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 Elfriede Jelinek [Autriche]

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Marko
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MessageSujet: Elfriede Jelinek [Autriche]   Dim 9 Aoû 2009 - 23:31

Elfriede Jelinek


Biographie
Citation :
Elfriede Jelinek passe son enfance à Vienne. À l'initiative de sa mère, elle apprend le violon, l'orgue et le piano. À 16 ans, elle entre au Conservatoire de musique de Vienne. Trois ans plus tard, désespérée à l'idée de décevoir sa mère sur ses talents de musicienne, elle sombre dans la dépression. Marquée par un père juif socialiste qui sombre dans la folie - il meurt dans un hôpital psychiatrique en 1968 - et une mère catholique très autoritaire, elle se tourne vers la littérature pour exprimer sa révolte contre l'autorité. Son premier roman paraît en 1970. Elle connaît son premier succès international avec 'La Pianiste' (1983), adapté au cinéma en 2001, puis son roman 'Lust' (1990) se vend en Allemagne à plus de 150.000 exemplaires. Outre des pièces de théâtre, elle a écrit des poèmes, des romans, des scénarios pour le cinéma et la télévision ainsi que des pièces radiophoniques. Elle a reçu une dizaine de prix littéraires, dont le prestigieux Prix Heinrich-Böll de Cologne (1986) et le prix de théâtre de Berlin (2002). Elle est aussi la traductrice de Thomas Pynchon, Georges Feydeau ou Eugène Labiche. Elfriede Jelinek se révèle profondément engagée politiquement et les agressions dont elle a été souvent l'objet dans son pays natal ne la font pas reculer. En février 2000, elle interdit qu'on joue ses pièces en Autriche pour protester contre l'entrée de l'extrême droite au gouvernement autrichien. Mais cela ne l'empêche pas de continuer sa carrière de romancière en publiant régulièrement ses oeuvres comme 'Les Exclus' en 2002, 'Les Amantes', 'Avidité', 'Bambiland' ou 'Enfants des morts' en 2006. En 2007, elle s'invite à nouveau dans les librairies avec 'L' Entretien'.

Je me rends compte en voulant parler des "Exclus" qu' Elfriede Jelinek (prix nobel de littérature 2004) n'est pas encore répertoriée sur Parfum. Comme beaucoup je l'ai découverte à travers l'adaptation de La pianiste par son compatriote Michael Haneke avec lequel elle semble avoir bien des points communs sur le plan artistique.


Citation :
« je voulais montrer avant tout combien sonne creux toute cette haute culture musicale autrichienne qui donne au pays une bonne part de son identité. Il s’agit d’un énorme mensonge: l’Autriche n’a pas aimé ses compositeurs, Schubert entre autres»
Elfriede Jelinek apporte beaucoup d'éléments autobiographiques dans ses romans où elle s'invite à travers certains de ses personnages. Elle a toujours déclaré avoir eu des comptes à régler avec sa mère, décrite comme psychorigide et castratrice. Ses romans décrivent souvent des personnages issus de la haute bourgeoisie viennoise, cultivés et pris dans le carcan d'une éducation conservatrice et hypocrite générant souffrance morale, violence et perversité. Le spectre du nazisme n'étant jamais très loin. Elle site Ingebor Bachmann:

Citation :
Les enfants de l'après guerre sont obligés de reconstituer le fait que les crimes nazis , comme le dit Bachmann, n'ont pas surgi du néant et ne se sont pas perdus dans le néant, ces crimes n'ont pas pu simplement disparaître après 45. Et Bachmann donne une réponse: La famille , où les femmes et les enfants sont des parias, des nègres. Et l'homme (le père), le criminel. (Entretien avec Elfriede Jelinek)


Son univers se situe quelque part entre Karl Kraus et Thomas Bernhard pour sa dimension polémique et sa vision sombre et désenchantée de la nature humaine. Elle est par ailleurs une fervente "ambassadrice" de la 2e école de Vienne: Schoenberg, Berg et Webern, que la société autrichienne n'aurait toujours pas reconnue, selon elle, en méprisant injustement ces grands compositeurs. On entrevoit peut-être là certaines de ses limites qui consistent à adopter des positions idéologiques radicales et parfois un peu excessives...


