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 Emmanuel Carrère

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traversay
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MessageSujet: Re: Emmanuel Carrère   Mer 14 Sep 2011 - 18:33

Je suis dedans. Pas un roman, une biographie à la manière de Carrère, c'est à dire en mêlant sa propre vie à celle de Limonov. C'est passionnant avec des passages d'une incroyable crudité (interdit aux moins de 18 ans, au moins).
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traversay
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MessageSujet: Re: Emmanuel Carrère   Ven 16 Sep 2011 - 15:57



Limonov
Citation :
"Limonov n’est pas un personnage de fiction. Il existe. Je le connais. Il a été voyou en Ukraine ; idole de l’underground soviétique sous Brejnev ; clochard, puis valet de chambre d’un milliardaire à Manhattan ; écrivain branché à Paris ; soldat perdu dans les guerres des Balkans ; et maintenant, dans l’immense bordel de l’après-communisme en Russie, vieux chef charismatique d’un parti de jeunes desperados. Lui-même se voit comme un héros, on peut le considérer comme un salaud : je suspends pour ma part mon jugement".

Comment définir Limonov, le dernier livre d'Emmanuel Carrère ? Une biographie subjective et romanesque, ça lui conviendrait assez bien. Puisque la fiction pure ne passionne plus vraiment Carrère et qu'il a montré qu'il pouvait s'intéresser à "d'autres vies que la sienne", le personnage de Limonov lui permet d'écrire un récit bien plus riche en péripéties qu'un "vrai" roman. Et puis Emmanuel Carrère, lui-même, est très présent dans l'ouvrage, non seulement parce qu'il a rencontré Limonov, mais aussi parce qu'il compare sa propre existence, relativement pantouflarde, à l'aune des aventures de son héros/salaud, qu'il admire et méprise à la fois et pour lequel il "suspend son jugement." Il est vrai que la baroudeur ukrainien est insaisissable et qu'il ne rentre dans aucune case connue. Cette biographie est subjective car l'auteur de L'adversaire retient ce qui l'intéresse, insiste beaucoup sur sa vie privée, avec quelques passages volontairement pornographiques, comme si Carrère se mettait à faire du Limonov, c'est à dire pas dans la dentelle. Si l'on veut bien oublier ces scènes scabreuses, le livre est époustouflant, sur les traces de ce poète punk, voyou et dandy trash, clochard à New York puis collaborateur de l'Idiot international à Paris. C'est avec la guerre en ex-Yougoslavie que l'ambigüité du personnage dépasse les limites de l'entendement. Engagé aux côtés de criminels de guerre serbes, il franchit la ligne jaune, dans une posture quasi suicidaire. Ce qu'écrit alors Carrère sur ce conflit n'est pas le moins du monde consensuel et a le mérite de bousculer les idées reçues, ou les certitudes, c'est comme on voudra. La dernière partie du livre n'est pas moins passionnante, avec un Limonov fondateur et chef du parti national bolchévique, groupe qui se réclame à la fois de Lénine, d'Hitler, de Che Guevara et de ... Fantômas ! Fasciste, ce sombre individu ? Vu de France, oui. Dans le contexte russe, c'est aux dires de l'auteur "plus compliqué que cela". Au-delà de Limonov, Carrère se livre à une analyse étonnante de la situation politique russe de ces dernières années avec, au passage, des portraits de Gorbatchev, d'Eltsine et de Poutine, qui, là non plus, n'ont rien à voir avec les stéréotypes que l'on nous ressert à satiété. Carrère est définitivement aussi bon à l'écrit qu'à l'Oural et son Limonov, objet brûlant et sulfureux, est à ranger en bonne place à côté des plus grandes réussites de son auteur. Un bouquin brillant, ample, dense, intense, complexe et même parfois déplaisant. C'est de littérature, quoi, et de la très bonne.


Edouard Limonov, en mars 2011, à Moscou.

PS : C'est assez difficile de parler de ce livre, parce qu'il est bien plus grand que son sujet et en dit presque autant sur son auteur que sur son personnage central. Une sorte de transcarrèrien, comme on dit transsibérien. Emmanuel Carrère sera dans une librairie orléanaise fin septembre. J'essaierai d'aller le voir.


