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 Hubert Mingarelli

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Marko
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MessageSujet: Re: Hubert Mingarelli   Dim 3 Aoû 2014 - 13:52

Il va falloir que je m'y mette...

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"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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Aeriale
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MessageSujet: Re: Hubert Mingarelli   Dim 3 Aoû 2014 - 15:46

Marko a écrit:
Il va falloir que je m'y mette...

Oui Marko, tu dois  sourire 

Merci pour ton commentaire si rapide Eglantine, tu as bien rendu l'âme de ce livre, j'en suis trop contente.

Un petit livre, mais un grand auteur qui touche à l'universel, sans pathos et sans surcharge. J'aime!
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églantine
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MessageSujet: Re: Hubert Mingarelli   Dim 3 Aoû 2014 - 16:55

Aeriale a écrit:
Marko a écrit:
Il va falloir que je m'y mette...

Oui Marko, tu dois  sourire 

Merci pour ton commentaire si rapide Eglantine, tu as bien rendu l'âme de ce livre, j'en suis trop contente.

Un petit livre, mais un grand auteur qui touche à l'universel, sans pathos et sans surcharge. J'aime!
Merci à toi copinette pour la découverte !  sourire

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oceanelys
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MessageSujet: Re: Hubert Mingarelli   Mer 20 Aoû 2014 - 20:30

tom léo a écrit:
L’homme qui avait soif

Originale : Français, 2014

CONTENU :
Japon, 1946, pendant l’occupation américaine.
Démobilisé depuis peu, Hisao Kikuchi revient de la montagne avec une soif obsédante et des rêves qui le hantent. À bord du train qui doit le conduire vers la femme aimée, il commet une terrible erreur. Descendu pour boire, il voit le train repartir avec sa valise et l’oeuf de jade qu’il a prévu d’offrir à Shigeko, sa promise.
Alors qu’un suspens subtil mais intense invite le lecteur à suivre les péripéties d’Hisao courant après sa valise, se dessine la bataille de Peleliu où il a combattu aux côtés de Takeshi, jeune soldat troublant qui chante dans le noir. Et qui mourra à ses côtés.
Dans ce roman aussi puissant que poétique, Hubert Mingarelli évoque avec une rare élégance l’amitié entre hommes et le Japon meurtri par la guerre.
Hisao retrouvera-t-il sa valise et arrivera-t-il jusqu’au « mystère Shigeko » ?
(Source : Présentation de l'éditeur, légèrement élargie ; Stock)


J'ai beaucoup apprécié cette lecture. Le livre est assez court, les phrases courtes également, ça se lit rapidement.
Au début, ça m'a géné ces changements de chapitre entre le présent et le passé? Je les trouvais trop fréquents au début, j'ai eu du mal à m'installer dans l'histoire. Mais Hisao est vite attachant et j'ai eu très vite envie de connaître son passé et son périple pour retrouver sa valise.
Je trouve que l'écriture est assez poétique, j'ai eu vite envie de réconforter Hisao qui reste digne, toujours sans colère.
Il y a un beau parallère entre les rencontres faites pour arriver jusqu'à sa valise et la description lorsqu'il était dans la montagne en travailleur forcé pour préparer la bataille de Peleliu.

J'ai passé un bon moment avec ce livre, merci de me l'avoir fait découvrir.
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tom léo
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MessageSujet: Re: Hubert Mingarelli   Sam 17 Jan 2015 - 7:28

La route de Beit Zera

Originale : Français, 2015

CONTENU :
Stépane vit avec sa chienne quelque part en Israël dans une maison isolée près des bois. Il écrit chaque jour à son fils Yankel, forcé de se cacher à l’autre bout du monde. Il raconte ainsi sa vie de solitude et dit son espoir, un jour, de le retrouver. En faisant face à son chagrin, il se souvient de l’époque où il contrôlait les Palestiniens aux postes-frontières, éprouvait de la haine, de la honte ou de la compassion.
Depuis quelque temps, un adolescent mystérieux lui rend visite et s’attache peu à peu à la chienne...

(description de Stock, raccourci)

REMARQUES :
Après des romans qui jouaient tantôt au Japon, en Russie qu’en France, et si souvent dans le contexte de guerre, nous nous retrouvons ici avec le nouveau roman de Mingarelli au milieu d’une autre région de crise, dans le cadre du conflit paléstino-israélinne. Celle-ci ne s’impose pas par des images crus et violents, mais plutôt est suggéré par une méfiance inhérente à tout contact entre les peuples.