Les exclus




Les exclus est inspiré d'un fait divers sanglant qui a beaucoup frappé l'opinion publique en 1965. Si vous ne voulez rien savoir, ne lisez pas la 4e de couverture qui raconte l'essentiel... (quelle manie!). Le roman ne révèle ce fait divers qu'à la fin et décrit les relations entre 4 adolescents:

Sophie issue de la haute bourgeoisie et qui attise le désir de Hans de milieu plus prolétaire

Et les jumeaux Rainer Maria (hommage des parents à Rilke) et Anna dont les parents appartiennent à la petite bourgeoisie, le père étant un ancien nazi. Rainer est un littéraire qui ne jure que par Sartre et Camus qu'il cite plus ou moins avec bonheur à qui veut bien l'écouter. Anna est pianiste. Elfriede Jelinek a inventé ce personnage d'Anna pour faire partie de l'histoire. Dans la réalité Rainer avait un frère jumeau.

Pour passer le temps et affirmer leur révolte empreinte de nihilisme, ils élaborent des projets d'agressions, de vandalisme... Ils évoquent les personnages des films d'Haneke dans Funny Games ou Benny's Vidéo. La première séquence du roman décrit une de ces agressions sans qu'on puisse véritablement la resituer dans la chronologie de l'histoire.

Le style est à la fois descriptif et subjectif, nous faisant partager tour à tour la vision de chaque personnage au travers de son propre rapport au langage et à la culture. Il y a également un certain nombre de réflexions sociologiques et politiques assez complexes dont je n'ai pas toujours bien compris la teneur. Mais non seulement elles n'entravent pas le cheminement du récit mais elle l'enrichissent considérablement.

C'est assez grinçant, jamais complaisant. Il y a d'ailleurs très peu de scènes de violence visuelle même si celles ci sont impressionnantes. La violence est plutôt dans la détresse profonde de ces jeunes gens derrière leur apparente indifférence. Toute la fin du livre est un crescendo émotionnel qui ne laisse pas forcément intégralement présager de son issue.

Un univers et un style complexes, dérangeants et enrichissants.

Extrait:

Citation :
Ils sont contents de ne pas être forcés de vivre dans quelque horrible désert intellectuel qu'ils connaissent d'après la ferme de leur grand-mère. Tout sauf là. Où des chouettes rouges, des corneilles et autres vermines s'agrippent en criant à des arbres déjà marqués par l'hiver. Où divers nuages sifflent à travers un ciel triste, où le chevreuil bêle et où les élèves puants du primaire et les élèves débiles du collège compriment leur chair dans les cars scolaires. Parmi eux pullule le bacille de la pauvreté. Magma d'enfants émergeant de lainages, héritage de leurs aînés, qui fument d'humidité.

Aucun destin ne les attend, dit Rainer, ils sont condamnés à mort dès avant leur naissance, avec une seule et même image dans toutes les têtes. L'image qu'il y a dans une tête est identique à celle qu'il y a dans la tête voisine. Et cela dans un pays libre, mais où à vrai dire on ne découvre pas trace de liberté. De fades paysages s'étendent au loin sous la pluie, on ne voit pas de limites, pourtant elles sont là, dans les têtes des habitants. De l'étroitesse d'esprit, les jumeaux en ont aussi découvert dans la grande ville, et de jubiler car ils ont pour leur part dépassé ce genre de limites depuis déjà pas mal de temps. Avec leurs dents pointues ils se sont rués sur le cordon ombilical aux reflets bleuâtres les reliant aux lieux qui leur furent assignés par avance et l'ont cisaillé. Un ruisseau de sang dégoutte de leurs mentons. Deux langues pâles, la langue de Rainer et la langue d'Anna lèchent. Bientôt de la limite naturelle qu'est la naissance ne subsistera plus un pouce de peau. De lointains infinis s'entrouvrent, sous un soleil froid, jaune d'oeuf non crevé dans le lait. S'il y a ici des casseurs, ce sont Rainer et Anna.

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"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
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MessageSujet: Re: Elfriede Jelinek [Autriche]   Lun 10 Aoû 2009 - 8:09

Je me souviens, quand elle a obtenu le Prix Nobel, que quelqu'un a dit : "c'est la première fois qu'un auteur de porno obtient le Nobel".
Il devait faire référence à Lust (notamment ?), j'imagine. Pas aux Exclus, visiblement.

