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 Céline Minard

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Marko
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MessageSujet: Re: Céline Minard   Sam 18 Juil 2015 - 9:50

Et ces personnages ne finissent pas par se taper dessus comme tout bon petit groupe qui se respecte ?

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"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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Exini
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MessageSujet: Re: Céline Minard   Sam 18 Juil 2015 - 10:49

Evidemment, ça arrive parfois, mais assez peu souvent finalement...Et de toute façon, la bagarre les rapprochant, ils trouvent en leur adversaire du moment un ami et se retrouvent au saloon ou dans les salles collectives du "Luxe rudimentaire" (mais pas de banquet avec des sangliers, et Arcadia a même le droit de jouer de la contrebasse sans se retrouver ligotée et baillonnée).

D'ailleurs, maintenant que je pense à elle, le personnage d'Arcadia, exprimant musicalement une ambiance ou un sentiment, transporte ceux qui l'écoutent et le lecteur avec - la musicalité du texte, toute en accords mineurs et majeurs ?

"Un soir qu'elle n'était pas encore descendue jouer et qu'Elie était devant sa chambre à faire sa cour muette et immobile, elle lui proposa d'entrer, ce dont il resta interdit avant de passer la porte comme un frisson et de s'asseoir directement sur le lit. Elle empoigna sa contrebasse et joua pour lui seul le morceau de sauvagerie qu'il lui avait comme transmis. Il reconnut la pluie sur le poitrail des bêtes, le balancement grinçant des grands pins, l'éclatement de l'eau et du bois, la longue phrase du trajet plein de détours, les boules de moucherons dans les coins d'ombre, la fuite des poissons dans l'eau plate, le départ de la balle, la fuite des chevaux, la fuite des jours dans le temps, la fuite en elle-même et à ce moment, il éclata en sanglots. Arcie continua de tirer l'archet sur le ventre de sa douleur, implacable et concentrée, afin qu'il en touche la vapeur ourdie de regrets. Quand elle eut terminé, elle posa l'archet sur la coiffeuse et fit une volée de pizzicati pendant qu'il s'essuyait les yeux dans ses draps. Il lui sourit.
Il passa la porte devant elle quand elle descendit au bar, allégé, chamboulé, touché dans la moelle.
"

Désolé, j'ai pas pu m'empêcher.  Bon, j'arrête les citations maintenant. chut

Et lorsque violence il y a (les derniers chapitres, par exemple), elle n'est jamais gratuite, esthétique, voyeuriste. Elle est souvent rapide et laisse des marques et des cicatrices, tant sur les corps que dans les esprits.


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Queenie
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MessageSujet: Re: Céline Minard   Sam 18 Juil 2015 - 23:40

C'est bien les extraits.

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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Céline Minard   Sam 22 Oct 2016 - 11:31

Le grand jeu

c'est mon premier Minard. J' ai suivi le personnage agréablement dans ses activités, la marche en montagne, le jardinage, ses "loisirs". Par contre sa démarche l'ai-je comprise ? un défi, une promesse qu'elle s'est faite, vivre isolée, suffire à ses besoins (mais elle a à sa disposition un refuge adapté et un minimum de moyens en réserve pour vivre quelque temps avant de pouvoir produire) mais surtout sans relation humaine (soit un ingrat, un envieux, un imbécile...)

Elle va s'adapter au mieux, à cet espace nouveau, à ce temps à maîtriser à s'en faire des alliés. C'est alors que l'impondérable survient, un autre humain joue dans son espace, elle va le côtoyer. Il s'avèrera un guide, et qui n'est ni ingrat, envieux ou imbécile, de quoi s'interroger à nouveau sur ce grand jeu qu'est vivre et comment. Entre les deux humains s'installe aussi ce grand jeu et bien que son "voisin" lui dise que ce lieu n'est pas pour elle notre "réfugiée" se fait une nouvelle promesse et elle le sait les promesses portent le danger, celui de ne pas se réaliser, de s'y perdre.

je suis en attente de votre ressenti, Nadine, Shanidar ?


Eglantine je pense que c'est un livre pour toi et pas uniquement à cause de la montagne.

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Nadine
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MessageSujet: Re: Céline Minard   Sam 22 Oct 2016 - 12:27

Céline Minard,  Le Grand Jeu



Si j'avais été élevée non à voir mais à croiser, analyser, décrypter, expérimenter l'environnement et mes perspectives d'évolution en son sein, je crois que je serais plus efficiente à tous les niveaux, y compris émotionnels. Seulement, je n'ai pas rencontré la langue qui m'aurait décillée sur ces enjeux.

