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 Zoé Valdès [Cuba]

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coline
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MessageSujet: Zoé Valdès [Cuba]   Mer 4 Avr 2007 - 13:25

Zoé Valdés



Poète, romancière et scénariste, Zoé Valdés est née en 1959 à Cuba, à La Havane.
Elle a grandi avec sa mère et sa grand-mère dans un quartier très pauvre de la capitale cubaine.
Après des études de philologie à l'université de La Havane puis à l'Alliance Française à Paris, elle travaille de 1983 à 1988 à la délégation cubaine de l'UNESCO et à l'Office Culturel de Cuba à Paris, puis co-dirige la revue Cine cubano.
Elle a dû se résoudre à fuir la dictature castriste. Devenue citoyenne espagnole en 1997, elle a choisi la France pour terre d'exil et vit à Paris.
Elle reste interdite de séjour à Cuba depuis 1995, un an après la publication de son premier roman "Sang bleu".
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coline
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MessageSujet: Re: Zoé Valdès [Cuba]   Mer 4 Avr 2007 - 13:29

L'éternité de l'instant

Je n'avais encore lu aucun livre de Zoé Valdés et , arrivée au tiers de ce livre dont je reparlerai, je découvre une grande auteure.

Petit avant-goût...

"Là, une jeune fille, qui ne laissait pas de trace sur la neige, avançait également d'un pas léger et bref comme patinant ou en lévitation, suprêmement pressée; ses bras serrés sur sa poitrine protégeaient jalousement un cartable de rouleaux de papier, et à son épaule pendait une sacoche où -il ne fallait pas être devin pour le comprendre- elle rangeait pinceaux et encriers."

"Ce qui lui plaisait le plus dans la vie c'était de regarder en l'air et de contempler le ciel. Mei observait les nuages jusqu'à être envahie de bonheur; alors, lourde de sensations, elle énumérait les nuages qui inondaient son âme.
Elle préférait l'hiver à l'été; sa plus grande satisfaction consistait à jouir du spectacle des flocons à travers la fenêtre ou à répandre de l'encre dans le jardin et observer l'épais ruisselet qui colorait d'indigo la marmoréenne blancheur de la neige."

"Scrupuleux, ensorceleur, il parcourut de la pulpe des doigts les lignes deses mains fleurant le jasmin, remontant aux avant-bras, aux aisselles, baisa lentement le cou de l'aimée. Il redescendit vers le buste, s'arrêta aux aréoles, respira son parfum à lanaissance des seins, poursuivant son voyage vers les dénommées Sourcesd'Eau claire, les mamelons roses, translucides. Ses mains flottèrent avides sur le Grand Océan, le ventre, tels deux nénuphars à la dérive. Sa tête alla à la rencontre du Mont Eternel, le pubis; sa langue dessina un sillage de souffles sur la Porte Sombre, la vulve. La pointe du pénis trébuchait sur la Rotonde du Nerf, le clitoris, là où convergent toutes les latitudes en affection et harmonie, l'origine du monde, là où s'unissent le ciel et laterre, le baiser des vivants et l'âme des morts. Il but l'ambre tiède du ventre de la baleine."
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coline
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MessageSujet: Re: Zoé Valdès [Cuba]   Ven 6 Avr 2007 - 22:23

L'éternité de l'instant.


Je suis vraiment sous le charme de ce roman...J'en parlerai lorsque je l'aurai terminé.

En attendant, si vous avez quelques minutes, une interview Zoe Valdes sur le site Gallimard:
http://www.gallimard.fr/catalog/Html/clip/A77682/index.htm
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Aeriale
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MessageSujet: Re: Zoé Valdès [Cuba]   Sam 7 Avr 2007 - 9:39

coline a écrit:
Je suis vraiment sous le charme de ce roman...J'en parlerai lorsque je l'aurai terminé.

Personellement c'est la couverture qui m'a charmée ainsi que le titre...
Je me disais qu'avec de tels atouts et un peu de chance ,ce qui devait se trouver à l'intérieur devait être pas mal aussi ...

