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 Paul Eluard

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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Paul Eluard   Sam 8 Déc 2012 - 11:44

je vous remercie toutes les deux Esperluette et Coli ; j'ai eu plaisir à vous lire.

J'ai essayé de comprendre vos réflexions et donc c'était à la fois une leçon et un devoir pour moi. sourire

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Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour soi est un esclave. » Friedrich Nietzsche
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Exini
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MessageSujet: Re: Paul Eluard   Sam 8 Déc 2012 - 13:46

Merci ! Même si je suis généralement imperméable aux poèmes, tes réflexions m'ont intéressé et subjugué, au point de te lire jusqu'au bout ! (Mais pas au point d'ouvrir un recueil de poèmes, quand même)

Chapeau bas Esperluette (ou Esperluette ? Ou encore...)
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Esperluette
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MessageSujet: Re: Paul Eluard   Sam 8 Déc 2012 - 14:37

colimasson a écrit:
Plaisir partagé ! On se retrouvera là lorsque le plus courageux d'entre nous sera décidé à recommencer l'expérience avec Eluard... Wink

bisous

Rendez-vous noté, Colimasson.
flower

Bédoulène a écrit:
je vous remercie toutes les deux Esperluette et Coli ; j'ai eu plaisir à vous lire.

J'ai essayé de comprendre vos réflexions et donc c'était à la fois une leçon et un devoir pour moi. sourire

Merci Bédoulène de ce commentaire et de ta présence bienveillante. flower
J'ai donc raté mon coup alors pour vous faire apprécier Eluard. C'est là tout le problème de l'analyse! La première impression de lecture est perdue et en relisant je me laisse aller à chercher à comprendre les enchaînements entre les poèmes ...

Mais la poésie se déguste en ouvrant un recueil au hasard, par exemple! C'est aussi une expérience réjouissante et parfois inattendue.
Au plaisir alors. sunny

Exini a écrit:
Merci ! Même si je suis généralement imperméable aux poèmes, tes réflexions m'ont intéressé et subjugué, au point de te lire jusqu'au bout ! (Mais pas au point d'ouvrir un recueil de poèmes, quand même)

Chapeau bas Esperluette (ou Esperluette ? Ou encore...)


Embarassed

Merci Exini, tu es adorable : je n'avais même pas réalisé que mon pseudo incluait le mot "perle".
Et je constate avec plaisir que tu es également sensible à la couleur des mots Wink donc à la poésie qui s'en dégage. Wink

Pourquoi cette imperméabilité à la poésie, cependant? ange
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Exini
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MessageSujet: Re: Paul Eluard   Sam 8 Déc 2012 - 20:58

Esperluette a écrit:
J'ai donc raté mon coup alors pour vous faire apprécier Eluard. C'est là tout le problème de l'analyse! La première impression de lecture est perdue et en relisant je me laisse aller à chercher à comprendre les enchaînements entre les poèmes ...

Tu n'as rien raté ! J'ai lu tous les poèmes qui te servaient pour ta démonstration, maestro !

Et je ne suis pas complètement hermétique à la poésie. Bon, je lis surtout les fables de La Fontaine avec joie. Et les poèmes mis en musique par Brassens me touchent toujours (Jean Richepin avec "Les oiseaux de passage" ou "Le verger du roi Louis" de Théodore de Banville par exemple) ou encore "La ballade des pendus" de Villon. Et peut-être qu'un jour, Eluard... Wink
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Esperluette
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MessageSujet: Re: Paul Eluard   Sam 8 Déc 2012 - 23:23

Exini a écrit:


Et je ne suis pas complètement hermétique à la poésie. Bon, je lis surtout les fables de La Fontaine avec joie. Et les poèmes mis en musique par Brassens me touchent toujours (Jean Richepin avec "Les oiseaux de passage" ou "Le verger du roi Louis" de Théodore de Banville par exemple) ou encore "La ballade des pendus" de Villon. Et peut-être qu'un jour, Eluard... Wink

Très bien La Fontaine, on croit le connaître et on est toujours surpris lorsque l'on tombe par hasard sur une de ses Fables.

