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 Fabienne Juhel

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Chatperlipopette
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MessageSujet: Fabienne Juhel   Dim 17 Mai 2009 - 11:31



Source: Zelma éditions:

Citation :
Fabienne Juhel a grandi dans la campagne bretonne près de Saint-Brieuc, au milieu des bois, entourée de plumes, d'animaux sauvages et de mégalithes. Elle obtient son doctorat de Lettres en 1993 avec une thèse sur le poète des Amours jaunes, Tristan Corbière ; publie des articles dans la revue Skol Vreizh ; en 1995, elle est nommée commissaire de l'exposition qui célèbre la naissance du poète, et est chargée, en 2006, du contenu du site officiel Tristan Corbière par la ville de Morlaix. Elle enseigne les Lettres dans un lycée en Bretagne, après avoir été chargée de cours à l'Université de Rennes 2.

Colette, Camus et Giono restent ses auteurs préférés. Elle aime leurs mots faits de chair, leur écriture solaire et leur nuancier du monde. Fabienne Juhel a l'habitude de comparer les mots à des bois flottés, plus souvent à de petits cailloux blancs que l'on sème derrière soi et qui finissent par dessiner un parcours, une trajectoire. L'écriture est ce parcours qui entretient la mémoire, la quête des origines. La Verticale de la lune, son premier roman, paru chez Zulma en août 2005, est né d'un caillou blanc qui aurait roulé jusqu'à un puits et serait devenu cette grosse lune au fond du puits... À la demande du littéraire.com, elle a fait paraître en ligne une nouvelle intitulée ...Comme une image dans le cadre de la manifestation « Lire en fête 2005 ».
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MessageSujet: Re: Fabienne Juhel   Dim 17 Mai 2009 - 11:37