Dernière édition par traversay le Dim 18 Sep 2011 - 16:56, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Emmanuel Carrère   Ven 16 Sep 2011 - 20:29

je sens que je vais bientôt l'acheter.
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topocl
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MessageSujet: Re: Emmanuel Carrère   Lun 3 Oct 2011 - 21:22

LIMONOV

Qu'est-ce qui a pu pousser Emmanuel Carrère à écrire un livre sur LIMONOV, ce russe dont personne n'avait entendu parler il y a encore 3 mois et qui fait la couverture de tous nos magazines depuis la rentrée littéraire ? Et que tout le monde s'accorde à trouver entre « pas très sympathique » et « franchement antipathique » ? Même si leurs existences se sont croisées à plusieurs reprises de façon assez ponctuelle, cela peut surprendre.

Eh bien d'abord Emmanuel Carrère et Limonov ont trois points communs : ils ont adoré Les trois mousquetaires quand ils étaient petits (ce qui ne constitue pas un point particulièrement distinctif) et ils ont deux autres passions la Russie/URSS et l'écriture.
À part ça ce sont deux hommes totalement différents, et c’est sans doute plus cette différence qui a fascinéEmmanuel Carrère écrivain plutôt doux que torture un perpétuel questionnement,

Citation :
Je vis dans un pays tranquille et déclinant, où la mobilité sociale est réduite. Né dans une famille bourgeoise du 16e arrondissement, je suis devenue un bobo du 10e (…). Je ne pense pas que ce soit mal,ni que cela préjuge de la richesse d'une expérience humaine, mais enfin du point de vue tant géographique que socioculturel on ne peut pas dire que la vie m'a entraîné très loin de mes bases, et ce constat vaut pour la plupart de mes amis.

s’opposant à Limonov, un « rentre dedans » qui, justement ne se pose pas trop de questions, pour qui la vie « c'est vaincre ou mourir » , et pour cela , il est « prêt à tuer » Un homme qui relève tous les défis, tous les départs, qui ne tient pas en place, touche à tout avec pour seul but de s'en sortir. C'est un remuant, il a besoin que ça bouge pour se sentir exister. Il n'est pas étouffé par les scrupules, c'est le moins qu'on puisse dire.

C'est justement cet homme-là qui a interrogé Emmanuel Carrère, comme dans D'autres que la mienne, où il raconte des itinéraires totalement différents du sien, mais dont il a trouvé qu'il lui apprenaient quelque chose.

Citation :
Quelque chose, oui, mais quoi ? Je commence ce livre pour l'apprendre .

La première moitié du livre décrit les efforts persévérants de Limonov pour sortir de la lie de ses origines : fils obscur d’un soldat assez compromis dans une non-moins obscure ville moyenne du fin fond de l'Union Soviétique. Il est prêt à tout pour sortir de cette médiocrité, il touche à tout : petite délinquance, petits trafics, petit couteau à cran d'arrêt, petite affaires sordides… Mais ce sur quoi il compte pour vraiment se distinguer c’est la poésie (que les jeunes soviétiques pratiquent avec autant d’art que la vodka), et où il s'avère vite être le meilleur. Cela ne l'empêche pas de connaître les pires débines, Limonov est décidément un aventurier, et le récit des diverses galères qui vont le mener jusqu'aux États-Unis nous tient en haleine. C'est un héros des temps modernes, de la catégorie des loosers.

J'ai l'impression d'avoir déjà écrit cette scène. Dans une fiction, il faut choisir : le héros peut toucher le fond une fois, c'est même recommandé, la seconde est de trop, la répétition guette. Dans la réalité, je pense qu'il l’a touché plusieurs fois. Plusieurs fois il s'est retrouvé à terre, vraiment désespéré, vraiment privé de recours et, c’est un trait que j'admire chez lui, il s'est toujours relevé, toujours remis en marche, toujours réconforté avec l'idée que quand on a choisi une vie d'aventurier, être perdu comme ça, totalement seul, au bout du rouleau, c'est simplement le prix à payer.