Donc, vivement tes impressions Coline! :)
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coline
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MessageSujet: Re: Zoé Valdès [Cuba]   Sam 7 Avr 2007 - 13:12

aerial a écrit:
vivement tes impressions Coline! :)

Ca ne saurait tarder...je l'ai terminé!:)
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coline
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MessageSujet: Re: Zoé Valdès [Cuba]   Sam 7 Avr 2007 - 17:46

L’ETERNITE DE L’INSTANT


C’est une histoire émouvante et passionnante… Un roman plein de charme et de poésie, souvent aux frontières du surnaturel…Une épopée où le héros traverse mille aventures et croise quantités de gens, des meilleurs aux pires…

Ils sont sortis, je pense, de l’imagination de Zoé Valdès qui a tenté de redonner à son arrière-grand’père un honneur et une dignité que le cours de la vie, la misère surtout, lui avait fait perdre lorsque, fuyant la misère, il quitta la Chine pour émigrer à Cuba.

L’auteur n’avait encore jamais évoqué ses origines chinoises.


Ma chronique pourra paraître longue. Et pourtant je ne révèle pas tout de cette histoire à multiples rebondissements. J’ai eu envie de citer des passages pour que vous puissiez apprécier l’atmosphère de ce livre et le grand talent de Zoé Valdès.



Au début, en Chine, Li Ying, un grand chanteur d’opéra traditionnel épouse la douce Mei Ying, calligraphe.
« Depuis l’âge de cinq ans, tandis que les autres enfants jouaient sur la place du village où il était né (et où il vivait encore avec une longue parentèle d’oncles et tantes, cousins et cousines), ses parents avaient mis toute leur énergie à le faire étudier et briller de sagesse ; ils l’avaient initié, d’abord sous leur propre gouverne puis sous la direction des moines, au chant et à la danse de la poésie antique, faisant de lui un garçon réservé et raffiné qui, non seulement chantait avec une surprenante clarté de fan bai, ce timbre de flux et reflux de la voix, mais aussi jouait de plusieurs instruments : le luth à soufflet d’origine persane, la harpe, la cithare qin et celle à seize cordes, les flûtes à bec ou traversières, le tambourin de bambou, les cymbales, la guitare à deux cordes jouée à l’archet et l’orgue de bouche ; il était expert aussi dans les cinq formes du chant : le Gao qiang, dérivé du Yiyang qiang, genres tous deux spécifiquement timbrés, puis venait le Kun qiang, qui est le survivant du Kunqu, style sophistiqué originaire de la côte, et le Huqin, qui fait partie de l’opéra de Pékin, très rythmique.
Son père écrivait des psaumes et des sermons, et éditait des livres sur les œuvres de ses poètes de prédilection : Du Fu, Su Dongpo et Bajin. Sa mère possédait le secret familial de la filature, tissant et brodant des trésors destinés à être accaparés par le marché occidental. Elle filait aussi les longues étoffes de soie naturelle où son père dessinait des vers ; la femme cousait avec des fils précieux d’or et d’argent les couvertures des livres, puis les parfumait avec soin d’une essence de son invention, fleur d’oranger et musc, en les enduisant, pour finir, de gomme arabique afin de renforcer durablement leur résistance.
Ils eurent la grande joie de découvrir très tôt que Li Ying n’était pas seulement doué pour la lyrique vocale, mais que le chant de sa gorge ne pouvait se comparer qu’au ramage du rossignol ; sans parler de sa maîtrise de l’art des gestes, du phrasé de son regard avec une exigence spirituelle et une souplesse corporelle sans égale. Jamais personne n’avait pu se targuer d’une telle vigueur physique, car il pouvait allonger la durée des opéras de quinze jours à un mois. Les gens du pays disaient que pareil prodige ne pouvait avoir d’autre origine qu’une énergie supérieure ; ils se trouvaient devant un don divin et s’avouaient témoins de la grâce envoyée par le Sage, le doux et vénéré Bouddha.
Li Ying sourit humblement, tira des deux mains ses cheveux brillants en arrière et enserra ses tempes d’un étroit bandeau ; ses yeux se bridèrent encore davantage. Il passa sur ses joues un maquillage blanc, prit le pinceau et peignit ses sourcils en noir, deux traits comme deux ailes d’aigle en plein vol ; il entoura ses yeux d’un khôl foncé et en prolongea la ligne étirée des paupières. Pour finir, il enduisit la pointe d’un autre pinceau d’un rouge intense ; ses lèvres fines resplendirent comme l’entaille d’une blessure qu’on vient d’ouvrir, teintée d’un sang épais. »


Li Ying et Mei Ying s’aiment et ont trois enfants.