Dans la solitude, voir l’isolement, de sa maison, Stépane a (trop?) de temps pour se souvenir du temps passé à l’armée et surtout la séparation de son fils qui, il y a une dizaine d’années, a du fuir la justice et le pays parce qu’il avait tué un innocent. En cette époque-là Stépane a quitté une bonne iste en ville et s’est retiré dans les bois. Son camarade de l’armée, Eran, passe régulièrement pour apporter des vivres, prendre la marchandise (Stépane met ensemble des boîtes d’emballage, de quoi ? De flocons de parfums?) et s’enivrer avec lui. Mais sinon ? L’isolement et le silence complet..., extérieur et...intérieur.

A peu près une année avant le « temps présent », où le protagoniste est devant le choix de devoir tuer sa chienne trop faible et souffrante, arrive un garçon mystérieux, silencieux, lui aussi portant un mystère, une souffrance ? Il n’y a presque pas de communication, juste extrêmement lentement naissent un signe de la tête, un échange monosyllabique, le chien confié aux sorties du garçon... jusqu’à une forme d’acceptation très fragile entre les deux. Peut-être à tort je me sentais rappelé ces mots clés chez Saint Exupéry sur « s’apprivoiser et faire connaissance ».

L’auteur raconte dans des petites unités de 2 à 5 pages, sa langue est simple et sans artifice, comme toujours. Si ce n’est justement cette simplicité et accessibilité épurée qui rend la lecture limpide.

Suivant le processus de faire connaissance l’un de l’autre, Mingarelli choisit un rythme lent, sans s’imposer. Pour certains s’y passent... rien. Ou presque. Mais si ce serait le (seul?) chemin comment ces peuples devenus si lointains et étrangers l’un de l’autre se retrouvaient ?

Merci encore une fois à la plume de cet auteur !!!
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kenavo
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MessageSujet: Re: Hubert Mingarelli   Mer 4 Fév 2015 - 19:28

ensemble avec Antoine Choplin


L’incendie
Citation :
Présentation de l’éditeur
Pavle et Jovan, l'un en Argentine, l'autre à Belgrade, renouent le contact par lettres après plusieurs années de silence.

Leur correspondance les amène, peu à peu, à évoquer un passé douloureux.

Les deux hommes ont été pris dans la tourmente de la guerre en ex-Yougoslavie au début des années quatre-vingt-dix.

Et ce qui est arrivé là-bas a bouleversé leur vie.

Roman à quatre mains où chacun des auteurs prend la plume pour un des personnages qui commencent un échange en lettres.

Ce qui débute comme un récit anodin concernant la rencontre après des années, va se développer peu à peu dans une « délivrance » de Pavle envers Jovan et vice versa. Parce que tous les deux ont des secrets envers l’autre et surtout les événements d'une nuit fatidique doivent sortir à la lumière…

Je ne saurais pas dire quel auteur a pris quel part, tellement bien ils se retrouvent dans ce projet… dont je regrette seulement que l’éditeur n’a même pas mis un mot du pourquoi et comment. Cela aurait été un atout de savoir un peu plus sur cette réunion des deux amis.

Mais sinon une bonne lecture… ce qui ne veut rien dire dans mon cas, je suis une inconditionnelle d’Antoine Choplin Wink

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topocl
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MessageSujet: Re: Hubert Mingarelli   Jeu 25 Juin 2015 - 15:38


L'incendie avec Antoine Choplin

C'est un très court roman, écrit à quatre mains sans qu'on sache qui a écrit quoi.C'est plutôt plaisant d'imaginer ces deux écrivains partageant cette histoire, mais c'est aussi frustrant de ne pas en savoir plus, pas tant qui a écrit quoi, que le point de départ de cette formule, le mécanisme d'écriture , si ils sont partis à l'aveuglette ou si l'histoire était écrite d'avance : les coulisses de cette production particulière. Mais c’est sans doute une curiosité mal placée, il faut lire l’œuvre pour ce qu’elle offre, préférer le quoi au comment .

Des années après, Pavle et Jovan, qui ne se sont pas revus, entament une relation épistolaire autour d'un acte de guerre plutôt barbare dans lequel ils ont joué un rôle ensemble. Ils en partagent la culpabilité, mais ils ne se sont pas tout dit. L''écriture est volontairement pataude (ce sont deux hommes qui s'écrivent sans avoir l'habitude de le faire, et tournent autour du pot de leurs vérités innommables), exposant la simplicité du cœur de ces hommes sincères.