Dans la 2e moitié du livre, il commence à sortir de cette déveine crasse : il commence à être édité, reconnu, fêté. Il n' a pas vraiment trouvé sa place pour autant, ses amours se délitent, il lui en faut toujours plus, il devient vraiment sordide. À la recherche d'émotions fortes, il va se mêler de façon assez sordide aux guerres des Balkans. En même temps l'Union Soviétique sort du communisme, et il revient dans son pays natal, qu'il chérit comme un Russe sait chérir sa terre. C'est l'occasion pour Emmanuel Carrère d’aborder des notions plus personnelles d'une part, plus historiques et géopolitiques d'autre part, qui sont intéressantes, exprimant une façon de voir plutôt originale et très documentée, mais qui cassent un peu le rythme du récit (Limonov reste un fil rouge même si on le perd un peu de vue par moments). Le désir de l'auteur est ici apparemment de nous faire comprendre à quel point cette situation est tortueuse et compliquée, et c'est réussi au point qu'on perd parfois un peu le fil, quand, comme moi, on n'a pas des connaissances approfondies sur cette partie de l'histoire du monde. C’est d’ailleurs sans doute le but, et de nous faire ainsi mieux comprendre pourquoi dans cette situation absolument inextricable, Limonov (qu’on retrouve enfin au premier plan) ne veut rien moins que fonder un parti nationaliste, fédérer les « paumés de la province russe » courant après leurs repères, et pour finir, pourquoi pas, prendre le pouvoir, quand son heure viendra. Tout cela en restant punk ou rocker et « sans bonté », gardant pour maîtres mots la provocation, la révolte, et la violence.

Dans un monde d’oligarques et de corruption, où Poutine pointe son nez, il fanatise suffisamment ses troupes pour inquiéter, puisque son parti est interdit , et lui est emprisonné. En prison aussi il réagit, il rebondit, il refuse de se laisser vaincre, se conduit en homme digne, peut-être enfin respectable, et puis, grâce à son aura de grand écrivain, il est libéré. Mais quelque chose s'est cassé, la sauce ne prend plus, il essaie d’y croire encore, mais son tour est passé…. Carrère, qui, évidemment, a fini par l’aimer d’une certaine façon, essaie de lui trouver une fin digne de lui, et les dernières pages du livre sont splendides.

Ce qui est particulièrement troublant dans la description de Carrère, ce qui justifie sa fascination pour le personnage, c'est l'ambiguïté perpétuelle qu'on trouve chez Limonov, cet homme qui ne peut vivre que s'il domine, s'il est le meilleur, si l'adrénaline crache, qui court d’échec en coups foireux, et rebondit perpétuellement, repart à l'attaque, joue sa vie en permanence. Cette ambiguïté répond à celle de la situation politique, du jeu des pouvoirs qui fait que, comme dit Carrère, « ce n'est pas si simple que ça », que nous voyons les choses depuis notre petit point de vue d'occidentaux qui n’ont pas vécu l'épouvantable bordel de l'Union soviétique/Russie de ces 50 dernières années, et que cela devrait nous inciter à adopter une certaine humilité dans notre capacité à juger une situation que nous croyons connaître, mais n’abordons que de l'extérieur.

Limonov est un livre d’un genre nouveau, au croisement de la biographie romancée et de la réflexion politique et du grand roman d'aventure. On se demande si Emmanuel Carrère n'a pas voulu écrire ici, à sa façon si personnelle, ses propres Trois Mousquetaires : une histoire palpitante, où les rebondissements ne sont pas toujours crédibles, tournant autour des forces au pouvoir, avec des coups bas et des actes grandioses, où, si les héroïnes féminines se font « baiser » et « enculer », elles n'en sont pas moins l'objet d'un amour indéfectible et chevaleresque, où une dynamique débridée et romanesque l’emporte. Le style de Carrère est absolument magnifique, dense, rythmé, exalté sans doute par la personnalité de Limonov, il se surpasse réellement et on le suit haletant. Il confirme son immense talent à décrire les personnages (célèbres ou inconnus), aller au fond d'eux-mêmes, traquer leurs faiblesse, valoriser leur humanité..

Pour finir (on ne s'arrêterait pas tant le livre est riche), Limonov est, comme le décrit l’un des personnage « un être magnifique, capable d’actes monstrueux. ». Cela justifie bien un livre…Et je rajouterai que Carrère est un auteur magnifique, habile à décrire des personnages, des situations historiques ou intimes avec une lucidité ,une tendresse, des formules percutantes qui nous font vivre en direct chaque moment de ce livre particulièrement brillant.
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MessageSujet: Re: Emmanuel Carrère   Lun 3 Oct 2011 - 22:59

J'aime beaucoup Carrère, qui est probablement un des rares auteurs français contemporains que je lis et dont je suis le parcours.

