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 Malcolm Lowry

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Marko
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MessageSujet: Re: Malcolm Lowry   Jeu 22 Oct 2009 - 11:04

Suite...

Au-dessous du Volcan: Le Paradis Perdu de Malcolm Lowry

Le roman (et donc la pièce) contient de nombreuses références et toute une symbolique autour de métaphores religieuses empruntant à La Divine Comédie de Dante, au "Paradis Perdu" de Milton, à La Bible mais aussi à la Kabbale (Geoffrey écrit un livre sur la Connaissance secrète sans pouvoir le terminer). Il y est question de paradis et d'enfer, d'expulsion du paradis terrestre et de l'incomplétude de l'androgyne, de rédemption et de perdition... On rencontre même un serpent dans un des délires de Geoffrey. Une des citations en exergue est empruntée au roman de John Bunyan "A pilgrim Progress", allégorie sur la vie d'un chrétien.

On pourrait dire que Geoffrey est perdu au milieu de la stérilité spirituelle du monde moderne. Cet égarement étant amplifié par le fait que l'action se situe dans cette petite ville du Mexique où prédominent toutes sortes de rituels archaïques. On est Le jour des morts et les festivités de ce village forment une sorte de parodie religieuse où on pique-nique dans les cimetières et on joue avec des squelettes en toc. Cette atmosphère (qui m'a rappelé le carnaval grotesque du Minetti de Thomas Bernhard) renforce le sentiment d'une ivresse hallucinatoire.

Dans son délire alcoolique, tout se met à faire sens, chaque nom, chaque nombre semble détenir un mystère à déchiffrer. Et cette quête spirituelle impossible, Geoffey l'exprime dans une lettre jamais envoyée à Yvonne:

Me vois-tu travaillant toujours à mon livre, essayant de répondre à des questions telles que: Existe-t-il une réalité ultime, extérieure, consciente, toujours présente, accessible par des voies acceptables pour toutes les religions et croyances et adaptables à tous climats et pays?

On retrouve ce type d'interrogation sur la solitude de l'homme dans un monde déserté spirituellement dans l'oeuvre de Cormac Mac Carthy.

La question que je me posais en regardant et en lisant cette pièce, qui est finalement un condensé du livre, est de savoir si le fait qu'il y ait une telle dimension symbolique rend forcément ce texte plus "grand". D'autant plus que les dialogues et certains passages semblent terriblement anecdotiques et sans véritable relief. J'ai l'impression que c'est plutôt une des nombreuses dimensions de ce livre dont la force réside d'abord dans son style. Le texte alternant des scènes quotidiennes, des hallucinations, un mouvement flottant qui semble épouser les effets sur le psychisme des vapeurs d'alcool et des émanations délétères du volcan, des envolées poétiques et mystiques...

J'ai lu quelques passages du roman lui-même et la pièce m'a en tout cas convaincu sur la nécessité de le reprendre dans son entier.

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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Arabella
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MessageSujet: Re: Malcolm Lowry   Sam 4 Déc 2010 - 21:07

Au-dessous du volcan


Comment parler de ce roman ? Résumer « l’intrigue » serait couler de force dans un moule inadapté un contenu mouvant, insaisissable, fuyant. Il y a le Consul, il y a son ex-femme Yvonne qui tente de revenir, il y a le demi frère du Consul, il y a l’ex ami Français, le médecin….Et tout ce qui a précédé, tout ce qui ne s’efface pas, l’enfance, les morts, les erreurs…Tout ce qui hante et qui fait que le présent n’est pas possible. Et personne n’y peut rien, parce qu’aider un autre est impossible. Chacun dérive à l’intérieur de son petit enfer personnel. Et il y a un moment où continuer n’est plus possible. Alors tout est bon pour aller jusqu’au bout, le mescal par exemple. Mais il y a d’autres moyens.

Images, impressions, sensations se télescopent, se choquent, s’entrecroisent. L’univers est un kaléidoscope, qui par moment semble avoir un sens, une cohérence, pour se décomposer tout de suite après. Le lecteur est comme happé, emporté. Ou pas. On peut rester sur le bord. Mais si on arrive à laisser ses repères et à suivre l’auteur et ses personnages dans leur dérive, on vit un extraordinaire voyage. Qui ne laisse pas indemne.

