dans la bouche. Revoilà le chant du coq. Cette heure matinale est à moi seule. J'époussète, balaie les paquets de cigarettes vides, les arêtes de poissons et les miettes de pain, efface les anneaux laissés par les verres de schnaps sur la table. Puis modeste toilette dans la salle de bains, avec le contenu de deux tasses d'eau. Mes moments de plus grand bonheur se situent entre 5 et 7 heures du matin, quand la veuve et M. Pauli dorment encore, si tant est bien sûr que le mot bonheur convienne dans ce cas-ci. C'est un bonheur tout relatif. Je rapièce et ravaude un peu, et savonne l'une de mes deux chemises. ces heures là, nous savons qu'aucun Russe ne fera intrusion.
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MessageSujet: Re: Marta Hillers - Une femme à Berlin   Marta Hillers - Une femme à Berlin Icon_minitimeVen 1 Mai 2009 - 3:52

Merci Armor car j'ai ce livre (à moins que je n'ai rêvé que je l'achetais, je ne sais plus! confused ) et tu me décides à le lire peut-être plus vite que prévu.
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MessageSujet: Re: Marta Hillers - Une femme à Berlin   Marta Hillers - Une femme à Berlin Icon_minitimeVen 1 Mai 2009 - 10:13

Armor-Argoat a écrit:
J'aurais aimé ouvrir un fil dans la rubrique "littérature non romanesque" , mais l'auteur est anonyme et je ne sais comment l'intituler ; j'ai donc pensé que cette rubrique était la plus appropriée en attendant l'avis des modos.
À mon avis tu as bien choisi la rubrique – même si on pourrait ajouter le nom de l'auteure dans le titre du fil – parce que contrairement aux informations qu’on peut encore aujourd’hui lire sur wikipedia.fr par exemple, en Allemagne on sait de qui il s’agit :

Ce roman est l’œuvre autobiographique de Marta Hillers (1911-2001).

C’était un des plus grand succès sur le marché du livre allemand lors de la parution en 2003.

Le moment de la parution d’autres livres spécialisés ont été démasqués pendant cette période étant des faux et Une femme à Berlin était aussi mis en doute.

Lors des discussions on n’a pas seulement établi la véracité de ce récit à l’aide d’écrits de journaux intimes de l’auteure mais en plus son identité était révélée.


Sous la régie de Max Fäberböck le livre a été porté au cinéma avec Nina Hoss dans le rôle principal. Sortie au cinéma en Allemagne octobre 2008.



source: wikpedia.de

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MessageSujet: Re: Marta Hillers - Une femme à Berlin   Marta Hillers - Une femme à Berlin Icon_minitimeVen 1 Mai 2009 - 14:03

Merci beaucoup Kenavo pour ces précisions, j'étais totalement passée à côté de cette information.
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MessageSujet: Re: Marta Hillers - Une femme à Berlin   Marta Hillers - Une femme à Berlin Icon_minitimeVen 1 Mai 2009 - 15:00

Merci pour ces extraits, Armor, ils sont convaincants ...
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MessageSujet: Re: Marta Hillers - Une femme à Berlin   Marta Hillers - Une femme à Berlin Icon_minitimeDim 15 Nov 2009 - 21:29

Marta Hillers , exact ! je l'avais lu quelque part , puis mon cerveau a mangé l'info !!
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MessageSujet: Re: Marta Hillers - Une femme à Berlin   Marta Hillers - Une femme à Berlin Icon_minitimeLun 5 Avr 2010 - 10:07

kenavo a écrit:
et Une femme à Berlin était aussi mis en doute.
il semblerait que ce soit à cause du métier du bonhomme qui a fait publié la chose : clic de fil CW Ceram - Kurt Wilhelm Marek

et un extrait du "vaut ce qu'il vaut" article wikipedia sur Une femme à Berlin :

Citation :
La première édition, américaine, fut menée sous la responsabilité de Kurt W. Marek (1915-1972), un auteur « spécialisé dans le montage de journaux autobiographiques ou la littérarisation des témoignages ». La Guerre froide divise le monde en deux blocs. Et dans la postface de 1954, Marek ne cache pas l'intention propagandiste : publier, peu après la fin de la guerre de Corée, un livre racontant « l'apocalypse rouge » sur Berlin.