A l'angle du renard


Arsène Le Rigoleur est un homme solitaire, taciturne, vivant seul, depuis que sa mère est au logement foyer, dans sa ferme fleurant bon l'ancien temps et le fumier. Arsène Le Rigoleur (diantre, qu'il n'aime pas son patronyme parce que "Le Rigoleur, c'est mon nom de famille. Le Rigoleur avec la particule, petite noblesse bretonne oblige. Le Rigoleur, oui, mais pas rigoleur pour deux sous. Qu'est-ce qui me ferait rire, hein? Est-ce que j'ai une tête à rigoler? Tiens, ça se saurait si l'habit faisait le moine." p 46) est un agriculteur breton, attaché viscéralement à sa terre, à son mode de vie rythmé par la course du jour, les gémissements des bêtes et le glapissement des renards à la tombée de la nuit. Arsène aurait préféré porter le patronyme de sa mère, Le Luern, le renard en français, nettement plus imposant que Le Rigoleur, cible facile des blagues éculées dispensées tant par l'instituteur que les filles dont Arsène se méfie tout en étant fasciné. "Le Luern,ça veut dire Renard en breton. (...) Une carte de visite dans les cours de récréation, et à la caserne plus tard. Auprès des filles aussi. (...) Arsène Le Renard, le malin dans l'histoire. Plus malin que le loup même. (...) Avec un tel patronyme, le Père m'aurait laissé tranquille. Un renard ne se dompte pas. Une bête sauvage reste une bête sauvage. Ni Dieu, ni maître." (p 49)
Un jour, la ferme du Père Morvan est vendue à des gens de la ville, un couple avec deux enfants, une fillette, Juliette, et un garçon, Louis. Louis, autant taciturne que Juliette est volubile, Louis à la chevelure rousse et au caractère sauvage du renard.
Très vite, Arsène et Juliette deviennent amis ce qui ne plaît pas à tout le monde: pensez donc, un célibataire tout le temps fourré avec une gamine, par les temps qui courent, ce n'est guère catholique mes braves dames! Avec Juliette à ses côtés, et Louis à l'épier sans cesse, Arsène retrouve avec un plaisir, teinté d'amertume, ses souvenirs d'enfance, laisse peu à peu remonter à la surface des blessures intimes et des secrets douloureux.
Arsène, en déroulant le fil roux du pelage des renards, se dépouille lentement, comme on peut le faire des pelures de l'oignon qu'on épluche, des couches sombres de sa mémoire et dévoile les coins les plus obscurs de son âme. Arsène Le Rigoleur est tout sauf un rigolo, il devient même inquiétant au fil de son récit.
Fabienne Juhel avec "A l'angle du renard" orchestre une extraordinaire histoire à l'atmosphère oscillant entre légèreté et oppression, met en scène une Bretagne que l'on a l'impression venir d'un autre siècle, alors qu'elle est contemporaine, celle des villages ou bourgs dormant à l'écart de la RN 12, la campagne idyllique qui cache une face âpre et dure où la sueur du front, la solitude et l'isolement sont le prix à payer pour rester sur ses terres.
Arsène Le Rigoleur est du genre taiseux mais c'est lui le narrateur, c'est lui qui se raconte, qui raconte les siens, qui raconte le pays; et ce qu'il raconte est loin d'être joyeux: dans un crescendo lugubre, Arsène en se racontant fait monter l'angoisse chez le lecteur, une chasse au renard troublante, image de cette vie qui file et se perd. Une histoire de terroir, sans en être vraiment une, où les paysages de campagne sont superbement décrits (on est sur la route de campagne empruntée seulement par les tracteurs du coin et les rares riverains, on sent l'odeur du lait à l'apporche de la traite, on est dans le potager à cueillir les petits pois, à croquer les radis, on entre, un peu inquiet, dans le poulailler épié par le coq, ramasser les oeufs),où les effluves doucement âcres du fumier se perdent dans le labyrinthe des secrets d'Arsène. Une histoire d'un homme ordinaire que l'on se met à craindre à mesure qu'il révèle ce qu'il a fait, il y a longtemps, pour échapper à ses démons et faire taire ceux de sa mère, la Mère qu'il aime à sa manière et à qui il offrira une rédemption.
Avec son personnage, Arsène Le Rigoleur, haut en couleurs blalançant entre bonhommie et conduite inquiétante, Fabienne Juhel explore les relations binaires des hommes, contradictoires, diamétralement opposées ou tout simplement confuses et indicibles. Ainsi, le lecteur est-il ballotté entre la croyance (celle de la Mère, de Louise, la sage-femme et faiseuse d'anges) et la non croyance (celle d'Arsène, qui est particulière, celle des voisins venus de la ville); entre la ruralité et le citadin, la justice et le crime (Arsène est glaçant et en même temps attachant), l'honneur et le deshonneur (Yvan qui laisse tomber sa ferme alors qu'Arsène est viscéralement attaché à la sienne); tous les ingrédients sont présents pour fabriquer un roman populaire que l'écriture, volontairement familière, parlée, enjolivée d'expressions locales, de l'auteur transcende par ses moments de poésies intenses, ses superbes descriptions de la campagne, des talus et des bois, et ses moments de douleur et de solitude, celles qui bercent, lancinantes, les hameaux ou les villages endormis au coeur de la modernité.
"A l'angle du renard" est un roman qui, l'air de rien, commence comme un roman du terroir aux accents populaires, se développe comme un roman policier pour s'achever en une succulente histoire où l'âme humaine est décortiquée, sans concession, et mise à nue avec tendresse derrière la réalité crue.

Fabienne Juhel a écrit "A la verticale de la lune" (Zulma 2005)et "Les bois dormants" (La Brune 2007)
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Le Bibliomane
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MessageSujet: Re: Fabienne Juhel   Mer 11 Nov 2009 - 14:20

"A l'angle du renard"

Il s'appelle Arsène Le Rigoleur, mais avec lui il ne faut pas se fier aux apparences. « Le Rigoleur, oui, mais pas rigoleur pour deux sous. » Et ceux qui s'essaieraient à le taxer de rigolo pourraient avoir à le regretter...