C'est le premier point du livre qui m'a passionnée. Cette langue decille cette possibilité.
Pour mettre en scène cet aspect, Minard a choisi de faire évoluer son héroine dans une vallée bien perdue , à une altitude bien marquée. Le champ lexical de cet environnement allié à celui , technique, de la varappe mettent très bien en scène ces enjeux je dirais hyper-pragmatiques.

Ya pas grand chose, mais il y a beaucoup à faire, à commencer par se créer des pistes sur ce territoire. Comme si l'arpenter était déjà en soi, et en vase clos, une évidence à garantir.

 (Entre nous rien que ce postulat se pose là .Je trouve. )

Le deuxième point qui m'a beaucoup nourrie :
Minard nous embarque dans ce "savoir être",
on s'y sent un peu platement embarqué d'ailleurs; la rigueur cognitive de cette femme tente ma dérobade.
MAIS :

une scène fondamentale clôt la leçon pratique :
Spoiler:
 
Normalement, à ce stade de la lecture, si l'on est toujours volontaire à la suivre, on a compris les repères pris. On a cheminé avec elle, on est passé et repassé là. On se demandait pourquoi d'ailleurs mais on va comprendre.
Chapeau.
Sur un plan philosophique (je pense que c'est sur ce plan là?) se pose soudain la question de notre version du monde, subjectivement construite.

Spoiler:
 
Effroi. Qui veut vous tromper ainsi ? Quand crûtes vous avoir acquis votre prise au réel ?

Troisieme point  :

Minard peint très très très bien ce qui se passe en soi. En toi. En nous. Ce mouvement en soi pour soi, nous tous seuls avec nous même. Elle le peint, et surtout le met en scène grâce au rythme même de sa prose et des épisodes qu'elle lui soumet.
Parce que l'on s'ennuierait presque à suivre la récurrence des  jalons psychiques, les trois ou quatre points de rupture de ceux-ci, soit choisis, soit arrachés avec effort, soit imposés par l'environnement sont extatiques.
Cette écrivaine est maître de sa prose et de son cheminement.
J'ai donc rencontré, en suivant son fil, une image magnifique de ce qu'est un mouvement d'âme.

Je suis très intéressée par le rapport que le corps entretient avec l'esprit, et ce livre en est une description autant qu'une exploration magistrale. La prose en est factuelle, pour la plus grande part, à l'image de la situation narrative, certains lecteurs n'y trouveront pas leur nid préféré, pas question cette fois de se laisser porter par le style sans visualiser ou analyser ce qui est dit. C'est exigeant, pas de fioritures , ou très peu.

Le quatrième point que je soulignerais :
je comprends mieux la nature des foisonnements farfelus que Minard nous offre à travers tous les livres que j'ai lu d'elle. Son personnage use parfois de psychotropes, et il me semble, pour le peu que je connaisse de ces domaines, qu'elle en extrait assez justement l'apport singulier. Cela permet de forcir les schèmes de l'âme qu'elle dépeint. Et la petite folie qui apparait parfois dans les épisodes narratifs sont leur fruit certain, qu'il faut admettre. Ils sont jubilatoires, en tous cas.

Ainsi donc ces quatre "plot'points" que j'ai trouvé à partager sur cette lecture.
Certaine manière de Céline Minard m'aura moins plu qu'autres occasions, mais tout comme certains amis, très chers, peuvent nous enquiquiner alors même qu' ils nous semblent irremplaçables. Je serais bien ingrate de lui reprocher que ce qui l'éclate un max ne fasse pas partie de ma cosmogonie. Parce qu'elle est une passeuse précieuse , un esprit pointu.

#aide à vivre.


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MessageSujet: Re: Céline Minard   Sam 22 Oct 2016 - 12:30

Bédoulène, je crois que tu devrais spoiler ça :
Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Céline Minard   Sam 22 Oct 2016 - 15:41

Le Grand Jeu

Un texte compliqué pour moi car même si j'adore la marche et encore plus la marche en montagne, j'ai bien du mal à visualiser les espaces décrits dans les romans 'paysagistes'. A moins de me les faire sentir, je n'arrive pas très bien à voir une crique, une gravière, un surplomb, le passage d'une arête, un ressaut, pour moi tout cela reste très confus, brouillardeux, pas très clair. Et comme le personnage de Minard (et Minard elle-même, peut-être) ne semble pas une adepte de l'empirisme, qui apprend en se brûlant mais bien au contraire un être qui calcule absolument tous les risques avant de se lancer, qui cadenasse les surprises, il paraît évident que je vais avoir du mal à suivre, à m'immiscer, à me frotter à l'histoire.