Je n'ai pas encore lu Limonov mais l'appelation de "biographique subjective et romanesque" me rappelle que Carrère n'est pas le genre d'écrivain à se regarder surtout le nombril (comme tant de ses confrères français).
J'avais déjà eu l'occasion de lire une autre biographie "subjective et romanesque" sur Philip K. Dick : Je suis vivant et vous êtes morts, qui était passionnante et se lisait effectivement... comme un roman, tout en étant bien documenté.
L'adversaire (autre grande découverte) suivait un peu le même principe.

En fait, Carrère arrive à se tenir en équilibre entre le romanesque (mais sans tomber dans la déformation complète propre à une fiction qui tire sa matière première d'un fait réel) et le document-vérité (mais en évitant la froideur documentaire et la sécheresse de style parfois rébarbative de ce type d'ouvrage).
Un numéro d'équilibriste qu'il effectue souvent avec talent.

Sans compter ses excellents romans (de pures fictions dans ce cas-là) que sont La classe de neige et La moustache.
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MessageSujet: Re: Emmanuel Carrère   Lun 10 Oct 2011 - 12:47

Eliminé de la sélection du Goncourt, Carrere a reçu le Prix de la langue Française 2011. Dans l'Express:
Citation :
Créé en 1986 par la Ville de Brive et doté de 10 000 euros, le Prix de la langue française récompense l'oeuvre d'un écrivain, artiste ou scientifique, "qui contribue par le style de ses ouvrages ou son action à illustrer la qualité et la beauté de la langue française". La cérémonie de remise du prix se tiendra à Brive le 4 novembre, jour d'inauguration de la Foire du Livre
.
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MessageSujet: Re: Emmanuel Carrère   Ven 11 Nov 2011 - 22:21

Vos commentaires sur Limonov sont convaincants et je me suis laissé prendre dans le filet: et je sors de cette lecture avec beaucoup d'admiration, non pas tellement pour le "héros", mais pour Carrère! Bien sûr que cette vie rocambolesque est une bonne matière, mais il faut des fois assez très loin pour ressentir de la vraie sympathie. Mais peut-être cela n'est pas toujours le but d'un livre...
Ce que j'admire par contre chez Carrère c'est d'intégrer l'histoire de cet homme si bien dans la "grande Histoire" que j'ai eu l'impression, concernant certaines données historiques, des guerres, changements et autres, d'apprendre vraiment quelque chose. Oui, cela semble détourner momentanément de la biographie de Limonov, mais l'intègre dans un ensemble.
Je suis passionné avant tout par la Russie, coté histoire, culture, atmosphère etc.: à travers "Limonov" j'ai encore appris pas mal.
Et il faut souligner l'art de Carrère de raconter... Mérité, le Renaudot!
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MessageSujet: Re: Emmanuel Carrère   Dim 25 Déc 2011 - 19:08

Je viens de terminer Limonov est mon sentiment est plus partagé : j’ai souvent trouvé le temps long mais j’ai aimé l’imbrication de la petite histoire dans la grande histoire de la Russie. J’ai apprécié également l’implication de l’auteur dans le récit, fait avec parcimonie et intelligence. Sans doute me manquait-il cette fascination que porte Emmanuel Carrère à Edward Limonov pour me laisser convaincre totalement. Difficile d'accrocher lorsque le personnage principal nous indiffère totalement, ce qui fut mon cas. Il ne reste que cette première rencontre avec l’auteur m’a donnée envie d’aller voir plus loin en sa compagnie.
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MessageSujet: Re: Emmanuel Carrère   Lun 26 Déc 2011 - 9:01