L’aîné, Mo Ying, est un garçon talentueux qui étudie l’astronomie, la géographie, la poésie, les mathématiques, la calligraphie, la peinture, la médecine…Il part même quelques temps à l’écart du monde avec un vieux poète pour s’initier à la méditation et la spiritualité.


Mo Ying a deux sœurs : Xue Ying et la petite Irma Cuba Ying, ainsi appelée parce qu’un cousin de la famille a envoyé de vagues nouvelles de Cuba où il a émigré.


Mais la vie devient de plus en plus difficile pour la famille.

Le père, Li Ying, choisit de laisser femme et enfants pour émigrer à Cuba, gagner l’argent pour les sortir de la misère.

Il ne donne plus de nouvelles. Qu’est-il advenu de lui ? La vie bascule.



Mei Ying renonce à parler.

« Tout ce que je devrais dire je l’ai déjà dit un jour à l’homme que j’aime. Le reste est sans importance. »

« Je ne crois pasque mon silence fasse de tort à personne. Mon cœur se promène dans le silence du mystère, je crois qu’ainsi parla le bonze, et cela me satisfait. Silencieuse je suis mieux et peux me comporter de façon plus humaine face à la douleur des autres. Celui qui ne parle pas sait, celui qui parle trop ignore le plus important, écouter les autres. »

Xue s’invente une vie rêvée et se bande les yeux.

« Le paysage que je cherche vibre dans mes rêves. La plupart du temps, je rêve éveillée. J’ai découvert que le monde se contemple mieux de l’intérieur, grâce à la force de l’esprit, fit-elle les lèvres tremblantes. Je peux observer notre père, jedevine son voyage, et d’une certaine façon je parviens à l’accompagner. »



Irma Cuba souffre des oreilles et trouve souvent réfuge sous les eaux du fleuve Yang-Tsé Kiang, en compagnied’un chien.



Le vieux poète dit à MoYing :

« Ta mère n’a pas récupéré l’usage de la parole ? C’est curieux : ta sœur Xue ne veut pas voir. Irma Cuba ne désire pas entendre. Mei Ying ne parle pas. On les prendrait pour les trois singes de la sagesse. »


Comme ils s’en sortent mal ! Alors le jeune Mo Ying décide de partir à la recherche de son père.

Après maintes péripéties, il arrivera à Cuba.

Dans la deuxième partie du livre, on le retrouve âgé de 100 ans, lui-même depuis longtemps muré dans le silence par désespoir amoureux. Il s’appelle Maximiliano Megia.

Remuant ses souvenirs il repense à son existence et fait le point de ce qu’il veut transmettre à Lola sa petite-fille, tout ce qu’il a écrit sur ses cahiers…

« Il avait connu le miracle de vivre cent ans, mais bientôt il mourrait, il le voyait bien. Et Lola, quel héritage lui laisser ? Trop de sagesse, dans un monde où la médiocrité et l’intolérance l’emportent en permanence, elle serait condamnée irrémédiablement à la démence."



« Son propos était de durer encore un peu, de gagner un peu plus de temps, et d’apprendre à sa petite-fille à tenir tête au destin et s’évader par la pensée, à l’entraîner à sauter à la perche de l’autre côté du mensonge, mais avec intelligence et sensibilité. »


Dernière édition par le Dim 8 Avr 2007 - 23:37, édité 1 fois
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swallow
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MessageSujet: Re: Zoé Valdès [Cuba]   Dim 8 Avr 2007 - 20:16