Et justement, les questions de mise en danger, les questions de menace qui essaiment le texte, qui ramènent étrangement le lecteur à du connu, aux peurs civilisées, aux promesses faites, semblent fêler le bel ordonnancement de notre ermite (à très juste titre Bédou parle de 'réfugiée' dans son com'). Elle qui, a priori, a calculé tous les risques, toutes les nécessités d'une vie recluse, qui est parée pour une vie solitaire, à 2000 mètres d'altitude, en plein désert montagneux, ne cesse de s'interroger sur ce qui menace l'homme, ce qui l'encercle, l'oppresse, le guette, ce qui l'opprime et qui n'est autre que l'homme, l'Altérité. Si finalement, la réclusion est un refuge, un salut, c'est bien dans l'altérité que se trouve tous les dangers du monde. C'est à ce danger que notre héroïne cherche à échapper, c'est contre lui qu'elle construit des défenses, contre la rencontre, contre l'échange, le don, contre l'Autre.

En cherchant à fuir les ingrats, les imbéciles et les envieux notre héroïne fuit également l'ensemble de la communauté humaine. Mais bien sûr, cette belle échappatoire n'est qu'une illusion et la découverte inopinée que son territoire, son royaume n'est pas dépourvu de présence 'humaine', va remettre en question la méthode même du repli sur soi. Car il est impossible d'être insensible à l'Autre.

Après un début compliqué, 70 premières pages ingrates, faites d'installation millimétrée, d'arpentages et de cultures vivrières, le texte se transforme grâce à l'entrée en scène d'un nouveau personnage. Le basculement de l'Un vers l'un + un, oblige la narratrice à contrevenir à ses principes, bouscule sa patience, met en jeu ses impulsions naturelles d'humaine. Car on devine très vite que sous ses allures de guerrière, de froide nature se cache un être blessé, éminemment humain. Et le texte prend alors une tournure toute différente et devient réellement passionnant.

Passionnant dans ses questionnements, dans ce retour sur Soi qui fait retour à l'Autre, question sur la confiscation du don, du jeu, de la promesse, sur la rétention de l'offre pour finalement se heurter à la contingence d'un Autre, pas tout à fait celui qu'on attendait, évidemment un peu décalé par rapport à l'image que l'on a de l'être idéal, celui de l'ultime rencontre, celui qui va nous faire basculer.

L'univers clos et en même temps complètement ouvert de l'aventure donne à chaque mouvement une liberté et une nécessaire contention qu'on retrouve subsumé dans l'escalade (moment d'intense concentration et en même temps sortie de soi) et dans la rencontre (moment de lâché prise et d'intense revitalisation de soi).

La proposition de Minard, audacieuse, paradoxale (s'extraire du monde pour mieux comprendre qu'on ne peut lui échapper totalement) est un roman difficile à aborder, mais qui, pour celui qui s'y attache, prend des dimensions initiatiques absolument essentielles à toute personne en quête d'elle-même et en mal de l'Autre.


Au final, les deux derniers tiers du roman (qui ne fait que 190 pages) m'ont totalement conquise.

N.B. : je trouve la lecture géodésique de Nadine particulièrement pertinente, soulignant la richesse d'intentions et d'explications que le récit propose.

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Nadine
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MessageSujet: Re: Céline Minard   Sam 22 Oct 2016 - 18:17

Shanidar, , j'ai hélas un esprit pas assez formé aux langages mathématiques, aussi merci beaucoup car le terme géodésique m'est à présent connu. je comprends encore mal à quoi il réfère, malgré tout, dans mon compte rendu Crying or Very sad  
maispar contre il correspond apparemment assez précisément à l'un des schèmes du roman. Tu approuves ? Pour les passionnés par cet aspect scientifique c'est un roman superbe, je pense.
La forme d'une ville, de Julien Gracq m'avait dans le genre, happé, sans en faire une démonstration aussi explicite que l'esprit de Minard. Elle a vraiment un cerveau qui fonctionne à plein. Quelle chance ! A faire lire aux petites jeunes filles et petits jeunes hommes encore trop indolents dans leurs potentiels.