J'entre dans le récit avec un grand intérêt. Récit qui se lit aussi facilement qu'un roman mais c'est d'abord un portrait de la Russie ambigüe d'aujourd'hui. Étonnant de voir défiler des noms que l'actualité a mis en avant ces dernière décennies. Je n'ai jamais lu les textes de Limonov (réticence?) mais je l'ai vu dans les années 80, dans une librairie de la Butte aux cailles (est-elle toujours là?).
Le parcours de Limonov était-il déjà aussi étrange et sujet à caution politiquement (mise à part ses frasques personnelles et ses provocations) avant qu'on ne le retrouve aux côtés de Radovan Karadžić mitraillant Sarajevo? Y a-t-il cette mouvance nationaliste (et que représente-t-elle en nombre) contre le voyou Poutine dans la rue, en ce moment?
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MessageSujet: Re: Emmanuel Carrère   Lun 26 Déc 2011 - 11:37

Babelle a écrit:
Le parcours de Limonov était-il déjà aussi étrange et sujet à caution politiquement (mise à part ses frasques personnelles et ses provocations) avant qu'on ne le retrouve aux côtés de Radovan Karadžić mitraillant Sarajevo? Y a-t-il cette mouvance nationaliste (et que représente-t-elle en nombre) contre le voyou Poutine dans la rue, en ce moment?
Beaucoup (notamment en France) vont se détourner de lui à ce moment-là, complètement rejeté car "politiquement incorrect". En tout cas ce livre tombe à point pour Limonov, quelle couverture médiatique alors que de milliers de russes (dont Limonov) manifestent contre une troisième mandat de Poutine (un quatrième en réalité). Limonov aimerait se présenter en tant que candidat à la présidentielle de mars 2012 (ce qui me semble vraiment délirant mais pas vraiment étonnant de la part d'un tel mégalo). Pour le moment, aucune force politique russe ne semble rassembler les manifestants. J'ai tout de même entendu parlé de Sergueï Oudaltsov, un dirigeant d'un mouvement d'extrême gauche emprisonné : il fait grève de la faim et de la soif en prison, et a été hospitalisé à plusieurs reprises ces dernières semaines. Une partie de l'opposition russe a annoncé ce lundi vouloir manifester cette semaine en soutien de ce dirigeant.
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MessageSujet: Re: Emmanuel Carrère   Lun 26 Déc 2011 - 19:07

sentinelle a écrit:
Pour le moment, aucune force politique russe ne semble rassembler les manifestants.
C'est trop triste. Mais qu'est-ce qu'il faut faire?!
Est-il question de Sergueï Oudaltsov dans le récit de Carrere Sentinelle?
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MessageSujet: Re: Emmanuel Carrère   Lun 26 Déc 2011 - 20:48

Babelle a écrit:
sentinelle a écrit:
Pour le moment, aucune force politique russe ne semble rassembler les manifestants.
C'est trop triste. Mais qu'est-ce qu'il faut faire?!
Est-il question de Sergueï Oudaltsov dans le récit de Carrere Sentinelle?

Plus la société se délite et moins elle semble trouver une opposition cohérente. A commencer par les pays européens...Quant à Limonov, c'est un triste sire, un champion de l' épate et de la provoc...Un écrivain, ça m' étonnerait...

Dans la Quinzaien littéraire, le critique JJ Marie s 'interroge sur le livre de Carrère. "Est-ce une biographie, un portrait littéraire, une chronique de 40 ans d' histoire de la Russie à travers un personnage, marginal et emblématique, un essai."
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MessageSujet: Re: Emmanuel Carrère   Lun 26 Déc 2011 - 21:00

bix229 a écrit:
[Dans la Quinzaien littéraire, le critique JJ Marie s 'interroge sur le livre de Carrère. "Est-ce une biographie, un portrait littéraire, une chronique de 40 ans d' histoire de la Russie à travers un personnage, marginal et emblématique, un essai."

Je pense que c'est ce questionement-là qui donne sa valeur au livre de Carrère, qui est multiple et inclassable.
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MessageSujet: Re: Emmanuel Carrère   Ven 30 Déc 2011 - 8:58

Babelle a écrit:
sentinelle a écrit:
Est-il question de Sergueï Oudaltsov dans le récit de Carrere Sentinelle?
Je n'en ai pas souvenir en tout cas.

topocl a écrit:
bix229 a écrit:
[Dans la Quinzaien littéraire, le critique JJ Marie s 'interroge sur le livre de Carrère. "Est-ce une biographie, un portrait littéraire, une chronique de 40 ans d' histoire de la Russie à travers un personnage, marginal et emblématique, un essai."