Pour Brassens, on peut continuer la liste avec Le Petit cheval Blanc de Paul fort et La Ballade des dames du temps jadis de Villon (oui encore lui)! J'ai un faible pour ce dernier.
Tiens je ne connaissais ni Les oiseaux de passage ni Le verger du roi Louis! Merci à toi, Exini.
Wink
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Exini
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MessageSujet: Re: Paul Eluard   Sam 8 Déc 2012 - 23:53

Pour "Les oiseaux de passages", si tu veux la découvrir, Marie l'a laissée sur le fil Georges Brassens de "Musique maestro". Mais j'arrête, ici c'est le fil de Paul Eluard...
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Esperluette
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MessageSujet: Re: Paul Eluard   Dim 9 Déc 2012 - 9:36

Exini a écrit:
Pour "Les oiseaux de passages", si tu veux la découvrir, Marie l'a laissée sur le fil Georges Brassens de "Musique maestro". Mais j'arrête, ici c'est le fil de Paul Eluard...

Wink

J'y vais de ce pas! Merci encore à toi, Exini.

flower
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Constance
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MessageSujet: Re: Paul Eluard   Mar 5 Mar 2013 - 11:13

Esperluette a écrit:
(Suite et fin)

Cette dernière section intitulée Nouveaux poèmes alternent poèmes en prose et poèmes en vers, cependant le ton semble toujours lié au désespoir comme le montre le premier poème avec le titre d’un constat amer : « Ne plus partager ».
Mélange de douleur liée à la séparation de l’être aimé mais aussi à celui de ne plus créer avec ses amis surréalistes ? Telle est la question que l’on peut se poser d’emblée.

Je cite le poème dans son intégralité.

NE PLUS PARTAGER

Au soir de la folie, nu et clair,
L'espace entre les choses a la forme de mes paroles ,
La forme des paroles d'un inconnu,
D'un vagabond qui dénoue la ceinture de sa gorge
Et qui prend les échos au lasso.

Entre des arbres et des barrres,
Entre des murs et des mâchoires,
Entre ce grand oiseau tremblant
Et la colline qui l'accable,
L'espace a la forme de mes regards.

Mes yeux sont inutiles,
Le règne de la poussière est fini,
La chevelure de la route a mis son manteau rigide,
Elle ne fuit plus, je ne bouge plus,
Tous les ponts sont coupés, le ciel n'y passera plus
Je peux bien n'y plus voir.
Le monde se détache de mon univers
Et, tout au sommet des batailles,
Quand la saison du sang se fane dans mon cerveau,
Je distingue le jour de cette clarté d'homme
Qui est la mienne,
Je distingue le vertige de la liberté,
La mort de l'ivresse,
Le sommeil du rêve,

O reflets sur moi-même! ô mes reflets sanglants!

Comme une douleur lancinante, les sons se répètent et se font écho montrant ainsi l’effet de la séparation double (d’avec sa femme, d’avec ses amis) sans pour autant cesser de créer.

Cet effet de résonnance dans la première strophe correspond à un espace un peu cloîtré qui sera évoqué dans la strophe suivante. La lumière et la vitalité semblent avoir déserté le regard qui est devenu superflu. Cependant, le poète « distingue » quand même la peur et la perte de façon doublement violente puisque démultipliées par les reflets.

Quant au dernier poème qui clôt à la fois le recueil et cette dernière partie, Celle de toujours, toute, il est placé sous le signe de l’anonymat.

CELLE DE TOUJOURS, TOUTE

Si je vous dis : « j'ai tout abandonné »
C'est qu'elle n'est pas celle de mon corps,
Je ne m'en suis jamais vanté,
Ce n'est pas vrai
Et la brume de fond où je me meus
Ne sait jamais si j'ai passé.
L'éventail de sa bouche, le reflet de ses yeux,
Je suis le seul à en parler,
Je suis le seul qui soit cerné
Par ce miroir si nul où l'air circule à travers moi
Et l'air a un visage, un visage aimé,
Un visage aimant, ton visage,
À toi qui n'as pas de nom et que les autres ignorent,
La mer te dit : sur moi, le ciel te dit : sur moi,
Les astres te devinent, les nuages t'imaginent
Et le sang répandu aux meilleurs moments,
Le sang de la générosité
Te porte avec délices.
Je chante la grande joie de te chanter,
La grande joie de t'avoir ou de ne pas t'avoir,
La candeur de t'attendre, l'innocence de te connaître,
O toi qui supprimes l'oubli, l'espoir et l'ignorance,
Qui supprimes l'absence et qui me mets au monde,
Je chante pour chanter, je t'aime pour chanter
Le mystère où l'amour me crée et se délivre.