Bédoulène, alors ? Dis nous, j'ai hâte.
Parce qu'en effet croiser ses lectures est très agréable, Shanidar, ainsi , tu soulignes des points qui me parlent beaucoup, que j'avais moins souligné, moi, lors de mon petit topo. Notamment toute la dialectique du Grand Jeu, du rapport à l'autre.Bédou le dit aussi très bien.

Une impression que je ne partage pas cependant à te lire, Shanidar : la douleur du rapport à l'autre, qui opprime, qui menace etc. je trouve qu'au contraire le personnage semble dénué de cette "empathie négative", elle ne doute guère, elle solutionne, elle s'émeut peu, elle contemple et analyse. Elle ne renonce pas, elle combat.
C'est aussi un des aspects que j'oubliais, même si je le suggérais : le caractère de ce personnage féminin est très rarement représenté en littérature. On est loin des héritiers du romantisme.Et le passé, s'il n'est pas dutout, je crois, évoqué, n'est en rien , précisément, une raison de sa démarche. Elle n'a pas l'air de renoncer, en s'expatriant là haut, elle a l'air de continuer l'exploration d'elle même. Non sans une pointe d'aigreur, certes. "Enfin tranquille", sans plus.
L'autre est un gêneur, pas une blessure. Tu trouves pas ? Bédoulène, ta note de lecture y fait écho, tu parles de sa concentration et lucidité face au challenge, tu sembles avoir été sensible à cet aspect ? Et toi Shanidar, dis moi? tu sens vraiment cette interrogation du personnage en terme de reflexion sur l'oppression ?
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églantine
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MessageSujet: Re: Céline Minard   Sam 22 Oct 2016 - 21:05

Bédoulène a écrit:
Le grand jeu



Eglantine je pense que c'est un livre pour toi et pas uniquement à cause de la montagne.
Je vous lis les filles ....
Hé hé tu me connais Bédou , effectivement comme tu le penses justement , je suis fortement attirée . Wink

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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Céline Minard   Dim 23 Oct 2016 - 0:13

Nadine je te suis là : "J'ai donc rencontré, en suivant son fil, une image magnifique de ce qu'est un mouvement d'âme.

Je suis très intéressée par le rapport que le corps entretient avec l'esprit, et ce livre en est une description autant qu'une exploration magistrale."


je l'ai dit c'est ma première lecture d'elle donc je n'ai pas de référence, mais je peux bien accepter ce que tu précises : "je comprends mieux la nature des foisonnements farfelus que Minard nous offre à travers tous les livres que j'ai lu d'elle. Son personnage use parfois de psychotropes, et il me semble, pour le peu que je connaisse de ces domaines, qu'elle en extrait assez justement l'apport singulier. Cela permet de forcir les schèmes de l'âme qu'elle dépeint. Et la petite folie qui apparait parfois dans les épisodes narratifs sont leur fruit certain, qu'il faut admettre. Ils sont jubilatoires, en tous cas."

et comme Shanidar je pense aussi que vivre avec les autres est une blessure à cause justement de ce que peuvent infliger "les ingrats, les imbéciles et les envieux" ....

et j' adhère à "Passionnant dans ses questionnements, dans ce retour sur Soi qui fait retour à l'Autre, question sur la confiscation du don, du jeu, de la promesse, sur la rétention de l'offre pour finalement se heurter à la contingence d'un Autre, pas tout à fait celui qu'on attendait, évidemment un peu décalé par rapport à l'image que l'on a de l'être idéal, celui de l'ultime rencontre, celui qui va nous faire basculer."




Il semble que l'humain ait besoin de l'autre, malgré qu'il puisse représenter un danger, et qu'il soit supportable à dose homéopathique !

Faudrait certainement que je relise pour en retirer plus mais j'ai d'autres lectures en vue.

correction faite Nadine

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shanidar
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MessageSujet: Re: Céline Minard   Dim 23 Oct 2016 - 12:11

Nadine a écrit:
Shanidar, , j'ai hélas un esprit pas assez formé aux langages mathématiques, aussi merci beaucoup car le terme géodésique m'est à présent connu. je comprends encore mal à quoi il réfère, malgré tout, dans mon compte rendu Crying or Very sad  

Je pensais en particulier aux histoires de cairns et de disque dont tu parles et ton explication m'a paru complètement lumineuse par rapport au texte. Une manière particulière de voir bouger son espace intime, là où le personnage à poser ses repères, ses points lumineux, ceux qui lui permettent de se repérer dans le brouillard de sa vie.