On brasse donc des choses tournant autour de la culpabilité, du travail de la mémoire, du pouvoir salvateur des mots, de « chacun sa vérité » et de l'amitié malgré tout. Cependant, malgré le poids des actes décrits, j'ai trouvé l'argument un peu faible pour pleinement emporter mon adhésion.
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MessageSujet: Re: Hubert Mingarelli   Jeu 2 Juil 2015 - 18:00

La beauté des loutres



Un homme, le patron, et un jeune garçon partent en camion livrer des moutons. Ils partent très tôt le matin et arrivent tard dans la nuit, dans une tempête de neige. Ils parlent notamment de loutres, ou restent silencieux, dans une relation bienveillante, à la fois simple et intime.
C'est comme toujours chez Mingarelli dans un minimalisme  discret et touchant. C'est simplement une jolie tranche de vie derrière laquelle il ne faut pas chercher de sens autre que son humanité. C'est cependant parfois un peu chiant, quoique cependant pas sans charme.
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tom léo
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MessageSujet: Re: Hubert Mingarelli   Mer 1 Juin 2016 - 12:11

Donc, j'ai proposé cet auteur pour le portail pour plusieurs raisons. Moi même je le considère comme un des auteurs les plus marquants de ce dernier temps, même si peut-être il ne connaît pas les succès "foudroyants" d'autres écrivains, plus dans les feux de la rampe. Mais cela est justemùent aussi en lien probablement avec une façon d'être pas affichée, et une présence discrète. Il écrit. Et il sait écrire. C'st un melange entre simplicité d'écriture, voir même de propos, sans tomber dans une facilité.
Les quelques livres que j'ai lu de lui me semblait réunir toujours un élément même grave, voir menacant. Et puis, au milieu de cet événement dur, l'auteur fait discrètement montrer aussi une petite lumière, ou la possibilité d'un issu. Cela peut rester juste une éventualité, mais à mon avis cette touche empêche qu'on sombre avec Mingarelli.

Donc, pour ceux qui ne le connaissent pas encore: à découvrir!
Et pour ceux qui ont abordé son oeuvre: à approfondir!
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églantine
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MessageSujet: Re: Hubert Mingarelli   Mer 1 Juin 2016 - 14:56

Merci pour cette proposition Tom Léo : je partage ton opinion sur cet écrivain de l'ombre ! Very Happy

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shanidar
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MessageSujet: Re: Hubert Mingarelli   Jeu 2 Juin 2016 - 9:37

Je me doutais qu'églantine allait se réjouir !
Je n'ai jamais lu Mingarelli et cette nomination au portail sera sans doute le petit déclencheur nécessaire à cette découverte.

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Arabella
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MessageSujet: Re: Hubert Mingarelli   Dim 19 Juin 2016 - 20:59

La lettre de Buenos Aires


9 courts récit, enfin 8 courts, et le dernier, qui donne son titre au livre, plus développé. J'ai été séduite dans les premières pages par l'écriture, mais assez vite je me suis ennuyée. Je serais d'ailleurs incapable de dire de quoi cela parle vraiment. Cela me laisse une sorte de sensation d'inconsistance.

Bien sûr, comme le dit la quatrième de couverture, il s'agit d'errances, de voyages, de ce quelque chose qui pousse à aller voir ailleurs. Mais les personnages sont restés dans le flou pour moi, sans que cela soit compensé par une poésie, un mystère, un envoûtement. Trop terre à terre pour laisser la part au rêve, pas assez précis pour s'intéresser au réel vécu.

Ce n'est pas ce livre qui va me réconcilier avec la littérature française contemporaine.

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MessageSujet: Le jour de la cavalerie   Mer 29 Juin 2016 - 9:37

Le jour de la cavalerie

Orig : Français, 1995

CONTENU :
Une ferme, quelque part dans le Sud des États-Unis. Une journée torride. Samuel s'occupe de la " vieille ", paralysée dans son fauteuil, muette. À Samuel de faire les questions et les réponses, de meubler de ses rêves une journée entière. Seuls, deux personnages passeront entre le lever et le coucher du soleil : Chester, ouvrier agricole et Homer, en quête de travail, qui raconte la mer, les bateaux... un Ailleurs qui s'achèvera à la tombée de la nuit.
Et demain, tout recommencera, dans un huis-clos pesant, inquiétant.

(4ème de couverture)

REMARQUES :
Celui qui connaît Mingarelli déjà par d'autres titres, ne s'attendra pas non plus ici à un rythme de narration « infernal ». L'action ne se démarque pas par des scénarios changeant rapidemment ou des sauts inattendus. Par contre on trouve une atmosphère entre oppression et rêves qui se construit peu à peu par touches. Samuel « Sam » vit entre rêve, idées pour l'avenir et un menace envers son patron, le « vieux » absent pendant la journée. Pour lui et, selon lui aussi pour la « vieille », celui-ci est un vrai épine. En pensées il organise déjà l'avenir de la ferme après sa mort…Mais ce plan semble aussi loin de son execution.