Je me méfie un peu de sa bio de martyre du régime castristre. Je sais que c´est sa carte de visite depuis qu´elle s´est installée à Paris. Restons gentils, ne cherchons pas la petite bête, et disons pour rester clairs qu´elle s´est auto-exilée.
A part celà, je ne sais pas ce que donne la gouaille de son langage en français. En espagnol, les passages érotiques sont quelquefois à deux pas de la vulgarité. Je sais qu´elle utilise comme Cabrera-Infantes le langage local de Cuba. Un langage ORAL. Mais quelle différence!
Les traducteurs de Zoe Valdès doivent faire des merveilles pour que le ton reste cru, sans friser le ridicule.
Tu me diras, Coline si dans "L´eternité de l´instant", elle n´abuse pas de réferences culturelles chères aux français, ce qui les flatte et les seduit. Le tour est joué.
Je ne me souviens plus dans quel autre roman elle cite à plusieurs reprises "edith Piaf", et nous savons tous que plus d´un lecteur aura la chair de poule à la simple lecture de ce nom magique, tandis qu´il est balloté entre La Havane et les Caraïbes.
Bref, Valdès a ses "trucs" pour survivre intellectuellement, mais peut-être sait-elle maintenant s´en passer et n´en n´abuse-t-elle plus comme avant!
Encore une fois, je n´ai pas lu ce roman. Je me suis fatiguée avant. Crying or Very sad
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coline
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MessageSujet: Re: Zoé Valdès [Cuba]   Dim 8 Avr 2007 - 22:19

swallow a écrit:
Encore une fois, je n´ai pas lu ce roman. Je me suis fatiguée avant. Crying or Very sad

Tu ne l'apprécies pas beaucoup... :)

J'ai fait le contraire de toi...je suis arrivée "toute neuve" à ce roman qui est son dernier, je n'en avais lu aucun autre...Et je l'ai beaucoup aimé!

Je l'ai trouvé fort bien écrit , n'y ai vraiment vu aucune vulgarité, aucune gouaille, bien au contraire( à part sur de courts passages où elle fait parler des cubains) .

Je ne pense pas que ce soit une prouesse des traducteurs. :)
Je l'ai entendu dire qu'elle était revenue à une écriture plus poétique (elle a commencé avec de la poésie).

Je n'y ai pas trouvé non plus de références culturelles susceptiblesde flatter exagérément les Français. Les références culturelles dans ce roman sont plutôt empruntées à la Chine.

Moi qui avais enviede me pencher sur ce qu'elle avait écrit avant...je vais peut-être regarder à deux fois afin de ne pas être déçue...et rester sur cette bonne impression. :)
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swallow
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MessageSujet: Re: Zoé Valdès [Cuba]   Dim 8 Avr 2007 - 23:11

C´est sûr Coline que tu as eu du flair ( comme d´habitude) et que tu as commencé par le bon.
En plus si tu soutiens que tu n´as decelé aucune vulgarité, je te fais confiance, il n´y en a sûrement pas!
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coline
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MessageSujet: Re: Zoé Valdès [Cuba]   Dim 8 Avr 2007 - 23:34

swallow a écrit:
C´est sûr Coline que tu as eu du flair ( comme d´habitude) et que tu as commencé par le bon.
En plus si tu soutiens que tu n´as decelé aucune vulgarité, je te fais confiance, il n´y en a sûrement pas!

Very Happy Juste quelques propos de Cubains ça et là...
Est-ce que dans les extraits que j'ai cités tu as retrouvé ce que tu connais de la prose de Zoé Valdes?
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swallow
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MessageSujet: Re: Zoé Valdès [Cuba]   Lun 9 Avr 2007 - 16:14

Coline a dit.
Citation :
Est-ce que dans les extraits que j'ai cités tu as retrouvé ce que tu connais de la prose de Zoé Valdes?
_________________

Non, c´est justement pourquoi je me demandais si la traduction de cette langue cubaine en français n´amenuisait pas un peu les lourdeurs de style de l´écrivaine.
Il y aurait beaucoup à dire sur les modifications operées par le passage d´une langue à l´autre au cours des traductions.
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MessageSujet: Re: Zoé Valdès [Cuba]   Ven 14 Déc 2007 - 21:32

j'ai commencé il a 2-3 jours ... ou 4 Sang Bleu et ... je suis partagé entre l'envie de continuer et l'impression que je sais pas que ma cervelle va se liquéfier et partir dans tous les sens... à moins que je lise autre chose à côté, je ne sais pas... à moins que je sois un peu trop en miettes en ce moment Shocked