Un livre univers, troublant et vénéneux, dont il faut sans doute plusieurs lectures pour arriver à saisir les lignes de force.

Voilà, c'est tout ce que je suis capable d'en dire. Il y a des livres qui vous laissent sans voix.

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chrisdusud
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MessageSujet: Re: Malcolm Lowry   Sam 4 Déc 2010 - 21:34

Arabella a écrit:

Un livre univers, troublant et vénéneux, dont il faut sans doute plusieurs lectures pour arriver à saisir les lignes de force.

Voilà, c'est tout ce que je suis capable d'en dire. Il y a des livres qui vous laissent sans voix.

Je tourne autour de ce livre depuis des années...
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bix229
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MessageSujet: Re: Malcolm Lowry   Sam 4 Déc 2010 - 22:21

On peut tourner autour, ou se cogner la tete en le lisant... Ou meme l' abandonner.

Je l' ai dit, ce n' est pas un livre aimable... Meme si l' on sait que ce livre fut la seule réponse
à l' alcool, à la culpabilité, à la souffrance et que, en fin de compte, ça n' a meme pas suffi à Lowry
pour continuer à vivre en toute lucidité...
C' est ainsi !

Les nouvelles de Ecoute notre voix o Seigneur sont d' un abord plus facile. Lowry était alors en
période de rémission et ce livre le reflète...
Profitez-en !
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Arabella
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MessageSujet: Re: Malcolm Lowry   Dim 5 Déc 2010 - 7:49

chrisdusud a écrit:


Je tourne autour de ce livre depuis des années...

Moi cela fait presque trente ans que je lui tourne autour. Mais je me dit que c'était peut être le moment. Qu'à un autre la rencontre ne se se serait peut être pas faite. Je crois qu'il faut vraiment l'envie. Mais c'est vraiment un grand choc.

Il y a des lectures qui ne laissent pas de traces. Ou des traces qui s'effacent très vite. Et puis des livres qui marquent durablement. Et celui-ci en fait partie. Un peu de la même façon que m'ont marqué L'homme sans qualités, Ulysse, ou Voyage au bout de la nuit.

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chrisdusud
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MessageSujet: Re: Malcolm Lowry   Dim 5 Déc 2010 - 11:45

Arabella a écrit:
chrisdusud a écrit:


Je tourne autour de ce livre depuis des années...

Moi cela fait presque trente ans que je lui tourne autour. Mais je me dit que c'était peut être le moment. Qu'à un autre la rencontre ne se se serait peut être pas faite. Je crois qu'il faut vraiment l'envie. Mais c'est vraiment un grand choc.

Il y a des lectures qui ne laissent pas de traces. Ou des traces qui s'effacent très vite. Et puis des livres qui marquent durablement. Et celui-ci en fait partie. Un peu de la même façon que m'ont marqué L'homme sans qualités, Ulysse, ou Voyage au bout de la nuit.

Le livre porte bien son titre.
Je sais que ce sera une grande rencontre, si je réunis toutes les qualités nécessaires pour le lire sourire

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shanidar
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MessageSujet: Re: Malcolm Lowry   Dim 5 Déc 2010 - 15:07

très beau commentaire, Arabella, pour un livre dont tu donnes avec exactitude la quintessence : dur et troublant, emporté et fascinant. Un livre difficile à conquérir mais qui reste en mémoire comme une cicatrice qui démange de temps en temps. Une de mes plus belles lectures...

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bix229
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MessageSujet: Re: Malcolm Lowry   Dim 5 Déc 2010 - 15:53

shanidar a écrit:
très beau commentaire, Arabella, pour un livre dont tu donnes avec exactitude la quintessence : dur et troublant, emporté et fascinant. Un livre difficile à conquérir mais qui reste en mémoire comme une cicatrice qui démange de temps en temps. Une de mes plus belles lectures...