Nadine a écrit:
maispar contre il correspond apparemment assez précisément à l'un des schèmes du roman. Tu approuves ? Pour les passionnés par cet aspect scientifique c'est un roman superbe, je pense.
La forme d'une ville, de Julien Gracq m'avait dans le genre, happé, sans en faire une démonstration aussi explicite que l'esprit de Minard. Elle a vraiment un cerveau qui fonctionne à plein. Quelle chance ! A faire lire aux petites jeunes filles et petits jeunes hommes encore trop indolents dans leurs potentiels.

Il y aurait aussi à faire toute une étude sur son travail sur l'équilibre, la position du corps dans l'espace, quasiment une lecture allégorique du physique dans la physique... (mais là pas mal d'éléments m'échappent).
Je note le titre de Gracq (auteur que je découvre petit à petit)

Nadine a écrit:
Bédoulène, alors ? Dis nous, j'ai hâte.
Parce qu'en effet croiser ses lectures est très agréable, Shanidar, ainsi , tu soulignes des points qui me parlent beaucoup, que j'avais moins souligné, moi, lors de mon petit topo. Notamment toute la dialectique du Grand Jeu, du rapport à l'autre.Bédou le dit aussi très bien.

Une impression que je ne partage pas cependant à te lire, Shanidar : la douleur du rapport à l'autre, qui opprime, qui menace etc. je trouve qu'au contraire le personnage semble dénué de cette "empathie négative", elle ne doute guère, elle solutionne, elle s'émeut peu, elle contemple et analyse. Elle ne renonce pas, elle combat.
C'est aussi un des aspects que j'oubliais, même si je le suggérais : le caractère de ce personnage féminin est très rarement représenté en littérature. On est loin des héritiers du romantisme.Et le passé, s'il n'est pas dutout, je crois, évoqué, n'est en rien , précisément, une raison de sa démarche. Elle n'a pas l'air de renoncer, en s'expatriant là haut, elle a l'air de continuer l'exploration d'elle même. Non sans une pointe d'aigreur, certes. "Enfin tranquille", sans plus.
L'autre est un gêneur, pas une blessure. Tu trouves pas ? Bédoulène, ta note de lecture y fait écho, tu parles de sa concentration et lucidité face au challenge, tu sembles avoir été sensible à cet aspect ? Et toi Shanidar, dis moi? tu sens vraiment cette interrogation du personnage en terme de reflexion sur l'oppression ?

Alors là, en effet, la lecture croisée est passionnante car nous n'avons pas du tout les mêmes ressentis (enfin, si, sur son présent, je suis d'accord avec tout ce que tu dis du personnage, sur son combat...). Tu sembles, Nadine, effacer (dépasser ?) d'un geste le passé de notre héroïne (il est d'ailleurs difficile de lui donner un nom, un statut et c'est très intéressant aussi ce flou du nominal), comme s'il n'avait pas ou peu d'importance ; il me semble, à l'inverse, que cette absence d'explication (pourquoi éprouve-t-elle le besoin de s'exiler ?), que ce trou, ce vide est précisément l'endroit de la douleur, l'endroit où l'autre l'a blessée, meurtrie, l'a précipité vers la montagne. Je ne dis pas que tu te trompes mais je n'ai pas la même sensation que toi, je pense qu'elle cherche à échapper à un traumatisme, qu'elle a perdu quelque chose quand elle était en bas et qu'elle a perdu sa mise dans le Grand Jeu de la société. Quelque chose a été abîmé dans sa vie qui la pousse à partir, s'éloigner et chercher à savoir s'il est possible d'être seule.

En revanche, tu as raison de souligner l'originalité totale de ce personnage absolument extraordinaire, d'une force d'âme et d'empathie immense. Rare.

Pour finir, je crois que chacune de nous a mis une partie d'elle-même dans ce personnage, qu'il est capable d'être appréhender différemment par chacune parce que Minard laisse des places vides que nous pouvons remplir. Par exemple, je me suis beaucoup retrouvée dans le travail du sol, le désir de vivre de ses plantes et la liberté mentale que la culture de la terre offre à l'esprit. C'est fabuleux d'être dehors à biner un arpent de potager, c'est tout un monde qui se découvre et envahit la pensée...