Agriculteur dans les Côtes d'Armor, Arsène Le Rigoleur entretient tout seul la ferme familiale depuis le décès de son père et le départ de sa mère vers un logement-foyer. Âgé d'une quarantaine d'années, il n'entretient de relation qu'avec Yvan, un autre agriculteur du coin, avec qui il déguste le cidre et joue parfois au scrabble lors des après-midi d'hiver.
Il a pour seul voisin le père Morvan, un vieux taiseux, veuf, dont les enfants sont partis depuis longtemps vivre et réussir leur carrière en ville.
Un matin, le père Morvan est retrouvé à sa table, mort de sa belle mort. La ferme du vieil homme est vendue et quelques temps plus tard vient s'installer une nouvelle famille, les Maffart, des bobos urbains en mal de chlorophylle. Le couple a deux enfants: Juliette, cinq ans, et Louis, huit ans.
Très vite, la petite Juliette va s'infiltrer chez Arsène et gagner son affection. La petite fille ne lâche pas d'une semelle le vieux garçon taciturne, avec qui elle découvre les tâches quotidiennes de la vie à la ferme.
Voir leur fille de cinq ans en compagnie d'un fermier célibataire n'est pas du goût des parents Maffart qui observent cette relation avec méfiance. Cette relation n'est pas non plus du goût de Louis, qui les épie sans cesse et qui, malgré les efforts d'Arsène, ne se laisse pas apprivoiser.
Pourtant, il voudrait bien, Arsène, devenir ami avec Louis. L'agriculteur est en effet fasciné par ce gamin qui l'observe avec hostilité. Pourquoi cette attirance ? Est-ce parce que ce gamin est roux ?
Arsène est en effet très attiré par tout ce qui porte cette couleur rousse. Est-ce en rapport avec la chevelure qu'arborait sa mère dans ses jeunes années, ou alors avec le pelage des renards, animal sauvage et familier des lieux, dont la présence a étrangement marqué le destin de la famille Le Rigoleur ?
Le renard semble en effet lié à cette famille et apparaît à chaque épisode crucial de l'existence des membres de celle-ci. À l'instar d' un animal totémique, il préside à la destinée de tous dans cette famille et apparaît mystérieusement lors de certains évènements, souvent dramatiques. Nous sommes en Bretagne, pays des intersignes, et il ne fait pas bon négliger les messages qu'ils nous transmettent.

Avec « À l'angle du renard », Fabienne Juhel nous dresse le portrait d'un de ces paysans bretons, taiseux et ombrageux. On découvre peu à peu, au fil d'un récit oscillant entre humour et angoisse les facettes méconnues de ce personnage qui dissimule de nombreux secrets. L'écriture, par moments quasi-célinienne, nous fait entrer de plain-pied dans l'univers intime du personnage principal, dont on ne sait s'il faut lui accorder sa sympathie ou au contraire la récuser.
Écrit à la première personne, ce monologue dresse à petites touches la personnalité d'un homme apparemment sans histoires, nous le faisant par moments soupçonner du pire et suscitant chez le lecteur un sentiment de malaise et de défiance envers celui-ci.

C'est donc à un talentueux exercice que s'est livrée Fabienne Juhel en nous offrant ce personnage rugueux et fortement contrasté qui ne se laissera pas oublier de sitôt. C'est aussi toute une galerie de personnages qui gravitent autour d'Arsène Le Rigoleur, portraits de la population rurale contemporaine : agriculteurs désabusés qui jettent l'éponge et revendent leurs exploitations devenues impossibles à rentabiliser, voyant naître de leurs terres ces affreux lotissements où poussent comme des champignons clonés des pavillons sans âme, voyant les anciennes fermes reprises à bon compte par de riches citadins, bobos en 4x4, enflés de leur supériorité culturelle par rapport à une population établie ici depuis des siècles et qui, avec ses tracteurs bruyants et polluants, ses hangars de tôle et ses élevages peu agréables aux sensibles narines de certains, font maintenant mauvais effet dans ces paysages bucoliques. Qu'elle serait belle, la campagne, sans agriculteurs !

« À l'angle du renard » a remporté le Prix Ouest-France – Étonnants Voyageurs 2009.
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Fabienne Juhel   Mer 11 Nov 2009 - 18:45

Bravo et merci à tous les deux pour vos commentaires qui se complètent parfaitement.
La failure économique que subissent ces agriculteurs et la récupération par des citadins lesquels, non seulement profitent de leurs difficultés, mais enlève son âme à la campagne dont tu parles Bibliomane et toi Chappy qui avec ton habileté mets l'accent sur l'âme humaine, vous m'invitez à retenir ce livre.

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Claudine Biblikerfot
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MessageSujet: Re: Fabienne Juhel   Dim 6 Juil 2014 - 14:36

et bien vais-je avoir le courage de le dire? je n'aime pas du tout son écriture, je la trouve trop maniérée...mettre des mots sophistiqués pour que vos élèves fassent des progrès ? (oh je suis méchante!!!) mais je n'arrive pas à la lire...
par contre les thèmes sont souvent sympas...comme le livre évoqué ci-dessus...
et surtout pas écrire un polar (Damned ! )c'est la cata !!! l'intrigue commence à la moitié du livre, c'est euhhh...bon j'arrête!
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Fabienne Juhel   Dim 6 Juil 2014 - 18:37

Toutes les critiques sont les bienvenues !  sourire 

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