Tu es pure, tu es encore plus pure que moi-même.

Que cache « celle » ? S’agit-il de la Parole (poème de la première partie) comme le laisse suggéré ces vers « La mer te dit : sur moi, le ciel te dit : sur moi » qui font écho à « Je glisse sur le toit des vents, je glisse sur le toit des mers » (vers 2 et 3 La Parole, p.21).
Cette parole liée à l’image de la femme est aussi associée à l’anonymat et à la douleur « A toi qui n’as pas de nom et que les autres ignorent ». De quelle figure féminine est-il question ? Le poète évoque la mère :

« O toi qui supprimes l'oubli, l'espoir et l'ignorance,
Qui supprimes l'absence et qui me mets au monde, »

La parole accouche le poète, qui chante l’amour et la mère, l’amour de la poésie ? Ou bien l’amour inavouable pour la mère évoqué, rappelez-vous, dans le premier poème avec le mot « inceste ».

Finalement quelle est cette Capitale de la douleur ?

Voilà, j'ai fini de vous embêter! Razz Laughing

Merci à toi Colimasson de m'avoir, sans le savoir, poussé à réaliser ce travail. J'ai retrouvé l'espace d'un instant mon âme d'étudiante, une véritable cure de jeunesse!
J'apprécie le cadeau.

Wink


"Celle de toujours, toute", n'est autre que son épouse "Gala", Esperluette. sourire et le vocable "inceste" fait référence à Max Ernst qui, sous le propre toit d'Eluard et avec son veule consentement, vivait une liaison passionné avec "Gala".
Je te conseille, ainsi qu'à tous les passionnés de la poésie de Paul Eluard, la lecture de "Gala", une biographie très documentée, écrite par Dominique Bona (Ed. J'ai lu). Cet ouvrage a apporté de nombreuses réponses à mes propres questionnements.

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Esperluette
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MessageSujet: Re: Paul Eluard   Jeu 13 Juin 2013 - 17:25

Waouh @ Constance!

Je viens de lire ta réponse. La fille qui ne sait plus où se mettre tellement elle a honte du retard.Embarassed

Alors merci pour la référence au livre et pour toutes ces informations.

Néanmoins, même si je n'ai toujours pas de réponse précise quant au sens exact de ce poème, et d'ailleurs, je préfère ne pas en avoir, soyons clair, il me semble que Paul Eluard évoque plusieurs figures féminines.

En effet, même si La Femme reste la première source d'inspiration pour les pauvres hommes victimes de notre charme redoutable, le poète clôt son recueil par un constat : l'inspiration via la parole (mots féminins) permet la naissance d'un poème, d'un recueil, d'une œuvre. A chaque création, l'artiste fait le deuil de ce qu'il vient d'enfanter pour de nouveau puiser en lui ou ailleurs un nouvel élan vers la vie, vers un nouveau livre.

Mais il s'agit de ma perception. Nous avons tous des approches ou des lectures différentes. Wink
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Marylouu
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MessageSujet: Re: Paul Eluard   Lun 30 Juin 2014 - 15:24

Aurai-je trouvé une admiratrice de Paul Eluard ? J'en ai bien l'air...

Un de ces poème, dans son recueil Les mains libres ( 1937)en collaboration avec Man Ray.

Le désir, qui s'avère être un hommage à Nush.

Jeunesse du fauve
Bonheur en sang
dans un bassin de lait


Capitale de la douleur, j'aime énormément ce recueil également.
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bix229
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MessageSujet: Re: Paul Eluard   Sam 7 Mar 2015 - 19:29

Je dédie ce poème à Esperluette qui avait si bien défendu "son" Eluard, face à Coli. Et à Lara qui ouvrit le fil.