On devrait arracher les 4° de couverture.
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kenavo
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MessageSujet: Re: Elfriede Jelinek [Autriche]   Lun 10 Aoû 2009 - 13:05

eXPie a écrit:
Je me souviens, quand elle a obtenu le Prix Nobel, que quelqu'un a dit : "c'est la première fois qu'un auteur de porno obtient le Nobel".
Il devait faire référence à Lust (notamment ?), j'imagine. Pas aux Exclus, visiblement.
certainement..
Lust c'est presque du hard core Cool

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Marko
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MessageSujet: Re: Elfriede Jelinek [Autriche]   Lun 10 Aoû 2009 - 13:57

Les exclus n'est pas pornographique. Il y a surtout beaucoup de solitude et un vide abyssal qui remplace l'amour des parents. J'ai l'impression que le film d'Haneke qui a eu la palme d'or cette année à Cannes, "Le Ruban blanc", montre aussi les dégâts d'une éducation trop rigide et enfermée dans ses principes, générant de la violence contre soi-même ou contre les autres. Je me souviens de cette mère d'une jeune étudiante dans "La pianiste" qui faisait de sa fille un prolongement narcissique, se préoccupant seulement de la voir devenir une grande pianiste sans se soucier de sa souffrance. Et le personnage d'Isabelle Huppert en était le devenir. Toutes deux étant aussi un peu d'Elfriede Jelinek elle-même.

Elle fait aussi comme Ingeborg Bachmann et Christa Wolf (entre autres), montrer la place de la femme dans ces sociétés phallocratiques et patriarcales. Et ce n'est pas réjouissant. Lust semble en être l'illustration la plus violente. Je le lirai bientôt.


Citation :
« Ce premier roman pornographique au féminin, selon son auteur, a scandalisé et passionné l'Allemagne. Le patron d'une usine de papier, acculé par la peur du sida, se retourne vers son épouse pour en user comme il le faisait auparavant avec les prostituées. Dans la confortable villa d'un couple des scènes d'une rare obscénité et d'une violence hallucinée se succèdent jusque sous les yeux de l'enfant. Et quand la femme désespérée prend un amant plus jeune s'est pour trouver un nouveau bourreau. Le drame affreux sur lequel s'achève le livre appartient, chez Jelinek, comme toujours à un fait divers. Une fois encore, elle règle son compte à l'Autriche profonde, à la quiétude du foyer, à la respectabilité bourgeoise et à la soi-disant libération sexuelle. D'une originalité totale, de conception et de style, Lust que l'on peut traduire par envie, plaisir, désir, luxure, volupté a scandalisé et passionné l'Allemagne. »

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MessageSujet: Re: Elfriede Jelinek [Autriche]   Lun 10 Aoû 2009 - 17:47

Marko a écrit:
Elle fait aussi comme Ingeborg Bachmann et Christa Wolf (entre autres), montrer la place de la femme dans ces sociétés phallocratiques et patriarcales.
hm.. Elfriede Jelinek va beaucoup plus loin que ces deux
certes Ingeborg Bachmann est celle qui s'est posée des questions du même genre que Jelinek - mais en a fait le témoignage dans une langue moins crue Wink
et Christa Wolf était plutôt occupée de montrer qu'une belle vie - aussi en tant que femme - était possible en RFA, aussi un style beaucoup plus inoffensif

Elfriede Jelinek est en quelque sorte le pendant féminin de Thomas Bernhard en ce qui concerne sa critique de l’Autriche.. mais en ce qui concerne Lust.. prennant en compte la littérature germanophone.. pas de telles témoignages en ce qui concerne la génération de Jelinek.. il y a quelques jeunes qui osent.. mais aujourd’hui c’est plutôt main-stream et ainsi beaucoup moins fort.. moins expressif

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MessageSujet: Re: Elfriede Jelinek [Autriche]   Lun 10 Aoû 2009 - 18:03

J'ai lu Les exclus y'a Pléthore d'années... Je m'en souviens même pas. Il me semble que j'avais été plus ou moins déçue, je croyais que cet auteur était un peu "pour moi", et finalement ça ne m'a pas accrochée. Ensuite j'ai vu La pianiste et je me suis dit qu'il faudrait que je retente l'expérience un jour.
J'ai toujours Les exclus quelque part... mais peut-être qu'il vaudrait mieux que j'aille plutôt vers Lust...

Je ne sais pas pourquoi j'ai une vague réminiscence de "trop cérébral" comme livre/style pour Les exclus.