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Je suis snob, j'ai lu un Mickey Spillane.
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MessageSujet: Re: Zoé Valdès [Cuba]   Mer 9 Jan 2008 - 19:10

Le cours de litté comparée du deuxième semestre étant au choix, je me suis inscrite dans un cours sur les littératures postcoloniales, et Zoe Valdès est au programme :) avec Café nostalgia.
Ce sera l'occaison d'en parler avec vous Wink
Les autres auteurs sont Maryse Condé et...aïe, je ne sais plus, j'irai vérifier Laughing

_________________
Ce que j'ai souvent éprouvé plus tard, je le pressentis alors en quelque sorte, savoir : que l'on n'a pas le droit d'ouvrir un livre si l'on ne s'engage pas à les lire tous.

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MessageSujet: Re: Zoé Valdès [Cuba]   Mar 16 Sep 2008 - 12:11

Je ne suis pas trop d'accord avec ses autres romans, mais L'éternité de l'instant est vraiment un très joli roman.. donc.. le voilà en poche Wink


_________________
La vie, ce n'est pas d'attendre que l'orage passe,
c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


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MessageSujet: Re: Zoé Valdès [Cuba]   Dim 4 Jan 2009 - 18:20

L'éternité de l'instant (Galimard, traduit de l'espagnol pas Albert Bensoussan).

Le roman commence en Chine. Il s'agit d'une histoire inspirée de la famille de l'auteur (les photos de ses ancêtres figurent dans le livre).

Citation :
"Mei leva les yeux ; le soleil resplendissait après la nocturne tempête de neige." (page 30)
Le lecteur est prévenu : c'est de la Littérature. Si vous et moi avions écrit cette phrase, nous aurions écrit "tempête de neige nocturne". Là, non.

Mei est la fille de son père, et son père, c'est M. Xuang. Il est veuf, et se consacre à l'éducation de sa fille. M. Xuang est lettré, du coup sa fille "lisait depuis l'âge de trois ans, et écrivit à partir de trois ans et demi. Son père le lui avait appris, en l'instruisant au moyen des commentaires aux Poèmes canoniques ou Livres des Odes, la plus ancienne anthologie de poésies chinoises, composée de trois cent cinquante pièces lyriques, réunies entre 770 et 476 avant notre ère" (page 28 ).

Ce qui est drôlement reposant, dans ce livre, c'est que le lecteur n'a pas à lire des notes de bas de page, tout est dans le texte. Il n'y a quasiment pas un bâtiment, pas un livre dont on ne nous précise de quand il date (à force, c'est pénible ; on n'est pas dans un Guide du Routard, quand même !). Et "avant notre ère", cela s'adresse bien sûr au lecteur occidental.
De toute façon, on l'avait bien compris. C'est une Chine rêvée, fantasmée par un occidental – ou, ici, une occidentale.
C'est très joli, il y a des jolis flocons, des papillons, d'élégants caractères, des discussions très très profondes. Ici, personne ne dira "passe-moi le sel". On n'ouvre la bouche que pour s'interroger sur la Poésie, le Sens de la Vie, etc. Pour la Chine, la vraie, mieux vaut ouvrir un livre chinois.
Mais bien sûr, le propos de Zoé Valdès n'était pas d'écrire un livre chinois.

Parfois, c'est drôle. Le père parle à un disciple. "Avez-vous lu Li Yu ? Son équivalent occidental est Molière". (page 31). Ah oui, le disciple comprend tout de suite mieux. Li Yu, ça ne lui causait pas des masses, mais Molière, bien sûr !

En parlant de Molière, on peut craindre que cette référence ne soit mise ici pour flatter le lecteur occidental, et plus particulièrement français (Zoé Valdès vit en France, elle y a un lectorat important).
Crainte confirmée au fur et à mesure du roman : on aura Gargantua et Pantagruel, Seurat, Coco Chanel, Baudelaire, etc.