Paul Eluard : Pouvoir tout dire






Le tout est  de tout  dire  et je manque de mots
Et je manque de temps  et je manque  d'audace
Je rêve et je dévide au  hasard mes images
J'ai mal  vécu  et mal  appris à  parler  clair

Tout dire les rochers  la route et les pavés
Les rues et leurs passants les champs et les bergers
Le duvet du printemps la rouille de l'hiver
Le froid et la chaleur composant un seul  fruit

Je veux montrer la foule et chaque homme en  détail
Avec ce qui l'anime et qui le  désespère
Et sous ses  saisons d'homme  tout  ce qu'il éclaire
Son histoire et  son  sang son histoire  et sa  peine

Je veux montrer la foule  immense divisée
La foule cloisonnée  comme en  un cimetière
Et la foule plus forte que son  ombre impure
Ayant rompu ses murs  ayant  vaincu ses maîtres

La famille des mains  la famille des feuilles
Et l'animal  errant  sans personnalité
Le fleuve et la rosée  fécondants et  fertiles
La justice debout  le bonheur bien planté

Le bonheur d'un  enfant  saurai-je le  déduire
De sa  poupée  ou  de  sa balle ou du beau temps
Et le bonheur d'un homme  aurai-je  la vaillance
De le dire selon sa femme et ses enfants

Saurai-je mettre  au clair l'amour et  ses  raisons
Sa tragédie  de plomb sa  comédie  de paille
Les actes machinaux qui  le font  quotidien
Et les caresses  qui  le  rendent  éternel

Et pourrai-je jamais enchaîner la récolte
A l'engrais  comme  on fait  du bien  à la beauté
Pourrai-je comparer le  besoin  au désir
Et l'ordre mécanique  à  l'ordre  du  plaisir

Aurai-je assez de mots pour liquider la haine
Par la haine sous  l'aile  énorme des colères
Et  montrer la victime  écrasant les  bourreaux
Saurai-je colorer le mot révolution

L'or  libre  de  l'aurore  en  des  yeux sûrs d'eux-mêmes
Rien  n'est  semblable  tout  est neuf tout  est précieux
J'entends de petits mots devenir des adages
L'intelligence est  simple au-delà des  souffrances


Comment  saurai-je dire  à quel  point je suis contre
Les absurdes  manies que noue la solitude
J'ai failli en  mourir  sans pouvoir me  défendre
Comme en meurt un  héros ligoté  bâillonné

J'ai failli en  être dissous corps cœur   esprit
Sans formes et  aussi  avec toutes les formes
Dont on entoure pourriture  et  déchéance
Et complaisance et  guerre  indifférence  et  crime

Il s'en fallut de peu  que mes frères me  chassent
Je m'affirmais  sans  rien  comprendre à  leur  combat
Je croyais prendre  au  présent   plus qu'il ne possède
Mais je n'avais  aucune idée du  lendemain

Contre la fin de tout je dois ce que je suis
Aux hommes qui  ont su  ce que la vie  contient
A tous les  insurgés  vérifiant leurs outils
Et   vérifiant leur  cœur  et  se  serrant la main

Hommes continuement entre humains sans un pli
Un chant monte qui dit ce que toujours on dit
Ceux qui  dressaient notre  avenir contre la mort
Contre les souterrains de   nains et  des  déments.


Pourrai-je dire enfin la  porte s'est ouverte
De la cave où  les  fûts  mettaient   leur  masse sombre
Sur la vigne ou le  vin captive  le soleil
En employant les mots  de  vigneron lui-même

Les femmes sont  taillées comme l'eau ou  la pierre
Tendres ou trop  entières dures ou légères
Les oiseaux passent  au travers  d'autres espaces
Un chien  familier  traîne  en  quête d'un vieil  os

Minuit n'a plus d'écho  que pour un très vieil homme
Qui gâche son trésor  en  des chansons banales
Même  cette  heure  de la nuit  n'est  pas perdue
Je ne m'endormirai  que  si  d'autres  s'éveillent