As-tu lu les nouvelles et Lunar Caustic ?
La correspondance aussi est remarquablement interessante et éclaire en partie les problèmes de Malcolm Lowry à l' alcool, à la vie, à l' écriture et notamment celle du Volcan.
Sa lettre à l' éditeur qui voulait amputer le livre est pathétique et montre à quel point dans l' écriture de ce livre (écrit ét réécrit) tout est essentiel, vital pour lui.
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shanidar
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MessageSujet: Re: Malcolm Lowry   Dim 5 Déc 2010 - 16:22

bix229 a écrit:


As-tu lu les nouvelles et Lunar Caustic ?
La correspondance aussi est remarquablement interessante et éclaire en partie les problèmes de Malcolm Lowry à l' alcool, à la vie, à l' écriture et notamment celle du Volcan.
Sa lettre à l' éditeur qui voulait amputer le livre est pathétique et montre à quel point dans l' écriture de ce livre (écrit ét réécrit) tout est essentiel, vital pour lui.

non je n'ai encore rien lu d'autre pour l'instant (en fait, je me tâte pour lire la nouvelle traduction du Volcan)

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Sigismond
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MessageSujet: Re: Malcolm Lowry   Lun 2 Déc 2013 - 0:07

Malcom Lowry, Lunar caustic / Le caustique lunaire.

Etrange opus, au fragile parcours mouvementé. En 1934, Lowry subit une cure de désintoxication de son éthylisme chronique à l'hôpital (psychiatrique) Bellevue de New-York. Il projette de se servir de ce matériau, de ce vécu, pour tenter un récit qui mettrait en scène un journaliste volontairement immergé dans une détention et qui se serait entendu avec un médecin pour que ce dernier lui facilite le travail d'enquête. Le reporter a l'infortune de se trouver à son arrivée dans un tel état d'ivrognerie que les services hospitaliers le placent d'office deux jours en observation...

Mais Lowry, pas satisfait de ce premier jet, le détruit. Le fait est habituel chez lui, et son chef-d'oeuvre au-dessous du volcan a bien failli connaître le même sort et ne jamais parvenir jusqu'à son ample lectorat !

Pressé par le besoin d'argent, il reprend son projet en 1936, sous forme de nouvelle cette fois-ci, et l'intitule the last address. Il le soumet à la rédaction de Story, une publication qui a déjà fait paraître plusieurs de ses nouvelles. Story achète la nouvelle, mais...ne la publie pas !

Suivant sa technique habituelle d'écriture, il revoit ensuite sa nouvelle à de nombreuses reprises, tente de la faire publier en 1939, sans y parvenir, puis élabore encore une autre mouture en 1942. C'est la seule version imprimée du vivant de Lowry. C'est celle qui est publiée sous le titre "le caustique lunaire" en seconde partie dans l'édition 10-18 (voir photo).

Ce qu'on sait de témoignages concordants, c'est que Lowry avait en projet une vaste oeuvre, dénommée "the voyage that never ends" (voir la présentation de Lowry par Bix) dont "au-dessous du volcan" serait le centre, et que cette oeuvre serait composée de sept romans. Lunar Caustic / the last address devait être épaissi, pour être l'un de ces sept romans.

Selon Maurice Nadeau en préface de l'édition 10-18 op. citée, Lowry travaillait sur cinq, dix ou même vingt versions d'une même phrase, paragraphe ou chapitre, constamment.
Ces juxtapositions / superpositions d'une même phrase, une fois épurées, rendent ce que Lowry fait stylistiquement de meilleur, ces élans purs à plusieurs plans de lecture, à tiroirs ouverts et d'une richesse débordante, et pourtant paraissant limpides et simples, fluides, mais donnant au lecteur l'impression de ne jamais tout à fait faire le tour de la proposition littéraire de l'auteur.