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kenavo
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MessageSujet: Re: Elfriede Jelinek [Autriche]   Lun 10 Aoû 2009 - 18:11

Queenie a écrit:
Je ne sais pas pourquoi j'ai une vague réminiscence de "trop cérébral" comme livre/style pour Les exclus.
je crains que tu vas aussi le trouver dans Lust

en ce qui me concerne, j'ai adoré son Pianiste - mais à part cela.. un peu de mal avec elle Wink

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Arabella
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MessageSujet: Re: Elfriede Jelinek [Autriche]   Lun 10 Aoû 2009 - 19:16

Je crois que Queenie a très bien résumé le problème, même si je ne l'ai pas lu, elle donne comme ça à priori l'impression d'être très cérébral. Et du coup j'ai l'impression que je n'aimerais pas.

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Marko
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MessageSujet: Re: Elfriede Jelinek [Autriche]   Lun 10 Aoû 2009 - 22:19

Queenie a écrit:

Je ne sais pas pourquoi j'ai une vague réminiscence de "trop cérébral" comme livre/style pour Les exclus.

Arabella a écrit:
Je crois que Queenie a très bien résumé le problème, même si je ne l'ai pas lu, elle donne comme ça à priori l'impression d'être très cérébral. Et du coup j'ai l'impression que je n'aimerais pas.

Je suis d'accord avec vous pour cet aspect cérébral et distancié un peu glacial mais il y a aussi pas mal d'humour et je suis sensible à la tristesse sous-jacente qu'on ressent même chez ses personnages les plus repoussants a priori. Les exclus se lit quand même presque comme un thriller psychologique. Il y a juste certaines réflexions plus théoriques mais brillantes qui m'ont parfois un peu laissé sur le côté par manque de bagage personnel (notamment politique et historique).

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Wittgen
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MessageSujet: Re: Elfriede Jelinek [Autriche]   Mar 1 Sep 2009 - 11:01

J'adore Jelinek et sa prose saturée d'images, violente, dérangeante. Je trouve tout à fait savoureuse et symbolique la démission de cet académicien suédois, totalement dépassé par l'oeuvre d'Elfriede, après que ses confrères ont décidé de lui attribuer le Nobel.
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MessageSujet: Re: Elfriede Jelinek [Autriche]   Mar 1 Sep 2009 - 11:14

Wittgen a écrit:
J'adore Jelinek et sa prose saturée d'images, violente, dérangeante. Je trouve tout à fait savoureuse et symbolique la démission de cet académicien suédois, totalement dépassé par l'oeuvre d'Elfriede, après que ses confrères ont décidé de lui attribuer le Nobel.
Dépassé, je ne suis pas sûr... Il ne faut pas penser que ce sont tous des vieux croutons dépassés, au Comité Nobel, contrairement à nous.

Je crois qu'il faut revenir au texte d'origine du testament des Nobel, aux règles du jeu : à qui le prix doit-il être attribué ?
De même que lorsque Quignard avait obtenu le Goncourt, certains avaient protesté en disant qu'il ne s'agissait même pas d'un roman (et à ce compte-là, pourquoi ne pas attribuer le Goncourt à une pièce de théâtre ?), de même, ici, on est en droit de s'interroger.

Je cite wikipedia : "Selon ce testament, le lauréat devait avoir « élaboré une œuvre littéraire faisant la preuve d'un puissant idéal. »"

Peut-on voir un puissant idéal dans l'oeuvre de Jelinek ? (évidemement, on demandera de défini "idéal").
Si la réponse est "non", elle n'aurait pas dû avoir le Prix Nobel, et son attribution va à l'encontre des volontés des Nobel.
Bien sûr, on me dira que les textes devraient évoluer... Peut-être... Mais il faudrait d'abord le faire.
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kenavo
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MessageSujet: Re: Elfriede Jelinek [Autriche]   Mar 1 Sep 2009 - 13:16

eXPie a écrit:
Je cite wikipedia : "Selon ce testament, le lauréat devait avoir « élaboré une œuvre littéraire faisant la preuve d'un puissant idéal. »"
tout comme pour Harold Pinter, ce puissant idéal est surtout à retrouver dans ses pièces de théâtres qui ne sont peut être pas autant traduites en français? Wink