Pourrai-je dire  rien  ne vaut que la jeunesse
En  montrant  le  sillon de l'âge  sur  la joue
Rien  ne  vaut  que  la suite infinie des  reflets
A partir  de l'élan des graines et  des fleurs

A partir  d'un mot franc et  des choses réelles
La confiance ira sans idée  de  retour
Je veux que l'on réponde  avant  que  l'on questionne
Et nul ne parlera  une langue  étrangère

Et  nul  n'aura envie de piétiner un toit
d'incendier  des villes  d'entasser  des morts
Car j'aurai  tous les mots qui  servent à  construire
Et qui font  croire  au temps comme à la seule source

Il faudra rire  mais on rira de  santé
On rira d'être  fraternel  à  tout  moment
On sera bon avec  les autres  comme  on  l'est
Avec soi-même  quand   on s'aime  d'être  aimé

Les frissons délicats feront place à  la houle
De la joie d'exister plus fraîche que la mer
Plus rien  ne   nous fera douter de ce poème
Que  j'écris  aujourd'hui pour effacer hier.

Tout  dire. - Gallimard



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L' imagination est l' histoire vraie du monde.
Roberto Juarroz
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MessageSujet: Re: Paul Eluard   Dim 8 Mar 2015 - 4:53

bix229 a écrit:
Je dédie ce poème à Esperluette qui avait si bien défendu "son" Eluard, face à Coli. Et à Lara qui ouvrit le fil.


[center]

Paul Eluard : Pouvoir tout dire







Le tout est  de tout  dire  et je manque de mots
Et je manque de temps  et je manque  d'audace
Je rêve et je dévide au  hasard mes images
J'ai mal  vécu  et mal  appris à  parler  clair



Il l'a plutôt bien dit!

Je m'immisce dans votre conversation à quatre....

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Sigismond
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MessageSujet: Re: Paul Eluard   Jeu 22 Oct 2015 - 11:04

Les poèmes publiés dans la partie "Répétitions", qui ouvre le recueil "Capitale de la douleur", ont pour particularité d'être davantage Dada que surréalistes. Ils furent d'ailleurs publiés à part en 1922.

Appliquant le mot d'ordre anti-littéraire de Dada, Eluard se livre à un travail de découpe à vocation équarissante sur des poèmes de jeunesse, afin d'en arracher sens et direction. Plus de sujet, de thème, désordre, hasard sont les mots d'ordre.  
C'est ainsi qu'on tombe -c'est un écueil de taille- sur de l'hermétique, au mieux de l'elliptique, et des pages rapidement passées.
L'angoisse domine, il n'y a guère de liesse, ou alors est-elle si énigmatique et brève, une fragrance sur laquelle on ne met ni nom ni visage, reçue quelques dixièmes de seconde dans un transport en commun lancé à vive allure.


Sans voyeurisme technique, il eût été appréciable de pouvoir lire ces poèmes de jeunesse entiers afin de bien appréhender les coups de sécateurs d'Eluard, le modus operandi de la taille à vif et à ras.
Mais nous devons nous contenter du résultat final, topiaire ou bonsaï ou tronc nu ou racine arrachée...

Ainsi, ce Sans musique:




Sans musique



   Les muets sont des menteurs, parle.
   Je suis vraiment en colère de parler seul
   Et ma parole
   Éveille des erreurs.

   Mon petit cœur.




Ou ce L'unique:



L'unique


   Elle avait dans la tranquillité de son corps
   Une petite boule de neige couleur d’œil
   Elle avait sur les épaules
   Une tache de silence une tache de rose
   Couvercle de son auréole
   Ses mains et des arcs souples et chanteurs
   Brisaient la lumière

   Elle chantait les minutes sans s’endormir.


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MessageSujet: Re: Paul Eluard   Jeu 22 Oct 2015 - 12:59

L'Unique est..... Unique....
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colimasson
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MessageSujet: Re: Paul Eluard   Dim 25 Oct 2015 - 23:12

Je trouve ces deux poèmes très bons.

Le premier, pour le côté schizophrénique.
Le deuxième, pour le côté synesthésique.

_________________

J’ai presque vingt ans ! Me voici à la fin de ma vie, et je n’ai rien accompli !
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MessageSujet: Re: Paul Eluard   

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