The Lunar caustic et le caustique lunaire, vous l'aurez compris, c'est la même nouvelle imprimée deux fois à la suite. L'une est plus noire, plus complexe, plus désordonnée sans doute, et provient de la direction arbitrale de Marjorie Lowry, la veuve de Malcom, et de l'ami de Lowry, Conrad Knickerbocker, qui ont puisé dans les fonds très garnis de Malcom Lowry. Je doute (mais je me trompe souvent !) qu'ils aient
bricolés, ou ré-écrits, certains passages, ils avaient le choix, l'abondance de versions était telle ! Et puis la version Lunar Caustic (ma préférée) sonne trop comme du Lowry pour être du travail de faussaire...

Je ne suis pas tout à fait la direction de collection dans leur choix, et si je peux jouer au petit éditeur amateur, placer la version intitulée "le caustique lunaire" avant celle éponyme à l'ouvrage (Lunar caustic) eût été plus inspiré: tout ça pour dire que je vous encourage à plutôt lire cette même histoire sous deux facettes dans cet ordre-là...
(suite plus tard ou demain)
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Sigismond
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MessageSujet: Re: Malcolm Lowry   Lun 2 Déc 2013 - 1:26

Un mot sur le titre: Lunar caustic est bien sûr composé d'après lunatic asylum, asile d'aliénés- hôpital psychiatrique.

C'est un livre hanté par les bateaux, du reste il commence ainsi:
chapitre 1, lunar caustic a écrit:
Un homme sort d'un bistrot, du côté des docks, au petit matin, une bouteille de whisky dans la poche. L'odeur de la mer emplit ses narines et il glisse sur les pavés aussi légèrement qu'un bateau qui quitte le port.
Bientôt pris dans une tempête, battu de toutes parts, il s'efforce désespérément de revenir en arrière. Maintenant, il accepterait l'abri de n'importe quel port.
Il entre dans un autre bar.
Il en émerge, astucieusement remis à flot, mais alors les difficultés recommencent.
Et notre rimbaldien bateau ivre va parvenir jusqu'à l'hôpital psychiatrique, dans une superbe brève phrase nette, souvent mise en exergue, une des plus connues du livre et qui est la dernière du chapitre 1:
chapitre 1, lunar caustic a écrit:
Avec le fracas frémissant d'un vaisseau lancé contre les récifs, la porte se referme derrière lui.
Cet hôpital borde un petit port entre deux quais et surplombe une péniche échouée que nous retrouverons tout au long du livre. Cette péniche-là en particulier est un élément essentiel du décor du livre, elle fait sens. Le chapitre 2 est entièrement consacré à la décoration "marine" environnante. On y trouve un
chapitre 2, lunar caustic a écrit:
Les canots à moteur bleus et blancs, amarrés là, [...] et, sans cesser de se chamailler et se se taquiner sur ce fleuve d'une noirceur de suicide, ils semblaient conter de tendres histoires de jeunes filles, en été.
Au reste, chapitre 3, quand le héros, dont le nom n'est pas clair et sûrement d'emprunt (Bill Plantagenet ? Lawhill ?), reprend connaissance dans son nouvel univers carcéralo-hospitalier, il se croit dans un bateau. On est déjà dans l'espèce d'irréel, je dirais plutôt de trans-réel, qui est la marque de cette nouvelle, et qui n'est pas sans rappeler comme Maurice Nadeau le repère en préface le premier cercle de l'enfer de Dante Aligheri;  une scène de cauchemar, à moins que ce ne soit de delirium tremens, pour vous souligner tout ça, jugez plutôt:
chapitre 3, lunar caustic a écrit:
De terribles ombres s'approchèrent en foule, puis s'éloignèrent de lui. Une cataracte d'eau se déversa à travers la muraille, envahit la chambre. Une main rouge, gesticulante, l'aiguillonnait; sur le flanc ravagé d'une montagne, un torrent rapide charriait des corps sans jambes dont les plaintes jaillissaient de grandes orbites garnies de dents cassées. Une musique devint un cri perçant, s'apaisa. Sur un lit en désordre, maculé de sang, dans une maison à la façade soufflée, un énorme scorpion violait avec gravité une négresse manchote.  
Puis nous découvrons les trois futurs amis de Bill Plantagenet-Lawhill, Garry, le petit garçon "Rimbaud adolescent", à la tête pleine d'histoires qu'il invente sans cesse, M. Kalowsky, un vieillard juif errant plutôt tendre, Battle, un grand noir hyperactif:  Et, au fil des pages, nous sommes convaincus comme Bill que leur détention est un arbitraire, un malentendu, qu'ils n'ont rien à faire là. Toujours ce jeu très constant dans l'oeuvre de Lowry sur la normalité - l'adaptation au monde, et le fragile écart qui en sépare les autres, le reste, les désemparés, les aliénés, les inadaptés ou considérés comme tels.