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MessageSujet: Re: Marta Hillers - Une femme à Berlin   Marta Hillers - Une femme à Berlin Icon_minitimeVen 8 Oct 2010 - 11:21

Merci pour le lien, Kenavo.
J'ai commencé à lire ce livre parce que j'ai entendu une émission sur la pièce de théâtre qui en a été tirée, les représentations ont lieu au Théâtre du Rond-Point : voir ici.
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MessageSujet: Re: Marta Hillers - Une femme à Berlin   Marta Hillers - Une femme à Berlin Icon_minitimeMer 13 Oct 2010 - 8:38

Ce livre est passionnant, mais tellement dur que je dois le reposer de temps en temps. Comment monsieur-tout-le-monde peut se transformer en bourreau en cas de guerre - et encore, en ont-ils vraiment conscience ? Violer une femme puis lui faire une déclaration d'amour ! Ou simplement les utiliser comme des objets...
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MessageSujet: Re: Marta Hillers - Une femme à Berlin   Marta Hillers - Une femme à Berlin Icon_minitimeVen 15 Oct 2010 - 14:34

Je l'ai terminé hier soir, lecture accablante mais éprouvante, que je recommande chaudement à condition que votre moral ne soit pas trop bas. La lecture est d'autant plus frappante que l'auteure prend beaucoup de distance avec ce qu'elle raconte, pour se protéger.
Selon Antony Beevor (historien), environ 10 000 femmes violées se sont suicidées après la guerre dans la région de Berlin.
Néanmoins, ce livre m'a fait me poser une question, entre beaucoup d'autres : les occupants Allemands se sont-ils lâchés de la même façon en France, je n'en ai jamais entendu parler ? Après tout, des GIs ont bien été accusés de viol après le débarquement, et pas seulement en France... Y a-t-il eu, comme ça semble avoir été le cas en Allemagne, une honte, une loi du silence ?
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MessageSujet: Re: Marta Hillers - Une femme à Berlin   Marta Hillers - Une femme à Berlin Icon_minitimeMer 31 Aoû 2011 - 16:31

Je n'ai pas encore terminé de lire ce témoignage courageux de cette femme.

Un rapport des Nations Unies de 1998 sur La violence sexuelle et les conflits armés note que, de tous temps, les armées considéraient le viol comme un moyen de maintenir le moral des troupes. Nombre de sociétés considérant les femmes comme « des biens », une armée victorieuse violait souvent les femmes et les réduisait en esclavage sexuel en tant que butin de guerre. Ces armées maltraitaient et humiliaient les femmes de la même façon qu’elles pillaient ou détruisaient les autres biens de l’ennemi. Jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, le viol était « accepté comme une réalité malheureuse mais inévitable des conflits armés ».

Donc la femme est considérée comme une arme de guerre, les viols commis en temps de guerre sont souvent systématiques et ont pour objectif de terroriser la population, briser les familles, détruire les communautés, et parfois, de modifier la composition ethnique de la prochaine génération. Ils servent également parfois à empêcher les femmes de la communauté ciblée de pouvoir enfanter.

« C’est un instrument de terreur utilisé pour faire cesser toute résistance en inspirant la peur de représailles, » dit la chercheuse Jeanne Ward.

Cette jeune fille de 16 ans enfermée dans une souspente pour se préserver est aussi une forme de terreur permanente.
Je me pose la question tout de meme, malgré ces bombardements dévastateurs, comment cette femme a t'elle pu réunir ses esprits après avoir ingurgité de l'alcool, etre violée à plusieurs reprises, affamée, sans hygiène etc.. comment a t'elle pu encore ecrire avec ce style aussi précis et décrire dans les détails ce qu'elle vit.