Mais Sam est probablement entre l'enfance et l'adolescence : il y a au même moment quelque chose d'enfantin encore en lui. Les passants dans la journées, Chester de la ferme voisin, et Homes en recherche de travail, éveillent d'autres rêves.

L'entretien avec la « vieille » est un monologue où il se donne lui-même les réponses, même si de temps en temps la femme réagit avec un signe de la main.

Un jour entre ennui et créativité, entre innocence et meance. Mingarelli nous présente cela avec un minimum de moyens, proche à un huis-clos qu'on eut s'imaginer comme une pièce de théatre.

Je préfère peut-être les œuvres plus récentes, mais l'amateur de Mingarelli va déjà trouver dans ce livre de 1995 des éléments qui caractèrisent cet auteur.

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shanidar
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MessageSujet: Re: Hubert Mingarelli   Ven 15 Juil 2016 - 10:35

La route de Beit Zera

Dans ce roman très beau, très tendre, très triste, Hubert Mingarelli nous raconte l'histoire d'un homme, déjà vieux, habitant dans une maison en pleine forêt, accompagné d'une chienne vieillissante, une chienne qui jour après jour perd ses forces alors que Stepan regarde avec amour et attention à la fois les oiseaux dans les arbres et la traîne blanche que laisse un avion dans le ciel. On sent chez cet homme un désespoir latent, une absence, celle du fils parti de l'autre côté du monde et une solitude palpable, qui chaque jour le met à l'épreuve de lui-même. Jusqu'au jour où un jeune enfant, un enfant arabe, c'est-à-dire l'enfant de ses ennemis surgit entre deux eucalyptus et adosse son propre mutisme à celui du vieil homme. Mais Amghar ne vient pas pour Stepan, il vient pour la chienne, celle que la mort attend, celle avec qui les mots sont inutiles.

C'est à une sorte de jeu de cache-cache géant que nous invite Mingarelli, mais un cache-cache adulte, celui d'un vieil homme qui tour à tour se montre orgueilleux et peureux, silencieux puis bavard, meurtri et joyeux, colérique et attentif, tendre et triste à la fois. Celui qui remonte le moral de son copain Samuelson, pleurant comme un veau sur ses malheurs passés et celui qui regardant sa chienne sait qu'il faudra en finir avec sa décrépitude. Celui qui serre très fort son fils dans ses bras, qui lui écrit chaque jour une lettre à heure fixe, qui a construit sa vie autour d'un vide, d'une crevasse et d'un cri ravalé, un hurlement coincé dans la gorge, un aboiement de rage. Pourtant la colère, il l'exprime parfois, parfois aussi l'énervement ou le désintérêt mais la douleur, comment la dire en dehors de ce gémissement rentré, de ce grognement inaudible, de ce grondement inarticulé ? C'est dans ce cri interdit que le personnage de Stepan bouleverse le lecteur, dans sa relation quasiment fusionnelle avec sa chienne, dans le geste sacrificiel qu'il doit commettre que se tisse le lien entre l'homme et celui qui le découvre. Le lecteur, prisonnier des lentes répétitions qui donnent au livre une sorte de rythmique, comme un gospel, une incantation sourde, une marche funèbre derrière laquelle on avance en se balançant d'un pied sur l'autre, en tentant de ne pas effrayer l'enfant, ni la chienne, ni le vieil homme, c'est dans cette atmosphère de recueillement et de silence que le lecteur est tout à coup sidéré par la justesse de ce qui est dit, par la tristesse foudroyante qui émane de ce texte d'une beauté dense, sylvestre, rapace.

J'ai été profondément touchée par ce roman. Profondément attristée par ce que nous raconte Mingarelli, sans jamais verser dans le pathos, mais en chantant à la fois le requiem des peuples qui se haïssent et en marquant le long silence qui suit un chant funèbre avant les applaudissements. C'est dans cet interstice que Mingarelli parvient à glisser toute son humanité.

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MessageSujet: Re: Hubert Mingarelli   Ven 15 Juil 2016 - 12:01

Je suis de plus en plus déçue par la littérature française  actuelle .
Mingarelli, Choplin , Sylvie Germain, Mauvignier constituent  pour moi des exceptions .
Je n'ai pas lu La route de Beit Zera : un de plus à ma Lal donc !

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MessageSujet: Re: Hubert Mingarelli   Aujourd'hui à 21:14

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Hubert Mingarelli
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