Revenons à l'histoire. La jolie petite Mei s'éprend d'un joli chanteur d'opéra, Li Ying, qui l'aime aussi. Ca tombe bien. Ils se rencontrent officiellement :
Citation :
"La pièce s'emplit d'une brume opaline. Dehors, il neigeait à gros flocons. Li Ying avança à genoux jusqu'à elle, prit sa main fine entre les siennes et baisa le bout de ses doigts.
La lumière nacrée s'élevait entre eux.
- Mei Xuang, bientôt Mei Ying, les nuages sont descendus pour nous saluer." (page 42).
On notera que le directeur de la photo a fait du bon boulot, ainsi que les accessoiristes (envoie un peu moins de fumée, tu veux les étouffer ou quoi ?).
Citation :
"J'aime les enfants, mais cela me fait peur de mettre au monde des enfants sur une planète qui se détruit lentement, soupira-t-elle" (page 44).
Pour rappel, nous sommes en 1902, dans la Chine profonde. On croirait cette phrase écrite par une contemporaine...

Citation :
Page 45 : "Les boutons des fleurs de lin et de chanvre sur le point d'éclore évoquaient des touches pointillistes sur un paysage de Georges Seurat [….]".
Hum. Il est certes mort en 1891. Et sa notoriété s'est rapidement répandue dans toute la Chine, jusqu'au village de nos héros. Certes, on me dira qu'il s'agit d'une description. Mais pourquoi mêler Seurat à tout ça ?

Passage obligé : les scènes de sexe. Elles sont assez crues, et souvent marrantes.
"Ses mains flottèrent avides sur le Grand Océan, le ventre, tels deux nénuphars à la dérive. Sa tête alla à la rencontre du Mont éternel, le pubis ; sa langue dessina un sillage de souffles sur la Porte sombre, la vulve. […] Arquée comme une chatte en chaleur et les yeux chavirés, Mei geignit en interminable orgasme. Puis son corps s'étrécit peu à peu jusqu'à recouvrer la position fœtale, les mains sur le sexe." (page 49).
Pourquoi, à chaque fois qu'elle utilise une image, Zoé Valdés se croit obligée de nous expliquer de quoi elle veut parler ? Pour ceux qui n'auraient pas compris de quoi il s'agit ? C'est un peu prendre les lecteurs pour des lents de la comprenette…

Bref, la nature suit son cours, il va y avoir des enfants, dont l'un sera le vrai héros de l'histoire.

Il y a d'autres scènes amusantes.
"- As-tu reçu des nouvelles récentes de Weng Bu Tah, ton frère ?" (page 65).
Notez le naturel de la formulation, et la nécessité du rappel du lien de parenté, qui s'impose vraiment (oui… pour le lecteur !). Deux lignes plus loin :
"- Ton cousin ? Oui, bien sûr, maman a reçu une ou deux lettres".
Ce que c'est maladroit de la part de Zoé Valdés, l'écrivaine.

A un autre moment, on est à Shanghai. Il y a des gratte-ciel. Evidemment, c'est moche, les maisons traditionnelles sont tellement plus jolies, et le gratte-ciel, c'est le début de la modernité, donc la mort de la poésie.
Bref. On est devant ce gratte-ciel. On peut lire dans le bouquin : "Quelle absurdité cette idée de gratter le ciel ! sourit-il, ironique." (page 85). Ce "ironiser", utilisé également à la page 146, est totalement hors de propos. Le Robert dit : "Manière de se moquer (de qqn ou de qqch.) en disant le contraire de ce qu'on veut faire entendre)." Que faut-il comprendre, alors ? Que Zoé Valdés (ou bien le traducteur, Albert Bensoussan, mais là, j'ai du mal à la croire) ne sait que ce que ironiser veut dire ? Ou bien qu'en fait Zoé Valdés voulait faire croire au lecteur de base que le personnage était contre les gratte-ciel, alors que le lecteur qui sait chercher dans le dictionnaire comprend qu'en fait il se déclare en faveur des gratte-ciel ?
Détail, me dira-t-on. Mais très agaçant. On ne cesse de nous parler de la poésie, des mots, que tout se perd… effectivement.