J'ai aussi très dur à poursuivre cette lecture, les hommes me dégoutent après ce que j'ai lu, j'ai aussi quelques doute à la véracité intégrale de ce récit. Difficile de penser que ces choses se soient produites tel qu'elle le décrit, et cette légèreté quelle prend avec ironie, est-ce vraiment pour se préserver, je serais plutot paralysée de frayeur.



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MessageSujet: Re: Marta Hillers - Une femme à Berlin   Marta Hillers - Une femme à Berlin Icon_minitimeMer 31 Aoû 2011 - 17:01

Je ne l' ai pas lu encore, mais Enzensberger présente le livre de façon très éclairante.
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MessageSujet: Re: Marta Hillers - Une femme à Berlin   Marta Hillers - Une femme à Berlin Icon_minitimeSam 31 Oct 2015 - 19:30

"Mieux vaut un Ivan sur le ventre qu'un Amerloque au-dessus de la tête". C'est avec ce genre d'humour noir que tentent de survivre des femmes dans le chaos de Berlin détruit, terrées comme des rats dans des caves, manquant de tout : eau, gaz, électricité, tenaillées par la faim et surtout soumises aux multiples viols de la soldatesque soviétique. Marta Hillers (j'ai appris le nom de l'auteur de ce journal grâce au site) est une jeune femme cultivée qui a déjà voyagé dans différents pays d'Europe au moment des faits. Elle dresse un constat effrayant, sans concession de cette apocalypse, une écriture au jour le jour dans de petits cahiers qui lui permet de ne pas sombrer dans la folie. Son regard est lucide, il note les égoïsmes de ses compatriotes, la lâcheté des hommes, à quelques exceptions près, qui détournent les yeux au moment des viols. Son approche des vainqueurs est nuancée, tous ne sont pas des brutes, mais elles sont presque toujours des proies "La situation du vaincu, c'est toujours du paprika sur la viande". A ce sujet, dans un beau passage, elle s'insurge contre les méfaits de l'alcool qui désinhibe les pulsions sexuelles. Et puis, il y a des moments de tendresse aussi entre ces femmes et qui les aident à vivre. La vie quotidienne dans le premier mois de l'occupation, réquisitionnées pour déblayer, transporter des matériaux destinés à l'URSS, la récolte des orties pour la soupe, le bruit des premières bicyclettes roulant sur la jante dans les rues...
Un témoignage important et probablement unique du pandémonium berlinois d'avril-mai 1945.
Quelques citations :

« Un homme qui tirait une charrette à bras, sur la charrette une femme morte, raide comme une planche. Mèches grises soulevées par le vent, tablier de cuisine bleu ; les longues jambes maigres, dans des bas gris, dépassaient comme des piques à l’arrière de l a charrette. Personne ou presque ne prêtait attention. Comme avant, pour l’enlèvement des ordures ménagères. »
Jeudi 26 avril 1945

« Mais maintenant, ce n’est pas à la grande et noble vengeance que la plupart des gens vont donner libre cours, c’est à leurs petits ressentiments, vils et mesquins : celui_là, il m’a regardé de haut, sa femme a aboyé son « Heil Hitler » quand elle a vu la mienne, et par-dessus le marché il a gagné plus que moi, a fumé des cigares plus gros que les miens… mainteanant c’est moi qui vais le rabaisser, lui clouer le bec…
A part cela, j’ai aussi appris dans l’escalier que dimanche prochain, c’est la Pentecôte. »
Jeudi 17 mai 1945

« Il paraîtrait qu’à l’est, des millions de gens, pour la plupart des juifs, ont été brûlés dans des camps, de grands camps. Il paraît aussi qu’on aurait utilisé leurs cendres comme engrais chimique. Et ce qu’il y a de plus incroyable : tout aurait été soigneusement noté dans de gros livres, registres comptables de la mort. Il se fait que notre peuple aime l’ordre. Plus tard dans la soirée, il y eut du Beethoven, qui fit jaillir des larmes. J’ai tourné le bouton. Pour l’instant c’est insupportable. »
Dimanche 27 mai 1945
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