Je pense que c'est ce questionement-là qui donne sa valeur au livre de Carrère, qui est multiple et inclassable.
Comme topocl, un peu de tout sans oublier que Carrère s'introduit lui-même dans la construction de son propre récit. Heureusement d'ailleurs qu'il ne se limite pas à la biographie tant j'ai plus apprécié les autres aspects du roman.
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MessageSujet: Re: Emmanuel Carrère   Ven 30 Déc 2011 - 9:54

La moustache (1986)


Que faire lorsqu’on n’a pas envie de se remuer les neurones et d’écrire un texte qui ait du sens ? On invoque l’excuse facile de la folie, et c’est parti : plus on foncera droit dans le décor, et plus il sera permis de crier au génie. En tout cas, c’est bien commode puisqu’avec son personnage de fou à lier, Carrère peut se permettre d’initier une histoire dans la première partie de son livre sans même se soucier de la poursuivre ou de lui donner un semblant de conclusion. Sans doute le laissa-t-elle à court d’idée car, à mi-chemin, Carrère saute abruptement à une seconde histoire, maladroitement reliée à la première, et qui ne s’avèrera finalement pas plus convaincante que la précédente puisqu’elle tourne en rond sur des dizaines de pages avant de s’achever, enfin, sur une conclusion réjouissante à la fois pour le lecteur (qui en a marre), pour le personnage (qui n’attendait que ça depuis le début) et pour l’auteur (qui va enfin pouvoir arrêter de perdre son temps).

« Ah, si j’étais fou… » devait se dire Carrère, et, bercé par les fantasmes qu’il nourrit à ce sujet, il se lance dans une histoire censée évoquer le trouble mental qu’il définit par une rationalité froide (mais que nous savons erronée, puisque issue d’un esprit dérangé) et par une personnalité à double tranchant qui se tourne soit vers l’amour le plus glauque (voir les scènes d’amour qui donnent envie de vomir) soit vers la haine la plus facile (« je vais fusiller ce type et ma bonne femme »). On retient quelques bâillements…
Bien sûr, le fou croit être le seul être humain à l’esprit sain. Et lorsqu’il décrit ses congénères, qu’il suppose être ravagés par le trouble mental, il résume en quelques lignes la vision que Carrère se fait de la folie :


« Les fous semblaient paisibles, leurs hôtes pas mécontents de ces revenus locatifs qui avaient l’avantage de tomber tous les mois, à coup sûr, de ne pas risquer de se tarir, car leurs pensionnaires restaient jusqu’à leur mort. Chacun vaquait à ses occupations, un des malades, depuis vingt ans, écrivait sans trêve la même phrase pompeuse et dépourvue de sens, une autre berçait des baigneurs en celluloïd, changeait leurs couches toutes les deux heures, se déclarait heureuse… En voyant le reportage, il avait pensé, c’est horrible, bien sûr, mais comme on trouve horrible la famine en Ethiopie, sans se représenter Agnès assise sur les marches d’un cabanon, au fond du jardin, répétant d’une voix douce que son mari n’avait jamais porté de moustache […]. »


L’idée d’une prise de tête conjugale basée sur le motif de la moustache recelait un bon potentiel humoristique, en tout cas de quoi se lancer sur une histoire de frappadingues réellement tordue, pas sur cette espèce de livre pathétiques et dégoulinant, qui s’apitoie sur le sort de quelques malencontreux poils. D’accord, la folie ne choisit pas l’objet sur lequel elle s’acharne, d’accord, la folie est un sujet qui peut mériter un traitement solennel, mais un traitement solennel ne peut en revanche pas se satisfaire des raccourcis et des stéréotypes que Carrère s’évertue à assener à chaque page de son livre.
Toute cette longue histoire de moustache se développe et se conclut de manière décevante, sans jamais réussir à susciter le moindre sentiment. Le style d’écriture est banal, et même si Carrère tente parfois de faire des incursions dans l’esprit de ce qu’il s’imagine être un psychopathe de la moustache, on a surtout l’impression de patauger en pleine caricature. Ce livre ne décrit pas l’histoire d’un fou, elle décrit juste l’histoire de la bêtise et dans son style, elle est parfaitement réussie.

_________________

J’ai presque vingt ans ! Me voici à la fin de ma vie, et je n’ai rien accompli !
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Emmanuel Carrère
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