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MessageSujet: Re: Elfriede Jelinek [Autriche]   Mar 1 Sep 2009 - 13:35

kenavo a écrit:
eXPie a écrit:
Je cite wikipedia : "Selon ce testament, le lauréat devait avoir « élaboré une œuvre littéraire faisant la preuve d'un puissant idéal. »"
tout comme pour Harold Pinter, ce puissant idéal est surtout à retrouver dans ses pièces de théâtres qui ne sont peut être pas autant traduites en français? Wink
Hum... Pinter... J'aimais bien ses pièces tant que je ne les avais pas encore lues.
Certaines pièces de Jelinek ont été traduites (Ce qui arriva quand Nora quitta son mari, La Maladie ou Femmes modernes: comme une pièce, Drames de princesses: la Jeune Fille et la Mort I - V...). Je ne savais pas qu'il y avait de l'idéal dedans. Je tâcherai d'y jeter un oeil ou deux... attentif
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MessageSujet: Re: Elfriede Jelinek [Autriche]   Mar 1 Sep 2009 - 13:35

eXPie a écrit:
Je cite wikipedia : "Selon ce testament, le lauréat devait avoir « élaboré une œuvre littéraire faisant la preuve d'un puissant idéal. »"

Peut-on voir un puissant idéal dans l'oeuvre de Jelinek ? (évidemement, on demandera de défini "idéal").

Oui c'est bien un problème de définition. Ils veulent certainement dire qu'une oeuvre peut prétendre à une forme d'universalité digne du Nobel à condition qu'elle propose une vision artistique qui "élève" ou transcende l'humain au lieu d'en donner une vision nihiliste, dégradante ou désespérée. C'est la vision d'un Tarkovski en tout cas.

Mais je trouve important de récompenser aussi des auteurs qui dénoncent la barbarie, la violence, l'hypocrisie sociale, le mal de vivre... A partir du moment où le portrait qui est fait soit inspiré, touche à quelque chose de profond et de "vrai" qui éclaire sur cette part des ténèbres. Peut-être aussi qu'il y ait une possibilité d'ouverture sans forcément tomber dans la tarte à la crême de la rédemption.

Jelinek me fait penser au cinéaste de Dogville ou à Haneke. Ce qu'ils montrent n'est pas reluisant mais je sens derrière la cruauté et l'intransigeance un désir de montrer l'humain dans sa complexité, sa fragilité, son absurdité et sa souffrance. Et c'est une autre façon de témoigner de notre passage et d'une quête de sens (ou de non sens). Donc oui pour un Nobel à Jelinek !

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MessageSujet: Re: Elfriede Jelinek [Autriche]   Mar 1 Sep 2009 - 13:38

Je lis sur WK : En octobre 2005, l'académicien Knut Ahnlund démissionne de ses fonctions en protestation de ce choix qu’il juge « indigne de la réputation du prix ». Il qualifie l’œuvre de l’auteur dans le quotidien national suédois Svenska Dagbladet de « fouillis anarchique » et de « pornographie », « plaqués sur un fond de haine obsessionnelle et d’égocentrisme larmoyant ».

Tu ne m'enlèveras pas de l'idée que Knut est un peu réactionnaire dans son discours. C'est bien aussi d'un jugement esthétique dont il s'agit lorsqu'il parle de "fouilles anarchique" ou de "pornographie". Je ne dis pas que tous les académiciens suédois sont de "vieux croûtons" (d'ailleurs, ils ont précisément couronné Jelinek). De toute façon, je ne crois pas qu'il faille parler de génération, mais plutôt de posture vis-à-vis de l'art.

Après, mais ce n'est plus notre débat précis, on pourrait tout de même se demander si des hommes de lettres qui acceptent d'entrer de plein-pied dans le monde des honneurs littéraires et des cérémonies solennelles (i.e. les académiciens) ne sont pas plus enclins que d'autres à se montrer un peu frileux avec les voix trop "à l'écart" (pour reprendre le titre de la très belle allocution Nobel enregistrée d'Elfriede). D'ailleurs, qui lit encore Sully Prudhomme, Martin du Gard, Romain Rolland ou Mistral... ? Donc attention à ne pas taxer le Comité non plus d'avant-gardiste, de génial ou de visionnaire. Reste que de toute façon, je trouve que le Nobel en littérature est une bonne chose, même s'il fragilise parfois la mince bulle nécessaire à l'écriture.
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