Les tirades magistrales de l'entrevue entre Bill et le Docteur Claggart, qui constitue le chapitre 9, sont juste poignantes, et, si c'est mis dans la bouche du héros, sans doute faut-il entendre le cri direct de Malcom Lowry: trop long pour vous citer le chapitre entier.

Un mot sur l'univers artistique évoqué directement - donc, Bill Plantagenet ou Lawhill est musicien de jazz, pianiste, atteint par la tremblotte de l'éthylique, au groupe dispersé et largué par sa femme, et qui, de toutes façons, n'a pas les mains assez larges pour tenir l'octave. Donc il triche, y compris quand il joue de la guitare. La scène du piano, dans le centre de détention-hôpital, est éloquente, à savourer (chapitre 8 ).

Spoiler:
 

Pour l'univers littéraire, Melville traverse tout l'ouvrage, et Rimbaud aussi: Deux auteurs que je prise tant, joie !
Très belle citation de Rimbaud tirée des "Illuminations", dans un passage fort, à propos de Bill parlant de Garry au Docteur.
Lowry / Bill Plantagenet - Lawhill  en profite pour lancer au passage, tout juste après, et brut, des références à de la lectio divinas : rien moins que Le Pentateuque, le Cantique des Cantiques, l'Apocalypse selon Saint-Jean.  
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shanidar
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MessageSujet: Re: Malcolm Lowry   Lun 2 Déc 2013 - 8:58

Je vais essayer de le trouver à la médiathèque et merci pour les explications sur le travail de construction de Lowry, cela explique en partie la difficulté à le lire. Il faut accepter un certain lâcher prise au début pour être emporter par sa prose. Mais une fois pris, impossible de ne pas être complètement submergé.

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GrandGousierGuerin
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MessageSujet: Re: Malcolm Lowry   Lun 2 Déc 2013 - 9:18

@Sigismond : Cela me donne l'envie de retrouver mon exemplaire de Lowry perdu dans ma bibliothèque ...
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MessageSujet: Re: Malcolm Lowry   Lun 2 Déc 2013 - 15:49

N' ayez pas peur de Malcolm Lowry !

Under the volcano est un livre impressionnant, pas vraiment facile à lire la première fois. En tout cas pour moi. Je me souviens, je devais avoir 2O ans environ, et déjà mon imagination fiévreuse galopait en pensant à ce  livre déjà mythique...

Eh bien,  je dois dire que j' ai peiné et eu des migraines à le lire, mais il y avait évidemment beaucoup
de détails qui m' ont donné l' envie de prendre ma revanche. Et je l' ai eue quelques années plus tard.
Car c' est un livre qui mérite plusieurs lectures tant il est riche, puissant, plein de significations et

d' interprétations.

Sans compter, celles qui ont échappé à l' auteur.

Je conseille aussi de lire Ecoutez notre voix o Seigneur, un magnifique recueil de nouvelles, et qui
cionstitue un pendant de l' oeuvre beaucoup plus apaisé que Au dessous du volcan, un condensé de désespoir et de culpabiité.

Et merci à Sullien pour sa lecture personnelle de Lunar caustic !

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L' imagination est l' histoire vraie du monde.
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Malcolm Lowry   Lun 2 Déc 2013 - 17:19

j'ai lu "en route pour Cabriola" mais pas trop de souvenirs, mais il reste une bonne lecture, avec sentiment d'urgence, de fuite vers cet autre lieu pour survivre.

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Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour soi est un esclave. » Friedrich Nietzsche
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