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MessageSujet: Re: Céline Minard   Dim 23 Oct 2016 - 12:30

Yep, Shanidar, un rêve tenace, de me frotter à un potager. J'adore en voir, je scotche. Au printemps prochain je vous prendrai des photos de ceux que je croise tiens ! Il y a un village par ici, Vailhan, qui semble héberger une émulation hors du commun à ce propos.

Bon, mais Shanidar, justement, dis, parce que c'est vrai, j'ai pas dutout vu de trace de son passé, tu en as retenu, des allusions ? Je crois qu'il y en a une, quand même, quand l'hiver approche, une scène vers le potager justement, peut-être quand elle prend son bain ?
C'est vrai qu'on se projette à bloc, quand on est pris par la lecture. C'est bien à cause d'un de mes fers de lance que ton commentaire m'a interpelé, le livre me proposait , dans mon idée, une personnalité qui serait émancipée des noeuds relationnels, ou en tous cas qui en retiendrait juste l'occasion d'un pas de côté pour ausculter ces schémas là. La philo comme garde fou ? J'avais pas fais de sort à ses notes de recherche. c'est vrai.

Pour ce qui est de Gracq, et de La forme d'une ville (Nantes, où j'ai vécu 12 ans) on est davantage dans l'image mentale qu'analytique. C'est le rapport affect/concret qui est déroulé. Mais sans cet aspect hypra rationnel de Minard.
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MessageSujet: Re: Céline Minard   Dim 23 Oct 2016 - 12:39

Coline citait, sur le fil de Gracq : "
Citation :
- « C’est le secret capital de l’écriture selon Gracq qu’elle peut nous enrichir de ce que nous ignorons en nous. Elle fait saillie dans le grand noir de ce que nous négligeons de raconter sur nous-mêmes, comme un diamant. » (Bertrand Poirot-Delpech)

ça marche pour ma lecture de Minard et mes oublis ! joie
Et Coline fait un retour sur La forme d'une ville, d'ailleurs.Et Queenie, etc Bon j'arrête sur lui, ou bien le fil se perd.


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shanidar
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MessageSujet: Re: Céline Minard   Dim 23 Oct 2016 - 12:42

Hypra rationnel et en même temps parfois totalement irrationnel, comme s'il n'y avait pas de possible 'demie mesure' dans l'univers de Minard. On vit en meute ou solitaire, pas d'autre choix. Et par moment, on assiste à des décrochages délirants ou des précisions incompréhensibles (je n'ai pas compris pourquoi elle emporte des petites cuillères de catégorie 2 pour aller dans la cabane, par exemple). On est dans un récit à la fois parfaitement réaliste, maîtrisé, réfléchi mais aussi déstructuré, délirant, onirique (je me suis même demandée si notre ermite n'imaginait pas tout simplement une vie à côté d'elle pour se recréer un monde vivable).

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MessageSujet: Re: Céline Minard   Dim 23 Oct 2016 - 13:05

Categorie 2, j'avais traduis par petite taille, pour son sac à dos?
Oui tu as raison, d'ailleurs cet hypra-rationnel est surtout représenté dans ce roman.
Et moi aussi, vers la fin, je me suis dis que l'on pourrait peut être lire cette rencontre comme un mirage.

J'étais vraiment surprise de voir les psychotropes arriver. C'est assez gonflé d'ailleurs de la part de Minard , non ? parce qu'elle a un imaginaire, parfois, bien délirant, et ducoup je me dis "tiens , bah elle doit ou a dû en user elle même".

Voilà que tu m'ouvres une version que j'avais juste effleuré. On pourrait donc dire que, peut-être, ce personnage s'exile et perd la tête, qu'il a si bien faite, ou même se dire que c'est , contrairement à ce que j'allais d'un bon pas affirmer, un roman tragique. mince alors !
Enfin quoi qu'il en soit sur ces "alors donc" , tout de même, quelle singularité. Quel plan panoramique. C'est une sacrée vision, tout bout à bout.
So long luise sera la prochaine lecture d'elle, vous m'avez donné envie.

Je suis très contente : ce forum est une interface très intéressante, voilà à croiser on affine tout ce qu'on retient, oublie etc. Bon ap' je file. c'est l'heure !
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MessageSujet: Re: Céline Minard   Aujourd'hui à 5:33

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Céline Minard
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