Qu'a-t-on encore dans ce roman ? Une fille qui saute de toit en toit (on est là en plein Tigre et Dragons, ou bien dans un Tsui Hark). Ca fait couleur locale, et franchement, ça n'a pas grand chose à faire dans le livre.

Dans une discussion, il est dit : "Celui qui ne parle pas sait, celui qui parle trop ignore le plus important, écouter les autres" (page 122). J'imagine que ça a dû beaucoup apporter à l'interlocuteur, ultra-cultivé, qui aura bien sûr reconnu un passage du Tao Te King de Lao Tseu (moi, oui, alors lui, j'espère bien) : "Celui qui parle ne sait pas, celui qui sait ne parle pas".
Ah, j'oubliais, c'était destiné au lecteur occidental qui, lui, n'est pas supposé savoir que cette phrase si profonde est repompée d'un classique chinois, Lao Tseu, un philosophe du VI° siècle avant JC (je le fais presque aussi bien que Zoé Valdés).

Et l'histoire, au fait ? En gros, à cause de la crise économique, un père va en direction de l'Amérique, vers Cuba. Son fils part à sa recherche. Sur le chemin, il n'arrête pas de rencontrer des gens qui savent qu'il a un long chemin à faire. Ce sont des sages, sans doute (pourtant, eux parlent… donc ils ne savent pas ?).
Par exemple : "[….] tu voyageras dans un monde captivant, tu verras, je te le promets." (page 179)
Mais le pire : "tu dois accepter ton destin" (page 207). Ah la la… Le cliché éculé… l'horreur.

Zoé Valdés parle, à propos d'une chanteuse, de sa "voix de fausset" (page 207). Bizarre. Les femmes, généralement, n'ont pas de voix de basse.

Sinon, quoi d'autre ? On peut lire "Nous sommes aujourd'hui le 8 février mille neuf cent deux, articula-t-il." (page 53).
Amusant. Le calendrier grégorien a été adopté en 1912. Et encore, il a fallu du temps pour qu'il se répande partout en Chine. Le village du Sichuan est décidément en avance sur son temps.

Parfois, ça paraît tellement idiot qu'on se dit que ce n'est pas possible, c'est forcément de l'humour.
Ainsi, page 298 :
Citation :
"Cependant, sa passion dura moins de temps qu'il n'en faut pour le dire : quelques mois après que le cinquième rejeton eut vu le jour, […]".
C'est vrai, à peine le temps de le dire, hop ! elle a cinq enfants. Si c'est de l'humour, ce n'est pas vraiment drôle…

Allez, pour finir, page 318 : le héros "mémorisait ce bref et impressionnant épisode de son interminable voyage, il voulut la rebaptiser du nom d'Aziyadé, comme l'héroïne du roman de Pierre Loti, tant apprécié par les prostituées françaises du quartier de Colon".
Mémoriser un souvenir, en voilà une nouveauté ! Remémorer, là, je comprendrais. Albert Bensoussan devait vraiment être à bout. Je parierais qu'il n'a pas apprécié le livre. D'ailleurs, il n'a sans doute pas relu la fin du bouquin. Déjà, à la page 216, on lit "… de la période comprise entre 699 et 759 avant JC". En général, on écrit le contraire, en mettant la date la plus ancienne en premier.

Quelqu'un a-t-il relu ce livre ?

En tout cas, la prochaine fois que j'irai dans les bouges de Colon, j'emmènerai les œuvres complètes de Loti, je pourrai échanger mon point de vue avec les prostituées françaises. Il faut que quelqu'un le signal au Guide du Routard et au Lonely Planet.


En conclusion : un roman trop long, linéaire dans la première partie, bizarrement construit dans la deuxième, sans vraie nécessité. Une histoire pas formidable, desservie par un style très maladroit, des références calculées.
J'espère vraiment qu'il ne s'agit pas du meilleur livre de l'auteur.


Dernière édition par eXPie le Dim 4 Jan 2009 - 19:11, édité 4 fois
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Zoé Valdès [Cuba]
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